La maternité a fermé, elle accouche dans sans voiture.

J’ai dû accoucher au bord de la route, dans ma voiture » : quand la fermeture d’une maternité devient un enjeu des élections municipales

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Josépha Fockeu a dû accoucher dans sa voiture un soir de novembre 2023, quelques mois seulement après la fermeture de la maternité de Ganges.

Josépha Fockeu a dû accoucher dans sa voiture un soir de novembre 2023, quelques mois seulement après la fermeture de la maternité de Ganges. • © FTV. C. Pierre

Écrit parCoralie Pierre

Publié le28/02/2026 à 07h05 https://t5.nl.france3.fr/r/?id=h26eda582,6ff69440,60e32985&e=cDE9b2NjaXRhbmllJnAyPVYyJnAzPTIwMjYwMjI4JnA0PTcyNjM3NS0xNDk3MzQ1MzM3LWRhMTI5ZThkJnA1PURNMTI0OTE1OSZwNj0&s=v7atpjfxtHIwVIiQEKylV34Cm62H2aqdSpdJ0hQIeGs

Temps de lecture : 9 min

Occitanie

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Alors que la maternité de Ganges dans l’Hérault venait de fermer quelques mois plus tôt, Josépha n’a jamais réussi à parcourir les 1h15 de route la séparant de la clinique la plus proche, l’obligeant à accoucher dans sa voiture en plein mois de novembre. Un cas qui n’est pas isolé et qui s’invite dans les débats des prochaines municipales.Élections municipales 2026Suivez toute l’actualité

« Je suis sur la banquette arrière, je me suis mise en position. Il fait nuit, il fait 1 degré parce qu’on est le 23 novembre. Mon conjoint ouvre la portière et il y a un froid glacial qui entre. Et il me dit : ça y est je vois la tête !« . Lorsque Josépha Fockeu perd les eaux, ce 23 novembre 2023, il est 16h40. Elle habite Montdardier petite commune du Gard, à proximité du Causse de Blandas et du cirque de Navacelles. « J’appelle mon conjoint qui est allé chercher notre premier enfant à 20 minutes de chez nous. Je suis seule à la maison. Nous avons attendu que la personne qui devait garder notre premier arrive avant de prendre la route. Très vite, je sens arriver les premières contractions« .

Josépha appelle alors la sage-femme en charge de son suivi qui lui indique de prendre la route et la retrouvera à la maternité de Millau. « Elle me conseille de me mettre à l’arrière de la voiture pour vivre mieux les contractions sur la route. Mais les contractions sont tellement intenses que je sens que ça ne va pas le faire. On prend la route, premier dos d’âne, premier virage…« 

Josépha et son conjoint Pierrick ont le temps de faire 40 minutes de trajet seulement sur les 1h15 qui les séparent de la maternité. « Les mots ne sont plus des mots, mon conjoint reconnaît les cris ou en tout cas les râles qu’il a entendus sur mon premier accouchement. Il s’arrête et me dit, on n’ira pas plus loin. » Il est alors 18h lorsqu’ils s’arrêtent sur le bord de la route pour appeler le SAMU.

Au sein de la clinique Saint-Louis de Ganges (Cap Santé), la maternité a été suspendue en novembre 2022, faute de personnel • © FTV / C. Pierre

Clamper le cordon avec un lacet de chaussure

« J’ai la chance qu’elle sorte très rapidement mais j’ai quand même en tête mon premier accouchement.  J’avais subi une épisiotomie parce que mon fils était bloqué. Je pousse en y croyant très fort, en me disant que je n’ai pas le choix, il faut que ça sorte. Au téléphone, le SAMU guide les minutes qui suivent la naissance de notre fille en nous rassurant, les pompiers sont prévenus et vont arriver ».

Le SAMU demande alors à Pierrick s’il a de quoi clamper le cordon. « La seule chose qu’on avait prévue, c’étaient des serviettes et des couvertures sur les conseils de notre gynécologue pour réchauffer l’enfant si cela devait arriver sur la route. J’ai ma fille sur moi, mon compagnon essaye de suivre les instructions du SAMU. Et moi j’ai très mal, je n’ai pas encore expulsé le placenta, j’ai le cordon qui est encore enroulé autour de ma jambe et j’ai très peur de pourquoi j’ai mal, mais je ne dis rien pour ne pas inquiéter mon compagnon« .

Les pompiers finissent par arriver « dix bonnes minutes après l’arrivée du bébé« .

Les pompiers sont dans le même état que nous. Ce sont des pompiers volontaires qui ne sont pas forcément formés à ce genre de problématiques. Pierrick entre temps à réussi à clamper le cordon avec son lacet pour faire un petit nœud. Les pompiers nous proposent de couper le cordon. Le papa rigole en disant « oui je vais finir maintenant que j’ai tout fait ». La main du pompier tremble quand il nous tend les ciseaux.Josépha Fockeu

« Ça me paraît très long »

L’enfant va bien et prend le sein avant d’être mise au chaud par les pompiers. « Ils me demandent de me lever et de sortir de la voiture, alors que je n’ai pas sorti le placenta, j’ai des contractions, j’ai très mal… J’arrive tant bien que mal à me mettre sur le brancard. Mais là, la blague c’est qu’on ne part pas tout de suite. Ils doivent attendre le médecin qui arrive de Millau. La voiture du SAMU finit par arriver, je n’ai pas trop la notion du temps mais ça me paraît très long« .

Le médecin pose alors à Josépha une perfusion puis l’ausculte rapidement. « Il me dit, Madame on ne va pas faire ça ici, on va aller à la mater. Et là il y a encore 40 minutes de route ».

« J’ai eu peur de la douleur »

« Le traumatisme, c’est plus tout ce qui se passe après l’accouchement que la naissance en elle-même.

