De nombreux cadres locaux de droite ont fait le choix de s’allier avec l’extrême droite pour les élections municipales, au nom de « l’union »

Municipales : le rapprochement entre droite et extrême droite s’accélère partout en France

Si aucun accord d’appareil n’existe entre le parti Les Républicains et le Rassemblement national, de nombreux cadres locaux de droite ont fait le choix de s’allier avec l’extrême droite pour les élections municipales, au nom de « l’union ».

Youmni Kezzouf

12 mars 2026 à 12h29 https://www.mediapart.fr/journal/politique/120326/municipales-le-rapprochement-entre-droite-et-extreme-droite-s-accelere-partout-en-france?utm_source=hebdo-20260314-071004&utm_medium=email&utm_campaign=HEBDO&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[HEBDO]-hebdo-20260314-071004&M_BT=115359655566

ÀPerpignan, l’électeur de droite a de quoi être perdu. En 2020, le vice-président du Rassemblement national (RN), Louis Aliot, battait au second tour le maire sortant, Jean-Marc Pujol, porteur de l’étiquette Les Républicains (LR). Le candidat d’extrême droite n’avait alors pas de mots assez durs pour dénoncer « le système »auquel il s’attaquait, critiquant le clientélisme et l’immobilisme incarnés, selon lui, par son adversaire.

Six ans plus tard, Louis Aliot s’est fondu dans le système et son prédécesseur honni l’a officiellement adoubé à quelques jours du premier tour des municipales : Jean-Marc Pujol soutient ouvertement sa candidature, appelant sur Ici Roussillon à « une union des droites [c’est-à-dire de la droite avec l’extrême droite – ndlr] », tout comme plusieurs figures majeures de la droite locale qui ont exercé des responsabilités sous son mandat.

Le maire RN affiche sur sa liste la compagne de Jean-Marc Pujol – qui était aussi l’une de ses adjointes –, ainsi que son ancien premier adjoint et son ex-adjointe à la sécurité, et de nombreux autres colistiers et colistières de son prédécesseur. Placé en 2009 à la mairie par Jean-Paul Alduy, qui l’y avait précédé, Jean-Marc Pujol n’a été élu qu’une seule fois en son nom, en 2014, grâce au front républicain : le candidat socialiste, arrivé troisième, s’était retiré pour faire barrage à l’extrême droite.

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© Photo illustration Sébastien Calvet / Mediapart

Partout sur le territoire, des cadres locaux de la droite s’allient avec l’extrême droite dans la perspective du scrutin des 15 et 22 mars. Si les grands mouvements d’appareils n’ont pas eu lieu, des accords se nouent localement, hors des partis et loin des consignes officielles, au nom d’une union de la droite et de l’extrême droite.

À Nîmes, une des dernières grandes villes détenues par la droite, le candidat LR a, d’après Le Monde, refusé les propositions d’alliance du RN, qui lui demandait d’adhérer à l’Union des droites pour la République (UDR), parti satellitaire d’Éric Ciotti qui sert de sas aux élu·es de droite souhaitant franchir le Rubicon. Le refus de Franck Proust, le candidat de droite, a contraint Julien Sanchez à se présenter pour défendre les chances du RN dans la commune.

De nombreux colistiers RN issus de la droite

Ancien maire de Beaucaire (Gard), eurodéputé et directeur de campagne du RN pour les municipales, Julien Sanchez a tout de même pioché dans le vivier LR pour constituer sa liste. Loumy Bourghol, candidate de droite aux législatives de 2024, où elle a été balayée par le RN, a rejoint son équipe, tout comme le vice-président de la métropole nîmoise ou plusieurs membres de la majorité municipale LR.

En cinquième position sur la liste RN de Nîmes, l’avocate Christine Tournier-Barnier, adjointe au maire et membre des équipes municipales de droite depuis 2001, a justifié son choix par sa défense « depuis toujours » de « l’union de la droite […] pour éviter de donner les clés de la ville à la gauche et aux communistes ».

Des cadres locaux de LR ont aussi rejoint les listes de l’extrême droite à Marseille ou à Tours, villes où le RN revendique fièrement ces ralliements comme des preuves de son institutionnalisation. Dans les Bouches-du-Rhône, Franck Allisio débauche les membres de la majorité métropolitaine dirigée par son adversaire LR Martine Vassal, mettant en avant son propre parcours politique : venu des rangs de l’UMP, il revendique l’héritage du RPR, qui rassemblait « les gaullistes sociaux et les gaullistes costauds », dont il a repris le logo.

