Les municipalités constituent la bonne échelle pour préserver au mieux les réserves en eau et sa qualité.

Municipales 2026  : « La gestion de l’eau doit être portée par des politiques ambitieuses, ancrées dans les territoires »

Tribune

Collectif

Alors que, partout en France, la sécheresse devient une réalité chronique, les municipalités constituent la bonne échelle pour préserver au mieux les réserves en eau et sa qualité. Dans une tribune au « Monde », un collectif de chercheurs et de personnalités appelle à placer cet enjeu vital au cœur des débats locaux.

Publié hier à 17h30  https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/13/municipales-2026-la-gestion-de-l-eau-doit-etre-portee-par-des-politiques-ambitieuses-ancrees-dans-les-territoires_6671070_3232.html

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En 2026, le second tour des élections municipales a lieu en même temps que la Journée mondiale de l’eau, soit le 22 mars. Cet heureux hasard de calendrier est une occasion unique de redéfinir collectivement notre gestion de l’eau pour prévenir les situations de conflit.

En France, les collectivités territoriales exercent plusieurs compétences liées à l’eau : gestion de l’eau potable, assainissement, eaux pluviales urbaines, préservation des milieux aquatiques, prévention des inondations… Ainsi les élections municipales permettent-elles de renouveler les mandats au sein des instances de gouvernance, comme les commissions locales de l’eau, sortes de « parlements de l’eau », où les élus locaux ont la majorité des sièges.

Le moment est venu d’évaluer le programme des candidats, allant des mesures classiques concernant la gestion des réseaux d’eau jusqu’aux stratégies les plus visionnaires portées à l’échelle du bassin versant, c’est-à-dire la « cuvette » au sein de laquelle l’eau circule à travers les glaciers, les rivières, les zones humides, les lacs, les fleuves et les nappes. Les politiques qui saisissent les liens d’interdépendance entre nos activités et l’état des milieux aquatiques sont les plus à même de répondre aux enjeux de sécurité hydrique des territoires, face aux manques et aux excès d’eau exacerbés par le changement climatique.

Agir à la source

Qu’elles soient d’origine agricole, industrielle, urbaine, anciennes ou récentes, les substances polluantes sont désormais omniprésentes et s’accumulent dans les hydrosystèmes. Les traitements supplémentaires sont loin d’être une solution idéale : ils sont extrêmement coûteux, énergivores, et la dépollution n’est jamais totale. La logique préventive peine à s’imposer en dépit des arguments économiques et du principe du pollueur-payeur.

Lire le décryptage |   Une carte interactive inédite permet de connaître les polluants présents dans l’eau potable distribuée à chaque adresse

Pourtant, s’agissant des pollutions d’origine agricole, les élus locaux disposent de puissants leviers pour contrer le modèle intensif dominant tout en contribuant à sécuriser les revenus agricoles, notamment grâce aux Projets alimentaires territoriaux et aux paiements pour services environnementaux, qui soutiennent des pratiques agroécologiques et préservent ainsi les ressources en eau.

Depuis l’après-guerre, nous évacuons l’eau le plus vite possible vers la mer en drainant massivement les sols, en détruisant les zones humides, en dégradant les haies, en pompant et en évacuant les eaux souterraines millénaires, en rectifiant et en canalisant les rivières, en étalant nos villes et nos routes. L’aménagement du territoire et les pratiques culturales intensives contribuent à accélérer l’eau en surface et aggravent les risques de sécheresse et d’inondation. A force de cumuler ces pratiques avec les effets du changement climatique, l’Europe de l’Ouest figure parmi les quatre mégarégions du monde en voie d’assèchement.

Parallèlement, notre demande en eau ne cesse d’augmenter, reposant sur le mythe d’un contrôle hydraulique absolu, tandis que les nappes peinent à se renouveler. Selon un récent rapport de l’Organisation des Nations unies, nous avons basculé dans l’ère d’une faillite hydrique mondiale. Il ne s’agit plus tant de savoir comment gérer les crises, mais d’admettre que nos sociétés sont « endettées », qu’avec des sécheresses et des canicules plus fréquentes, la multiplication des conflits d’usage est inéluctable. Sur ce point encore, les élus locaux peuvent peser dans l’arbitrage des usages prioritaires en animant un débat démocratique qui tient compte des limites hydrologiques et des milieux aquatiques.

L’importance de l’hydrologie régénérative

Les enjeux de l’eau sont tellement complexes qu’aucune solution technologique ne pourrait, à elle seule, apporter une réponse pérenne. Les pistes d’action sont multiples et doivent nécessairement s’ancrer dans les territoires. Ainsi demandent-elles à être portées par des politiques ambitieuses et novatrices à l’occasion des municipales.

L’hydrologie régénérative propose une vision renouvelée de nos rapports à l’eau en alliance avec les écosystèmes. Ce n’est pas une méthode miracle mais un horizon visant la résilience des territoires face aux risques de sécheresse, d’incendie, d’inondation, d’érosion des sols, de pertes de fertilité et de biodiversité.

Dans la pratique, l’hydrologie régénérative fédère des approches consistant à réactiver les processus naturels pour ralentir et retenir l’eau dans les sols, les nappes et les écosystèmes dont nous dépendons. Elle conjugue de nombreuses pratiques ancestrales et des techniques éprouvées à travers le monde. Elle s’accompagne d’un changement de posture, moins interventionniste et plus attentive, conduisant à des modes d’action moins coûteux et plus robustes dans le temps.

Des projets pilotes sont actuellement menés par des collectivités, notamment sur les affluents du Rhône, dans l’Ain, dans la Drôme et dans l’Ardèche. Ils tendent à se développer à l’échelle du bassin versant en incluant notamment des agricultrices et agriculteurs, des gestionnaires de forêts et de rivières, des propriétaires fonciers et des urbanistes. Ces démarches collectives permettent aux habitants de s’approprier les enjeux de l’eau et de prendre part aux actions concrètes sur leur territoire.

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C’est ici que les voies de l’hydrologie régénérative rejoignent celles des communs à travers le dialogue et les processus participatifs. Cette voie peut se concrétiser dans les urnes aux prochaines élections en faisant le choix de politiques ambitieuses et guidées par l’éthique des communs. En tant que chercheur, chercheuse, ingénieur, ingénieure, hydrologue, agronome, écologue, sociologue, philosophe, écrivain, écrivaine, avocat, avocate, artiste, citoyen, citoyenne, nous partageons le sentiment qu’il est de notre devoir de porter cette intention à un niveau politique, pour garantir l’habitabilité des territoires et pour que les eaux vivent encore demain.

Parmi les signataires : Jean-Baptiste Bosson, glaciologue ; Esther Crauser Delbourg, économiste de l’eau ; Bruno David, naturaliste, paléontologue et biologiste ; Aurore Degré, chercheure agronome à l’université de Liège ; Charlène Descollonges, ingénieure hydrologue ; Laure Flandrin, professeure de sociologie à Centrale Lyon ; Bill François, biophysicien ; Olivier Hamant, biologiste chercheur à l’Inrae ; Suzanne Husky, artiste auteure ; Arthur Keller,spécialiste des risques systémiques et des stratégies de résilience ; Gaspard Koenig, philosophe ; Baptiste Morizot,philosophe et professeur à l’université d’Aix Marseille ; Erik Orsenna, écrivain, membre de l’Académie française et président d’Initiatives pour l’avenir des grands fleuves ; Louise Tschanz, avocate associée du cabinet Kaizen Avocat ; Daniel Zimmer, ingénieur agronome et docteur en hydrologie. Liste complète des signataires à retrouver ici.

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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