Municipales : l’écologie, une préoccupation discrète mais omniprésente
Plusieurs enquêtes révèlent la grande attention portée par les électeurs aux enjeux environnementaux sur une large gamme de l’échiquier politique. Une prééminence au niveau local qui tranche avec l’écolo-bashing pratiqué au niveau national.
Gouvernance | 05.03.2026 | https://www.actu-environnement.com/ae/news/municipales-ecologie-environnement-preooccupation-programmes-47639.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8Mzk2Mw%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© CURIOSLes enjeux écologiques, bien que discrets, seront très présents lors des élections des 15 et 22 mars 2026.
« La transition écologique est très largement soutenue au niveau local, que ce soit en termes de mobilités, de rénovation énergétique, de préservation des espaces, etc. Les candidats ont réagi et on retrouve ces préoccupations dans les programmes. En ce sens, on peut parler de victoire de l’écologie au niveau local », apprécie Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat (RAC), qui fédère une quarantaine d’associations autour de la lutte contre le changement climatique.
Cette imprégnation locale par les enjeux environnementaux ressort de plusieurs enquêtes menées en ce début d’année à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars. Ainsi, un sondage réalisé par l’Ifop (1) pour le compte du RAC et du Secours catholique et dévoilé en janvier, révèle que 53 % des Français (60 % des habitants de quartiers populaires) considèrent qu’il est nécessaire de poursuivre la transition écologique et sociale, quitte à augmenter les investissements communaux. Et 63 % (64 % des habitants de quartiers populaires) seraient gênés de voter pour un(e) candidat(e) qui remet en cause les mesures de transition écologique déjà engagées dans leur commune.
Selon une enquête menée par l’Institut Terram et l’ONG Project Tempo (2) , publiée en février 2026, 74 % des Français déclarent que les propositions environnementales des candidats pèseront dans leur choix de vote aux municipales, avec une attente plus forte dans les métropoles (78 %), que dans les villesmoyennes (74 %) et les territoires ruraux (62 %), même si cette attente est également majoritaire dans ces derniers. Et, logiquement, ces préoccupations des électeurs sont partagées par les élus. Une consultation des maires et des élus municipaux (3) , réalisée par le Shift Project et dévoilée le 12 février dernier, révèle que ceux-ci sont massivement préoccupés par le changement climatique (87 % évaluant cette préoccupation à au moins 7 sur 10) et fortement préoccupés par la dépendance nationale aux énergies fossiles (70 %).
Toutes les villes confrontées à des préoccupations environnementales
« Toutes les villes grandes, petites, moyennes sont aujourd’hui confrontées à des défis écologiques : l’adaptation au réchauffement climatique, la place de la nature en ville, les liens entre santé et environnement avec un intérêt particulier pour l’alimentation, les nouvelles mobilités, le surtourisme », explique Lucile Schmid, présidente de La Fabrique écologique. Le think tank a publié en février un dossier (4) consacré aux élections municipales et à l’écologie, qui montre que cette dernière est centrale dans les politiques publiques locales.
« Certaines mesures ne créent plus de clivages », explique Clara Sannicolo, responsable Climat et territoires au RAC. C’est le cas des transports en commun, de la fraîcheur en ville ou encore de la qualité des aliments dans les cantines. « La réduction de la place de la voiture fait consensus auprès des trois-quarts des personnes interrogées », illustre aussi Lucile Schmid, et rares sont les candidats, comme Sarah Knafo (Reconquête) à Paris, qui veulent réintroduire la voiture en ville. Mais la présidente du think tank relève toutefois la création de nouvelles conflictualités, autour de la place donnée au vélo dans la ville, aux zones à faibles émissions (ZFE), ou à l’accès au logement.
La mise en œuvre de politiques écologistes ne transforme pas seulement les usages mais se traduit également par des aménagements, comme les pistes cyclables, qui nécessitent être expliqués pour résoudre ces nouvelles conflictualités, explique Lucile Schmid. « Lyon est en travaux permanent pour désinstaller la voiture de la ville, comme elle l’avait été dans les années 1960 pour l’installer », illustre-t-elle.
