La guerre en Iran ravive la question du rôle de la France au Moyen-Orient au sein des partis politiques
Alors que la crainte d’un embrasement autour de l’Iran percute le débat à deux semaines du premier tour des élections municipales, la position de la France dans la région interroge.
Par Mariama Darame, Alexandre Pedro, Olivier Pérou et Marie Pouzadoux
Publié le 03 mars 2026 à 10h30, modifié le 03 mars 2026 à 13h46 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/03/03/la-guerre-en-iran-ravive-la-question-du-role-de-la-france-au-moyen-orient-au-sein-des-partis-politiques_6669337_823448.html

A l’Elysée, la gravité d’une crise se mesure bien souvent au nombre de conseils de défense convoqués par Emmanuel Macron. En soixante-douze heures, l’attaque conjointe d’Israël et des Etats-Unis contre l’Iran, samedi 28 février, a déjà fait l’objet de trois réunions secret-défense. La dernière en date s’est tenue lundi 2 mars au soir, quelques heures après un discours très attendu du chef de l’Etat sur la doctrine française en matière de dissuasion nucléaire. « La guerre en cours au Proche et Moyen-Orient (…) porte et portera son lot d’instabilité et d’embrasements possibles à nos frontières », a prévenu le chef de l’Etat lors de son déplacement sur la base de l’île Longue, à Brest (Finistère), promettant de revenir sur le sujet dans les « prochains jours ».
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La crainte d’un embrasement au Moyen-Orient après l’assassinat du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, percute le débat politique, à deux semaines du premier tour des élections municipales. Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, a demandé, dimanche, à Emmanuel Macron de réunir les dirigeants des partis représentés au Parlement « pour éclaircir le rôle de la France » ainsi que « les enjeux sécuritaires, géopolitiques, économiques et énergétiques » dans la guerre en Iran.
Lundi, la présidente du groupe « insoumis » à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a réclamé la tenue d’un débat avec vote au Parlement en vertu de l’article 50-1 de la Constitution, sur la situation au Moyen-Orient. Elle s’est indignée contre « la fuite en avant de [Benyamin] Nétanyahou et de [Donald] Trump, fossoyeurs du droit international, qui doivent leur survie politique et judiciaire à la guerre permanente ».
La controverse sur la position de la France est déjà lancée face à cette nouvelle intervention militaire israélo-américaine menée dans le mépris du droit international. Si, dans un premier temps, l’exécutif a semblé privilégier l’approche diplomatique, l’ampleur de la riposte iranienne dirigée contre les pays alliés de la France dans la région l’a conduit à adopter un discours plus offensif vis-à-vis de l’Iran. Ainsi, la France « se tient prête, conformément aux accords qui la lient à ses partenaires [du Golfe] et au principe de légitime défense collective prévue par le droit international, à participer à leur défense », a confirmé, lundi, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, lors d’une conférence de presse.
Aveu d’impuissance
« Nous devons aujourd’hui, d’abord, nous tenir aux côtés de nos alliés dans la région, qui subissent les représailles du régime de Téhéran, et soutenir le peuple iranien dans son espoir de liberté », résume l’ancien premier ministre et député (Les Républicains, LR) de Paris Michel Barnier, tandis que le chef de la droite, Bruno Retailleau, a déjà édicté la ligne de sa famille. S’il met en garde contre « les conséquences d’un recours unilatéral à la force », il reste fidèle à sa conviction : l’urgence est de renverser le régime des mollahs, qu’il qualifiait de « totalitarisme islamique vieux de cinquante ans », dans une tribune publiée par Le Monde le 24 janvier. Un objectif louable pour Julien Aubert, l’un des vice-présidents de LR, mais qui ne doit pas occulter le risque de déstabilisation de la région, alors que les conséquences géopolitiques des interventions en Irak et en Afghanistan « ne sont toujours pas digérées » deux décennies plus tard.
Dominique de Villepin, l’ancien ministre des affaires étrangères de Jacques Chirac, pourfendeur de l’invasion de l’Irak en 2003, ne dit pas autre chose. Il a jugé, lundi sur France Inter, que « les Etats-Unis [allaient] payer très cher cet oubli d’un ordre international ». « On sait tous que quand les objectifs ne sont pas précis (…), il y a le risque de l’enlisement », estime celui qui prépare sa candidature pour 2027, en surfant sur « cette nostalgie du gaullisme et de cette France autrefois perçue comme une grande puissance, capable d’intervenir comme arbitre dans les conflits internationaux », souligne le politiste Luc Rouban.
Samedi, Emmanuel Macron a reconnu que la « France n’a été ni prévenue ni impliquée, tout comme d’ailleurs l’ensemble des pays de la région et nos alliés », tel un aveu d’impuissance, renforcé par la marginalisation des Européens dans le dossier iranien.
Incertitudes
Pour y remédier, le chef du parti présidentiel, Gabriel Attal, plaide pour un changement radical de « doctrine » dans la perspective de 2027. Jugeant que les bombardements conduits par les Etats-Unis sans mandat du Congrès américain et de l’Organisation des Nations unies sont « un nouveau symptôme du fait que tous les cadres de référence que nous avons connus n’existent plus », le secrétaire général de Renaissance défend l’avènement d’« un multilatéralisme conditionnel et réciproque » donnant la primauté au « rapport de force », comme il l’avait déjà promu lors de l’intervention américaine au Venezuela, au risque de heurter son propre camp.
