Les tensions au sein du parti écologiste quant aux choix stratégiques de Marine Tondelier

Municipales 2026 : Les Ecologistes suspendent une « trentaine » de militants après une tribune dénonçant la stratégie d’alliance avec le PS

Ces sanctions contre des adhérents mettent en lumière les tensions au sein du parti écologiste quant aux choix stratégiques de Marine Tondelier

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le 05 février 2026 à 17h52, modifié le 06 février 2026 à 08h54 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/05/municipales-les-ecologistes-suspendent-une-trentaine-de-militants-apres-une-tribune-denoncant-la-strategie-d-alliance-avec-le-ps_6665554_823448.html#

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Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, à Paris, le 19 janvier 2026.
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Ecologistes, à Paris, le 19 janvier 2026.  BLANCA CRUZ/AFP

Cruel hasard. Le mercredi 4 février, Jean-Marie Hupel, un militant écologiste parisien, reçoit deux courriers. L’un est signé de la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, qui lui souhaite « une très belle année ». L’autre, un mail, vient de la direction du parti. Le ton est moins convivial : « Le secrétariat exécutif a décidé de vous suspendre du votre statut d’adhérent. » M. Hupel fait partie de « la trentaine » de militants, selon le parti, à avoir reçu ce genre de missive.

A ses côtés, des conseillers régionaux et une parlementaire, la sénatrice du Rhône Raymonde Poncet-Monge, ont également été suspendus jusqu’au 22 mars. L’état-major des Ecologistes leur reproche d’avoir signé une tribune dans laquelle ils dénoncent la stratégie de s’allier avec le Parti socialiste aux élections municipales dans la très grande majorité des villes, plutôt qu’avec La France insoumise (LFI). « La direction nationale (…) a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Ecologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire », écrivent-ils dans ce texte publié sur Mediapart le 26 janvier *, et signé par plus de 400 personnes.

Dans le mail envoyé aux adhérents pour les suspendre, consulté par Le Monde, le parti accuse les signataires d’avoir « porté atteinte à la réputation et aux valeurs de justice et de sagesse » du mouvement en remettant en cause le choix des fédérations locales. Selon les dirigeants écologistes, ce sont ces dernières qui ont décidé des alliances avec le PS et non la direction, comme le prévoit le principe de subsidiarité des statuts du parti.

« Cinquième colonne »

L’appareil écologiste a par ailleurs qualifié la tribune d’« opération de déstabilisation » et de « débauchage » orchestrée par LFI. Dans un courrier au coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard – qui fustigeait les accusations des Verts –, le numéro deux des Ecologistes, Aïssa Ghalmi, a accusé le mouvement de Jean-Luc Mélenchon de mener une « entreprise méthodique de division tout en alimentant le récit mortifère des gauches irréconciliables »« Dernier soubresaut d’une stratégie nationale de confrontation permanente avec tout le reste de la gauche, La France insoumise, constatant son isolement grandissant, fait le choix de mettre en scène le débauchage individuel d’une poignée de militants écologistes, insatisfaits des places qui leur étaient proposées sur les listes de leur propre camp politique », écrit encore l’écologiste.

De son côté, la sénatrice Raymonde Poncet-Monge ne regrette pas d’avoir signé la tribune. « Nous avons fait un constat : il est inédit pour les écologistes de s’allier dès le premier tour à Paris, Nantes ou encore Rennes. Nous renonçons à notre autonomie et à notre projet municipal, qui n’est pas celui des socialistes. Ce faisant, nous remettons aussi en selle le PS »,se justifie l’élue, qui s’émeut de « la violence symbolique de la direction, qui nous qualifie de cinquième colonne des “insoumis” au sein du parti, [nous accuse] d’être les idiots utiles de LFI, et [de n’être] que des opportunistes ».

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Dans la foulée de la tribune parue le 26 janvier, plusieurs cadres ont aussi décidé de claquer la porte pour embarquer sur les listes des candidats de LFI aux élections municipales. A Paris, Jérôme Gleizes et Emile Meunier ont rejoint Sophia Chikirou. A Montpellier, c’est Julia Mignacca, ancienne présidente du conseil fédéral, le Parlement du parti, qui fait désormais campagne sur la liste de l’« insoumise » Nathalie Oziol. D’autres militants et élus ont fait de même à Nantes, Marseille, ou encore Avignon.

