De nombreuses listes apartisanes, portées par une exigence de démocratie directe, l’ont emporté dès le premier tour des municipales.

Municipales : des listes citoyennes en progression, face à « une somme de vents contraires »

17 mars 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=QApG8ule9ek3NTxu7yHxY7ESpFaWH4ho_CgSugEm0dkrX3RH4VAfUFty965Vx41rlUsAfuRfXl8K-Yclgg4

Par Amélie p

De nombreuses listes apartisanes, portées par une exigence de démocratie directe, l’ont emporté dès le premier tour des municipales. Marquant une nette progression par rapport à 2020, et une volonté de faire de la politique autrement.

Loin des manœuvres des grands appareils, dans les communes rurales et périurbaines, des listes citoyennes ont largement émergé ces dernières années. Et celles qui prônent démocratie directe, justice sociale et transition écologique ont créé la surprise dimanche soir.

Que ce soit à Briançon (Hautes-Alpes), où la liste critique des Jeux olympiques 2030, nouvelle sur l’échiquier local, s’est qualifiée pour le second tour, ou à Crest (Drôme), où une liste citoyenne a détrôné dès dimanche soir cette ville gouvernée à droite, de subtils changements de majorité sont en train de s’opérer dans les territoires, augurant peut-être de nouvelles façons de faire de la politique locale.

S’agit-il d’une tendance de fond ? Quels en sont les ressorts ? Entretien avec Élisabeth Dau, directrice des études et des recherches de la coopérative Fréquence commune, qui suit de près ce type de listes depuis 2020 et a produit un rapport sur le sujet.

Manifestation contre l’implantation de l’usine Pure Salmon, dans le Médoc, au Verdon-sur-Mer, le 18 janvier 2026. © Photo Laurent Theillet / Sud Ouest / PhotoPQR via MaxPPP

Mediapart : Au Verdon-sur-Mer, en Gironde, une liste citoyenne qui s’oppose à un projet de méga-usine de saumon est arrivée en tête du premier tour ; à Felletin, dans la Creuse, la liste du maire sortant, sans étiquette, a été reconduite dès le premier tour… Et il y a de nombreux exemples, dans les petites et moyennes communes, de succès électoraux sans rapport avec des appartenances partisanes. Quelle est l’ampleur du phénomène ?

Élisabeth Dau : À Fréquence commune, nous comptabilisons les listes « citoyennes et participatives », c’est-à-dire qui ne sont pas affiliées à un parti politique, qui sont coconstruites avec les habitants, et pour lesquelles les élections des têtes de liste se font sans candidat. Ce qui donne des compositions plus diversifiées que les listes classiques, en particulier sur la représentation féminine : pour ces municipales, 40 % de ces listes sont emmenées par des femmes, contre 25 % pour la moyenne nationale. On les trouve, principalement, dans des communes de 1 000 à 15 000 habitants.

Ces listes ont été deux fois plus nombreuses cette année qu’en 2020 : 700 étaient candidates, contre 384 il y a six ans, et moins de 5 en 2014. C’est un phénomène qui s’étend, et qui réussit électoralement : dimanche soir, 126 ont été élues dès le premier tour, et 171 se sont qualifiées pour le second, certaines en position favorable. C’est, là aussi, un score qui double par rapport à 2020, où 66 listes comptabilisées par Fréquence commune avaient été élues au premier tour.

Comment expliquez-vous cette progression ?

Il y a une émulation depuis 2020 : ces listes s’inspirent les unes les autres, elles se suivent, notamment sur la façon de faire campagne, d’organiser les débats… Il y a aussi, de façon évidente, une lassitude de la politique partisane. D’après nos indicateurs, une majorité de citoyennes et de citoyens ne veulent plus de parti politique à la tête de leur commune. Mais cela ne signifie pas qu’ils ne veulent plus faire de politique !