« C’est un terrible manque de culture stratégique et géopolitique, fustige l’eurodéputée Renew et membre d’Horizons Nathalie Loiseau. On ne peut pas dire que l’Iran viole le droit international à longueur de temps et nous-mêmes en faire fi. » Face aux incertitudes engendrées par l’attaque israélo-américaine, le chef de file d’Horizons, Edouard Philippe, qui a mis sur « pause » sa campagne présidentielle pour se consacrer à sa réélection au Havre (Seine-Maritime), s’abstient pour le moment de tout commentaire.
Une stratégie aux antipodes de celle de Jean-Luc Mélenchon, qui a « dénoncé la négation de tout droit international » dimanche, à la tribune d’un meeting à Perpignan pour la campagne des municipales. Fidèle à sa tradition anti-impérialiste et de « non-alignement », le chef de file des « insoumis » a renvoyé dos à dos le pouvoir américain, celui d’Israël et l’Iran. « C’est la première fois qu’il y a une guerre où il n’y a pas de gentils (…), avec des gouvernements qu’on n’aime pas », a-t-il lancé.
Si M. Mélenchon a condamné le régime iranien, qu’il dit « combattre depuis la première heure », et a qualifié Ali Khamenei de « bourreau de peuple ». Sur le réseau social X, l’eurodéputée « insoumise » Rima Hassan, a elle considéré que l’Iran avait « le droit de se défendre et Israël le droit de la fermer ». Elle a également partagé, sur X, le dessin d’un drapeau américain en flammes.
Sur un ton moins clivant, l’eurodéputé (Place publique) Raphaël Glucksmann a affirmé qu’« on ne p[ouvait] pas suivre de manière inconditionnelle Trump et Nétanyahou ». « Afin d’éviter que le chaos ne succède à la tyrannie », le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a appelé, dès dimanche sur X, à ce qu’un « processus de transition placé sous l’égide des Nations unies » soit mis en place urgemment. « Il nous reste une boussole dans ce monde, c’est le droit international », a ajouté la dirigeante des Ecologistes, Marine Tondelier, dimanche sur France 3. L’un des rares points de convergence à gauche.
Mariama Darame, Alexandre Pedro, Olivier Pérou et Marie Pouzadoux
La France et la diplomatie du dilemme. L’édito de Bruno Jeudy sur la guerre au Moyen Orient
Retrouvez l’éditorial de Bruno Jeudy, directeur délégué de « La Tribune Dimanche ».

Publié le 07/03/26 à 23:59 https://www.latribune.fr/article/idees/3214342714021614/la-france-et-la-diplomatie-du-dilemme-l-edito-de-bruno-jeudy-sur-la-guerre-au-moyen-orient

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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Une semaine après le déclenchement de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, la France marche sur un fil. Elle oscille entre prudence stratégique et impuissance assumée. Dans cette séquence de haute tension, Emmanuel Macron tente d’endosser le rôle du médiateur, capable de parler à tous. Une ambition classique de la diplomatie française. Mais dans un monde redevenu brutal, la parole de l’intermédiaire risque surtout de se perdre dans le vacarme des canons.
Le président de la République a d’abord été tenu à distance du déclenchement des frappes. Preuve, s’il en fallait une, du déclassement relatif de Paris dans les cercles de décision. Puis Donald Trump a fini par lui téléphoner, geste diplomatique minimal mais aussitôt interprété à l’Élysée comme la confirmation d’être utile. Dans le même temps, à Paris, on assure que « les canaux avec l’Iran restent ouverts ». Une ligne d’équilibre, fragile par nature. À vouloir parler à tout le monde, la France court le risque de n’être vraiment écoutée par personne.
Le dilemme est ancien. Nostalgique d’une grandeur gaullienne où le siège permanent au Conseil de sécurité garantissait une capacité d’influence, le Quai d’Orsay se heurte désormais à la réalité d’un monde dominé par des rapports de force plus crus. L’indépendance stratégique française, si souvent invoquée, relève-telle encore d’une politique ou déjà d’une posture ? Certes, Paris ne s’aligne pas systématiquement sur Washington, à la différence de Londres. Certes, nos grandes entreprises ont longtemps parié sur l’ouverture de l’Iran : Total, Peugeot ou Airbus avaient investi et noué des partenariats prometteurs. Mais lorsque les sanctions américaines sont tombées, la réalité économique a parlé : tous ont plié bagage.
Dialogue, désescalade, diplomatie. Néanmoins, ces mots suffisent-ils dans un contexte international dominé par la polarisation et la brutalité ?
Cette contradiction résume la situation actuelle. Emmanuel Macron se retrouve face à une mission presque impossible : maintenir une position d’équilibre dans un conflit qui exige des choix clairs. La guerre n’aime pas les nuances. L’allocution télévisée du chef de l’État, sobre et pédagogique, a été saluée jusque dans l’opposition. Elle a rappelé la ligne française : dialogue, désescalade, diplomatie. Néanmoins, ces mots suffisent-ils dans un contexte international dominé par la polarisation et la brutalité ? À vouloir ménager tous les protagonistes de la crise, Paris risque surtout de susciter la méfiance générale. Les alliés arabes observent une France qui prône le dialogue avec Téhéran tout en vendant des armes aux Émirats ou à l’Arabie saoudite. Les dirigeants iraniens, eux, voient dans Paris un vassal des États-Unis déguisé en médiateur.
Quant à Donald Trump, il juge Emmanuel Macron naïf face aux ambitions régionales de l’Iran et à ses relais du Hezbollah. Aussi abrupts qu’excessifs, les mots du président américain traduisent une réalité difficile à contester : la France est devenue une puissance moyenne dans un monde dominé par des empires stratégiques. Le pays de Talleyrand peut encore proposer, dialoguer, convaincre parfois. Il ne décide plus vraiment.
