La Fédération hospitalière de France dénonce une augmentation des déficits « exogène »
Le déficit des établissements s’élèverait à 2,7 Md€ en 2025 selon la FHF. Elle revient sur les conclusions des missions de l’Igas et de l’IGF sur le financement des hôpitaux publics et insiste sur la nature majoritairement externe des déficits. La fédération publique dit aussi toute son inquiétude sur le projet de loi Décentralisation.
Par Manuel Magrez — à Paris
Par ses actions, la Fédération hospitalière de France (FHF) met tout en place pour « ne plus jamais vivre cela », insiste Zaynab Riet, déléguée générale de la fédération, en introduction de la traditionnelle conférence de presse du 17 mars, jour de lancement du premier confinement en 2020. Les répercussions de la crise Covid sur le système de santé commencent juste à peine à s’effacer, en particulier sur le plan de l’activité qui reprend des couleurs.
Selon les chiffres de la FHF présentés à l’occasion de cette conférence, la remontée de l’activité postchute de 2019 se poursuit, évaluée à 5% en 2025, poussée par un pic « à 6% en décembre et 7% dans les CHU sur le même mois ». « Près de 9 millions de personnes ont été prises en charge à l’hôpital public en 2024 et le nombre de séjours dans les hôpitaux publics est passé de 13,4 millions en 2010 à plus de 17 millions en 2024 », poursuit la fédération. Motif de fierté, « entre 2023 et 2025, le nombre de séjours en MCO a ainsi augmenté de plus de 9% dans les établissements publics de santé« . En excluant l’obstétrique, soumises à des facteurs « sociétaux et comportementaux », le nombre de séjours en médecine et chirurgie « a même augmenté de près de 10% dans les hôpitaux publics ».
Pour autant, si l’activité retrouve un « dynamisme » attendu dans les établissements publics, leur santé financière, qu’ils soient des hôpitaux ou des Ehpad, ne suit pas la même dynamique. Ainsi, le déficit pour 2025 de ces établissements est estimé à 2,7 milliards d’euros (Md€) par la fédération, dont 2,5 Md€ pour les seules activités sanitaires. Face à ce constat, la priorité de la FHF est de marteler auprès des pouvoirs publics la nature « exogène » de ces résultats.
Des missions d’inspection à commenter
Le message est d’autant plus pressant depuis la publication courant février des résultats de la mission interministérielle d’inspection portée par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et celle des finances (IGF) sur le « renforcement de l’efficience » des structures (lire notre article *). Cette mission, qui évalue la hausse à venir des nécessités de financement du secteur hospitalier public à hauteur de 3 Md€ hors mesures nouvelles, conclut au besoin de faire appel à des leviers internes et territoriaux pour résorber « des niveaux variables de culture médico-économique ».
Un troisième baromètre « toujours plus inquiétant »
La FHF a fait paraître ce 17 mars les résultats de son troisième baromètre de l’accès aux soins, confié à l’Ipsos ** 73% des Français interrogés ont répondu avoir dû renoncer aux soins, d’abord pour des raisons d’accès aux professionnels mais aussi de coût, en particulier pour les plus jeunes. Ils n’étaient que 63% en 2024.
L’enquête note un recours aux urgences « encore trop souvent injustifié ». Ainsi, 14% des interrogés disent se rendre aux urgences par habitude, contre 7% en 2024. La proportion de Français se rendant aux urgences faute de pouvoir avancer les frais d’une consultation de praticien libéral est passée de 7 à 10% en deux ans.
Selon les travaux de l’Ipsos, 90% des Français interrogés disent être « en colère » face à la situation d’inégalité d’accès aux soins et 85% se disent révoltés. Dans le même temps, 95% se disent reconnaissants à l’égard des professionnels de santé. Pour Zaynab Riet, ces chiffres montrent « que les Français ne tiennent ni les professionnels ni l’hôpital public responsable de la situation ».
Pour Zaynab Riet, la déléguée générale de la FHF, « les leviers internes »d’amélioration « doivent être conditionnés à l’activation des leviers territoriaux ». Cécile Chevance, responsable du pôle offres de la FHF, note que les marges d’amélioration de l’organisation « ne se situent plus principalement à l’échelle des seuls établissements publics de santé ». Sur la mission d’inspection interministérielle, la responsable de la FHF pointe la « nécessité d’actualiser les chiffres » car les derniers éléments consolidés utilisés pour cette mission, datant de 2023, « sont issus d’une année de transition » et « ne prennent pas en compte la nette augmentation de l’activité des hôpitaux publics et de l’activité ambulatoire publique ».
Sur ce point en particulier, soulevé par les inspecteurs de l’Igas et de l’IGF, Cécile Chevance pointe « la nécessité de comparer ce qui est comparable », prenant pour exemple les « taux d’ambulatoires bruts et standardisés selon les pathologies et les lourdeurs de prise en charge, l’âge et les comorbidités des patients, en excluant les hospitalisations issues des urgences », « pour prendre en compte les différences de patientèle entre secteurs et entre établissements ».
Points d’achoppement sur le projet de loi « décentralisation »
Une autre mission d’inspection parallèle, de l’Igas, publiée elle aussi en février, semble en revanche rejoindre les alertes et les craintes de la fédération. « Elle rejoint nos estimations sur le sous-financement des mesures nationales créant une évolution des charges salariales, en l’évaluant à hauteur de 1,7 Md€ dont 0,45 Md€ au titre des revalorisations, dont 1,1 Md€ au titre du glissement vieillesse technicité et 0,15 Md€ au titre des médecins juniors », note Cécile Chevance. Elle s’émeut en revanche que cette mission n’ait pas pu être conclusive sur l’évaluation du sous financement de l’inflation.
Parmi les préoccupations de la FHF, la copie du projet de loi Décentralisation en cours de construction occupe particulièrement ses équipes. Marc Bourquin, conseiller spécial de la fédération, note « des avancées » en faisant référence à une version « moins radicale » du projet. Cette mise à jour, qui semble convaincre la FHF, reconnaît l’intérêt de garder une institution régionale spécifique à la santé rattachée au ministère dédié. La fédération, qui demandera dans les jours à venir à être officiellement reçue à Matignon, se dit aussi rassurée par le retour en arrière du Gouvernement en matière de financement de la dépendance et des Ehpad, « qui doit rester dans le giron de la sécurité sociale et de sa cinquième branche ». La FHF veut laisser aux collectivités territoriales les seules questions de lutte contre l’isolement.
La FHF dit aussi toute sa vigilance au sujet du gel de certaines dotations envisagé par le Gouvernement, craint par les fédérations depuis la fin d’année 2025. À ce sujet, elle attend un arbitrage pour le mois d’avril.
*Le sous-financement aux hôpitaux des hausses salariales se chiffre à 1,7 Md€ sur 2020-2024
Réclamé de longue date des hospitaliers, le rapport de l’Igas sur la réalité de la compensation aux hôpitaux publics des hausses salariales du Ségur de la santé confirme un très net sous-financement par l’État. Ce fossé budgétaire, dû aux deux tiers à une mauvaise évaluation du glissement vieillesse technicité, a nourri l’explosion des déficits.
Par Thomas Quéguiner
18 février 2026 à 17h55 https://www.hospimedia.fr/actualite/articles/20260218-economie-le-sous-financement-aux-hopitaux-des-hausses
Hors effet de l’inflation, l’impact financier des chocs exogènes subis par les hôpitaux publics pendant les années 2020-2024 fait apparaître un sous-financement d’environ 1,7 milliard d’euros (Md€), principalement imputable à une prise en compte insuffisante du glissement vieillesse technicité (GVT), et qui explique une part importante de l’explosion de leurs déficits. C’est le chiffrage effectué par l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans son rapport consacré pour ces cinq années à la compensation des revalorisations salariales et de l’inflation dans les établissements publics de santé. Remis mi-novembre à la ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, et déjà maintes fois commenté par les hospitaliers qui attendaient ses conclusions et recommandations, il a été rendu public ce 18 février.
Plusieurs omissions et oublis avérés
Sur 2020-2024, les hospitaliers ont bénéficié de mesures salariales de différentes natures dans le cadre du Ségur de la santé mais aussi de la transposition de la hausse du salaire minimal, des revalorisations visant à soutenir le pouvoir d’achat dans l’ensemble de la fonction publique ou encore d’une meilleure indemnisation de la permanence des soins. Or « la réévaluation du coût de ces différentes mesures d’un montant total initialement estimé à 10,2 Md€ pour les seuls budgets sanitaires des établissements publics de santé fait apparaître un sous-financement de 457 millions d’euros (M€), soit 4,5% ».
C’est l’exemple de la prise en compte à tort pour les titulaires de la contribution à l’allocation temporaire d’invalidité des agents des collectivités locales, bien que celle-ci ne soit pas applicable au complément de traitement indiciaire issu du Ségur, et surtout de « l’omission d’un certain nombre de contributions obligatoires » cette fois pour les titulaires comme les contractuels. Ces oublis tiennent pour partie à « des problèmes de disponibilité des données au moment où les chiffrages ont été réalisés, difficilement surmontables dans les délais où les mesures ont été mises en œuvre », indique l’Igas. Mais ils s’expliquent aussi par des erreurs ou approximations évitables, notamment dans le calcul des taux de charges employeur ou encore par la non-prise en compte de l’impact des revalorisations indiciaires sur les rémunérations accessoires. » D’ailleurs, le fait que ces manquements n’ont pas été reproduits systématiquement mais uniquement sur certaines mesures corrobore ce constat, note l’inspection.
Il est également question à travers ce sous-financement d’une absence de revalorisation du forfait de remboursement aux établissements employeurs de la rémunération des internes et docteurs juniors. Plusieurs mesures successives l’ont pourtant revalorisé et le nombre des bénéficiaires a lui aussi augmenté, ce qui a mécaniquement « conduit à faire supporter aux établissements une charge supplémentaire de l’ordre de 137 à 152 M€ ».
Le gros du problème tient effectivement au GVT. Il est vrai que la DGOS ne dispose que depuis la mi-2023 d’estimations en ce sens pour les non-médicaux : la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) lui a construit un outil de microsimulation sur la base du système d’information des agents des services publics de l’Institut national de la statistique et des études économiques. Or la comparaison entre les dernières estimations de la Drees en mai 2025, qui comportent des volets rétrospectif 2010-2024 et prospectif 2025-2027, et les chiffres retenus pour bâtir l’objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) révèle « un sous-financement massif de ce facteur d’évolution des charges ». L’Igas l’évalue à 1,1 Md€, un montant qui passe à 1,3 Md€ en incluant les établissements privés non lucratifs. Et ce manque devrait continuer à croître en 2025 malgré le relèvement du taux de GVT solde pris en compte dans la construction de l’Ondam.
Peu de distorsion entre public et privé
L’impact de l’inflation sur les achats des hôpitaux est aussi passé au crible. La méthodologie est « délicate », reconnaît l’Igas, au point d’aboutir parfois à des conclusions divergentes mais « néanmoins, si les baisses de prix estimées […] par la DGOS pour 2024 et 2025 se vérifiaient, les crédits intégrés en base devraient équilibrer les dépenses au plus tard en 2025 ». D’ailleurs, le rapport préconise de renouveler cette année les travaux conduits en 2024 pour vérifier ces hypothèses et d’engager une réflexion interne à la DGOS en vue d’harmoniser les bases de dépenses entre les services chargés du pilotage des achats et de la construction de l’Ondam.
Plus largement, les financements alloués correspondent « pour l’essentiel »aux prévisions et leur répartition dans les canaux habituels, dont les tarifs d’activité, ne paraît pas avoir pénalisé une catégorie particulière d’établissements, glisse l’inspection. La complexité de leur ventilation dans les tarifs et dotations, notamment pour la psychiatrie et les soins médicaux et de réadaptation, complique toutefois la donne, ne permettant pas par exemple de retracer complètement des ventilations par sous-enveloppe. Par conséquent, les simulations réalisées ont beau montrer que les établissements ont dans leur ensemble reçu les financements prévus, il n’en reste pas moins que ceux-ci ne sont pas en capacité de les identifier. Par contre, l’Igas émet de sérieux doutes sur la délégation intégrale du financement de l’inflation prévu dans la construction en 2023, « qui n’a pu être complètement retracé, en dehors de la part intégrée aux tarifs de médecine, chirurgie et obstétrique (MCO) ».
Quoi qu’il en soit, ce passage par les tarifs MCO d’une part prépondérante des financements a certes pu générer « des effets contrastés » à cause de l’évolution différenciée de l’activité, voire des écarts « significatifs » dans certaines situations, sans pour autant montrer de véritable distorsion à l’égard d’une catégorie d’établissements plutôt qu’une autre, insiste l’Igas. Face à cela, elle fournit en tout cas une dizaine de recommandations pour « renouveler et prolonger les travaux sur la construction du tendanciel hospitalier et accroître la transparence sur celle de l’Ondam vis-à-vis des établissements ». Elle suggère en outre une réflexion sur le passage à deux échelles tarifaires sur le secteur auparavant sous dotation globale, afin d’éviter les transferts de ressources observés entre hôpitaux publics et privés non lucratif. Enfin, le mode de calcul de la participation des usagers gagnerait à être examiné, l’assiette que représentent les journées d’hospitalisation se révélant « peu dynamique ».
** Baromètre de l’accès aux soins FHF 2026 https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/17/72836/
Baromètre de l’accès aux soins FHF 2025 https://environnementsantepolitique.fr/2025/03/17/les-francais-se-disent-massivement-en-colere-et-revoltes-face-aux-problemes-dont-souffre-lhopital-public-ils-craignent-de-ne-plus-pouvoir-acceder-a-des-soins-de-qualite/