La vague verte aucun municipales, un lointain souvenir.

Simon Persico, politiste : « L’écologie est devenue beaucoup plus clivante qu’aux élections municipales de 2020 »

Si les élections municipales de 2020 avaient été marquées par une « vague verte », les écologistes ont peu à gagner aux scrutins des 15 et 22 mars, estime le politiste dans un entretien au « Monde ». 

Propos recueillis par 

hier à 12h30 https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/24/simon-persico-politiste-l-ecologie-est-devenue-beaucoup-plus-clivante-qu-aux-elections-municipales-de-2020_6668067_3232.html

Temps de Lecture 4 min.

YANN LEGENDRE

Simon Persico est politiste et directeur de Sciences Po Grenoble. Membre du conseil de surveillance de la Fondation de l’écologie politique, le chercheur a écrit avec le politiste Florent Gougou une note intitulée « Vers un écologisme municipal ? Promesses de campagne et action politique des mairies vertes en France » (Fondation de l’écologie politique, 2023).

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) – devenu Les Ecologistes en 2023 – avait réalisé une percée spectaculaire aux élections municipales de 2020, au point que l’on avait alors parlé d’une « vague verte ». Six ans plus tard, quelles sont ses perspectives pour les scrutins municipaux des 15 et 22 mars ?

En 2020, les Verts avaient conquis six villes de plus de 100 000 habitants (Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Besançon et Annecy) et ils avaient été reconduits à Grenoble, déjà gagnée en 2014 par Eric Piolle.  Cette percée, exceptionnelle à l’échelle européenne pour un parti vert, résultait en majorité de victoires face à des maires sortants de droite dans le cadre d’unions des gauches aux périmètres variables. Les écologistes avaient, en outre, intégré – ou réintégré – la majorité municipale dans une dizaine de villes de plus de 100 000 habitants, parmi lesquelles Paris, Marseille, Montpellier, Rouen, Rennes, Brest [Finistère], Nancy et Nantes.

Ces succès placent aujourd’hui le parti sous pression : il lui faut conserver ses acquis ; d’autant que les communes occupent une place centrale dans la lutte contre le dérèglement climatique. Rien n’est encore joué : les sondages d’opinion sont globalement défavorables aux Ecologistes, mais leur fiabilité au niveau local est faible et, à l’exception d’Annecy, les grands centres urbains qu’ils dirigent, jeunes et diplômés, sont sociologiquement favorables à la gauche. Les municipales sont des élections intermédiaires qui sont souvent marquées par un vote sanction à l’égard du pouvoir en place : les Verts, qui sont dans l’opposition, pourraient en tirer parti.

Pour Les Ecologistes, ces élections font office de test : elles valideront – ou non – le bilan des mairies vertes. Quel est-il ?

Avec le politiste Florent Gougou, nous avons travaillé sur le bilan des municipalités écologistes à mi-mandat – en mars 2023 – en évaluant la mise en œuvre de leurs promesses de campagne. Résultat : 31 % des promesses testées étaient entièrement tenues et 41 % l’étaient partiellement ou étaient en cours de réalisation. Il s’agit d’un niveau d’avancement important. Pour autant, comme l’ont montré, en octobre 2025, les politistes Emiliano Grossman et Isabelle Guinaudeau, tenir ses promesses électorales, en France, ne rapporte rien… Les réalisations des maires verts ne préjugent donc pas de leur avenir électoral.

Autre élément notable que l’on peut mettre à leur crédit : dans leurs municipalités, aucun scandale majeur de gestion, qu’il s’agisse de favoritisme ou de surendettement, n’a éclaté. Des polémiques ont certes émaillé le début de certains mandats – en 2020, le maire de Lyon, Grégory Doucet, avait été critiqué pour avoir taxé le Tour de France d’épreuve « machiste et polluante » et celui de Bordeaux, Pierre Hurmic, avait aussi suscité des railleries en renonçant au traditionnel sapin de Noël –, mais ces controverses ont quasiment disparu dans la seconde moitié des mandats.

Au-delà de la simple reconduction de leurs maires, que peuvent espérer gagner les Verts ?

Le parti a finalement peu à gagner à ces élections municipales. L’attention se concentrera probablement sur les victoires ou les défaites des têtes de liste dans les grandes villes. Or, faute de listes autonomes, les Verts ne parviendront sans doute pas à en conquérir de nouvelles : à Paris, Nantes, Rennes ou Nancy, ils se sont rangés derrière les socialistes dès le premier tour… Ils dirigent toutefois une liste d’union de la gauche à Mulhouse [Haut-Rhin] et partent séparément à Lorient ou à Lille ; sachant qu’EELV avait failli rafler la ville aux socialistes, à 227 voix près, en 2020. Le risque, pour les Ecologistes, est donc plutôt d’échouer à faire réélire certains de leurs maires.

En 2020, les conseillers municipaux de Paris, de Lyon et de Marseille étaient élus indirectement, mais, avec la réforme du 11 août 2025, les électeurs voteront deux fois : pour les conseillers d’arrondissement et pour les conseillers municipaux. Quels seront les effets de cette réforme ?

C’est une réforme qui rend le scrutin municipal plus démocratique : elle clarifie l’élection et supprime la focalisation sur certains arrondissements – ceux qui fournissaient le plus de sièges et qui étaient gagnables à une courte majorité. Mais les effets de cette réforme sont difficiles à prédire.

L’abstention est un autre facteur d’incertitude. En 2020, elle avait été historiquement élevée en raison de la pandémie de Covid-19 : 58 % au deuxième tour, contre 38 % six ans plus tôt. Beaucoup de personnes âgées s’étaient abstenues pour des raisons sanitaires, mais elles vont retrouver le chemin des urnes. Et elles votent plutôt à droite.

Les Verts risquent-ils d’être pénalisés par un contexte politique peu favorable à l’écologie ?

L’écologie, c’est vrai, a moins le vent en poupe qu’en 2020 : c’était l’époque des marches pour le climat et de la convention citoyenne pour le climat. Aux élections européennes de 2019, lors d’un scrutin historiquement favorable aux Verts, ils avaient d’ailleurs obtenu 13,5 % des voix, contre 5,5 % cinq ans plus tard.

Les succès électoraux des Verts dépendent de l’intérêt des Français pour l’écologie – et celui-ci s’est érodé. L’environnement, qui, selon les baromètres de l’Ademe [l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie], était, en 2019, la première préoccupation des Français à égalité avec l’emploi, a été relégué, en 2025, derrière l’inflation, la dette, l’immigration et la sécurité.

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L’attention médiatique pour l’écologie a, en outre, diminué : en 2024, seuls 3,7 % du temps d’antenne y a été consacré, soit une baisse de 30 % sur un an, d’après Quota Climat. Autre obstacle : des politiques auparavant assez consensuelles comme le zéro artificialisation nette ou la réduction de la place de la voiture pour lutter contre les pollutions suscitent désormais de vives contestations par la droite. L’écologie est devenue beaucoup plus clivante.

Les élections municipales ont lieu un an seulement avant la présidentielle. Les résultats des Verts, bons ou mauvais, le 22 mars peuvent-ils avoir un impact sur le futur scrutin national ?

Oui et non. Si les Verts conservent l’essentiel de leurs mairies, ce succès leur donnera de la crédibilité dans les discussions et enverra un signal positif sur leur capacité à diriger des collectivités, et donc à participer au gouvernement de la nation. Mais l’élection présidentielle obéit à une logique différente des municipales : la personnalisation, le poids des sondages et la capacité à construire des alliances à visée majoritaire à l’échelle nationale comptent beaucoup plus que dans un scrutin local.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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