Supprimer les subventions aux associations européennes de la santé menace la démocratie
Des associations européennes de la santé ont mis la clé sous la porte après la perte de subventions de fonctionnement en 2025. Le projet de programme EU4health en 2026 ne rétablit pas ce soutien. Certains États membres, dont la France, se mobilisent.
Par Pia Hémery
Le 23 juillet 2025, la Commission européenne a publié son programme de travail pour 2025 dans le domaine de la santé. Or celui-ci a fait l’impasse sur les subventions de fonctionnement des associations européennes de patients et de santé publique malgré la signature d’accords-cadres pluriannuels de partenariat avec plusieurs organisations. Dès septembre 2025, la EU4health Civil Society Alliance a donc écrit à la présidente de la Commission européenne ainsi qu’à plusieurs commissaires européens pour dénoncer cette décision, qui prive les associations de financement pour leur action de plaidoyer en défense des droits des usagers et citoyens de l’Union européenne dans le domaine de la santé.
Ce courrier est pourtant resté sans effet et certaines organisations non gouvernementales ont été contraintes de fermer ou de réduire drastiquement leurs effectifs. À l’instar d’Eurocare, qui lutte contre les méfaits liés à l’alcool, et dont le bureau de Bruxelles (Belgique) a fermé à l’automne dernier. « La plupart des gens ignorent à quel point l’Union européenne influence les politiques de santé nationales. […] 30 000 lobbyistes sillonnent quotidiennement les couloirs de l’Union européenne pour défendre les intérêts de leurs employeurs. Eurocare a été l’une des rares voix professionnelles à défendre la santé publique dans ce même espace », a déclaré Florence Berteletti, secrétaire générale de l’association, dont les propos sont repris dans un communiqué le 30 octobre 2025 annonçant la fermeture du bureau bruxellois.
Atteinte à la démocratie en santé
Arrêter de financer les associations européennes est un choix politique et une atteinte grave à la démocratie en santé […]. L’objectif est manifestement d’affaiblir et de faire taire la société civile, alors que les lobbys industriels n’ont jamais été aussi puissants et écoutés à Bruxelles.
Gérard Raymond, président de France assos santé, cité dans un communiqué
Étant donné que le projet de programme de travail pour 2026 dans le domaine de la santé, présenté par la Commission européenne aux États membres le 24 février dernier, exclut à nouveau les subventions de fonctionnement pour la société civile du secteur de la santé, une coalition de treize États membres, dont la France, s’est formée. Elle appelle à reconsidérer cette décision.
Dans la foulée, par communiqué le 4 mars, la EU4health Civil Society Alliance se félicite de cette initiative. « Faute de financement stable, l’expertise durable et indépendante qui sous-tend des décisions équilibrées et fondées sur des données probantes, ainsi que leur diffusion et leur application rapides, s’érode », défend-elle. Et d’ajouter que « supprimer une ligne budgétaire représentant environ 1% du programme EU4health n’améliore pas significativement l’efficacité budgétaire mais affaiblit considérablement le pilier de l’intérêt public dans la gouvernance de la santé au sein de l’Union européenne ». Selon l’alliance, « le rétablissement des subventions de fonctionnement pour la société civile du secteur de la santé dans le cadre du programme de travail EU4health 2026 enverrait un signal fort et opportun de soutien, démontrant que l’Union européenne considère l’expertise civique indépendante et durable comme une composante essentielle de la gouvernance et qu’elle entend jouer un rôle moteur dans sa protection, à un moment où la démocratie mondiale est mise à rude épreuve. »