RDC alerte sanitaire autour du cobalt.

Sud-est de la RDC: une enquête accuse le géant minier CMOC de pollutions ayant «provoqué une crise sanitaire»

L’Environmental Investigation Agency (EIA), organisation internationale qui « enquête et mène campagne contre les crimes et les abus environnementaux », estime dans un rapport qu’une « mine de cobalt approvisionnant les principaux constructeurs automobiles occidentaux aurait empoisonné les communautés locales et déplacé des milliers de personnes » dans la province du Lualaba, dans le sud-est de la RDC. Détails. 

Publié le : 10/03/2026 – 08:45Modifié le : 10/03/2026 – 08:46 https://www.rfi.fr/fr/afrique/20260310-sud-est-de-la-rdc-une-enquête-accuse-le-géant-minier-cmoc-de-pollutions-ayant-provoqué-une-crise-sanitaire

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Vue générale de la mine Tenke Fungurume, une des plus larges mines de cuivre et de cobalt au monde, dans le sud de la République démocratique du Congo, en juin 2023. (Image d'illustration).

Vue générale de la mine Tenke Fungurume, une des plus larges mines de cuivre et de cobalt au monde, dans le sud de la République démocratique du Congo, en juin 2023. (Image d’illustration).  © EMMET LIVINGSTONE / AFP

Par :RFISuivre

Avec notre correspondant à Kinshasa, Pascal Mulegwa

En République démocratique du Congo (RDC), une enquête d’une organisation internationale alerte sur une possible crise sanitaire liée à l’exploitation du cobalt dans la province du Lualaba, dans le sud-est de la RDC. Selon un rapport publié par l’Agence d’investigation environnementale, la croissance rapide des activités du géant minier CMOC, notamment autour de la mine de Tenke Fungurume, pourrait être associée à une pollution de l’air touchant des communautés vivant à proximité des installations industrielles. L’enquête évoque des cas de maladies respiratoires graves et des niveaux élevés de dioxyde de soufre mesurés dans la zone. L’entreprise, elle, conteste tout lien entre ses activités et ces problèmes de santé.

Toux sanglantes, bronchites et pneumonies

Pendant plus de trois ans, les enquêteurs de l’Agence d’investigation environnementale ont analysé des dossiers médicaux, réalisé des mesures indépendantes de la qualité de l’air et interrogé des habitants vivant autour de la mine de Tenke Fungurume, dans la province du Lualaba. Selon ce rapport, plus de 1 200 dossiers médicaux montrent une hausse importante de maladies respiratoires depuis 2023 : toux sanglantes, bronchites et pneumonies chez des habitants et des travailleurs vivant à proximité du site minier.

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Les chercheurs ont également mesuré des niveaux de dioxyde de soufre, un gaz toxique produit lors du traitement du cuivre et du cobalt, largement supérieur aux normes internationales dans certaines zones proches de l’usine dite « 30K », capable de traiter 30 000 tonnes de minerai par jour.

Tenke Fungurume Mining rejette ces conclusions

Mais la société Tenke Fungurume Mining, filiale du groupe chinois CMOC, rejette ces conclusions. Elle affirme que ses données montrent des concentrations de gaz qui respectent les normes réglementaires et conteste tout lien direct avec les problèmes de santé signalés dans les communautés voisines.

Le rapport appelle désormais le gouvernement congolais à ouvrir une enquête indépendante sur les conséquences sanitaires et environnementales de l’exploitation du cobalt dans la région.

« Le sang coulait de mon nez. Les enfants, eux, vomissent du sang » : le premier producteur mondial de cobalt soupçonné d’avoir rejeté un gaz toxique sur une ville de RDC

Selon l’enquête menée par deux ONG, Tenke Fungurume Mining n’a pas respecté les normes d’émissions relatives au dioxyde de soufre, rejeté lors des opérations de traitement du minerai utilisé pour les batteries des véhicules électriques. 

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le 10 mars 2026 à 07h00, modifié hier à 09h27 https://www.lemonde.fr/afrique/article/2026/03/10/en-rdc-le-premier-producteur-mondial-de-cobalt-suspecte-d-etre-a-l-origine-d-une-epidemie-de-maladies-respiratoires_6670187_3212.html

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Sur la mine industrielle de Tenke Fungurume, en République démocratique du Congo, le 17 juin 2023.
Sur la mine industrielle de Tenke Fungurume, en République démocratique du Congo, le 17 juin 2023. ARLETTE BASHIZI POUR LE « WASHINGTON POST » VIA GETTY IMAGES

La transition énergétique possède aussi sa face sombre. En République démocratique du Congo (RDC), les habitants de Fungurume, qui vivent aux abords de la mine de cobalt et cuivre du même nom, sont les premiers à en payer le prix, selon le rapport publié mardi 10 mars par l’ONG américaine Environmental Investigation Agency (EIA) et son homologue locale PremiCongo, au terme de trois ans d’enquête.

L’extraction et le traitement du cobalt, nécessaire à la fabrication des batteries lithium-ion qui équipent les véhicules électriques, s’accompagneraient ici de rejets de dioxyde de soufre (SO2) au-delà des seuils limites fixés par l’Organisation mondiale de la santé, d’après les relevés réalisés par les experts en toxicologie sollicités par les deux ONG.

