La protection des captages devient urgente pour la santé des usagers des services mais aussi pour leur portefeuille

La protection des captages : l’atout oublié de la facture d’eau

Dans un contexte d’augmentation du prix de l’énergie et des besoins en traitement, la facture d’eau risque d’augmenter. La protection des captages devient urgente pour la santé des usagers des services mais aussi leur portefeuille.

Eau  |  04.03.2026  | https://www.actu-environnement.com/ae/news/facture-eau-traitement-pesticides-pfas-protection-basic-intitut-veblen-reseau-le-lierre-47633.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8Mzk2Mg%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

 D. Laperche

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La protection des captages : l'atout oublié de la facture d'eau

© Actu-EnvironnementUn captage sur dix affiche une qualité dégradée, sur les 33 000 existants, selon la FNCCR

Comment aborder l’augmentation de la facture d’eau ? De nombreux maires fraîchement élus ou non, vont avoir cette question en tête durant les prochaines années. Les eaux superficielles ou souterraines prélevées pour produire de l’eau potable subissent une contamination quasi généralisée. En regard, le dernier bilan (2024) des agences régionales de santé sur la qualité de l’eau du robinet montre une situation peu satisfaisante : plus de 23 % de la population n’a pas été alimentée avec une eau qui respecte en permanence les limites de qualité (1) pour les pesticides. Ce taux grimpe à 28,5 % en intégrant le métabolite R471811 du chlorothalonil, considéré comme non pertinent en 2024 par l’Anses. Pour ce qui concerne les nitrates, la petite part de la population hors clous peine à décroître (entre 0,5 et 1,2 %). Et ce bilan risque de s’assombrir lorsqu’il intégrera les PFAS.

Des services face à une quadrature du cercle

Face à une eau brute trop polluée, jusqu’à présent, les choix les plus habituellement opérés consistaient à rechercher d’autres sources de substitution ou de la diluer avec une autre ressource pour respecter les seuils. Mais dans un contexte de tension hydrique, ces anciennes pistes ont trouvé leurs limites. Et l‘option du traitement plus poussé de la ressource devient alors la planche de salut… avec de nombreux enjeux associés.

« La grande question qui se pose c’est : jusqu’à quel niveau traiter ? Ces solutions ont un impact environnemental : plus la filtration est fine, plus nous consommons de l’énergie, a expliqué Régis Taisne, chef du département cycle de l’eau à la FNCCR, à l’occasion d’un échange organisé par le Bureau d’analyse sociétale d’intérêt collectif (Basic), l’Institut Veblen et le réseau Le Lierre, mardi 3 mars. Par ailleurs, que fait-on des polluants retirés ? Si nous les remettons dans le milieu, c’est problématique pour les usagers en aval et les écosystèmesEt les traitements les plus avancés retirent y compris les sels minéraux utiles à la santé ». Autre difficulté : les filtres à charbon une fois saturés de contaminants, doivent être regénérés, mais pour un nombre limité d’opérations. « Les charbons actifs ne sont pas fabriqués en Europe mais en Australie, en Chine, etc., rappelle Régis Taisne. Nous sommes très dépendants»

Ces traitements pèsent également sur la facture des consommateurs, en particulier pour les plus petits services d’eau potable. Les services ont en effet l’obligation d’équilibrer leurs dépenses et leurs recettes. « Les coûts sont de quelques centimes d’euros – 0,05 à 0,1 – par mpour les technologies basiques comme les charbons actifs. Ils sont de 0,5 à 2-3 euros par m3 pour l’osmose inverse mais peuvent monter jusqu’à 3-4 euros pour les plus petites unités, situe Régis Taisne. Ces prix ne prennent pas en compte la gestion des concentrats et des polluants ».

Cette gestion de la contamination s’ajoute à un équilibre économique déjà sous tension. « Les services sont confrontés à une quadrature du cercle : l’inflation, l’augmentation du prix de l’énergie notamment alourdissent les dépenses et dans le même temps nous sommes dans une démarche de sobriété hydrique pour réduire les prélèvements sur les ressources, constate Anne-Sophie Leclère, directrice générale adjointe chez Eau de Paris. La baisse des consommations est vertueuse mais si moins d’eau est distribuée, il faut augmenter le prix fixe du m3. » Des réflexions sont en cours sur l’évolution structurelle de la tarification.