L’opinion publique française l’a d’ailleurs compris. Elle ne voit pas très bien quels bénéfices justifieraient une implication plus directe dans cette guerre. Entre prudence et résignation, la France semble condamnée à commenter les soubresauts du monde plus qu’à les orienter.
Mort d’un soldat français au Kurdistan irakien : Paris ne veut pas se laisser entraîner dans la spirale de la guerre au Moyen-Orient
La France fait en sorte de se tenir à l’écart depuis le début de l’offensive israélo-américaine contre Téhéran. « Nous ne sommes pas engagés en guerre contre qui que ce soit », a rappelé Emmanuel Macron, jeudi.
Par Claire Gatinois et Elise Vincent
Publié le 14 mars 2026 à 05h30, modifié le 14 mars 2026 à 08h36 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/14/guerre-en-iran-la-mort-d-un-soldat-francais-au-kurdistan-irakien-complique-la-position-de-paris-face-au-conflit_6671148_3210.html

Sa mort est « inacceptable » pour la France. Emmanuel Macron l’a répété, vendredi 13 mars, depuis l’Elysée. L’adjudant-chef Arnaud Frion, militaire de 42 ans au parcours exemplaire, plusieurs fois cité à l’ordre de l’armée et décoré de la médaille militaire, en 2021, a été tué dans la nuit de jeudi à vendredi dans le Kurdistan irakien. Ce décès est un coup dur pour les autorités françaises. La frappe de drone, dont l’origine fait toujours l’objet d’investigations, est intervenue au douzième jour de la guerre déclenchée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. Un conflit dont la France, comme ses partenaires européens, tâche de se tenir éloignée.
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Cette attaque, qui a fait également six blessés parmi le petit contingent de soldats français déployés sur la base de Mala Qara, à Erbil, complique l’exercice d’équilibriste de la France face à cette nouvelle guerre qui embrase le Moyen-Orient. Paris est soucieux de respecter ses engagements de défense à l’égard de ses partenaires, sous le feu des représailles iraniennes, mais ne veut pas se laisser entraîner dans une spirale guerrière. « Nous ne sommes pas engagés en guerre contre qui que ce soit », a rappelé le chef de l’Etat.
Le conflit en Iran, lancé par les Etats-Unis et Israël sans en informer leurs alliés, a obligé la France à prendre des mesures pour protéger ses ressortissants et défendre ses intérêts et ceux de ses alliés. Lundi 9 mars, le porte-avions Charles-de-Gaulle, équipé d’une vingtaine de Rafale et escorté par huit frégates, a été positionné en Méditerranée orientale, non loin de Chypre, où une base aérienne britannique avait été ciblée par des attaques iraniennes. Le bâtiment, illustration de la puissance militaire française, est à une dizaine de jours de navigation du détroit d’Ormuz, où il pourrait se rendre afin de contribuer à libérer la navigation de pétroliers dans le cadre d’une missionpacifique, insistent les autorités françaises.
« Contenir l’escalade »
« La position de la France, purement défensive, ne saurait jamais justifier qu’on s’en prenne à elle », a rappelé M. Macron, vendredi. Pourtant, quelques heures après l’attaque d’Erbil, un groupe armé pro-iranien, Ashab Al-Kahf (« les compagnons de la Caverne », référence à une sourate du Coran), peu connu du renseignement militaire français, a dit, dans un communiqué diffusé sur Telegram, vouloir prendre pour cible les intérêts français dans la région, alors que Paris agit dans le cadre de la coalition internationale dirigée par Washington contre l’organisation Etat islamique (EI).
« Au nom d’Allah, l’humiliateur des arrogants ! Après l’arrivée du porte-avions français dans la zone d’opérations du commandement central américain et son implication dans les opérations, nous annonçons à partir de cette nuit que tous les intérêts français en Irak et dans la région seront la cible d’attaques », a écrit le groupe Ashab Al-Kahf, proche des gardiens de la révolution iraniens et lié au Hezbollah libanais.
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L’aéronef qui a coûté la vie à l’adjudant-chef Frion était un « drone Shahed », de conception iranienne, a affirmé à la presse le colonel François-Xavier de la Chesnais, chef de corps du 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces-Allières-et-Risset (Isère), auquel appartenait M. Frion. Un détail que n’a pas souhaité confirmer l’état-major des armées.
Dans la soirée de vendredi, un nouveau communiqué du groupe Ashab Al-Kahf revendiquait une attaque « contre les intérêts sionistes-américains à Erbil, dans le nord de l’Irak, menée par des drones le 13 mars 2026 ». Les experts ne peuvent toutefois affirmer que le groupe armé fait ici référence à la même frappe que celle qui a touché les commandos français.
Dans l’attente de résultats précis sur les circonstances de l’attaque, M. Macron a assuré que « la France continuera[it] de faire preuve de sang-froid », se refusant à échafauder le moindre « scénario (…) de politique-fiction ».
Le gouvernement irakien, lui, prône la retenue. Une réponse française porterait le risque d’entrer dans la logique des groupes armés agissant pour le compte de l’Iran, qui cherche à régionaliser le conflit pour faire enfler le coût de la guerre pour les Américains.
