La géoterritorialité du cancer est un impératif sanitaire et une nécessité économique et sociale

LA REVUE DE PRESSE QUOTIDIENNE DE L’ACTUALITÉ MÉDICALE ET DE LA SANTÉ

Revue de presse du 4 mars 2026

« Contre le cancer, “une approche territoriale permet de répondre efficacement aux défis sanitaires actuels” »

 Date de publication : 4 mars 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=a9621eee841b75c4c6114f2192daf272&id_newsletter=23458&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23458&from=newsletter


Le Monde publie une tribune de Thierry Lecomte, professeur en hépato-gastroentérologie et cancérologie digestive au CHU de Tours, et président du dispositif spécifique régional du cancer OncoCentre, qui « insiste sur des modalités de dépistage, de prévention et de prise en charge adaptées aux réalités locales ».
Le Pr Lecompte écrit ainsi que « devant l’augmentation de l’incidence des cancers et les résultats décevants des politiques de dépistage, il est urgent de repenser nos approches de prise en charge de ces maladies. La Cour des comptes a souligné en janvier que la participation au dépistage du cancer du sein est insuffisante, et le même constat est observé pour les tumeurs colorectales. Parallèlement, le nombre de nouveaux cas de cancers progresse en France, avec une hausse plus marquée chez les moins de 50 ans ».
Il souligne qu’« une approche plus globale et territorialisée s’impose. Le concept d’exposome, défini comme l’ensemble des expositions environnementales, sociales et économiques auxquelles un individu est soumis, offre un cadre particulièrement pertinent pour ce type d’approche. Des travaux récents suggèrent que l’exposome contribue davantage à l’incidence et à la mortalité des maladies liées à l’âge, y compris les cancers, que la seule génétique ».
Thierry Lecomte ajoute que « les disparités territoriales de risque des cancers sont une réalité, de même que l’influence de l’environnement socio-économique sur la qualité des prises en charge. […] L’approche géoterritoriale offre plusieurs leviers pour améliorer l’efficacité des politiques de santé. Elle permet d’abord d’identifier les populations les plus vulnérables. […] Elle facilite ensuite le développement de stratégies de prise en charge d’«aller-vers» plus ciblées ».
Le professeur indique que « la mise en œuvre d’une telle politique nécessite une impulsion politique forte. Il est d’abord indispensable de renforcer l’interopérabilité et l’accessibilité des bases de données aujourd’hui trop cloisonnées et difficiles d’accès pour les chercheurs. La création de plateformes régionales permettant le croisement sécurisé de ces informations, combinée au développement d’outils informatiques open source capables de traiter de gros volumes de données, est une étape-clé ».
Il écrit que « les citoyens doivent être informés et impliqués dans cette démarche. La communication sur les risques environnementaux liés au cancer doit être transparente, scientifiquement rigoureuse, accompagnée de recommandations concrètes et adaptée aux capacités d’action de chacun. Il s’agit de donner aux citoyens les moyens de comprendre leur environnement et les expositions auxquelles ils sont soumis, sans créer d’anxiété inutile, mais en leur offrant des leviers d’action ».

Contre le cancer, « une approche territoriale permet de répondre efficacement aux défis sanitaires actuels »

Tribune

Thierry LecomteMédecin gastro-entérologue

Dans une tribune au « Monde », le professeur Thierry Lecomte insiste sur des modalités de dépistage, de prévention et de prise en charge adaptées aux réalités locales.

Publié hier à 12h30  Temps de Lecture 3 min.Offrir l’article Lire plus tard Partager

Devant l’augmentation de l’incidence des cancers et les résultats décevants des politiques de dépistage, il est urgent de repenser nos approches de prise en charge de ces maladies. La Cour des comptes a souligné en janvier que la participation au dépistage du cancer du sein est insuffisante, et le même constat est observé pour les tumeurs colorectales. Parallèlement, le nombre de nouveaux cas de cancers progresse en France, avec une hausse plus marquée chez les moins de 50 ans, dans un contexte de coût sociétal croissant de ces affections.

