Déforestation : une étude scientifique identifie l’impact des différentes matières premières alimentaires
Biodiversité | Aujourd’hui à 11h26 | https://www.actu-environnement.com/ae/news/deforestation-impact-matieres-premieres-alimentaires-etude-chalmers-university-47733.php4#xtor=EPR-50

© JYB Devot CC BY-SA 4 0 via Wikimedia CommonsDéforestation au Pérou
L’étude mondiale la plus exhaustive sur l’impact des différentes matières premières agricoles sur la déforestation. C’est ce que revendiquent deux chercheurs de l’Université de technologie Chalmers (Suède) avec la publication, le 23 février dernier dans la revue Nature Food (1) , d’une étude qui permet de cartographier (2) de façon détaillée les cultures qui affectent la déforestation.
Les chercheurs ont développé un nouveau modèle dénommé Deforestation Driver and Carbon Emissions (DeDuCE). « Nous avons combiné des données satellitaires exhaustives sur l’utilisation des terres avec des statistiques agricoles, ce qui nous permet d’obtenir l’image la plus complète et la plus précise à ce jour des facteurs de déforestation à l’échelle mondiale », explique Chandrakant Singh, auteur principal de l’étude. Le modèle recense 9 332 empreintes carbone uniques « pays-produit-déforestation » pour 184 produits et 179 pays, chaque année de 2001 à 2022. Il révèle que 122 millions d’hectares de forêt ont disparu durant cette période en raison de la déforestation liée à l’agriculture, dont plus de 80 % dans les zones tropicales. Les raisons sont déjà identifiées, essentiellement le défrichement pour créer des pâturages et produire des denrées d’exportation comme le soja ou l’huile de palme.
Mais l’étude révèle que la déforestation n’est pas due uniquement aux produits d’exportation. « Les liens entre déforestation et production alimentaire sont étudiés depuis longtemps, mais les recherches se sont souvent concentrées sur certains produits, comme le bœuf, le soja et l’huile de palme, bien connus dans le contexte de la déforestation, et sur certains pays, comme le Brésil ou l’Indonésie », explique Chandrakant Singh. Les résultats de l’étude montrent que si les efforts mondiaux de lutte contre la déforestation se concentrent à juste titre sur la viande bovine, l’huile de palme, le caoutchouc, le soja, le cacao et le café, les cultures vivrières de base telles que le riz, le maïs et le manioc ont été largement négligées. Ces dernières ont un impact plus important sur la déforestation que certaines matières premières d’exportation majeures, si on fait toutefois exception de la viande bovine (40 % des matières premières à l’origine de la déforestation), de l’huile de palme (9 %) et du soja (5 %). « À elles seules, des cultures comme le maïs, le riz et le manioc sont responsables d’environ 11 % de la déforestation totale liée à l’agriculture, tandis que ce chiffre pour le cacao, le café et le caoutchouc réunis est inférieur à 5 % », rapporte l’étude.
En outre, ces cultures vivrières sont réparties sur l’ensemble du globe, contrairement aux cultures d’exportation qui sont concentrées dans des régions spécifiques (huile de palme en Asie du Sud-Est et soja en Amérique du Sud, par exemple). « Le débat sur la déforestation s’est souvent concentré sur la manière dont les importations de matières premières, notamment dans les pays riches (…), contribuent à la déforestation. Il est absolument essentiel de bien comprendre ce phénomène. Mais il ne faut pas oublier qu’une grande partie de la déforestation est due à la production agricole destinée aux marchés intérieurs. Par conséquent, pour réduire réellement la déforestation, nous devons aussi agir dans les pays producteurs », en conclut Martin Persson, co-auteur de l’étude.1. Consulter l’étude sur Nature Food
https://www.nature.com/articles/s43016-026-01305-42. Accéder au tableau de bord et à la cartographie
https://deforestationfootprint.earth/deforestationdriver?commodities=%5B%5D&domestic=true&gid_2=%5B%5D&importers=%5B%5D&isos=%5B%5D&property=deforestation®ion=world&tradetype=hybrid&years=%5B2001%2C2023%5D
Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement