Guerre en Iran: de hauts responsables israéliens et des personnalités influentes des médias américains ont mené une campagne de désinformation

Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme aux Etats-Unis, démissionne en critiquant la guerre contre l’Iran

Pour l’ancien militaire, « de hauts responsables israéliens et des personnalités influentes des médias américains ont mené une campagne de désinformation » pour faire croire à Donald Trump que « la République islamique représentait une menace imminente ». « C’était un mensonge », conclut-il. 

Par  (Washington, envoyé spécial)

Publié le 18 mars 2026 à 05h00, modifié le 18 mars 2026 à 14h25 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/18/aux-etats-unis-le-directeur-du-centre-national-de-lutte-contre-le-terrorisme-joe-kent-demissionne-avec-fracas-pour-denoncer-la-guerre-contre-l-iran_6672004_3210.html

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Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, à Washington, le 11 décembre 2025.
Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, à Washington, le 11 décembre 2025.  TOM WILLIAMS/CQ ROLL CALL VIA AP

Donald Trump a eu recours à son argument favori pour minimiser la démission du directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, Joe Kent, mardi 17 mars. « J’ai toujours pensé qu’il était faible en matière de sécurité », a assuré le président des Etats-Unis, qui avait garanti le contraire sur son réseau, Truth Social, au moment de la nomination de cet ancien béret vert, en février 2025.

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Le locataire de la Maison Blanche a surtout réagi aux arguments avancés par Joe Kent pour justifier sa décision. « Je me suis rendu compte que c’est une bonne chose qu’il soit parti, car il a déclaré que l’Iran ne représentait pas une menace. Or, l’Iran était bel et bien une menace », justifiant ainsi le déclenchement de la guerre par les Etats-Unis et Israël le 28 février, a affirmé Donald Trump.

Dans sa lettre de démission adressée au président, publiée sur les réseaux sociaux et dont la Maison Blanche a assuré qu’elle contient de « nombreuses allégations mensongères », l’ancien responsable du contre-terrorisme concentre en effet ses critiques sur la « menace imminente » visant le « peuple américain » avancée par Donald Trump dans les heures qui ont suivi les premiers bombardements. « Au début de ce mandat, de hauts responsables israéliens et des personnalités influentes des médias américains ont mené une campagne de désinformation qui a complètement sapé votre programme “L’Amérique d’abord” et a attisé les sentiments bellicistes afin d’encourager une guerre contre l’Iran », écrit Joe Kent.

« Cette caisse de résonance a été utilisée pour vous faire croire que l’Iran représentait une menace imminente pour les Etats-Unis et qu’en frappant immédiatement il existait une voie claire vers une victoire rapide. C’était un mensonge »,affirme Joe Kent, reprenant à son compte les critiques d’une partie encore très minoritaire de la base trumpiste. Le polémiste Tucker Carlson s’en fait régulièrement l’écho. L’ancien animateur de la chaîne conservatrice Fox News devait d’ailleurs inviter le directeur démissionnaire à participer au podcast qu’il anime, mercredi 18 mars.

Joe Kent était proche de la directrice du renseignement national, Tulsi Gabbard. Cette transfuge du Parti démocrate, hostile aux interventions extérieures, a été progressivement marginalisée au sein de l’administration de Donald Trump. Elle est restée silencieuse dans les jours qui ont suivi le début de la guerre contre l’Iran. La démission de son subordonné l’a cependant conduite à publier un message sur X dans lequel elle déclare que, « après avoir examiné attentivement toutes les informations dont il disposait, le président Trump a conclu que le régime islamiste terroriste iranien représentait une menace imminente et il a pris des mesures en conséquence ».

Accusations d’antisémitisme

Militaire de carrière, Joe Kent a multiplié par le passé les déploiements à l’étranger, principalement en Irak, avant de rejoindre brièvement la CIA. En 2019, son épouse, une chiffreuse de l’armée américaine, a été tuée dans un attentat djihadiste près d’Alep, en Syrie. Ce drame l’a conduit à critiquer la « guerre contre le terrorisme » et a précipité son engagement en politique.

Sa remise en cause des interventions extérieures américaines l’a rapproché des cercles libertariens, puis de Donald Trump, dont il a soutenu la théorie du complot du trucage de l’élection présidentielle de 2020 remportée par le démocrate Joe Biden. Il a reçu alors le soutien de l’ex-président pour remplacer une représentante républicaine de l’Etat de Washington qui avait voté en faveur de la mise en accusation de ce dernier à la suite du coup de force de ses partisans contre le Congrès, le 6 janvier 2021.

Après deux campagnes électorales infructueuses, en 2022 et en 2024, au cours desquelles ont été mis en évidence ses liens avec des membres de groupuscules d’extrême droite, Joe Kent a été choisi par Donald Trump pour diriger le Centre national de lutte contre le terrorisme. Il a été confirmé de justesse à cette fonction, le 30 juillet 2025, soutenu uniquement par la quasi-totalité des sénateurs républicains.

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Alors que la guerre contre l’Iran va entrer dans sa quatrième semaine le 21 mars, l’ancien directeur est le premier responsable de l’administration à prendre ainsi ses distances et à critiquer une guerre conduite, selon lui, pour le seul bénéfice d’Israël. Dans sa lettre de démission, il accuse également les autorités israéliennes d’avoir déjà entraîné les Etats-Unis « dans la désastreuse guerre en Irak qui a coûté à [leur] nation la vie de milliers de [leurs] meilleurs hommes et femmes. Nous ne pouvons pas refaire cette erreur ».

Ces affirmations lui ont valu immédiatement des accusations d’antisémitisme de la part d’élus républicains. Les sénateurs démocrates, qui avaient unanimement voté contre sa nomination, ont estimé en revanche que sa lettre de démission étaye leurs accusations concernant l’absence de raisons justifiant le déclenchement de la guerre.

Ordinairement prolixe sur les réseaux sociaux, un autre contempteur des interventions américaines au Moyen-Orient, le vice-président, J. D. Vance, passé lui aussi par l’Irak dans les rangs des marines, ne s’est guère exprimé sur l’Iran. Il est sorti de ce mutisme relatif, mardi 17 mars, en assurant, dans le bureau Ovale de la Maison Blanche, aux côtés du président, être « convaincu [que ce dernier] fera du bon travail pour le peuple américain et qu’il veillera à ce que les erreurs du passé ne se reproduisent pas ». Il n’est pas certain que la démission de Joe Kent libère une parole critique dans les rangs républicains.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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