Olivier Rioult, son directeur de campagne, est issu du cabinet de Martine Vassal et a été secrétaire général de son groupe à la métropole. Un groupe présidé par Jean-Baptiste Rivoallan, qui a lui aussi rejoint Franck Allisio, comme de nombreux autres élus de droite, selon le décompte de La Provence.

On est sur les mêmes projets que le RPR des années 1980, une droite sociale et conservatrice.

Olivier de La Faire, candidat UDR-RN à Versailles

Dans cette opération séduction, l’UDR d’Éric Ciotti a un rôle central. À Versailles, Olivier de La Faire se présente sous la double bannière UDR-RN et assume d’avoir été « déçu par Les Républicains, qui se noient dans la macronie ».

Conseiller départemental de droite depuis 2011, membre de la majorité municipale depuis 2014, il avait également porté les couleurs de LR aux législatives de 2022. « L’UDR, comme le RN, prend du poids, les Français veulent l’union, je me suis dit qu’il était temps », explique l’intéressé à Mediapart, revendiquant la proximité programmatique de l’alliance RN-UDR avec « le RPR des années 1980 ». « On est sur les mêmes projets, une droite sociale et conservatrice, dit-il. Je me demande où sont les traîtres : moi je n’ai pas changé, ce sont les LR qui se sont tournés vers la macronie. »

Le même scénario se rejoue au Pradet (Var), où la candidate Valérie Rialland a délaissé le parti de Bruno Retailleau pour une étiquette UDR. À Strasbourg, David Saglamer est deuxième sur la liste de l’eurodéputée RN Virginie Joron. Ancien conseiller régional LR, il a désormais le titre de responsable départemental de l’UDR.

Ailleurs, d’autres cadres de LR ne s’embarrassent même pas d’un éventuel sas. À Colmar, la candidate RN Nathalie Aubert a d’abord fait parler d’elle en raison d’une publication raciste sur Facebook révélée par la presse. Pas de quoi refroidir le patron de la fédération départementale de LR, Alain Kott, qui a annoncé officiellement rejoindre la liste de la candidate d’extrême droite. LR a annoncé la suspension de son cadre local, avec effet immédiat, et engagé une procédure d’exclusion contre lui.

45 têtes de liste passées de la droite à l’extrême droite

Le Parti socialiste (PS), qui s’est lancé dans un décompte du nombre de basculements de la droite à l’extrême droite, a dénombré 575 candidat·es qui figuraient sur des listes de droite en 2020 et se présentent sur une liste d’extrême droite en 2026, parmi lesquel·les 45 têtes de liste. Sans surprise, la répartition géographique de ces ralliements pointe vers le sud-est du pays : 138 candidat·es ayant basculé à l’extrême droite sont issu·es de listes de Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca).

Ce nombre ne prend pas en compte les cas où la droite et l’extrême droite s’entendent de manière plus ou moins ouverte. À Sainte-Maxime (Var), le maire sortant, soutenu par LR, n’aura aucun adversaire. Questionné par Nice-Matin sur un éventuel arrangement avec l’extrême droite, celui qui se définit comme « un maire de droite, voire très à droite des LR », a nié avoir passé un accord, tout en reconnaissant que « les choses se font naturellement », car « il y a aussi des gens intelligents au RN ». Sur sa liste figure notamment Marie Martaux, collaboratrice parlementaire du député RN Philippe Lottiaux.

Dans le même département, à Brignoles, le maire LR sortant et vice-président du département est également soutenu par le RN, qui n’a donc investi aucun candidat sur la commune. « On soutient le maire en place, on travaille bien ensemble », expliquait fin 2025 au Parisien le délégué départemental du parti d’extrême droite, Frank Giletti, qui revendique cette stratégie d’alliance locale.

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Proche du maire de Fréjus (Var) et ancien vice-président du RN David Rachline, avec lequel il codirige la communauté d’agglomération Esterel-Côte d’Azur, Frédéric Masquelier n’aura lui non plus pas d’adversaire RN dans sa conquête d’un second mandat à la tête de Saint-Raphaël (Var).

Questionné le 9 mars sur BFMTV au sujet de futures alliances de second tour avec LR, le président du RN, Jordan Bardella, a bien pris soin de garder la main tendue, appelant les déçu·es du parti de droite à « venir travailler à [s]es côtés » « S’il y a possibilité de l’emporter, ou éventuellement de faire barrage à des candidats incendiaires de La France insoumise, je dis : travaillons ensemble sur un projet d’intérêt commun », a-t-il proposé.

Youmni Kezzouf

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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