J’arrive plus de 2 heures après à la maternité. La sage-femme m’attend et me rassure un peu. Mais il me reste à expulser le placenta. Avec mon compagnon on ne s’est pas pris dans les bras et on n’a pas été heureux de cette naissance avant au moins 24h après l’arrivée à la maternité. J’ai aussi eu peur de la douleur, je refusais les Dolipranes pour savoir si je pouvais contrôler cette douleur« . Alors, pour faire prendre conscience aux autorités et aux politiques de la situation suite à la fermeture de la maternité de Ganges, Josépha Fockeu partage son témoignage, aux côtés du collectif Maternité à défendre qui s’est monté pour lutter contre la fermeture de la maternité de la clinique Saint Louis (Cap Santé) de Ganges.

Pour trouver la maternité la plus proche, les habitants de Ganges doivent désormais se rendre à Montpellier, Alès, Millau ou Saint-Affrique. • © FTV C. Pierre

Faute de maternité, un Airbnb

« J’ai vécu ça sur un second accouchement, je n’imagine même pas sur un premier« .

Josépha aurait pu prendre un Airbnb proche de la maternité de Millau et être remboursé. C’est en tout cas l’une des rares solutions qui lui ont été proposées suite à la fermeture de la maternité de Ganges située à seulement 25 minutes de chez elle.

Une solution difficilement conciliable avec une vie de famille. « J’ai accouché deux semaines avant mon terme avec un enfant de moins de trois ans à la maison. Il aurait fallu que j’aille dans un Airbnb un mois avant mon terme ? ».

Pour son premier enfant, Josépha avait pu accoucher à Ganges, alors que trois gynécologues et des sages-femmes exerçaient encore à la clinique Saint-Louis. Pour ce second, elle avait le choix entre Montpellier, Saint-Affrique ou Millau, toutes à plus d’1h15 de route.

Tout au long de sa grossesse, l’inquiétude est présente. « Quand je prenais la route pour Millau pour mes suivis gynécologiques réguliers, je voyais les virages, le temps de route, le Larzac au mois de novembre… Je me disais que ça allait arriver« .

Je ne suis pas la seule, il y en a d’autres qui ne le disent pas car elles ont peur des réactions. Elles ont peur de se prendre des « oui mais de toute façon vous êtes des hippies qui vivez dans vos montagnes, évidemment que ça va vous arriver ». On nous fait porter la responsabilité.Josépha Fockeu

« On n’a pas beaucoup d’espoir »

Pourtant, au nord de Ganges, des travaux sont en cours pour la construction d’une clinique flambant neuve. Et dans le projet, mention est faite d’une maternité. Mais le collectif Maternité à défendre n’est pourtant pas optimiste. « Nous ne sommes pas sûrs qu’ils recrutent. Pour nous, pour l’instant, il n’y a pas d’espoir, que de la lutte« , détaille Odile Germain membre du collectif.

Le collectif a la ferme intention d’interpeller les candidats aux municipales sur l’épineuse question de la maternité. « On prépare des questionnaires pour tous les candidats aux municipales des 74 communes concernés pour savoir comment ils vont interroger les autorités, le patron de la clinique, les députés, les sénateurs… Pour savoir s’ils vont vérifier que l’ARS recrute vraiment pour la maternité« , explique Odile Germain.

Liliana a elle aussi dû aller accoucher à Millau. Si elle n’a pas accouché dans sa voiture, elle rappelle que même l’après est difficile à gérer sur ce territoire. « Les urgences pédiatriques ont aussi fermé sur Ganges. Les enfants de moins de trois ans ne sont pas admis aux urgences, on est obligé d’aller à Montpellier« .Une nouvelle clinique est en cours de construction au Nord de Ganges dans l’Hérault, mais l’avenir de la maternité y reste incertain. • © FTV C. Pierre

Des difficultés de recrutement

Le maire sortant, Michel Fratissier, qui n’est pas candidat à sa réélection, assure s’être battu pour qu’une maternité existe dans la future clinique en construction. 50 millions d’euros sont investis pour les travaux de cette nouvelle clinique au nord de Ganges. « On va avoir un pôle médical de plus de 50 médecins. On va avoir plus de blocs opératoires, un IRM, un scanner. Reste l’épine de la maternité« .

Le collectif Maternité à défendre devant les travaux de la future clinique de Ganges dans l’Hérault. • © FTV C. Pierre

On va avoir la clinique la plus moderne de l’Hérault sur une commune de 3800 habitants.Michel Fratissier, Maire sortant de Ganges

Le maire assure qu’une maternité et une salle nature sont bien prévues au chantier. « Le problème, c’est de trouver des médecins. On a travaillé avec le CHU dès le départ, quand le groupe Cap Santé a suspendu la maternité (en 2022, NDLR). Quand la maternité fonctionnait à sa pleine capacité c’était 340 enfants maximum par an. C’est peu, et avec la baisse de la démographie française, ce sera encore moins« .

Une maternité qui fonctionnait grâce à deux gynécologues obstétriciens qui faisaient quinze à vingt garde par mois. « Aujourd’hui les gynécologues proposent d’en faire quatre ou cinq. Les médecins souhaitent préserver leurs conditions de travail, ce qui peut aussi se comprendre« . Michel Fratissier assure donc qu‘il faudrait donc sept gynécologues et autant d’anesthésistes réanimateur pour faire fonctionner la maternité de Ganges. « Nous avons proposé au CHU de gérer la maternité au sein de la clinique privée mais ils n’ont pas assez de médecins pour gérer la maternité sur Ganges« .

Seule solution pour le maire, attendre que l’ouverture du numerus clausus produise ses premiers effets et que la maternité rouvre enfin sur Ganges.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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