Pour répondre à ces défis sanitaires et économiques, une approche plus globale et territorialisée s’impose. Le concept d’exposome, défini comme l’ensemble des expositions environnementales, sociales et économiques auxquelles un individu est soumis, offre un cadre particulièrement pertinent pour ce type d’approche. Des travaux récents suggèrent que l’exposome contribue davantage à l’incidence et à la mortalité des maladies liées à l’âge, y compris les cancers, que la seule génétique. La science géospatiale, fondée sur des systèmes d’information géographique, permet d’évaluer les expositions environnementales selon les territoires et de mettre en évidence des liens entre l’environnement et l’épidémiologie.

Les disparités territoriales de risque des cancers sont une réalité, de même que l’influence de l’environnement socio-économique sur la qualité des prises en charge. L’exposition aux polluants et les déterminants sociétaux varient fortement selon les lieux de vie. La France dispose de nombreuses bases de données (Recherche.data.gouv.frInsee.fr…) qui documentent ces expositions et leurs inégalités territoriales. En croisant ces données environnementales avec les données de santé, il devient possible d’identifier, avec des modèles spatio-temporels, l’incidence des cancers et d’étudier leurs liens avec les facteurs environnementaux, sociaux et démographiques propres à chaque territoire.

Impulsion forte

L’approche géoterritoriale offre plusieurs leviers pour améliorer l’efficacité des politiques de santé. Elle permet d’abord d’identifier les populations les plus vulnérables, au moyen d’une connaissance précise des expositions environnementales et des vulnérabilités sociales à l’échelle locale. Les modalités de dépistage, de prévention et de prise en charge peuvent ainsi être adaptées aux réalités de chaque territoire. Elle facilite ensuite le développement de stratégies de prise en charge d’« aller-vers » plus ciblées, en tenant compte, par exemple, de la précarité, de la faible densité médicale ou de la surexposition à certains polluants.

Enfin, la mise en place de tableaux de bord croisant données de santé et indicateurs d’exposome offrirait aux décideurs et aux acteurs de terrain des outils dynamiques de pilotage plus efficients que ceux actuellement utilisés.

La mise en œuvre d’une telle politique nécessite une impulsion politique forte. Il est d’abord indispensable de renforcer l’interopérabilité et l’accessibilité des bases de données aujourd’hui trop cloisonnées et difficiles d’accès pour les chercheurs. La création de plateformes régionales permettant le croisement sécurisé de ces informations, combinée au développement d’outils informatiques open source capables de traiter de gros volumes de données, est une étape-clé.

La réussite d’une politique géoterritoriale du cancer en lien avec l’exposome suppose l’implication des agences régionales de santé, des observatoires régionaux de santé, des dispositifs spécifiques régionaux du cancer, des professionnels de santé, des collectivités territoriales et des associations de patients.

Outil opérationnel

Les citoyens doivent être informés et impliqués dans cette démarche. La communication sur les risques environnementaux liés au cancer doit être transparente, scientifiquement rigoureuse, accompagnée de recommandations concrètes et adaptée aux capacités d’action de chacun. Il s’agit de donner aux citoyens les moyens de comprendre leur environnement et les expositions auxquelles ils sont soumis, sans créer d’anxiété inutile, mais en leur offrant des leviers d’action.

La connaissance fine des facteurs de risque environnementaux territoriaux doit inciter les collectivités à intégrer une politique géoterritoriale du cancer dans leurs politiques d’aménagement, de qualité de l’air, de gestion de l’eau, d’agriculture et d’urbanisme.

Cette géoterritorialité n’est pas un concept abstrait, mais un outil opérationnel pour transformer nos politiques de santé publique. Le paradigme de l’« exposome » conjugué aux outils de la science géospatiale et à la richesse des données disponibles en France offre la possibilité de bâtir des politiques de prise en charge des cancers plus adaptées aux besoins. Il appartient aux pouvoirs publics de saisir cette opportunité et de déployer cette approche géoterritoriale capable de répondre efficacement aux défis sanitaires actuels.

L’enjeu est d’améliorer la santé de nos concitoyens en réduisant l’incidence et la mortalité par cancer et d’optimiser l’utilisation des ressources publiques en concentrant les efforts là où ils sont les plus nécessaires. Dans un contexte de contraintes budgétaires croissantes, de besoins de santé en expansion et d’accroissement des inégalités, la géoterritorialité du cancer est un impératif sanitaire et une nécessité économique et sociale.

Thierry Lecomte est hépato-gastroentérologie et cancérologie digestive (CHU de Tours), président du dispositif spécifique régional du cancer OncoCentre.

Thierry Lecomte (Médecin gastro-entérologue)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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