Les bénéfices de la prévention aux oubliettes

Mais face à ce surplus de dépenses, une question monte : le principe du pollueur-payeur ne pourrait-il pas être mieux appliqué ? « Ce sont les consommateurs qui supportent les coûts de la dépollution essentiellement agricole et industrielle, nous estimons que c’est anormal, estime Benjamen Recher, chargé des relations institutionnelles de l’UFC-Que choisir. L’eau reste buvable car ce sont des limites de qualité génériques. Mais il y a une hausse de la dégradation : la trajectoire de réduction des pesticides est un échec. »

De la même manière, les travaux du Grenelle de l’environnement et des Assises de l’eau pour protéger les aires d’alimentation des captages n’ont pas été concluantes. Un captage sur dix affiche une qualité dégradée, sur les 33 000 existants, selon la FNCCR. « Les préfets de département utilisent peu leur levier pour protéger les aires de captage », regrette Benjamen Recher. Il y a une question de la volonté politique pour protéger la qualité de l’eau. »

La prévention semble pourtant la voie la plus raisonnable pour retrouver une eau de bonne qualité. « Il faut avoir une approche économique globale qui ne s’intéresse pas qu’à la question du coût de l’eau mais aussi au coût de la santé publique d’une ressource dégradéesouligne Anne Sophie Leclère. Il y a un enjeu fort d’alignement des politiques nationales, locales et européennes. La France arrive à ne pas profiter de toutes les aides de la PAC : par exemple, les aides au maintien du Bio ne sont pas mises en place. »

Un portage politique à renforcer

La transition pour l’instant peine à être soutenue, notamment par l’État. « Très peu de ses soutiens, en particulier ceux qu’il apporte par le biais d’exonérations fiscales et sociales (21 milliards d’euros), par nature plus difficiles à piloter, sont conditionnés à des pratiques sociales et écologiques durables », selon un rapport  (2) coécrit notamment avec le Basic. « La capacité à inverser les financements est très difficile car ils sont très structurants, c’est la responsabilité de tout à chacun », pointe Maylis Labusquière, responsable de projets au Basic.

Malgré les difficultés, certaines collectivités se sont lancées dans des expérimentations pour encourager les pratiques vertueuses et préserver leurs ressources. C’est le cas de la régie des eaux de Rennes qui a créé un label « Terres de sources » pour accompagner et structurer une filière pour une agriculture « durable ». Ou encore de la collectivité de Lons-le-Saunier qui dans le cadre d’un plan alimentaire de territoire a créé un débouché stable pour les produits issus de l’agriculture biologique des agriculteurs situés sur l’aire de captage. De la même manière, Eau de Paris soutient des pratiques agricoles qui réduisent les intrants grâce à un dispositif de paiements pour services environnementaux« Le bilan à mi-parcours montre une réduction de 77 % de la quantité de pesticides appliquée soit 55 000 kg évités grâce aux 115 exploitations engagé es, note Anne Sophie Leclère. Nous constatons des pics de pollution bien moindre sur notre territoire qu’avant la mise en place de ce dispositif. » Le financement de ce dispositif est assuré à 20 % par Eau de Paris et 80 % par l’agence de l’eau Seine Normandie. Un engagement qui ne pourra pas se poser d’un réalignement de l’Etat sur ces questions.

1. Seuil déterminé initialement sur la base des seuils de détection des appareils de mesure mais qui ne correspond pas à une réalité sanitaire. 

2. Lire L’injuste prix de notre alimentation : quels coûts pour la société et la planète ?
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47633-injuste-prix-alimentation-rapport-secours-catholique-reseau-civam-solidarite-paysans-federation-francaise-diabetiques.pdf

Dorothée Laperche, journaliste
Cheffe de rubrique eau / santé environnement

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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