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« On compte sur la diplomatie française pour contenir l’escalade », confie, au Monde, une source diplomatique irakienne, rappelant que la France, qui s’était opposée « courageusement » à la guerre lancée par les Etats-Unis contre l’Irak en 2003, est un pays « ami ». Vendredi, le premier ministre irakien, Mohammed Chia Al-Soudani, a promis de prendre « les mesures nécessaires pour empêcher » de nouvelles attaques. Il a également assuré à M. Macron, lors d’un appel téléphonique, qu’une enquête serait menée.
L’Irak, pays-clé
« Aucun système [de défense sol-air] n’est totalement étanche », a reconnu l’état-major des armées, lors d’une longue conférence de presse, vendredi, à Paris. Avec l’explosion du nombre de drones en circulation et le perfectionnement de leur système de guidage ces dernières années, rien ne garantit que ce type d’embuscade ne se reproduise pas.
En dépit de ce danger, la France ne semble pas prête à retirer ses forces d’Irak, même temporairement, comme l’a annoncé l’Italie après une frappe similaire sur une de ses bases au Kurdistan irakien. Paris, très attaché à sa participation à la mission internationale contre l’EI, considère que l’Irak est un pays-clé pour sa sécurité intérieure, en raison de l’activisme de l’organisation djihadiste, qui n’a pas abandonné l’idée de fomenter des attentats projetés depuis la zone irako-syrienne.
Depuis 2023, la France cherche également à devenir un partenaire de choix, stable et consensuel pour l’Irak, alors que les Etats-Unis, dont l’image s’est abîmée, doivent amorcer un retrait de leurs effectifs, dans le courant de cette année. Vendredi, l’état-major des armées précisait simplement que les forces françaises étaient « disséminées » sur plusieurs sites et que leur « repositionnement » était adapté en fonction de « l’évolution de la menace ».
« Nous avons reçu des informations selon lesquelles le côté français, présent dans ce qui est appelé “la coalition internationale”, a suspendu son travail et a pris une position défensive et s’est retiré de certains de ses postes, ce qui est mieux pour lui afin de préserver ce qui reste de ses soldats », a réagi, dans la soirée de vendredi, le groupe Ashab Al-Kahf.
« Si la France choisissait de répliquer, elle entrerait dans la logique de Téhéran »
Après la mort d’un soldat français au Kurdistan irakien, le chercheur Robin Beaumont, spécialiste de l’Irak, estime, dans un entretien au « Monde », qu’une riposte française fragiliserait l’Irak, notamment.
Propos recueillis par Benjamin BarthePublié le 14 mars 2026 à 12h30, modifié le 14 mars 2026 à 12h44 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/14/si-la-france-choisissait-de-repliquer-elle-entrerait-dans-la-logique-de-teheran_6671192_3210.html

Vendredi 13 mars, la France a perdu un soldat, tué dans un tir de drone sur une base du Kurdistan irakien, tandis qu’une milice chiite irakienne, Ashab Al-Kahf, a menacé de s’en prendre aux intérêts français en Irak et au Moyen-Orient. Robin Beaumont, docteur en sciences politiques et spécialiste de l’Irak au cercle de réflexion Noria, analyse la place de ce pays dans la guerre en cours.
Que sait-on sur ce groupe qui menace la France, Ashab Al-Kahf ?
Ashab Al-Kahf fait partie d’une nébuleuse de groupes armés chiites pro-iraniens, qui se sont multipliés après 2017. La guerre contre l’Etat islamique (EI) était alors terminée et les groupes armés qui avaient participé à ce combat avaient été progressivement intégrés à l’Etat. Pour incarner l’« axe de la résistance » en Irak, l’Iran avait donc besoin de disposer de nouvelles factions, clandestines, distinctes de l’Etat irakien. Ashab Al-Kahf et les autres factions qui ont surgi à cette époque ont ainsi servi de prête-noms. Elles ont permis de continuer à lancer des opérations, notamment contre les forces américaines en Irak, sans entacher la réputation de ces groupes armés historiques, désormais engagés dans un processus de normalisation.
A quoi pourrait ressembler une éventuelle riposte française ?
L’hypothèse d’une riposte soulève de nombreuses questions. Il faut d’abord prendre garde aux attributions et aux revendications d’attaques, toujours difficiles à confirmer. Ashab Al-Kahf n’a d’ailleurs pas revendiqué explicitement l’opération qui a été fatale à l’adjudant-chef Arnaud Frion. Ensuite, ces factions écrans sont difficilement identifiables, puisqu’elles existent presque exclusivement par leurs communiqués.
Quel serait l’impact d’une telle riposte ?
Durant « la guerre de douze jours », en juin 2025, l’Iran a répondu aux bombardements d’Israël et des Etats-Unis par des frappes parfois spectaculaires, mais limitées géographiquement à Israël et pensées pour ne pas générer d’escalade susceptible de menacer le régime. Dans la nouvelle guerre, qui a commencé le 28 février, la stratégie de Téhéran est inverse. Elle consiste à riposter tous azimuts, à régionaliser la guerre au maximum, pour en accroître le coût, et à pousser les alliés des Etats-Unis à plaider pour la fin de la guerre auprès d’eux. De ce point de vue, si la France choisissait de répliquer militairement à l’attaque de la base de Mala Qara en frappant l’Irak, elle entrerait dans la logique de Téhéran et de ses alliés.
Cela affaiblirait l’Etat irakien…
Oui, et cela au moment où il traverse une phase difficile. Des élections ont eu lieu en novembre 2025 mais il n’y a toujours pas de premier ministre. Le candidat des partis chiites, Nouri Al-Maliki, un ancien chef de gouvernement, se heurte au veto des Etats-Unis qui le jugent trop proche de l’Iran et lui imputent la poussée de l’EI, en 2014. Le premier ministre sortant, Mohammed Chia Al-Soudani, a tout fait, depuis le 7 octobre 2023, pour tenir l’Irak à l’écart du conflit entre le Hamas et Israël.
