Briser la spirale des réadmissions
Une étude italienne montre que 6,7 % des patients sont réhospitalisés à 30 jours. Âge, comorbidités chroniques et fragilité sont les principaux facteurs de risque, justifiant un renforcement des soins de transition.
Les réadmissions non programmées à 30 jours sont devenues un indicateur central de qualité et d’efficience des systèmes de santé, avec des enjeux cliniques, financiers et sociétaux majeurs (coût et désorganisation). Elles limitent aussi la capacité du système à organiser et financer les soins programmés. Des auteurs italiens rapportent l’analyse des réadmissions non programmées au niveau d’une interrégion (Marca Trevigiana, 890 000 habitants, nord‑est de l’Italie) dans une étude de cohorte rétrospective basée sur les résumés hospitaliers de sortie de 39 467 séjours en 2022 (1). Les hospitalisations pédiatriques, les transferts vers un autre hôpital et les décès étaient exclus. L’objectif était d’identifier les causes de réadmissions non programmées dans les 30 jours suivant la sortie. Les taux de réadmissions non programmées ont été pondérés en tenant compte des facteurs de risque, de l’âge et du type d’hospitalisation (médicale vs chirurgicale), puis un modèle d’analyse multifactorielle en régression logistique à effets mixtes a permis d’estimer les odds ratio (OR) de risque de réadmission.
Un taux global de 6,7 % avec des facteurs de risque identifiés
En 2022, 2 197 réadmissions à 30 jours ont été observées, soit un taux global de 6,7 % (IC à 95 % 6,4–7,0), dans un délai médian de 11 jours (IQR 5–20). Les plus de 75 ans avaient un risque nettement supérieur (9,7 % vs 4,7 % chez les 18–74 ans), tout comme les patients avec séjour initial prolongé (durée moyenne de la première hospitalisation 12,2 jours chez les réadmis vs 8,7 jours chez les non réadmis) et ceux bénéficiant d’une sortie vers l’hospitalisation à domicile/soins à domicile (17,0 % de réadmission) plutôt qu’à domicile (5,7 %) ou en institution (9,7 %). En revanche, il n’y avait pas de différence significative entre sorties en semaine et le week‑end.
Plusieurs comorbidités et situations cliniques à la première admission étaient fortement associées au risque de réadmission. Après ajustement sur l’âge et le sexe, les risques les plus élevés concernaient les maladies liées à l’alcool (OR 2,06), le cancer métastatique (OR 1,98), l’épilepsie (OR 1,93), la dialyse ou l’insuffisance rénale terminale (OR 1,92) et la BPCO (OR 1,88). D’autres facteurs significatifs étaient la présence de stomie (OR 1,72), de transplantation (OR 1,62), l’état grabataire (OR 1,57), l’anémie (OR 1,57), les infections urinaires (OR 1,54), la pneumonie (OR 1,52), la démence (OR 1,49), le diabète (OR 1,37) et la transfusion initiale (OR 1,34). À l’inverse, un diagnostic de Covid‑19 semblait associé à une légère diminution du risque (OR 0,80).
En analyse de sous-groupes, les réadmissions non programmées étaient particulièrement fréquentes après hospitalisation médicale chez les sujets âgés (11,1 %) et chez les patients fragiles (grabataires, dénutris/sarcopéniques), ceux avec démence ou pris en charge en hospitalisation à domicile.
Renforcer les soins de transition pour réduire les réadmissions
Les auteurs discutent le rôle des pathologies chroniques (cancer, BPCO, dialyse, démence, diabète), des situations médico‑sociales complexes (alcoolisme, isolement) et des dispositifs/thérapies (stomie, transfusion) comme marqueurs de vulnérabilité, mais aussi comme cibles potentielles d’interventions (renforcement de la réadaptation, éducation, suivi post‑hospitalisation, prise en charge palliative et sociale). Ils concluent que la réduction des réadmissions passe moins par des mesures purement hospitalières que par un renforcement de la continuité des soins (transitional care, coordination ville‑hôpital, télésuivi, implication du généraliste comme “case manager”) et le développement des soins palliatifs et sociaux pour offrir aux patients complexes le lieu de prise en charge le plus approprié.
Dans les grandes séries internationales, les taux de réadmissions non programmées à 30 jours se situent entre 5 et 20 % selon l’âge, la pathologie et le type de séjour. En France, pour la chirurgie, un rapport récent montre qu’en 2023, 8,5 % des actes chirurgicaux sont suivis d’une réadmission non programmée à 30 jours, soit environ 743 000 actes concernés (2). La chirurgie ambulatoire présente un taux nettement inférieur à la chirurgie conventionnelle (5,14 % vs 13,9 % à 30 jours en 2023), avec des écarts similaires à 3 et 7 jours. Les taux varient fortement selon la spécialité : en 2023, l’ophtalmologie est autour de 5,4 % et l’urologie atteint 15,9 % de réadmissions non programmées à 30 jours. Une part importante des réadmissions implique un niveau de gravité élevé : parmi les réhospitalisations chirurgicales à 30 jours, 26,8 % passent par les urgences ou la réanimation et 1,68 % sont suivies de décès.
Les soins de transition reposent sur un encadrement structuré de la sortie : évaluation gériatrique, bilan nutritionnel, rééducation précoce, ajustement des traitements, conciliation médicamenteuse (3). Sur le plan formel, un plan de sortie clair doit être remis au patient et adressé au médecin traitant (signes d’alerte, conduites à tenir, rendez‑vous programmés). Enfin, comme pour la chirurgie ambulatoire, un contact systématique à J2–J5 (infirmière de coordination, médecin traitant) est à prévoir. Pour certaines pathologies, le développement d’outils numériques va permettre la télésurveillance de pathologies chroniques (insuffisance cardiaque, BPCO, diabète) avec alertes précoces (poids, symptômes, constantes).
En pratique clinique, les patients à haut risque (âge, polypathologie, fragilité, contexte social, antécédents de réadmission) doivent être repérés ce qui doit faire déclencher, dès l’admission, un parcours de sortie anticipé avec coordination ville‑hôpital, éducation, et un suivi post‑hospitalisation structuré plutôt que de considérer la sortie comme la fin du soin