La députée de Paris Sandrine Rousseau déplore ces suspensions. Si elle aussi fait l’hypothèse que ces départs et cette tribune ont été « pilotés », selon ses termes, par ceux qui souhaitaient rejoindre LFI depuis longtemps, elle condamne « la dérive autoritaire » de la direction de son parti qui refléterait « sa fébrilité » à l’approche des élections municipales, où les maires Verts sortants sont en difficulté dans plusieurs grandes villes. « Ces militants n’ont rien fait d’autre que de donner leur opinion, d’alerter, et de réclamer une union de la gauche. Ils ne contreviennent à aucun moment aux règles et aux valeurs du parti », assène Mme Rousseau.

Certes modestes en nombre, ces départs mettent en lumière les tensions au sein du parti écologiste quant aux choix stratégiques de Marine Tondelier. Elle qui se présentait comme « le trait d’union de la gauche », refusant d’avoir à choisir entre le PS et LFI, semble avoir fait le deuil d’un rassemblement avec Jean-Luc Mélenchon. Et de privilégier, de fait, le rapprochement avec le PS d’Olivier Faure, notamment dans la perspective de la primaire de la gauche prévue le 11 octobre et organisée avec l’aide de Lucie Castets, François Ruffin et Clémentine Autain. Un scrutin dont elle s’imagine la favorite.

*Municipales 2026 : à la social-écologie, préférons l’écologie de rupture

TRIBUNE 26 JANVIER 2026

Un ensemble de militant·es Ecologistes

https://blogs.mediapart.fr/un-ensemble-de-militant-es-ecologistes/blog/260126/municipales-2026-la-social-ecologie-preferons-l-ecologie-de-rupture

« Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste. Nous devons nous en distinguer clairement, réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous voulons. » Un ensemble de militant·es écologistes appelle à une rupture dans les choix d’alliances que la direction nationale du parti fait aujourd’hui, y compris au niveau municipal.

Jamais l’humanité n’a marché aussi près du précipice, au risque de sa propre survie et de celle de l’ensemble du vivant. Alors même que la conscience de la crise climatique n’a jamais été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, l’extrême droite n’a jamais été aussi puissante à l’échelle planétaire. Cette vague brune emporte avec elle les droits sociaux, les libertés publiques, les protections de l’environnement, ainsi que l’État de droit, le droit international et le multilatéralisme.

L’ordre du monde vacille et notre siècle voit se multiplier crimes de masse et génocides, exposés en direct sur nos écrans. Dans l’indifférence, et parfois la complicité, des dirigeants mondiaux. À cette violence globale s’ajoute une offensive ciblée contre celles et ceux qui défendent concrètement le vivant et les droits sociaux.

Partout dans le monde, des défenseuses et défenseurs de l’écologie sont assassiné.es parce qu’ils et elles s’opposent à des projets miniers, pétroliers, agro-industriels ou de déforestation — notamment en Amérique latine, devenue la région la plus meurtrière pour ces combats. Entre 2012 et 2022, deux mille personnes ont été assassinées dans le monde. Cette répression touche aussi syndicalistes, leaders communautaires, féministes et journalistes. C’est un même front : contre l’écologie, contre le social, contre la démocratie.

La France, puissance économique et militaire, n’échappe pas à cette vague réactionnaire, aux teintes brunes, allant du lepénisme aux courants identitaires dont le point de ralliement est l’islamophobie. Elle constitue même un risque majeur de bascule mondiale, comparable à l’Allemagne des années 1930.

Face à cette bascule, alors même que jamais la conscience de la crise climatique n’a été aussi forte parmi nos concitoyennes et concitoyens, la question de l’unité de la gauche et des écologistes est une responsabilité politique majeure : les choix d’alliances que nous faisons aujourd’hui, y compris au niveau municipal, engagent directement notre capacité collective à résister à la vague réactionnaire et à transformer concrètement le quotidien.