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Avec quel résultat ?
Il y a eu de petites opérations contre les forces américaines et des tirs en direction d’Israël, montées par ce qu’on appelle la « Résistance islamique en Irak », mais sans grandes conséquences, y compris pendant « la guerre de douze jours ». Cela a été porté au crédit du premier ministre, mais c’était aussi le fait des groupes armés. Depuis la fin de l’EI, ces derniers ont accru leur mainmise sur les ressources de l’Etat. Ils n’avaient aucun intérêt à perdre le bénéfice de leurs dix années d’entrisme. L’élimination de Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah, en septembre 2024, leur a fait comprendre que la moindre provocation envers Israël était susceptible de mener à leur décapitation.
L’Irak arrivera-t-il à ne pas être aspiré par la guerre ?
Mohammed Chia Al-Soudani continue à dire que la décision d’entrer en guerre relève du gouvernement seul. Mais les attaques de roquettes et de drones se multiplient, et certaines factions menacent de s’en prendre à lui s’il entrave leur action. L’Iran appelle les membres de l’« axe de la résistance » à participer à sa stratégie d’escalade et de régionalisation. Un des facteurs de modération, c’est l’attitude de l’ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite d’Irak. En 2014, en réponse à l’avancée de l’EI, il avait lancé un appel explicite à défendre le pays, qui avait donné lieu à la mobilisation de dizaines de milliers de volontaires. Beaucoup apprécieraient qu’il réédite cet appel. Mais il s’est contenté de condamner l’agression israélo-américaine et de soutenir les manifestations de solidarité avec la République islamique dans les espaces publics. Une prise de parole visant à éviter d’être interprétée comme un appel à la mobilisation armée.
*Iran : la France s’engage dans le conflit dans une logique « strictement défensive »
Dans une allocution solennelle, mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi du porte-avions « Charles-de-Gaulle » en Méditerranée orientale, confirmant le scénario d’un embrasement régional au Moyen-Orient.
Par Claire Gatinois
Publié le 04 mars 2026 à 01h15, modifié le 04 mars 2026 à 09h12 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/04/iran-la-france-s-engage-dans-le-conflit-dans-une-logique-strictement-defensive_6669427_3210.html

Cette guerre, la France ne l’a pas voulue. Mais voici le pays plongé, presque à son corps défendant, dans un conflit régional au Moyen-Orient à l’issue incertaine, déclenché par l’opération « Fureur épique » lancée samedi 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran.
Lors d’une allocution solennelle, prononcée à 20 heures, mardi 3 mars, Emmanuel Macron a annoncé l’implication de la France dans des opérations militaires effectuées dans une logique « strictement défensive », a-t-il précisé. « C’est en effet notre responsabilité (…), elle vise à protéger et à restaurer le plus vite possible la paix », a justifié le président de la République, qui s’exprimait depuis son bureau de l’Elysée où était posé un petit soldat de plomb de la garde napoléonienne, en joue.
Depuis le lancement des hostilités, le régime iranien, qui joue sa survie, s’est attaqué en retour à Israël et aux intérêts américains de la région tout en visant les pays du Golfe et l’Europe. Lundi, la base militaire britannique d’Akrotiri, dans le sud de Chypre, a été frappée. Une « nouvelle situation est en train d’apparaître », a assuré Emmanuel Macron. « Les frappes devraient continuer dans les prochains jours pour affaiblir l’Iran et détruire ses capacités de riposte. Et en représailles, les frappes de l’Iran dans toute la région devraient alors se poursuivre », a-t-il prévenu, confirmant le scénario d’un embrasement régional.
Avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, la France promeut « la reprise de négociations diplomatiques » avec l’Iran. Vaine prière alors que les rapports de force et les logiques impériales s’imposent un peu partout dans le monde. Emportée, de facto, par le cours des événements, la France ne peut toutefois rester inactive quand ses intérêts et ceux de ses alliés sont touchés. « Il en va de [sa] crédibilité d’être ce partenaire de confiance qui honore ses engagements, surtout dans ces temps troublés », a expliqué le président français.
Pour soutenir Chypre, pays de l’Union européenne avec lequel la France a signé un partenariat stratégique en décembre 2025, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi de moyens supplémentaires de défense antiaérienne et d’une frégate française, le Languedoc. Le navire devait arriver au large de l’île dans la soirée de mardi.
L’heure est au pragmatisme
Paris, lié par des accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Emirats arabes unis, prendra part à des opérations défensives si nécessaire. « Nous leur devons solidarité », a argué le chef de l’Etat. « Nous sommes aussi liés par des engagements solides avec la Jordanie, l’Irak, et notamment, là-bas, nos alliés kurdes », a-t-il énoncé, rappelant que la France a abattu « en légitime défense » des drones dès les premières heures du conflit pour défendre l’espace aérien de ces pays amis. Pour renforcer les moyens déjà présents, des avions Rafale, des systèmes de défense antiaérienne et des radars aéroportés ont été déployés ces dernières heures, a précisé M. Macron. « Et nous continuerons autant que de besoin cet effort », a-t-il prévenu.
Enfin, pensant aux intérêts économiques du pays, la France entend bâtir une coalition pour réunir des moyens « y compris militaires », a dit le président, afin de reprendre et sécuriser le trafic de pétrole et de gaz dans le détroit d’Ormuz, actuellement fermé. « J’ai donné ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégates, de faire route vers la Méditerranée », a annoncé M. Macron.
