Certains partis progressistes européens ont aligné leur argumentaire au sujet de l’immigration sur celui de l’extrême droite, au nom de la protection des acquis sociaux !

Comment les discours antimigrants ont gagné une partie de la gauche en Europe

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aujourd’hui à 05h30 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/07/comment-les-discours-antimigrants-ont-gagne-une-partie-de-la-gauche-en-europe_6669853_3232.html

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Enquête

Certains partis progressistes européens ont aligné leur argumentaire au sujet de l’immigration sur celui de l’extrême droite, au nom de la protection des acquis sociaux. S’il est peu présent en France, ce débat, apparu avec la naissance du socialisme au XIXᵉ siècle, a connu un renouveau au début des années 2000.

De loin, leur petite musique a la tonalité martiale d’un hymne d’extrême droite. Eloge des expulsions, diatribes contre le regroupement familial, critique du multiculturalisme : les gouvernements britannique et, surtout, danois promettent à leurs électeurs une sévérité exemplaire en matière d’immigration. Ces nouveaux procureurs des sociétés ouvertes plaident avec fermeté pour le « chacun chez soi » : la libre circulation des hommes leur semble une dangereuse chimère.

La première ministre danoise, Mette Frederiksen, clame ainsi haut et fort que son pays vise désormais « zéro demande d’asile » et offre à la Lituanie des kilomètres de fils barbelés afin de protéger sa frontière. Son ministre de l’immigration, Rasmus Stoklund, compare les migrants condamnés par la justice à de mauvaises herbes et prône leur retour au pays, même s’ils y risquent la peine de mort. La ministre de l’intérieur du Royaume-Uni, Shabana Mahmood, tonne contre le « golden ticket » offert, selon elle, aux migrants dès l’instant où ils posent un pied sur la terre britannique.

Ces dirigeants européens sont-ils issus d’un parti nationaliste situé à l’extrême droite de l’échiquier politique ? D’une formation populiste anti-immigration ? D’un mouvement xénophobe qui aspire à verrouiller les frontières ? Non : tous trois appartiennent à des formations solidement ancrées à gauche depuis plus d’un siècle – le parti social-démocrate danois est né en 1871, et le Parti travailliste britannique a été fondé en 1893 notamment par le socialiste écossais Keir Hardie avant de devenir, en 1900, sous l’impulsion des syndicats, l’Independant Labour Party.

Ces dirigeants de gauche qui ont aligné leurs discours concernant l’immigration sur ceux de la droite, voire de l’extrême droite, ont fait école sur le continent européen.

En Allemagne, Sahra Wagenknecht, figure de l’aile gauche de Die Linke et fondatrice du parti Alliance Sahra Wagenknecht (BSW), ne cesse de tempêter contre l’« immigration incontrôlée », tandis que Lawen Redar, l’une des porte-parole du Parti social-démocrate suédois, prône une politique migratoire « restrictive »et refuse que les nouveaux arrivants puissent choisir le lieu où ils souhaitent s’installer.

Reconquérir l’électorat ouvrier

Pour se distinguer des nationalistes qui proclament ouvertement leur hostilité, voire leur haine, envers les étrangers, cette gauche « antimigrants » brandit un argumentaire progressiste : si elle combat fermement l’ouverture des frontières, ce n’est pas au nom de l’attachement aux racines chrétiennes de l’Europe ou de la hantise du « grand remplacement », la théorie complotiste et raciste développée par Renaud Camus, mais parce qu’elle souhaite protéger les acquis sociaux des classes populaires exposées aux ravages de la mondialisation – et, plus prosaïquement, reconquérir l’électorat ouvrier.

La marxiste allemande Sahra Wagenknecht dénonce ainsi les dangers d’une « concurrence pour les emplois, en particulier dans le secteur des bas salaires », tandis que la première ministre sociale-démocrate du Danemark, Mette Frederiksen, affirme défendre les intérêts des « classes inférieures » de la population danoise. « Le modèle de société nordique, financé universellement, avec un accès gratuit et égal à la santé, à l’éducation et aux services sociaux, n’est pas compatible avec une politique de l’immigration ouverte », déclarait-elle en 2016.

