Marchés financiers : « Quand le patron de la première banque américaine, J.P. Morgan, dresse un parallèle avec la crise de 2007 »
Chronique
Les folles valorisations boursières des Nvidia et autres Microsoft seraient annonciatrices d’un retournement de cycle, selon Jamie Dimon, le PDG de J.P. Morgan, qui y voit un parallèle avec la crise des subprimes. La vision d’un capitalisme qui finit par se détruire lui-même, constate Isabelle Chaperon, chroniqueuse au service Economie du « Monde ».
Publié le 25 février 2026 à 11h33, modifié le 26 février 2026 à 07h20 Temps de Lecture 2 min.
Toutes les grandes crises financières du XXe et du XXIe siècle sont-elles nées aux Etats-Unis ? Pas la Grande Dépression (1929), assurait un papier de recherche publié en 2010 par le National Bureau of Economic Research, selon lequel la France avait joué un « rôle central » dans le déclenchement de ce cataclysme économique.

Pour la tempête financière de 2007-2008, en revanche, aucun doute. Le mal qui a ravagé l’économie mondiale a germé sur le marché du crédit immobilier américain. Et la prochaine ? Jamie Dimon, le PDG de J.P. Morgan, établit déjà des parallèles entre la crise des subprimes et la situation actuelle à Wall Street.
« Malheureusement, nous avons vu cela en 2005, 2006 et 2007 », a lâché le patron de la première banque américaine, lors d’une présentation, lundi 23 février, à New York, rappelant l’euphorie de ces années-là : « La marée montante soulevait tous les bateaux, tout le monde gagnait beaucoup d’argent, les gens tiraient parti de leur effet de levier au maximum. Le ciel était la limite. » Et d’ajouter quant à un retournement de cycle : « Je suis très inquiet à ce sujet. Je ne suis pas rassuré par le fait que les prix des actifs soient élevés. En fait, je pense que cela augmente le risque. »
Krach macroéconomique lié à l’IA
Chacun se demande, bien sûr, si les folles valorisations des Nvidia et autres Microsoft sont justifiées. Mardi 24 février, Meta a annoncé un contrat, estimé à 100 milliards de dollars (85 milliards d’euros) par le Wall Street Journal, pour l’achat de millions de processeurs graphiques à son compatriote AMD. Les retours seront-ils à la hauteur de ces investissements colossaux ? Signe de la fébrilité qui règne à Wall Street, un post de blog, publié dimanche 22 février, par un cabinet de recherche inconnu, Citrini Research, a semé l’effroi dans les salles de marché. Son scénario : un krach macroéconomique lié à l’intelligence artificielle (IA).
Le risque majeur, selon ces Cassandre, n’est pas que l’IA déçoive mais, au contraire, qu’elle se montre bien trop efficace. Au point de produire du chômage de masse chez les « cols blancs » dans de telles proportions que cela affecterait la consommation, entraînerait des défaillances sur les prêts et provoquerait une chute des prix de l’immobilier. La vision d’un capitalisme qui finit par se détruire lui-même n’étonnera pas les lecteurs de Karl Marx.
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Cette apocalypse prévue en 2028 n’a pas convaincu les économistes, mais, pour autant, les succès de l’IA provoquent des secousses, à l’image de la correction sur les valeurs des éditeurs de logiciels, de nature à tester la solidité des marchés du crédit. L’éternel maillon faible. C’est là où se logent les risques les plus élevés, les effets de levier les plus acrobatiques, dans une grande opacité en ce qui concerne les 1 800 milliards de dollars des prêts directs consentis par des acteurs non bancaires. La récente décision du gestionnaire d’actifs Blue Owl de geler les retraits sur l’un de ses fonds de crédits privés a rappelé les mauvais souvenirs de 2007. Le canari qui défaille dans la mine pourrait-il être un hibou bleu ?