Un effet de domino potentiellement vertigineux semble s’être amorcé depuis le 28 février. L’atteinte manifeste au droit international est déplorée. « Les Etats-Unis d’Amérique et Israël ont décidé de lancer des opérations militaires. Elles ont été conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver », a indiqué Emmanuel Macron.
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Mais le temps de 2003 où, de la tribune des Nations unies, la France brandissait le respect du droit international pour s’opposer à la guerre en Irak voulue par les Etats-Unis, est révolu. L’heure est au pragmatisme face à une opération militaire qui pourrait, en cas de succès, faire tanguer un régime jugé criminel. « L’histoire ne pleure jamais les bourreaux de leur peuple. Et aucun ne sera regretté », a estimé Emmanuel Macron, en référence aux agissements du régime iranien qui, en janvier, a encore réprimé dans le sang des manifestations, tuant des milliers de ses concitoyens.
« La République islamique d’Iran porte la responsabilité première de cette situation », a conclu le président français, rappelant que Téhéran a ignoré les mises en garde de l’Europe et de ses partenaires, en poursuivant ces dernières années le développement clandestin de son programme nucléaire, tout en étoffant son arsenal balistique à même de menacer le Vieux Continent. L’Iran est également coupable d’avoir « financé des groupes terroristes dans les pays voisins, le Hezbollah au Liban, les [rebelles houthistes] au Yémen, les milices chiites en Irak », et d’avoir « soutenu le Hamas [tout en persistant dans sa volonté] de détruire l’Etat d’Israël », a énuméré Emmanuel Macron.
La France n’est plus maîtresse des événements
Depuis ces dernières heures, la guerre s’étend au Liban. « Le Hezbollah a commis la faute majeure de frapper Israël et de mettre les Libanais en danger », a grondé Emmanuel Macron qui s’en est aussi pris à l’Etat hébreu, qui envisage, en représailles, une opération terrestre dans le pays. « Ce serait là aussi une escalade dangereuse et une erreur stratégique », a averti le président, appelant Israël « à respecter le territoire libanais et son intégrité ».
Admettant implicitement que la France n’est plus maîtresse des événements, le président s’est posé en protecteur des Français. « Face à cette guerre en train de s’étendre et dont nul ne sait dire aujourd’hui le terme, ma responsabilité est d’agir pour protéger notre pays, garantir la sécurité de nos compatriotes, et défendre l’intérêt national », a-t-il insisté sur un ton martial.
Le rapatriement des 400 000 Français présents au Proche-Orient qui souhaiteraient être évacués s’est enclenché dans la soirée de mardi. Un premier vol est arrivé tôt, mercredi matin, à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle en provenance d’Oman, a constaté l’Agence France-Presse. Enfin, face aux craintes d’opérations terroristes qui pourraient être orchestrées directement ou indirectement par le régime iranien, le président réclame le renforcement du dispositif de protection militaire « Sentinelle ».
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Après la mort d’un soldat français au Moyen-Orient, le débat s’intensifie sur la position « strictement défensive » de la France. Les clés pour comprendre les enjeux.
Par Lara Pino Lerro
Publié le 14 mars 2026 à 06h00, modifié le 14 mars 2026 à 11h35 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/03/14/iran-la-france-est-elle-en-guerre-le-debat-resume-en-conversation-sms_6671161_4355770.html
Le 3 mars, le président de la République, Emmanuel Macron, annonçait l’engagement de la France dans une logique « strictement défensive » dans la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran. Dix jours plus tard, le chef de l’Etat tente de maintenir cette ligne de crête délicate, alors que les points de tension se multiplient, et qu’un militaire français est mort, dans une attaque revendiquée par un groupe armé pro-iranien en Irak, jeudi 12 mars.
Si le président français refuse pour l’heure d’engager plus profondément le pays dans le conflit, la question d’un basculement de la France dans la guerre au Moyen-Orient s’invite avec une insistance croissante. Pour tenter de comprendre où nous en sommes, Les Décodeurs imaginent un dialogue fictif entre deux amis sur le sujet, entrecoupés d’éclairages et de faits – bien réels, eux.
Victor Cassandre
T’as vu les infos ?
Nadia Sereine
Non ?
Un soldat français, Arnaud Frion, a été tué, et six autres blessés, lors d’une frappe de drône d’origine iranienne sur une base militaire dans la région d’Erbil, au Kurdistan irakien, le jeudi 12 mars.
Les soupçons se portent vers le groupe armé irakien pro-iranien Ashab Al-Kahf, qui a annoncé dans la foulée de l’attaque vouloir prendre pour cible désormais « tous les intérêts français en Irak et dans la région ».
Le Monde Le thème de la conversation a été changé :
Où on en est ?
Victor Cassandre
C’est chaud, on est en guerre !
Nadia Sereine
Mais non, pas du tout, arrête de dramatiser !
Victor Cassandre
On est impliqués dans des frappes aériennes, on a envoyé notre porte-avions en Méditerranée… Ça commence quand même à y ressembler !
Nadia Sereine
Hmm… La position de la France me paraît plus compliquée que ça, regarde :
Nous devons être aux côtés de nos amis et alliés de la région pour leur sécurité et leur intégrité territoriale. [Cette implication] est strictement défensive, elle vise à protéger et restaurer le plus vite possible la paix.