Lire aussi le reportage :  Défense de l’Etat-providence et rejet de l’immigration : la recette ultra-droitière de la gauche danoise*

Ces discours font renaître des controverses idéologiques très anciennes – celles de l’Europe du XIXe siècle. Dans un monde où les travailleurs franchissent les frontières « avec autant d’insouciance que le méridien de Greenwich », selon les mots de Stefan Zweig, les premiers socialistes s’interrogent alors, comme les sociaux-démocrates danois et les travaillistes anglais d’aujourd’hui, sur les dangers de la concurrence sur le marché du travail : faut-il défendre le prolétariat national menacé par une main-d’œuvre venue d’ailleurs ou soutenir les étrangers exploités par le capitalisme ?

C’est en France que cette question se pose avec le plus d’acuité. Pendant la première mondialisation – entre 1850 et 1914 –, l’Hexagone est le premier pays d’immigration du continent : alors que, en 1900, 1 million d’Européens s’embarquent tous les ans pour les Amériques ou les colonies, le pays embauche à tour de bras dans ses mines et ses usines les travailleurs des pays voisins – la France est, après les Etats-Unis et l’Argentine, la troisième destination des émigrants européens. En 1881, elle compte près de 500 000 Belges, plus de 200 000 Italiens et des dizaines de milliers d’Allemands, de Suisses et d’Espagnols.

Sur le marché du travail, ce gigantesque brassage engendre une concurrence qui ne va pas sans heurts. « Il y a en France, avant la seconde guerre mondiale, trois grands moments de flambée xénophobe – les années 1848-1849, les années 1880-1890, et les années 1930, précise Delphine Diaz, maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’université Reims-Champagne-Ardenne. A chaque fois, la gauche est confrontée à un douloureux dilemme : choisir entre la solidarité internationale entre les travailleurs et la protection des ouvriers nationaux. »

Parmi les grandes figures du socialisme du XIXe siècle, nul ne peut, bien sûr, ignorer ces fortes tensions entre nationaux et étrangers. Dans une lettre rédigée en 1870, Karl Marx (1818-1883) constate ainsi que dans les centres industriels et commerciaux d’Angleterre, la classe ouvrière est désormais « divisée en deux camps hostiles : les prolétaires anglais et les prolétaires irlandais »« Cet antagonisme, ajoute le philosophe allemand, est le secret de l’impuissance de la classe ouvrière anglaise, malgré son organisation. C’est le secret du maintien au pouvoir de la classe capitaliste. »

Une « armée de réserve »

Pour Karl Marx, ces millions d’ouvriers étrangers qui ont quitté leurs pays pour venir travailler dans les usines des pays voisins constituent, à leur corps défendant, une « armée de réserve » qui permet aux patrons de faire baisser les salaires. Citée par le philosophe, en 1847, à Bruxelles, cette expression figure à nouveau, vingt ans plus tard, dans son œuvre majeure, Le Capital« Pris comme un tout, les mouvements généraux des salaires sont exclusivement régulés par la dilatation et la contraction de l’armée industrielle de réserve », écrit-il.

A la fin du XIXe siècle, les socialistes français reprennent cette analyse à leur compte. Rédigé entre 1879 et 1883 avec Karl Marx et son grand ami Friedrich Engels, le programme du Parti ouvrier de Jules Guesde et Paul Lafargue proclame que le patronat puise dans le « réservoir des crève-la-faim de Belgique, d’Italie, d’Allemagne – et de Chine au besoin – les bras dont il a besoin pour avilir le prix de la main-d’œuvre et affamer ses compatriotes ». Ces ouvriers étrangers, ajoute Jean Jaurès en 1894, sont jetés « sans contrôle et sans réglementation sur le marché français ».

Les tensions sociales sont si fortes, en ce tournant du siècle, que les socialistes se font parfois « les porte-voix » d’une classe ouvrière hantée par la xénophobie, constate Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au Cevipof. Le quotidien guesdiste Le Citoyen dénonce ainsi en 1882 l’« invasion », à Paris, de « grossiers ouvriers » allemands dont l’accent « a le don de déchirer les oreilles et de crisper les nerfs », tandis que Paul Lafargue proclame en 1893 que les socialistes sont les « ennemis de l’immigration » « Nous ne voulons pas que le prolétaire quitte son pays natal », écrit-il.

