« Le RN valorise ses électeurs en leur disant qu’ils ne sont pas des “assistés” »
26 février 2026 | Par À l’air libre
Pourquoi le RN s’ancre-t-il dans les campagnes en déclin ? Parce que là où le travail et la débrouille sont valorisés, son discours colle à la réalité d’une concurrence généralisée pour l’emploi et la respectabilité sociale. Un défi immense pour les gauches. Notre entretien avec le sociologue Benoît Coquard.
httpus://youtu.be/rcF1jtHSc-k?si=ileLq_lx63aont4q
Avant les élections municipales des 15 et 22 mars, et l’élection présidentielle de l’an prochain à l’issue de laquelle l’extrême droite prétend conquérir le pouvoir, notre invité est le sociologue
Benoît Coquard, spécialiste des classes populaires et des mondes ruraux.
Dans son livre Ceux qui restent. Faire sa vie dans les campagnes en déclin (La Découverte, 2019, disponible en poche), il démolit les clichés et les oppositions faciles entre les classes populaires de la France urbaine et celles de la France rurale.
Il étudie comment s’articulent les relations sociales dans les campagnes en déclin frappées par la désindustrialisation, où l’autonomie et le « s’en sortir par soi-même » sont valorisés. Et où les discours médiatiques et politiques d’une « France périphérique abandonnée » qu’il faudrait « aider » sont rejetés.
Localement, « les grandes gueules de gauche » qui faisaient entendre une autre lecture conflictuelle du monde « ont disparu avec la fin de l’usine », résume Benoît Coquard.
Dans ce vide, c’est souvent l’extrême droite qui empoche la mise. « Beaucoup savent que le RN n’améliorera pas leur sort. Mais il leur assure de maintenir en dessous d’eux, au moins symboliquement, ceux qui sont vus comme des “assistés”. » Le RN « joue ensuite sur un racisme qui vient accentuer ce rejet de l’“assisté”, qu’il présente comme le racisé ou l’immigré ».
Cette réalité, les gauches peinent à la saisir : elles peinent donc aussi à lui donner des réponses efficaces.
Une émission présentée par Mathieu Magnaudeix, enregistrée le jeudi 19 février.