« Il faut une ou deux semaines pour avoir un rendez-vous » : entre désert médical et violence, cette pharmacie résiste face à la dégradation de l’offre de soin
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Écrit parAlexandre Grellier
Temps de lecture : 3 min
Dans le quartier de Pissevin à Nîmes, l’offre de santé s’est réduite au fil des années. Un désert médical pas tout à fait comme les autres. Nous sommes allés à la rencontre des professionnels de santé et des habitants pour en parler.
Depuis 25 ans, Nicolas Pagès tient la pharmacie Kennedy, dans un petit centre commercial du quartier de Pissevin. Un sacerdoce : il tient l’une des deux dernières officines du quartier. Dans cette zone paupérisée, il est en première ligne.
Il y a 25 ans, quand je suis arrivé, il y avait 14 médecins généralistes dans la galerie Wagner. Petit à petit, l’offre de soin a diminué. Les médecins sont partis ils n’ont pas été remplacés.Nicolas Pagès, pharmacien à Pissevin depuis 25 ans
Un désert médical s’est installé peu à peu. Un paradoxe pour ce quartier qui compte 12 000 habitants, à quelques centaines de mètres du CHU Carémeau de Nîmes.
La déliquescence de l’offre de soins
Un constat partagé par les six médecins du cabinet voisin de la pharmacie, l’un des derniers du quartier. Au rez-de-chaussée, la salle d’attente est toujours bondée. À tel point que deux bungalows aménagés ont dû être installés sur le parking, pour accueillir le flux de patients.
Le nombre de médecins, d’infirmiers et plus largement de paramédicaux est largement insuffisant pour pouvoir aider de manière efficace la populationYachine Adam, médecin à Pissevin depuis 20 ans
Au cœur de la problématique de la santé, la sécurité du quartier. Depuis de trop nombreuses années, les drames rythment la vie des habitants de Pissevin. Des règlements de compte entre réseaux de narcotrafiquants aux barrages de fortune dressés pour ralentir les forces de l’ordre, la vie quotidienne est empêchée. Et le travail des professionnels de santé aussi. Au gré des épisodes de violences, les infirmiers libéraux refusent parfois de s’engager dans les rues de Pissevin pour soigner leurs patients, comme après les nombreuses fusillades de l’été 2025.
Le fait qu’ils soient agressés ou qu’ils soient en insécurité, effectivement, les professionnels de santé s’installent dans d’autres quartiers. Nicolas Pagès, pharmacien à Pissevin depuis 25 ans
Une réduction de l’offre de soin ressentie par les habitants. Monique, 71 ans, habite le quartier depuis 25 ans : « On n’a pas de médecin, on a un seul kinésithérapeute. Il faut faire la queue ou alors prendre des rendez-vous pour lesquels il faut attendre des mois. »
J’ai un généraliste mais on ne peut pas avoir un rendez-vous de suite. Il faut attendre une ou deux semaines. Tu as le temps de mourir avant ! Fatima, habitante de Pissevin depuis 44 ans
Mais encore de l’espoir
Mais pas de fatalisme chez le pharmacien Nicolas Pagès. À l’approche de la retraite, il compte bien transmettre son officine à ses deux filles, pharmaciennes elles aussi et qui travaillent avec lui. Mais dans un autre bâtiment. Car depuis 2024, l’Anru, l’Agence de rénovation urbaine a entamé un grand programme de réhabilitation du quartier. Des bâtiments sont détruits, d’autres reconstruits. 270 millions doivent être investis d’ici 2027.Nicolas Pagès, le pharmacien du quartier Pissevin à Nîmes devant les futurs locaux de son officine. • © Dalila Iberrakène/France Télévisions
Nicolas Pagès doit déménager son entreprise en début d’année prochaine à cent mètres de son lieu de travail actuel, dans un nouvel immeuble, encore en construction. Il veut encore y croire.
Ce qu’il faut c’est que les pouvoirs publics continuent cette action, aident la population, les professionnels de santé, les services publics pour qu’on ait une vie normale à cet endroit et non pas un ghetto. Tous ces gens qui vivent ici doivent bien vivre. Ensemble. Nicolas Pagès
Un constat partagé par le médecin Yachine Adam : « La politique de l’Anru qui consisterait à aligner des bâtiments tous neufs, les uns à côté des autres serait une politique vide de sens, sans une stratégie publique d’offre scolaire, de sécurité avec une police installée localement, et surtout, de soins de proximité qui fait le lien avec tout ça. La population de Pissevin jugera la politique de la ville aussi par rapport à la possibilité qu’auront les élus à garder les médecins dans ces quartiers-là. »
Assurer la sécurité dans le quartier, le bon fonctionnement des services publics. Et soutenir l’offre de soins à Pissevin. Vastes tâches pour le futur maire de Nîmes.