Mais si les socialistes de la IIIe République estiment, comme les sociaux-démocrates danois ou les travaillistes britanniques d’aujourd’hui, que les travailleurs étrangers constituent une menace, ils ne défendent pas pour autant la fermeture des frontières – au contraire. Il faut, estiment-ils, opposer à l’internationalisme capitaliste un internationalisme ouvrier : c’est cette solidarité par-delà les frontières qui assurera, selon eux, le succès de la lutte des classes. « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! », conclut, en 1848, le Manifeste du Parti communiste, de Karl Marx et Friedrich Engels.

Au nom de la justice sociale

Cette conviction internationaliste empêche les responsables politiques et syndicaux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle de sombrer dans la haine de l’autre. « Les discours de la gauche ou des syndicats – Jules Guesde, la CGT ou même Jean Jaurès – sont très différents de ceux de l’extrême droite – Maurice Barrès ou Paul Déroulède, analyse le politiste Gilles Ivaldi. Les premiers se contentent de dénoncer la concurrence déloyale des étrangers, les seconds expriment une xénophobie culturelle qui fait des étrangers des “inassimilables”. »

Malgré les flambées sociales, l’internationalisme, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, reste donc la boussole des socialistes« Pour lutter contre la concurrence sur le marché du travail, ils préfèrent l’instauration d’un salaire minimum pour tous les travailleurs à l’imposition de taxes qui pénaliseraient les étrangers, analyse Delphine Diaz, autrice d’En exil. Les réfugiés en Europe de la fin du XVIIIᵉ siècle à nos jours (Gallimard, 2021). Leur volonté de protéger le travail national n’est pas assortie d’un nationalisme d’exclusion. »

La tourmente de la seconde guerre mondiale, puis les espérances de la Libération inaugurent un nouveau chapitre dans ce débat sur la concurrence « déloyale » entre Français et étrangers, qui a divisé les socialistes au XIXe et au début du XXe siècle. Dans un monde qui célèbre solennellement le principe de l’égale dignité de tous les hommes, la France crée en 1945 la Sécurité sociale, une « vaste organisation nationale d’entraide obligatoire » qui, au nom de la justice sociale, aspire à débarrasser les travailleurs de l’« incertitude du lendemain ».

Si certains avantages sont réservés aux Français, les travailleurs étrangers peuvent très largement bénéficier de cette toute jeune « Sécu ». Les controverses sur leurs droits économiques et sociaux s’en trouvent bouleversées. « A partir de 1945, la construction de l’Etat social fait émerger un nouveau paradigme, observe Delphine Diaz. Se pose, comme sous la IIIe République, la question de la concurrence entre Français et étrangers sur le marché du travail, mais surtout, et c’est nouveau, de cette concurrence dans le domaine de la protection sociale – allocations, logement, santé. »

Le « welfare chauvinism »

Les controverses du XIXe et du début du XXe siècle sur la taxation de la main-d’œuvre étrangère ou sur les quotas de travailleurs étrangers dans les entreprises s’éloignent : la prospérité des « trente glorieuses » affaiblit la revendication protectionniste qui régnait au sein de la classe ouvrière de la IIIe République. L’hostilité aux immigrés se déplace alors sur un autre terrain : les controverses portent désormais sur leur accès, non plus au marché du travail, mais aux allocations familiales, aux aides sociales, aux logements à loyer modéré, à l’hôpital public.

L’offensive contre l’accès des étrangers aux bienfaits de l’Etat-providence émerge, dans les années 1980, au sein des droites radicales européennes : la solidarité, clament-elles, n’est pas compatible avec la diversité. « L’idéologie de ces mouvements est le nativisme, c’est-à-dire la défense des intérêts des natifs contre ceux des immigrés, précise le politiste Gilles Ivaldi. Cette notion est au cœur du principe de la “préférence nationale”, qui vise à réserver aux nationaux l’accès à l’Etat-providence, mais aussi au logement ou à l’emploi. »

