Élections municipales : les pistes des maires de France pour lutter contre les déserts médicaux

À l’occasion des élections municipales dont le premier tour se déroulera ce dimanche 15 mars 2026, Hospimedia.fr a remis en lumière une note de l’Association des maires de France (AMF), datant de juin 2025, relative à la « lutte contre les déserts médicaux et l’accès aux soins ». Les maires de France entendent en effet avoir leur mot à dire sur cette problématique et participer au débat. Synthèse des pistes qu’ils proposent.
Par Alexandre Terrini
Délégation de tâches et accès direct
Comme elle l’avait déjà fait en 2022, à l’occasion de l’élection présidentielle, l’AMF préconise :
- d’orienter davantage la pratique des médecins de premier recours dont l’installation et l’exercice seraient soumis à conditions dans les zones où l’offre de soins est déjà élevée. Par ailleurs, il conviendrait d’étudier la faisabilité et l’opportunité d’un conditionnement du conventionnement et d’une obligation d’installation temporaire dans les zones sous-dotées.
- d’encadrer fortement la télémédecine, qui ne peut remplacer une présence médicale physique, pour la réserver à des relations ponctuelles entre un médecin traitant et son patient tout en favorisant la présence d’un soignant aux côtés du patient.
- de rétablir les permanences de soins de premier recours.
- de dégager du temps médical aux médecins en s’appuyant sur d’autres professionnels de santé dans le cadre de la délégation de tâches et de l’accès direct.
- de favoriser les configurations (maisons de santé pluriprofessionnelles ou centres de santé) permettant aux professionnels de santé d’exercer en groupe afin d’organiser collectivement la réponse aux besoins de santé de premier recours mais également l’activité dans plusieurs lieux via des cabinets secondaires.
« Une opposition aux mesures coercitives permanentes »
L’AMF acte « le constat de l’efficacité limitée des mesures incitatives qui accroissent la concurrence entre les communes ». Dans le même temps, elle joue les équilibristes en « s’opposant aux mesures coercitives permanentes dont les effets pourraient être potentiellement contreproductifs à l’encontre des professionnels de santé » mais en « soutenant un panel de mesures permettant de renforcer la présence médicale sur l’ensemble du territoire ».
Par exemple, des mesures de régulation des médecins généralistes et spécialistes visant à favoriser une meilleure couverture du territoire en matière d’offre de soins, notamment dans les zones sous-dotées ; ou encore, des dispositions destinées à lever les freins à l’installation des professionnels de santé comme faciliter l’exercice mixte ou le cumul emploi-retraite.
Une répartition « équilibrée » des docteurs juniors
Quant à la mise en œuvre de la 4e année d’internat de médecine, à laquelle est favorable l’AMF, l’association entend que la répartition des docteurs juniors « soit faite de manière équilibrée et ne soit pas uniquement conditionnée à la capacité des collectivités à dégager des moyens pour accueillir les étudiants ».
Ce qui induit que les zones les plus sous-dotées en offre de soins bénéficient prioritairement de cette réforme, qui est « un levier permettant de faire venir des médecins, voire d’encourager des installations futures ». De leur côté, l’État et l’Ordre des médecins sont invités à « organiser dès à présent » la présence de maîtres de stage sur l’ensemble du territoire.
Être plus associés à la définition des politiques locales de santé
Enfin, sur le plan plus politique, les maires souhaitent une présence renforcée des CPAM à leurs côtés, mais aussi être plus étroitement associés par les ARS à la définition des politiques locales de santé.
> Voir la note de l’AMF du 6 juin 2025 (https://medias.amf.asso.fr/upload/files/74%20-SR%20-%20Note%20bureau%20accès%20aux%20soins.pdf)
voir:
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La municipalité est un échelon de la santé intégrée dans toutes les politiques
À l’approche du scrutin de mars prochain, les voix s’élèvent pour réclamer un changement de paradigme afin que la santé devienne centrale dans les politiques municipales. L’idée d’une approche intégrée, de l’urbanisme à l’alimentation, pour répondre à l’urgence des déterminants sociaux et environnementaux fait sens.