Aux élections municipales de mars prochain, la direction nationale du parti Les Écologistes a essentiellement privilégié l’alliance avec le Parti socialiste, faisant ainsi des Écologistes la béquille d’une social-démocratie qui entend exclure La France insoumise et choisit de tourner le dos au programme comme à la logique unitaire du Nouveau Front populaire. Alors que l’écolo-bashing s’intensifie, la ligne électorale des Écologistes est devenue illisible en votant, au même moment, les motions de censure au Parlement à l’opposé du Parti socialiste.

Trop souvent, l’écologie a été assimilée à des politiques néo-libérales de régulation environnementale qui ne sont pas notre projet. Les ZFE en sont un parfait exemple : le gouvernement macroniste, condamné par la justice européenne, refuse d’assumer ses responsabilités et se défausse sur les collectivités locales, tout en leur refusant les moyens d’un accompagnement social nécessaire.

Refusons de devenir comptables de politiques que nous ne portons pas et dont la logique affaiblit le projet écologiste. Nous devons nous en distinguer clairement, réaffirmer ce que nous sommes et ce que nous voulons.

La nouvelle séquence politique est marquée par l’effondrement du bloc (il)libéral et l’ouverture d’un affrontement entre l’extrême droite et la reconstruction d’un bloc populaire, social, progressiste, écologiste et unitaire. Dans ce contexte, l’écologie doit devenir l’un des piliers d’un projet majoritaire, ancré dans le réel social — travail, logement, santé, mobilités, alimentation, énergie — et indissociable de la dignité humaine. Cela implique une rupture avec le capitalisme productiviste et ses logiques de prédation : le temps des écologies dépolitisées est révolu.

Mais cette écologie de transformation ne saurait être technocratique et asociale. Elle doit être concrète et populaire, s’ancrer dans les communes, dans les quartiers, dans les bassins de vie, là où se vivent les tensions entre la fin du mois et la fin du monde, là où se construisent aussi les solidarités, les nouvelles pratiques, les résistances et les bifurcations. En démocratie, le pouvoir n’est légitime que s’il est conquis par le peuple, exercé et contrôlé par lui. C’est à cette condition que l’action publique trouve sa légitimité, et que l’écologie cesse d’être perçue comme une contrainte pour devenir une promesse partagée. L’écologie peut et doit assumer d’être une force de recomposition sociale, altermondialiste, décroissante et démocratique.

Avec l’immense majorité du pays, nous clamons que les luttes sociales et les luttes écologiques sont indissociables. Nous avons maintenant besoin de les intégrer organiquement, car toute mesure pleinement écologique est sociale, et toute mesure pleinement sociale est écologique.

Nous, signataires, n’acceptons pas que l’écologie se dissolve à nouveau dans la social-démocratie.

Le rassemblement de la gauche et des écologistes doit se construire et se renforcer sur la base unitaire issue du programme du Nouveau Front populaire et de sa dynamique, ce qui inclut évidemment de travailler avec l’ensemble de la gauche.

Les 50 premier-es signataires : Agullo Olivier, Alamartine Françoise, Balzano Vanessa, Barles Sébastien, Belabbas Mehdy, Ben Ahmed Fatiha, Ben Mohamed Khaled, Benoit-Marquié François, Binici Leyla, Borvon Serge, Bouifou-Shadil Linda, Boutault Jacques, Caporal Chrysis, Chiocca Marie, Coronado Sergio, Coulombel Alain, Daillan Hugo, Djambae Nouriati, Faugeron Corine, Fournier Danielle, Garel Sylvain, Grébert Fabienne, Gleizes Jérôme, Hupel Jean-Marie, Iwasaki Garcia Ken, Jakubovicz Maya, Joyeux Benjamin, Khalouk Manal, Lahmer Annie, Laidouni Myriam, Laville Nathalie, Marion Richard, Mendes Lucie, Meunier Émile, Mignacca Julia, Mouhali Waleed, Poncet-Monge Raymonde, Rupnik Alexandre, Salem Boukhtache Abdela, Sidhoum Nassim, Sourisse Emmanuelle, Viricel Eline

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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