Pour qualifier cet étrange mélange de générosité et d’égoïsme, les politistes norvégiens Jorgen Goul Andersen et Tor Bjorklund inventent, en 1990, l’expression « welfare chauvinism » (« chauvinisme de l’Etat-providence »). « Ce concept apparaît dans leurs travaux sur le populisme de droite en Norvège et au Danemark, poursuit Gilles Ivaldi. Il est ensuite utilisé, plus largement, pour décrire l’une des stratégies possibles de mobilisation par les partis de droite radicale : la défense d’un système de protection sociale généreux uniquement réservé au groupe des natifs ou des nationaux. »

Pendant des années, ce discours dualiste sur l’accès à l’Etat social reste l’apanage de l’extrême droite, voire de la droite, mais, à partir des années 2000, il gagne peu à peu une partie de la gauche. Confrontés au « dilemme des progressistes », selon le mot de l’essayiste anglais David Goodhart, les sociaux-démocrates sont sommés de choisir « entre ouverture des frontières et extension de l’Etat-providence, entre solidarité et identité », résument, en 2020, les chercheurs Michel Forsé (CNRS) et Maxime Parodi (Sciences Po, Observatoire français des conjonctures économiques, OFCE) dans un article de la Revue de l’OFCE, « Redistribution et immigration en Europe : y a-t-il un dilemme ? ».

La controverse s’ouvre en 2004 avec la publication, dans le magazine britannique de centre gauche Prospect, d’un long article de David Goodhart intitulé « Too diverse ? »(« trop de diversité ? »). L’essayiste, qui deviendra en 2011 le responsable du think tank blairiste Demos, y interpelle la gauche. « Le partage et la solidarité peuvent entrer en conflit avec la diversité, écrit-il.

La controverse s’ouvre en 2004 avec la publication, dans le magazine britannique de centre gauche Prospect, d’un long article de David Goodhart intitulé « Too diverse ? »(« trop de diversité ? »). L’essayiste, qui deviendra en 2011 le responsable du think tank blairiste Demos, y interpelle la gauche. « Le partage et la solidarité peuvent entrer en conflit avec la diversité, écrit-il.

Ce dilemme est particulièrement aigu pour les progressistes, qui aspirent à la fois à une forte solidarité – une cohésion sociale élevée et une protection sociale généreuse financée par un système fiscal progressif – et à la diversité – le respect égal de tous les peuples, valeurs et modes de vie. »

La société britannique fissurée

Selon David Goodhart, l’immigration venue du Commonwealth, des Antilles et d’Asie dans les années 1950 et 1960, puis d’Europe, d’Afrique et du Moyen-Orient à partir des années 1990, a nourri une telle « diversité des modes de vie » que les Britanniques vivent désormais avec des « inconnus ». Parce que le multiculturalisme affaiblit, d’après lui, le « sentiment d’obligation mutuelle », il érode le socle de la solidarité : le partage « se négocie plus facilement et plus généreusement si l’on peut tenir pour acquis un ensemble limité de valeurs et de présupposés communs ».

L’homogénéité de la société britannique s’est tellement fissurée, ajoute David Goodhart, que l’Etat-providence doit désormais renoncer à son aspiration universaliste : si certains citoyens enfreignent les règles du « comportement civilisé » (« civilised behaviour »), il faut les exclure de la solidarité nationale. La conclusion de cet article, qui célèbre les vertus du modèle social « restrictif » et « nativiste » du Danemark, est sans appel : « Une politique sociale généreuse est incompatible avec l’ouverture des frontières. »

Ce texte polémique suscite un déluge de contestations.

Le mois suivant, les colonnes du magazine s’ouvrent ainsi à un philosophe politique australien, à une ancienne conseillère du Trésor britannique, à un ex-ministre de l’intérieur travailliste, à un sociologue de Harvard, à un économiste de University College (Londres), à un professeur de littérature de l’université de Leicester, à un écrivain écossais, à une historienne de l’immigration européenne – et à bien d’autres encore : en mars 2004, 14 contributions mettent en pièces l’argumentaire de David Goodhart.