Par Pia Hémery
5 mars 2026 à 17h45Partager
Dans un rapport publié en août 2025, le Haut Conseil de la santé publique rappelle que « la santé est un produit des politiques publiques nationales et locales dans leur ensemble que le système de santé tente de réparer ». Il insiste sur la nécessité de « passer de politiques de réparation à des politiques de transformation, fondées sur une prévention primordiale ». Le concept, explique-t-il, vise à « agir très en amont sur l’environnement social, économique et écologique façonné par les politiques non sanitaires ». Selon le haut conseil, la santé ne doit plus être gérée en silos, voire en compétition, mais coproduite par l’ensemble des secteurs publics et considérée comme une source de développement social et économique. Cette vision rejoint celle du Réseau français ville-santé, qui note dans un plaidoyer publié en novembre dernier, que 70% de notre santé est déterminée par des facteurs socio-économiques et environnementaux. Elle rejoint également celle de l’Association des petites villes de France dans un manifeste en faveur de la bienveillance diffusé le 19 février dernier. Aussi les futurs candidats aux municipales sont appelés à nommer systématiquement un adjoint dédié à la santé. Cet élu doit porter la stratégie de santé dans toutes les politiques, une approche intersectorielle intégrant la santé dans chaque décision publique.
La prévention primordiale désigne les mesures prises pour modifier les déterminants de la santé et ainsi inhiber l’établissement de facteurs environnementaux, économiques, sociaux, comportementaux ou culturels qui augmentent l’incidence de la maladie.
Extrait du rapport du HCSP
Une approche intersectorielle
Les leviers communaux sont variés. Concernant l’urbanisme et le cadre de vie, l’aménagement influence directement l’exposition aux pollutions et aux vagues de chaleur. Le Réseau français ville-santé préconise entre autres de sanctuariser la nature en ville. Les villes et intercommunalités peuvent aussi agir sur les habitudes de vie, par la restauration scolaire, les mobilités actives, les espaces sans tabac, le sport-santé… Il en va ainsi dès la petite enfance lors des 1 000 premiers jours via la réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens par exemple, et pour des publics spécifiques et vulnérables du fait de leur handicap, de leur genre ou de leur situation socio-professionnelle. Les villes ont en effet les compétences pour agir par l’action sociale, par les équipements sportifs, par l’animation de collectifs, par l’accès aux transports, par les plans alimentaires territoriaux ou par le soutien aux acteurs locaux… Et d’agir en outre bien sûr pour améliorer directement l’accès à la santé et à la prévention, en s’appuyant sur les dispositifs territoriaux de santé, comme le contrat local de santé, en renforçant la connaissance et la coopération avec les professionnels et les structures de santé, en participant à l’organisation territoriale des soins en lien avec l’agence régionale de santé et les conseils territoriaux de santé, voire en portant des centres de santé et de vaccination.
Le sport-santé comme porte d’entrée ?
La maison sport-santé de Strasbourg (Collectivité européenne d’Alsace) a coordonné, avec l’apport des membres du groupe de travail sur le sport sur ordonnance issu du Réseau français ville-santé, l’édition d’un fascicule sur le sport-santé à l’occasion des élections municipales. Il définit cinq orientations stratégiques et trente mesures concrètes en faveur du sport-santé. Une chance et possiblement une porte d’entrée pour les municipalités qui ne seraient pas encore investies dans la démarche. Parmi les propositions apparaît celle de nommer un élu dédié pour porter et coordonner la politique localement, mettre en place une feuille de route intégrée au projet sportif local, animer un réseau local et mener des actions de sensibilisation et de formation.
Norme, pouvoir et moyens d’agir
Le Haut Conseil de la santé publique identifie plusieurs freins à l’efficacité des dispositifs actuels en faveur de la santé dans toutes les politiques pour toutes les politiques. Le défaut de transversalité arrive en premier, puis celui de coopération, de leadership politique et administratif et enfin de continuité et de pérennité. Les contrats locaux de santé sont par exemple souvent perçus comme de simples outils de déploiement de l’État plutôt que comme des espaces d’intersectorialité réelle. Le haut conseil formule alors des propositions pour contribuer au développement des politiques publiques intégrées favorables à la qualité de vie. Il s’agit d’abord de faire norme avec un cadre législatif et réglementaire : une approche cobénéfices reconnue, des plans ministériels intégratifs, des évaluations d’impact sur la santé obligatoires, les lois de finances et de la sécurité sociale mobilisées, un fonds d’action intersectorielle créé… Ensuite il convient de doter les organisations qui facilitent le travail intersectoriel et de suivre les impacts sociétaux du pouvoir d’agir. Enfin, il faut soutenir et favoriser le développement de l’expertise et la recherche au service de l’action intersectorielle par les moyens d’agir, en structurant le transfert de connaissances, en facilitant l’usage des bases de données, en créant un réseau… Dans son manifeste, l’Association des petites villes de France note que « les petites villes constituent de véritables laboratoires de transitions, capables d’expérimenter des solutions concrètes, adaptées aux réalités locales ».
L’approche intégrée de la santé — dans l’élaboration, la gouvernance et la mise en œuvre des politiques publiques — ne semble donc plus une option mais se révèle comme une nécessité pour la soutenabilité du système, à la fois au niveau local mais aussi national, conclut le Haut Conseil de la santé publique.