Cela remet au centre du débat la question sociale et la nécessaire adhésion des habitants. « La transition ne peut pas être pensée comme une simple injonction individuelle : elle dépend des infrastructures, des services publics et des capacités d’action collective. Sans justice territoriale, il ne peut y avoir de transition juste. », explique Clément Mabi, directeur du Laboratoire Fabrique de pensée critique (LFPC).
Relatif consensus pour parler de transition écologique
Cette appropriation des enjeux écologiques par les citoyens est reprise assez largement par les candidats aux municipales. « Il y a un relatif consensus, pour parler, plutôt bien, de la transition écologique », constate ainsi Clara Sannicolo, responsable Climat et territoires au RAC. L’ONG a mis au point une méthode d’analyse de l’ambition environnementale des candidats, qu’elle propose sous forme de crash test (5)à faire passer aux programmes et qu’elle a elle-même appliquée à trois villes : Lyon, Toulouse et Brest.
Il en ressort que les questions d’écologie ne sont pas si clivantes que le laisseraient entendre les postures prises par certains responsables politiques sur le plan national. « L’élu local ne dit pas la même chose qu’au niveau national ; au niveau local, on arrive souvent à des compromis qui répondent à l’impératif écologique », constate Benoît Leguet, directeur général de l’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), qui s’est penché sur les enjeux lié au climat lors de ces municipales. « Alors qu’à l’échelle nationale, l’écologie est devenue un terrain d’affrontement permanent, dans les villes, les dossiers concrets qui s’y rattachent relèvent d’une approche transpartisane. (…) Il y a « l’écologie punitive » des discours clivants et simplificateurs, et les réalités de l’adaptation des villes », confirme Lucile Schmid dans le dossier publié par la Fabrique écologiste.“ Il y a l’écologie punitive des discours clivants et simplificateurs, et les réalités de l’adaptation des villes ”Lucile Schmid, présidente de La Fabrique Écologique
Une enquête participative, commandée par Greenpeace France au Laboratoire Fabrique de pensée critique (LFPC) et dévoilée ce 4 mars, montre en réalité que ce n’est pas l’écologie qui est rejetée mais les conditions de sa mise en œuvre. « Nos résultats montrent effectivement que l’adhésion à la transition écologique est bien réelle, explique Clément Mabi, directeur du LFPC. Ce qui varie profondément, ce sont les ressources disponibles pour la mettre en œuvre », explique-t-il.
Les mesures favorables à la transition écologique sont effectivement présentes dans la plupart des programmes, constate le Réseau Action Climat, si tant est que les programmes soient disponibles (ce qui n’était pas le cas de celui du RN pour les trois villes étudiées). « Mais il n’y a pas forcément d’ambition derrière certains mots clés », pointe Clara Sannicolo. À l’inverse, des élus sortants, sincèrement engagés dans la transition écologique, apparaissent paradoxalement très précautionneux dans leur communication, sans doute influencés par le discours anti-écolos de certains responsables nationaux.
« Il est nécessaire d’analyser la cohérence des programmes dans leur ensemble », explique la représentante du RAC. Ils peuvent contenir des propositions climaticides, qui entrent en contradiction avec les affichages du chapitre « environnement » du programme. Ainsi, à Toulouse, si aucune liste ne propose de détricoter des mesures de protection de l’environnement, rapporte Clara Sannicolo, « la majorité sortante [divers droite] ne se saisit pas des enjeux de transition écologique hors mobilités, dans une ville pourtant très impactée par le changement climatique ».
Préoccupation environnementale au-delà des écologistes
Se pose également la question du sort des municipalités tenues par des Écologistes (Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Poitiers, Besançon, etc.), formation politique qui était sortie renforcée des dernières élections municipales, et dont on pourrait être tenté de faire un indicateur de la prise en compte des enjeux environnementaux par les électeurs. « Le score des écologistes est un assez mauvais baromètre de l’écologie en France », explique en réalité Lucas Francou Damesin, co-fondateur de Parlons Climat, organisation spécialisée dans l’analyse de l’opinion publique sur les enjeux environnementaux et climatiques.
