« Des niveaux de consommation quotidienne de cadmium inquiétants en Chine à cause du riz »
Date de publication : 23 février 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=a18603db958694fb7178984787d46175&midn=23403&from=newsletter
Temps de lecture: 3 min

Vincent Bordenave explique dans Le Figaro que « le cadmium s’est retrouvé au cœur de l’actualité après la publication, en juin 2025, d’une lettre ouverte de médecins généralistes alertant sur «l’augmentation de notre imprégnation» à ce métal lourd. Le problème n’a pourtant rien de nouveau : il fait l’objet de suivis réguliers depuis le début des années 2000, via plusieurs études de l’alimentation et des campagnes de biosurveillance ».
Le journaliste relève qu’« une nouvelle étude menée en Chine, publiée dans Science Advances, vient ajouter une pièce au dossier en montrant que, dans une grande province rizicole [le Jiangsu], l’exposition alimentaire via le riz atteint des niveaux susceptibles d’augmenter le risque de maladie rénale chronique, même lorsque les teneurs restent sous les normes en vigueur ».
Christophe Nguyen, agronome à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), indique : « Il faut avant tout préciser que les contextes chinois et français ne sont pas du tout comparables. À proximité des sites industriels, les rizières peuvent ou ont pu être alimentées avec des eaux industrielles polluées et le niveau de pollution des sols peut être élevé. De plus, le riz occupe une place prépondérante dans le régime alimentaire en Asie et c’est une céréale qui accumule particulièrement bien le cadmium, mais aussi l’arsenic. En France, les apports céréaliers proviennent surtout du blé, qui accumule beaucoup moins le cadmium que le riz ».
Vincent Bordenave précise ainsi que « la combinaison de trois facteurs, des sols très contaminés, un riz fortement accumulateur de polluants et une forte consommation quotidienne, place une partie de la population chinoise dans une situation à haut risque ».
Le journaliste note que « la teneur moyenne en cadmium des grains reste modérée (0,046 mg/kg en moyenne, avec seulement quelques échantillons au‑dessus de la limite nationale de 0,2 mg/kg), mais le calcul des doses ingérées montre que 39% des rations quotidiennes dépassent un seuil dit BMDL5 de 17,1 µg/j, associé dans des cohortes chinoises à une augmentation du risque de maladie rénale chronique ».
« Sur le plan biologique, près de la moitié des participants présentent une concentration urinaire en cadmium supérieure à 0,120 µg/l, et un cinquième dépassent 0,640 µg/l dans le sang, là encore des seuils (BMDL5) liés à un surrisque rénal », ajoute Vincent Bordenave.
Il retient que « les risques bien établis concernent surtout les reins, les os et, plus largement, la charge cumulative d’un métal qui s’accumule sur des décennies. Quant au lien avec le cancer, il est beaucoup plus délicat à établir. Le cadmium est classé cancérogène certain pour l’homme, mais les effets des faibles doses environnementales restent difficiles à quantifier ».
Le journaliste s’interroge en outre : « Peut‑on transposer ces résultats à la France ? Les agences sont prudentes. Ni Santé publique France ni l’Anses n’ont souhaité commenter directement l’étude chinoise, et rappellent que les indicateurs ne sont pas construits sur les mêmes bases méthodologiques. En Europe, le plafond autorisé dans le riz est de 0,15 mg/kg, plus strict que les 0,2 mg/kg appliqués en Chine, et la consommation de cette céréale reste sans commune mesure avec celle observée en Asie ».