Keith Banting et Will Kymlicka, respectivement politiste et philosophe à l’université Queen’s (Ontario) et auteurs d’une étude citée par David Goodhart, dénoncent des idées « simples et séduisantes » qui esquivent l’infinie complexité des relations entre diversité et redistribution, tandis que Bhikhu Parekh, philosophe politique britannique, ancien président de l’Académie des sciences sociales et membre de la Chambre des lords, se demande avec perplexité quelles entorses au fameux « comportement civilisé » pourraient bien justifier que des citoyens britanniques soient exclus de l’Etat-providence.

Tous ces intellectuels contestent, chacun à leur manière, la thèse qui sous-tend l’ensemble du raisonnement de David Goodhart : la solidarité supposerait, selon l’essayiste, une forte cohésion sociale, culturelle, voire ethnique – une idée qu’il emprunte à trois chercheurs américains. Dans une étude publiée en 2001, Alberto Alesina, Edward Glaeser et Bruce Sacerdote affirment, en effet, que l’absence, aux Etats-Unis, d’un Etat-providence solidaire « à l’européenne » est liée à la persistance, en Amérique, de relations « chaotiques entre les différentes ethnies ».

Traités comme des « égaux »

Depuis le début des années 2000, cette théorie « très schématique », selon les mots de Michel Forsé et Maxime Parodi, a pourtant été contestée, voire réfutée, par de nombreux travaux. « Elle est tout d’abord fausse historiquement, précise Bruno Palier, chercheur au Centre d’études européennes et de politique comparée. L’argument de la cohérence culturelle n’a jamais été utilisé par les théoriciens de la protection sociale : né dans les pays nordiques, l’Etat-providence a été fondé non sur une rhétorique nationale, encore moins sur une rhétorique ethnique, mais sur un compromis de classe passé dans les années 1920-1930 entre la classe ouvrière et le patronat. »

La théorie d’Alesina, Glaeser et Sacerdote est, en outre, démentie par la longue expérience de la France et de la Suède, ajoute le politiste. « Ces deux pays ont une forte protection sociale, alors que l’Hexagone est un pays d’immigration depuis plus d’un siècle et que le premier ministre social-démocrate Olof Palme avait, dans les années 1970 et 1980, accueilli une bonne part de la “misère du monde”, souligne Bruno Palier.

Rien ne démontre scientifiquement qu’il est plus facile d’être solidaire dans une société où les gens se ressemblent que dans une société multiculturelle. Ce n’est vrai ni dans l’histoire ni dans les comparaisons internationales. »

Lire aussi l’enquête (2023) :  Depuis le XIXᵉ siècle, l’immigré en « bouc émissaire des crises franco-françaises »

Le sociologue Nicolas Duvoux, professeur à l’université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis, va plus loin encore. En France, c’est précisément la construction de l’Etat social qui a contribué à intégrer les immigrésobserve-t-il. La dynamique de la protection sociale a permis à ces personnes que beaucoup jugeaient inassimilables de participer à la machine économique et sociale. En agrégeant des forces hétérogènes, elle est parvenue, au fil des décennies, à forger un destin commun. En France comme ailleurs, le “nous” n’est jamais donné : il est construit – notamment par les politiques de solidarité. »

Chercheuse émérite à l’Ecole d’anthropologie et d’ethnographie muséale de l’université d’Oxford, ancienne présidente de la Commission pour l’égalité raciale du Royaume-Uni, Sarah Spencer ne disait pas autre chose, en 2004, dans le texte de réponse à David Goodhart qu’elle avait adressé au magazine Prospect. Les immigrés, écrivait-elle, ne développeront des sentiments d’appartenance et d’obligation mutuelle que s’ils sont traités comme des « égaux » : c’est justement en les incluant « économiquement et socialement » que les « eux » deviendront des « nous ».

Si la « gauche antimigrants » est puissante au Danemark, forte au Royaume-Uni et embryonnaire en Allemagne, elle reste, sauf exceptions, très marginale dans le paysage politique français. « Jean-Luc Mélenchon avait, en 2018, évoqué les “problèmes posés par les vagues migratoires”, mais il avait rapidement fait marche arrière, constate le politiste Gilles Ivaldi. D’une manière générale, la gauche défend, en France, des positions modérées en matière d’immigration. Elle ne s’aventure pas sur ce terrain-là. » Pas encore ?Anne Chemin

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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