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« Nouveaux OGM » : pourquoi il est urgent de dire non aux NGT !
Un texte de dérégulation des « nouveaux OGM » est en phase d’être adopté au niveau européen. Fini l’évaluation des risques, la traçabilité et la protection des cultures. L’adoption de ces Nouvelles Techniques Génomiques (NGT) menace la biodiversité, l’agriculture biologique et la liberté d’action des agriculteurs. C’est urgent mais il est encore temps d’agir pour dire non !
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« C’est la remise en cause de 40 ans de combat dans l’Union européenne sur les OGM », pestait l’eurodéputé socialiste Christophe Clergeau, dans un article que le journal indépendant La Brèche consacrait aux NGT (« NGT : la dérégulation des « nouveaux OGM » vient pimenter les Européennes »), dès février 2024. « Pour l’instant les OGM coexistent dans un cadre très strict. Dans ce texte, il n’y a rien. Si on laisse faire, il y aura une véritable dérégulation », ajoutait l’eurodéputé, chargé des questions environnementales et agricoles. « Je sens une mobilisation monter», terminait-il. Sur ce dernier point, son flair l’a trompé car le texte a passé tous les votes et toutes les étapes sans faire grand bruit.
NGT ou « le brevetage du vivant »
Pourtant, le risque, « c’est le brevetage du vivant » ! Adopté en trilogue en décembre 2025 et approuvé par la Commission ENVI le 28 janvier 2026, le nouveau règlement sur les plantes issues des NGT prévoit de déréguler la quasi-totalité des plantes modifiées par ces nouvelles techniques (mutagenèse dirigée, cisgenèse, etc.), en les assimilant à des variétés conventionnelles, sur la base de critères arbitraires sans aucun fondement scientifique.
Un média doit-il pousser une pétition ou une lettre ouverte ? Avec La Brèche nous avons déjà clamé l’importance de creuser les controverses scientifiques, via une tribune sur ce blog. Notre travail s’appuie sur des éléments sourcés, documentés, issus de la littérature scientifique. C’est justement ce qui nous amène à prendre position. Et ce n’est pas parce notre no 15, consacré à l’irruption du privé dans le domaine carcéral, n’est pas centré sur la thématique agricole que l’on ne doit pas pousser, dès maintenant et avec nos petits moyens, une lettre ouverte de l’association Kokopelli (semences biologiques, libres de droits et reproductibles) aux eurodéputés. Tout simplement car il y a urgence.
Le Parlement européen se doit de rejeter ce texte sur les NGT en séance plénière. Ces mêmes parlementaires européens qui n’ont que le mot « souveraineté » à la bouche, s’apprêtent à la sacrifier au nom d’une compétitivité totalement fictive en l’état actuel des portefeuilles de brevets et d’une bien fallacieuse transition agricole. Ce texte supprimerait pour ces « nouveaux OGM » :
- L’évaluation des risques environnementaux et sanitaires systématiques
- La traçabilité et l’étiquetage obligatoires pour les consommateurs
- Les protections contre la contamination des cultures non-OGM, y compris biologiques.

Les NGT menacent la biodiversité…
Les NGT génèrent des effets imprévus sur le génome des plantes (mutations, interactions génétiques et conséquences métaboliques inattendues, contamination, etc.). Ces traits génétiques nouveaux, sans aucune évaluation,menacent les écosystèmes sauvages, les pollinisateurs, mais aussi la diversité génétique des semences paysannes et traditionnelles.
Ces « nouveaux OGM » font courir le risque d’une uniformisation et d’un appauvrissement irréversible de la biodiversité sauvage et cultivée.
…le bio, des filières sans-OGM et labels de qualité
L’agriculture biologique sera la première impactée par les contaminations génétiques et des filières entières (producteurs, transformateurs, distributeurs) sont menacées par ce texte. L’absence de méthodes de détection, de toute traçabilité, de mesures de coexistence, rendent les contaminations inévitables.
Perte de souveraineté alimentaire et dépendance accrue
Le texte issu des trilogues n’interdit pas les brevets qui accompagnent ces nouvelles technologies, contrairement à la position initiale du Parlement, et ceux-ci toucheront toutes les semences commercialisées La plupart des brevets déjà existants sont entre les mains de géants américains (CORTEVA notamment) et nos sélectionneurs seront contraints de signer avec eux de coûteux contrats de licence. Nous abandonnerons ainsi toute souveraineté alimentaire !

Une étape de plus dans la « troisième révolution agricole » : génétique, numérique et robotique
Depuis des décennies, l’agriculture française enchaîne des pseudos « révolutions », poursuivant toujours le même chemin. Financiarisation, dépossession des terres et des savoirs avec une seule issue possible : le techno-solutionnisme. Et cela depuis la mise en place de la Politique agricole commune (PAC), en 1962, qui avait pour ambition d’industrialiser l’agriculture française. Résultat, nous sommes passés de 2,3 millions d’exploitations agricoles en 1955, à seulement 390 000 en 2020, d’après les chiffres du ministère de l’Agriculture. Ces « nouveaux OGM » réunissent tous les ingrédients chers à l’agro-industrie. Les NGT ne sont qu’une étape de plus dans la « troisième révolution agricole » : génétique, numérique et robotique.
« Notre modèle agricole mondial est à bout de souffle », alertait Olivier De Schutter (Le Monde, 29 avril 2014), alors rapporteur pour le droit à l’alimentation aux Nations unies. Pour preuve, le rendement du blé français est passé d’environ 70 quintaux par hectare et par an entre 2000 et 2020, à 62 quintaux en 2024 (chiffres Agreste, ministère de l’Agriculture). Et si on s’était trompé de chemin. Si la véritable révolution agricole à venir était de faire un pas de côté ? « À l’uniformisation, nous pouvons répondre par la diversité féconde. À la massification, nous pouvons répondre par le morcellement », indique l’agronome Jacques Caplat, dans son ouvrage Agriculture industrielle (Rue de l’Échiquier, 2025). Une « diversité féconde » que nous avons détaillée dans notre no 14 !
- Agir pour continuer de choisir ce qu’on met dans nos assiettes !
Sans traçabilité ni étiquetage, les Européens ne pourront plus exercer leur droit fondamental à faire un choix éclairé sur leur alimentation et refuser éventuellement ces « nouveaux OGM » dans leur assiette. Les NGT vont favoriser une agriculture impulsée par des technologies coûteuses, propriétés de quelques opérateurs étrangers, et totalement incontrôlées.
La France – leader européen en production de semences – a une responsabilité très particulière dans cette affaire et a toujours voté contre les OGM. Cette fois, le gouvernement a trahi la France et les Français en votant POUR au Conseil de l’Union Européenne.
Comme pour la loi Duplomb, il revient aux citoyens de prendre leur responsabilité pour défendre un avenir agricole souverain et sain. Dites « Non aux NGT » en signant cette lettre ouverte de Kokopelli aux députés européens, nommée « Pour notre souveraineté agricole, votez contre la dérégulation des OGM ! » : POUR AGIR C’EST ICI !