L’alerte a été donnée fin 2023 par l’afflux, dans les centres de santé de la ville, de personnes se plaignant de graves difficultés respiratoires, saignement de nez et toux sanglantes. Des femmes se sont plaintes d’une multiplication des fausses couches. Autant de symptômes inconnus dans la localité, jusqu’à ce que Tenke Fungurume Mining (TFM) décide de multiplier par deux sa production, avec la construction, cette année-là, d’une nouvelle usine baptisée 30K, capable de livrer 30 000 tonnes de minerai par jour.

Grâce aux sites de Fungurume, dont l’emprise s’étend sur 1 600 kilomètres carrés, et de Kisanfu, également situé dans la province de Lualaba (sud-est de la RDC), le groupe chinois China Molybdenum Company Limited (CMOC), actionnaire majoritaire de TFM, est devenu en quelques années le premier producteur mondial de cobalt. Il fournit directement ou indirectement plusieurs grands constructeurs automobiles, parmi lesquels l’enquête identifie Mercedes, Stellantis, BMW et Volkswagen.

« Grave crise de santé publique »

« Tout a commencé quand l’usine a rejeté de l’acide dans l’air. Après l’avoir inhalé, j’ai eu des maux de tête. Je respirais difficilement, mon cœur battait très vite. Ma gorge est devenue très sèche, au point que j’avais du mal à avaler ma salive. L’organe le plus touché était mon nez. Dès que je sentais un picotement dans le nez, c’était fini. Le sang coulait de mon nez en grande quantité et par caillots. (…) Les enfants, eux, vomissent du sang. (…) C’est très compliqué pour nous. Voici mon fils, il est malade. Quand il commence à saigner, je panique parce que le sang coule comme un robinet », témoigne, auprès des auteurs du rapport, une mère de Manomapia, le quartier de Fungurume le plus proche de l’usine.

Des employés (les personnes citées s’expriment sous le couvert de l’anonymat) déclarent que les rejets périodiques de SO2 dans l’atmosphère n’étaient « pas un secret » chez TFM et qu’au sein même de l’usine, l’arrêt des opérations de traitement des minerais, lorsque les concentrations de SO2 dépassent le seuil d’alarme, n’était pas respecté, car « cela aurait pris trop de temps pour redémarrer [les machines] ».

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Les conclusions de l’enquête, qui alertent sur une « grave crise de santé publique » à Fungurume, s’appuient sur l’examen de 1 200 fiches de consultations médicales couvrant la période médicale 2022-2024. Leurs analyses montrent une « augmentation spectaculaire du nombre de patients demandant un traitement médical pour des symptômes liés à la pollution de l’air ». Les centres de santé refusent aujourd’hui de donner accès à leurs données mais, d’après un infirmier local, joint par téléphone, le problème persiste.

« Les victimes vivent dans la peur et certains représentants de la société civile qui ont sonné l’alerte en 2023 se cachent. La pollution a entamé la vie de beaucoup de personnes sans qu’il nous soit possible de dire combien en sont mortes », constate Christian Bwenda, coordinateur de PremiCongo. Un des scientifiques ayant participé aux campagnes de mesure de concentration du gaz toxique atteste également d’un climat d’intimidation : « Les sociétés minières sont très puissantes. Elles ont les moyens d’étouffer les plaintes et d’acheter les autorités locales. »

TFM, qui réfute les accusations portées à son encontre, a cependant procédé à la relocalisation des habitants de Manomapia afin de créer une zone tampon de 1 kilomètre autour de la mine. Quelque 1 500 familles sont concernées, sur fond de contentieux persistant sur le montant des indemnisations allouées.

Demande d’une instance indépendante

Interpellée par EIA et PremiCongo, l’entreprise affirme, dans une réponse écrite, que « toutes les données de surveillance recueillies entre fin 2024 et début 2025 [la période d’investigation des ONG] indiquent que les concentrations ambiantes de SO2 sont restées dans les limites réglementaires »« TFM n’a reçu aucune plainte concernant le SO2. Aucune preuve n’établit de lien de causalité entre la maladie et les activités de l’usine 30K », poursuit-elle. TFM n’a pas répondu aux sollicitations du Monde.

Parmi les constructeurs automobiles contactés par les ONG en raison de leurs approvisionnements présumés auprès de TFM, seul Stellantis reconnaît des liens directs avec l’entreprise chinoise et avoir connaissance, par l’intermédiaire de ses auditeurs, de « cas de maladies graves liées à la pollution dans la région de Mano Mapia ». Elle assure avoir demandé des éclaircissements à TFM.

Mercedes-Benz, qui siège au conseil d’administration d’Initiative for Responsible Mining Assurance (« Initiative pour garantir une exploitation minière responsable » en français, IRMA), déclare avoir entamé un dialogue avec TFM. Jusqu’à présent, rien n’indique, selon elle, « des manquements liés aux émissions de SO2 ». Mais, dans le cas contraire, la marque affirme au Monde qu’elle prendrait « des mesures appropriées pour garantir le respect des normes ». Pour sa part, Volkswagen nous a indiqué que, faute d’avoir pu lire le rapport, elle n’est pas en mesure de commenter ces allégations.

A l’issue de leur enquête, les ONG demandent la mise en œuvre d’une instance indépendante chargée de surveiller le respect des normes de pollution atmosphérique par TFM et exhortent d’ici là les constructeurs automobiles concernés à suspendre leurs approvisionnements en provenance de Fungurume.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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