
tiellement sur l’offre de secteur 2,
Inégalités spatiales et financières d’accessibilité à la médecine de ville en France.
Le cas des cardiologues, dermatologues et ophtalmologistes
Lucas-Gabrielli V. (Irdes), Bonal M. (Irdes), Mangeney C. (ORS Île-de-France), Com-Ruelle L. (Irdes), Gousset C. (Irdes)
Questions d’économie de la santé n° 305 – Février 2026
RÉSUMÉ
En France, l’accessibilité aux soins de premier recours et aux soins spécialisés présente d’importantes disparités selon les départements. A ces disparités géographiques peuvent s’ajouter des problèmes d’accessibilité financière liés aux dépassements d’honoraires pratiqués dans certaines spécialités et dans certains territoires.
Cette étude propose de renouveler le diagnostic des inégalités spatiales d’accessibilité à la médecine spécialisée de ville en adaptant l’indicateur d’Accessibilité potentielle localisée (APL) à ce type de soins et en se centrant sur trois spécialités : les cardiologues, les dermatologues et les ophtalmologistes.
Dans la plupart des départements, on observe d’importantes disparités d’accès à ces trois spécialités, avec une centralité – correspondant souvent à la préfecture – qui offre une bonne accessibilité à ces médecins, celle-ci se réduisant progressivement à mesure que l’on s’en éloigne.
Dans certains départements situés principalement sur la diagonale centrale, cette accessibilité est toutefois limitée sur tout le territoire.
Pour les ophtalmologistes et les dermatologues, l’accessibilité repose essentiellement sur l’offre de secteur 2, tous types d’espaces confondus, alors que pour les cardiologues, elle repose majoritairement sur l’offre de secteur 1.
Les dépassements d’honoraires renforcent également les inégalités sociales d’accessibilité géographique aux spécialistes : celle-ci est plus faible pour les communes les plus pauvres et plus élevée pour les communes les plus riches, dans lesquelles la demande est plus solvable.
Voir aussi le rapport n° 597 : Inégalités spatiales d’accessibilité aux médecins spécialistes. Proposition d’indicateurs.
Inégalités spatiales et financières d’accessibilité à la médecine de ville en France – Le cas des cardiologues, dermatologues et ophtalmologistes
Extraits
Véronique Lucas-Gabriellia, Marie Bonala, Catherine Mangeney
Laure Com-Ruellea, Christophe Gousse
Carte C1

Carte C2

Carte C3


Les dépassements d’honoraires renforcent les inégalités sociales d’accessibilité géographique
Dans la mesure où, dans certains endroits, il n’existe pas ou peu d’offre en secteur 1, cela expose la population à des restes à charge en cas de recours aux spécialistes. Ces restes à charge peuvent représenter un frein à l’accès aux soins, en particulier pour les personnes aux revenus modestes mais non bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire. C’est pourquoi nous proposons de croiser cette répartition de l’offre selon la catégorie de tarif appliqué avec les caractéristiques des communes en termes de revenus
Pour les trois spécialités, et quand on considère l’ensemble de l’offre quelles que soient les pratiques tarifaires, plus la commune présente des revenus élevés, plus l’accessibilité augmente (Graphique). La meilleure accessibilité des communes les plus favorisées s’explique par l’offre plus abondante de secteur 2 qui rencontre là une demande plus solvable. En revanche, l’accessibilité à l’offre à tarif opposable varie peu selon le niveau de revenu de la commune, avec une accessibilité qui reste légèrement plus élevée dans les communes les plus favorisées
(Encadré 2).

Lorsque l’on considère uniquement l’offre de secteur 1 ou à dépassements modérés, l’accessibilité des patients aux ophtalmologistes baisse très fortement sur l’ensemble du territoire national, y compris pour des zones qui apparaissaient pourtant bien dotées avec l’APL « toute offre »
Pour les dermatologues, on observe le même phénomène pour une grande partie du territoire, même si certains espaces semblent moins touchés, comme les régions toulousaine ou bordelaise, mais aussi l’Alsace (Cartes 3a et 3b1).
Pour les cardiologues, le constat diffère. Si les cardiologues exercent surtout en secteur 1, on constate néanmoins une accessibilité plus faible des patients dans certains départements ou régions très urbanisés, comme l’Île- de-France ou la Gironde (cartes 3c et 3d).
Les cardiologues ayant choisi d’exercer en secteur 2 (et qui pratiquent par ailleurs des dépassements plus importants) sont concentrés dans les grands pôles
Résumé
Décliné en France pour un certain nombre de professions de santé relevant des soins primaires, l’indicateur de l’Accessibilité potentielle localisée (APL) constitue une avancée impor tante par rapport aux indicateurs classiques de densité et de distance car il permet de mettre en évidence les disparités infra-départementales, tout en proposant des améliorations de la mesure de l’offre et de la demande de soins et de leur interaction.
En appliquant ici cet indicateur au champ de la médecine spécialisée ambulatoire, pour le cas de trois spécialités, un constat analogue peut être fait. Ces disparités se manifestent, dans la plupart des départements, sous la forme d’un gradient, allant des plus grands pôles urbains où l’offre est beaucoup plus disponible et accessible jusqu’aux marges départementales, où l’accessibilité est nettement plus faible. On retrouve aussi, en lien avec le niveau d’urbanisation des départements, des régions bien mieux dotées que d’autres (l’Île-de-France, l’Alsace, le pourtour méditerranéen notamment).
On note aussi que les difficultés d’accessibilité à une offre de soins sans dépassements d’honoraires sont très variables selon les spécialités, en raison de la plus ou moins grande importance de médecins en secteur 2. En outre, les dépassements d’honoraires renforcent les inégalités sociales d’accessibilité géographique aux spécialistes puisque l’accessibilité est plus élevée pour les communes les plus riches, qui bénéficient déjà d’une offre à tarif opposable légèrement supérieure aux autres communes, et qui bénéficient en plus d’une offre de secteur 2 bien plus développée.
Le débat public sur les inégalités d’accès aux soins a tendance à se focaliser sur l’inégale répartition des médecins généralistes sur le territoire. Selon l’APL aux médecins généralistes calculée par la Drees, les 10 % de la population les mieux dotés en généralistes ont en 2019 une accessibilité -pratiqués favoriseraient une meilleure réponse aux besoins de santé de la population.
Selon l’APL aux médecins généralistes calculée par la Drees, les 10 % de la population les mieux dotés en généralistes ont en 2019 une accessibilité 3,5 fois supérieure aux 10 % dela population les moins bien dotés.
Notre étude montre que ces inégalités d’accès sont bien supérieures pour les médecins spécialistes. Ainsi, quand on considère l’ensemble de l’offre, ce ratio est de 4,9 pour les cardiologues, de 5 pour les ophtalmologistes et de 6,8 pour les dermatologues. Ces inégalités d’accès à ces trois spécialités restent à un niveau élevé si l’on restreint l’analyse à la seule offre à tarif opposable. Améliorer la répartition géographique des médecins spécialistes et maîtriser l’évolution des tarifs pratiqués favoriseraient une meilleure réponse aux besoins de santé de la population.