« Moins de la moitié des électeurs qui font de l’écologie et du climat un enjeu prioritaire pour le pays votent à gauche », révèle en effet Lucas Francou Damesin, après avoir constaté que seulement 45 % d’entre eux avaient choisi les candidats du Nouveau Front populaire (NFP) lors des élections législatives de 2024. Autrement dit, Les Écologistes réunissent une faible part du vote des électeurs se revendiquant écologistes.
« Un élément central permet d’expliquer cela : le vote pour le parti Les Écologistes est perçu comme un vote de gauche. Cette perception constitue un frein important pour de nombreux électeurs sensibles aux enjeux environnementaux, mais qui ne se reconnaissent pas dans ce positionnement politique », analyse Parlons Climat (6) sur son site. En outre, les maires verts ont dérangé les relations classiques qui existaient entre citoyens et élus à travers des projets de transformation globale des villes et une association de leurs politiques aux enjeux planétaires, explique Lucile Schmid.
« Si les maires écologistes perdent du terrain, l’action écologiste ne va pas forcément ralentir », projette François Thomazeau, directeur du programme Collectivités et adaptation au changement climatique chez I4CE. De la même façon, celui-ci recommande de ne pas réduire les résultats aux seuls grandes villes et métropoles.
L’écueil budgétaire
S’il existe donc un certain dénigrement de la formation politique des Écologistes relevé par Parlons Climat, la mise de côté des enjeux écologiques exposerait en revanche les candidats à une sanction électorale. « La suppression de mesures de transitions écologiques fait perdre des votes », explique ainsi Lucas Francou Damesin.
D’autant que les électeurs ne raccrochent pas forcément certaines mesures favorables à l’environnement à des politiques écologistes, mais à des enjeux de leur vie quotidienne comme les mobilités, la qualité de vie dans la commune, la santé ou encore le pouvoir d’achat, explique Clara Sannicolo du RAC. « Parfois les maires font de l’écologie sans le savoir pour améliorer le cadre de vie ou faire de économies budgétaires », explique aussi François Thomazeau. En bref « ils font de l’écologie pour d’autres raisons que l’écologie ».
Mais si la nécessité de mener des politiques de transition écologique apparaît aujourd’hui relativement consensuelle, l’action des communes risque d’être entravée par d’autres écueils. « Certes, les municipalités sont un échelon déterminant de mise en œuvre de mesures d’adaptation rendues nécessaires. Mais elles doivent aussi compter avec les moyens, les compétences et l’expertise d’autres collectivités, particulièrement les régions, et à tout le moins les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). L’accompagnement et la facilitation de l’État sont aussi essentiels », relève Lucile Schmid.
Et le cadre budgétaire contraint par la dernière loi de finances, et certainement davantage encore par la prochaine, risque de peser. « La capacité d’action des collectivités pour le climat ne dépend pas seulement des élections municipales mais aussi de l’environnement national, confirme M. Thomazeau. Le vrai blocage risque de ne pas être politique mais budgétaire ».1. En savoir plus sur le sondage Ifop pour le Réseau Action Climat et le Secours catholique
https://reseauactionclimat.org/sondage-exclusif-les-francais-ont-soif-de-transition-ecologique-et-sociale/2. Consulter l’enquête de l’Institut Terram et de l’ONG Project Tempo
https://institut-terram.org/publications/municipales-lecologie-a-lepreuve-des-territoires/3. En savoir plus sur la consultation réalisée par le Shift Project
https://theshiftproject.org/publications/resultats-grande-consultation-maires-elus-municipaux/4. Télécharger le dossier de La Fabrique écologique
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47639-dossier-municipales-la-fabrique-ecologique.pdf5. Accéder au crash test proposé par le Réseau Action Climat
https://app.questionnaireweb.com/f/402541/4qVnUuGUcqMRVaDWuRQKWM6. Consulter l’analyse de Parlons Climat
https://www.parlonsclimat.org/post/le-score-des-ecologistes-ne-reflete-pas-le-soutien-a-l-ecologie-en-france

Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement