Reculs gouvernementaux sur la loi agricole pour plusieurs organisations.

Au Salon de l’agriculture, le futur projet de loi agricole suscite inquiétudes et frustrations

Alors que les représentants des grandes cultures ont dénoncé, mardi, ce qu’ils considèrent comme des atermoiements du gouvernement, plusieurs organisations ont fait part de leur crainte que le texte entérine des reculs environnementaux. 

Par  et Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 09h03 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/25/au-salon-de-l-agriculture-le-futur-projet-de-loi-agricole-suscite-inquietudes-et-frustrations_6668143_3234.html

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Le premier ministre, Sébastien Lecornu, au Salon de l’agriculture, à Paris, le 24 février 2026.
Le premier ministre, Sébastien Lecornu, au Salon de l’agriculture, à Paris, le 24 février 2026.  ALAIN JOCARD/AFP

Pressé de toutes parts pour détailler les orientations de son futur projet de loi d’urgence agricole, le gouvernement temporise. Mardi 24 février, les représentants des grandes cultures (blé, betteraves, maïs, pommes de terre) affiliés à la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) ont poussé un « coup de gueule » lors du Salon international de l’agriculture, dénonçant ce qu’ils considèrent comme des atermoiements. « On ne va pas se coucher. On ira manifester », a menacé Franck Sander, président de la Confédération des planteurs de betteraves.

Quelques heures plus tôt, Sébastien Lecornu, qui effectuait sa première visite à la grand-messe de la porte de Versailles, à Paris, en tant que premier ministre, répondait à ceux qui l’interrogeaient sur le sujet : « Le salon va nous permettre de parachever la loi l’urgence, mais elle sera présentée en mars comme prévu. »

Ce texte, qui doit être examiné au Sénat avant l’été, devait, selon la présentation initiale, comporter des mesures sur l’eau, sur la lutte contre la prédation du loup, et sur les « moyens de production », un chapitre susceptible d’inclure le sujet des pesticides. Sur ces sujets sensibles, dont plusieurs organisations craignent qu’ils soient l’occasion de reculs environnementaux, la ministre de l’agriculture, Annie Genevard, dit vouloir poursuivre les échanges.

Mardi matin, le Collectif Nourrir, qui rassemble une cinquantaine d’associations de producteurs, de consommateurs et de protection de l’environnement, a présenté sa propre « proposition de loi », comprenant sept articles visant des prix minimum garantis pour soutenir les revenus des agriculteurs, des mesures pour protéger les captages d’eau et les ressources et renforcer le droit à une alimentation saine et durable.

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Les représentants des grandes cultures, eux, s’étonnent de plusieurs glissements sémantiques, alors que l’annonce de cette loi d’urgence avait été obtenue par la FNSEA à la mi-janvier, lorsque le syndicat avait mobilisé 350 tracteurs devant l’Assemblée nationale.

La FNSEA a présenté sa liste de mesures au gouvernement

Les céréaliers et betteraviers reprochent ainsi à Sébastien Lecornu d’avoir édulcoré l’intitulé de la loi. Sur X, mardi matin, le chef du gouvernement a parlé d’un « projet de loi de simplification des normes en agriculture », évoquant des« mesures simples et de bon sens », comme « un produit interdit en France ne revient pas dans l’assiette des Français par les importations. Un soutien aux agriculteurs avec les contrats d’avenir. La sécurisation de l’accès à l’eau et la protection des élevages contre les nouvelles prédations du loup ». Des éléments qui n’ont pas été du goût de la FNSEA, qui disait quelques jours avant l’ouverture du salon, « avoir pris la plume » pour présenter au gouvernement sa liste de mesures attendues. « M. Lecornu va revenir jeudi au salon, peut-être va-t-il nous faire des annonces », lance Franck Sander.

La ministre de l’agriculture, elle, assure que le texte ira « au bout [de son examen parlementaire] avant 2027 ». Lundi 23 février, en inaugurant le stand du ministère porte de Versailles, Annie Genevard a ouvert le débat sur la « taille critique » des fermes, se demandant si « les françaises, globalement de taille intermédiaire, fondées sur un modèle familial, peuvent globalement tenir la cadence face à des exploitations roumaines, polonaises, ou même allemandes ». Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, a estimé qu’il était « courageux qu’on se pose la question ».

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Le débat risque toutefois de fortement diviser, l’attachement à la ferme dite « familiale » étant fort dans le pays.En France, le nombre d’exploitations est passé de 490 000 à 390 000 entre 2010 et 2020. Durant cette période, leur taille moyenne est passée de 55 hectares à 69 hectares.

Dans une interview à La Tribune, dimanche 22 février, le président du syndicat des Jeunes Agriculteurs, Pierrick Horel, a pris ses distances avec la FNSEA sur le sujet du modèle et de la taille des fermes : « Nous pensons que l’agrandissement des fermes, la spécialisation des productions, la foi dans des prix dictés par les marchés mondiaux ont atteint leurs limites. (…) L’enjeu est désormais de miser sur davantage de diversité, dans chaque exploitation et dans chaque territoire. »

Un souci de « reconquête » de parts de marché

Annie Genevard n’est pas revenue sur ses propos, mardi, mais la ministre a continué d’insister, dans les allées du Salon de l’agriculture, sur la nécessité de rendre l’agriculture française plus productive et plus compétitive. C’est encore le mot d’ordre qu’elle a fixé lors d’un bilan d’étape sur la « souveraineté alimentaire ». Alors que l’excédent commercial agroalimentaire de la France « a frôlé le zéro » en 2025, « notre puissance agricole s’érode à une vitesse et dans des proportions qui doivent résonner dans l’esprit de chacun comme une alerte majeure », a-t-elle continué à marteler.

Dans un souci de « reconquête » de parts de marché, Mme Genevard avait lancé, début décembre 2025, un cycle de « conférences de la souveraineté alimentaire », lors desquelles les filières devaient présenter des objectifs de production à dix ans.

La filière des grandes cultures, elle, a surtout identifié le manque d’outils de transformation comme point de faiblesse, et appelle à relancer sur le territoire la transformation en farine ou en pâtes du blé produit en France. Du côté des ruminants, l’objectif est d’engraisser plus de jeunes bovins en France, plutôt que de les envoyer en Italie ou en Espagne, et de fabriquer davantage de matière grasse laitière quand la France n’est autosuffisante qu’à hauteur de 78 % en beurre.

La filière fruits et légumes souhaite promouvoir la consommation par l’information et l’éducation du consommateur et soutenir l’export.

Quant à celle des viandes blanches, dont les travaux ont été conduits par l’ancienne présidente de la FNSEA Christiane Lambert, elle préconise de construire 220 poulaillers par an pour la production de volailles de chair, sur un total de 14 000 actuellement, et 70 poulaillers annuels pour la production d’œufs, et elle demande, pour ces élevages, un régime d’autorisation environnementale spécifique.

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Le gouvernement n’entend pas jouer les arbitres de ces demandes et renvoie désormais la balle aux préfets de région pour planifier, dans les prochains mois, une déclinaison territoriale de ces orientations. Plusieurs associations s’inquiètent toutefois d’un manque de vision globale et de réflexion sur les conditions de production, regrettant que la société civile n’ait pas été davantage associée aux concertations.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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