Emmanuel Macron, président de la République, dans une allocution le 3 mars
La France est mobilisée sur la protection de nos ressortissants, de nos emprises, et sur l’accompagnement que nous apportons aux pays avec lesquels nous avons des accords de défense […]. Nous sommes dans une position de protection, nous n’attaquons pas.

Catherine Vautrin, ministre des armées, sur RTL le 5 mars Le thème de la conversation a été changé :
Une position défensive ?
Victor Cassandre
Oui, mais ça c’était avant ! Un de nos militaires est mort, maintenant. Ça change les choses.
Nadia Sereine
Pas du tout. Regarde Macron, il n’a pas changé de position :
J’ai rappelé la position de la France. Elle est claire dans la région, elle est défensive. Nous ne sommes pas engagés en guerre contre qui que ce soit.
[Notre présence militaire en Irak] s’inscrit dans le strict cadre de la lutte contre le terrorisme. La guerre en Iran ne saurait justifier de telles attaques.
Emmanuel Macron, président de la République, dans une allocution le 13 mars
Victor Cassandre
« Position défensive »… C’est du blabla politique, ça ! Les experts, ils ne disent pas la même chose :
La France est en guerre depuis ce matin (…) Pour nous défendre, nous allons prendre part à cette guerre
Le général français Vincent Desportes, sur Public Sénat le 2 mars
Nadia Sereine
🤔
Moi j’ai plutôt l’impression que la majorité des spécialistes restent plus prudents sur la question…
La France n’est pour l’instant pas en guerre, car personne ne l’a attaquée sciemment et elle n’a attaqué personne.
Michel Goya, historien militaire et ancien colonel des troupes de marine, au Monde
Il serait exagéré de dire que la France est en guerre contre l’Iran, dans la mesure où ses intérêts n’ont été visés que marginalement (la base française à Abu Dhabi).
Mais on peut dire qu’elle se retrouve impliquée dans le conflit, car ses intérêts sont affectés, y compris de manière indirecte, par les disruptions des prix de l’énergie, du commerce international, ou encore par la mise en danger de ses ressortissants.
Camille Lons, spécialiste de la politique étrangère des pays du Golfe, au Monde
Nadia Sereine
Tu vois bien, ils disent que la France protège avant tout ses ressortissants et ses intérêts. C’est tout !
Le thème de la conversation a été changé :
Le problème des alliances
Victor Cassandre
Oui, mais si nos alliés sont attaqués, on est obligés d’intervenir, non ?
Nous avons des accords de défense qui nous lient [avec] le Qatar, le Koweït, et les Emirats arabes unis […]. Nous sommes aussi liés par des engagements solides avec la Jordanie, l’Irak, et notamment là-bas nos alliés kurdes […] qui savent pouvoir compter sur nous.
Emmanuel Macron, président de la République, dans une allocution le 3 mars
Nadia Sereine
C’est vrai, ça !
La France est liée aux pays du Golfe depuis les années 1990 par plusieurs accords de défense, en particulier avec les Emirats arabes, et dans une moindre mesure avec le Qatar et le Koweït. Si ces pays se retrouvent attaqués, ce qui est le cas actuellement, la France peut donc être amenée à leur porter une assistance défensive, notamment en envoyant du matériel de défense.
Si de tels accords n’existent pas avec la Jordanie ou l’Irak, la France coopère avec eux, avec des exercices militaires conjoints ou dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. La France a également récemment signé un contrat de coopération avec Bahreïn qui permet l’échange d’informations et la vente d’armes, comme c’était déjà le cas avec l’Arabie saoudite et Oman.
Les Décodeurs
Victor Cassandre
Tu vois bien, si ce n’est pas ça être en guerre, ça y ressemble quand-même fort…
Sans compter que Chypre a été touchée. Avec la solidarité européenne, on court clairement vers l’escalade !
Dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 mars, un drone de type Shahed, de fabrication iranienne, a frappé la base britannique d’Akrotiri, dans le sud de Chypre.
Le Monde
Lorsque Chypre est attaquée, c’est l’Europe qui est attaquée […] La défense de Chypre est évidemment une question essentielle pour […] la France et avec elle l’Union européenne.
C’est ce qui nous a conduits à déployer une section de défense antiaérienne Mistral et à déployer immédiatement la frégate Languedoc.
Emmanuel Macron, président de la République, dans une allocution depuis Chypre le 9 mars
Nadia Sereine
Oui mais, Chypre ou pas Chypre, le position de Macron reste la même.
Notre objectif est de nous tenir de manière strictement défensive aux côtés de tous les pays qui sont attaqués par l’Iran dans sa riposte, d’assurer aussi notre crédibilité et de contribuer à la désescalade régionale.
Emmanuel Macron, président de la République, dans une allocution depuis Chypre le 9 mars
Victor Cassandre
Oui, enfin, entre nos alliances et le matériel militaire qu’on envoie, tu ne peux pas nier qu’on est déjà très impliqués dans cette guerre 🙄
Et qui nous dit que ce que nous envoyons va servir à se défendre et non à attaquer, d’ailleurs ?
Juridiquement, la France ne peut pas contrôler l’usage précis de l’arme une fois livrée. Les Rafales vendus dans le passé peuvent donc être utilisés à des fins offensives par les pays du Golfe s’ils le souhaitent.
La France garde cependant des leviers de pression si elle ne souhaite pas que ses armes vendues soient employées dans un conflit, via les contrats de maintenance et d’entraînement qu’elle a avec les pays acheteurs. Mais cela peut être compliqué à mettre en œuvre.
Camille Lons, spécialiste de la politique étrangère des pays du Golfe, au Monde Le thème de la conversation a été changé :
Les Américains
Victor Cassandre
Et puis, on a même laissé des avions militaires américains utiliser une base française. Si c’est pas une implication, ça…
Dans la journée du 2 mars, au moins cinq avions ravitailleurs américains de type KC-135, capables d’alimenter en vol chasseurs et bombardiers, se sont posés sur la base aérienne d’Istres (Bouches-du-Rhône).

Le Monde
Nadia Sereine
Tu surinterprètes… Ecoute bien ce que dit le gouvernement, il reste très prudent sur la nature de ces autorisations :
Ce sont des opérations de routine qui sont conduites dans le cadre de l’OTAN, qui permettent aux Etats-Unis de se poser, de temps à autre, sur cette base en France. Mais étant donné le contexte, nous avons exigé de la part des Etats-Unis qu’aucun moyen bénéficiant de cet accueil à Istres ne soit ensuite utilisé dans le cadre des opérations menées par les Etats-Unis en Iran, et nous en avons obtenu la garantie.

Jean-Noël Barrot, ministre des affaires étrangères, sur TF1 le 5 mars
Un avion ravitailleur, c’est une station-service, ce n’est pas un avion de chasse. Et donc le sujet, c’est clairement la capacité de ravitailler, c’est la seule autorisation qui est donnée par le président de la République.

Catherine Vautrin, ministre des armées, lors d’un déplacement le 5 mars
Nadia Sereine
Tu vois bien que la France reste quand-même en retrait…
Victor Cassandre
Ce sont des mots pour rassurer les Français… Dans les faits, la France n’a pas vraiment condamné les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, on sent qu’elle soutient cette guerre.
Emmanuel Macron n’a pas condamné frontalement les bombardements israélo-américains, mais a regretté que ceux-ci aient eu lieu « en dehors du droit international ». Selon lui, c’est Téhéran, qui, en ayant « développé un programme nucléaire dangereux et des capacités balistiques inédites, qui a armé et financé des groupes terroristes dans les pays voisins », « porte la responsabilité première » de la situation actuelle.
Cette position est relativement proche de celles développées par l’Allemagne et le Royaume-Uni avec lesquels la France coopère sur le dossier. En Europe, seule l’Espagne s’est frontalement opposée à l’attaque menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran, qualifiant celle-ci de « faillite du droit international ».
Le Monde
Victor Cassandre
Tu vois… On ne cautionne pas entièrement la guerre mais on accueille des avions. Je suis sûr que les Iraniens voient la subtilité 😜.
Nadia Sereine
Pas du tout, Emmanuel Macron adopte une posture responsable ! Ce n’est pas parce que nous restons en dehors du conflit qu’il faut lâcher nos alliés !
Victor Cassandre
Tu parles… On ne veut surtout pas se mettre à dos les Américains…
Le président français garde ses distances avec l’aventurisme militaire américain, appelant plutôt à la diplomatie et à la désescalade.
Mais il reste prudent de ne pas antagoniser Washington, à un moment où les Européens ont toujours besoin du soutien américain en Ukraine, et où ils souhaitent garder un canal de communication avec Donald Trump.
Camille Lons, spécialiste de la politique étrangère des pays du Golfe, au Monde
Nadia Sereine
OK, il y a peut-être un peu de ça. Mais ça ne veut pas non plus dire que nos objectifs sont complètement opposés à ceux des Etats-Unis. Le blocage du détroit d’Ormuz est aussi un vrai problème pour la France.
Par ses frappes et ses menaces, le régime iranien orchestre un blocage quasi-total du détroit d’Ormuz. C’est un moyen de faire pression sur le reste du monde, alors qu’une part non négligeable du pétrole et gaz mondial passe par ce point stratégique, et que cette situation fait flamber les prix des carburants.
Le Monde
Nous sommes en train de mettre en place […] une mission purement défensive […] qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, [de] rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz.
Emmanuel Macron, président de la République, dans une allocution depuis Chypre le 9 mar Le thème de la conversation a été changé :
Et maintenant ?
Victor Cassandre
Peut-être, mais ça ne veut pas dire que cette guerre est la nôtre ! Le plus important, c’est d’éviter de se laisser entraîner dans cette aventure mal préparée par les Etats-Unis et Israël.
Nadia Sereine
Tu cries avant d’avoir mal !
Victor Cassandre
C’est bien beau d’être optimiste. Mais tu as pensé à ce qui se passerait si la France ou l’un de nos alliés est touché plus durement ?
C’est toute la question, notamment si des ressortissants ou militaires français sont tués, ou si les intérêts français sont impactés de manière plus directe.
Mais nous ne sommes pas encore dans ce scénario, et c’est la raison pour laquelle la France insiste sur la dimension défensive de sa posture, pour éviter l’escalade avec l’Iran.
Camille Lons, spécialiste de la politique étrangère des pays du Golfe, au Monde
Victor Cassandre
Et le risque d’escalade avec Israël, on en parle ?
Nadia Sereine
Quoi ?
La France est particulièrement sensible à l’évolution du conflit au Liban, où Israël a bombardé la capitale Beyrouth. Cette nouvelle offensive, qui vise selon l’Etat hébreu le Hezbollah, pourrait entraîner une déstabilisation encore plus grave de la région.
Emmanuel Macron tente de se poser en médiateur du conflit, alors que la France entretient des liens diplomatiques importants avec le gouvernement libanais élu l’an dernier. Le président français a demandé au président israélien d’envisager un cessez-le-feu – sans succès jusqu’ici.
Le Monde