Il y a au contraire une envie de démocratie, et de démocratie directe. Sur les communes où ces listes sont présentes depuis 2020, le taux de participation était d’ailleurs élevé dimanche : 65,68 %. C’est presque 10 % de plus qu’au niveau national, et c’est 10 % de plus que la participation sur ces communes il y a six ans. Il y a aussi la conviction qu’à l’échelle de petites et moyennes communes, on a plus de marge de manœuvre, que c’est plus facile d’y faire de la politique que dans les grandes agglomérations.À lire aussiDes projets destructeurs au cœur de la bataille des municipales

Ces résultats sont étonnants, car ces listes ont fait face à une somme de vents contraires. Il y a tout d’abord le climat général de résignation, on ne soupçonnait pas ce réservoir d’énergies locales. Mais il y a eu aussi pendant la campagne une forte nationalisation du débat : à un an de la présidentielle, on ne parlait que de cela, et l’extrême droite a surmédiatisé cette élection. Or, au soir du premier tour, le Rassemblement national (RN) a emporté cinq fois moins de mairies que les listes citoyennes que nous avions répertoriées.

Les listes citoyennes et participatives élues en 2020 ont-elles confirmé leur succès ? Quel score ont-elles obtenu au premier tour ?

Plusieurs ont été réélues dès dimanche. C’est le cas au Plessé et à La Montagne, en Loire-Atlantique, à Vaour (Tarn), au Bourget-du-Lac (Savoie), à Saint-Nazaire-en-Royans (Drôme), où l’équipe municipale sortante avait réussi à écarter un projet de carrière…

D’autres sont qualifiées pour le second tour, à Concarneau et à Quimper, dans le Finistère, à Die (Drôme), à Castanet-Tolosan (Haute-Garonne), mais aussi dans des villes plus importantes comme Blois (Loir-et-Cher) et Poitiers (Vienne).

D’autres, qui étaient dans l’opposition et ont mené un patient travail de terrain tout au long du mandat, ont obtenu de bons scores ; il va être intéressant de regarder ce qu’elles vont faire au second tour, comme à Albi (Tarn) ou à Saint-André-lez-Lille (Nord), une exception dans le paysage du nord-est de la France, où les listes citoyennes sont peu présentes.

Certaines se retrouvent par ailleurs face au RN au second tour. C’est le cas à Gap (Hautes-Alpes) et au Thor (Vaucluse). Et à Melle, dans les Deux-Sèvres, la liste citoyenne de la mairie sortante, qui a engagé pendant le mandat un débat public sur l’usage de l’eau dans ce territoire marqué par les mégabassines, est en difficulté. Si elle est qualifiée pour le second tour, elle n’est pas du tout assurée de l’emporter face à une opposition soutenue par des syndicats agricoles qui avaient déballé, à l’automne, des tas d’ordure sur la place du village.

Les questions environnementales constituent-elles un axe important de ces listes ?

Comme en 2020, on trouve dans leurs revendications l’ambition d’opérer une triple transition locale : à la fois démocratique, sociale et écologique. Elles ont surtout une forte exigence de parité sociale et sont, de fait, plus diversifiées que les autres listes. Mais elles travaillent beaucoup sur les questions de logement et d’alimentation, et l’écologie est parfois un axe structurant.

C’est le cas à Plessé, commune de quelque 5 000 habitants où la liste menée par Aurélie Mézière a été reconduite dimanche, à une voix près. Durant son mandat, toute la politique municipale a tourné autour d’une « PAAC » (politique agricole et alimentaire communale) incluant habitants et agriculteurs. Elle a œuvré pour l’installation de nouvelles personnes en agriculture, pour la production biologique, pour préserver le foncier…

Même chose à Auray, ville de 14 000 habitants dans le Morbihan, où l’équipe sortante se trouve en tête pour le second tour. 14 % du budget municipal d’investissement a été consacré à l’agriculture et à l’alimentation : la mairie a acheté une ferme, salarié un agriculteur, relocalisé le circuit des cantines scolaires… Aujourd’hui, 900 repas par jour y sont bios et locaux.

Quel enseignement peut-on tirer de ces résultats, même s’ils recouvrent des réalités politiques et territoriales différentes ?

Ils montrent une tendance de fond à vouloir faire de la démocratie autrement. Ils montrent aussi que le paysage, dans les petites et moyennes communes, est en train de se renouveler, avec des nouveaux profils et la promesse d’une politique transformatrice. C’est un signal très positif, dans un contexte de budgets restreints où les prochains conseils municipaux seront contraints de faire des choix difficiles. Dans ces communes, il y a désormais de grandes chances que ces choix se fassent avec davantage de concertation des habitants.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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