Dispositif imaginé par François Bayrou pour lutter contre la désertification médicale, la solidarité territoriale n’a pas rencontré le succès escompté.

Solidarité territoriale dans les déserts médicaux : histoire d’un échec

Quentin Haroche| 18 Février 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/solidarité-territoriale-déserts-médicaux-2026a1000555?ecd=wnl_all_260222_jim_jim-pro_etid8121038&uac=368069PV&impID=8121038&sso=true

Dispositif imaginé par François Bayrou pour lutter contre la désertification médicale, la solidarité territoriale n’a pas rencontré le succès escompté. 

C’était il y a un peu moins d’un an, le 25 avril 2025 très exactement. L’éphémère Premier ministre François Bayrou arrivait à Aurillac pour présenter son très attendu « pacte de lutte contre les déserts médicaux ». En plein débat sur la proposition de loi Garot prévoyant de limiter la liberté d’installation, le maire de Pau croyait avoir trouvé la solution pour mettre fin à la désertification médicale sans rogner sur les libertés des médecins : la solidarité territoriale, soit un système incitant les médecins exerçant dans des zones suffisamment dotées en praticiens à venir exercer, un ou deux jours par mois, dans des territoires en manque de médecins.

Le système se mettait alors peu à peu en branle. En juin dernier, le ministre de la Santé de l’époque, Yannick Neuder, présentait les grandes lignes du projet. Cent cinquante et une « zones rouges », en manque criant de médecins et regroupant 2,5 millions d’habitants, sont délimitées. Il est également prévu de verser une indemnité de 200 euros par jour aux médecins volontaires (un temps envisagé, toute idée de contrainte a été écartée) et il est annoncé que les collectivités feront tout pour assurer les meilleures conditions d’exercice (locaux, matériel, logement éventuel…) à ces médecins itinérants. Le 1er septembre dernier, le projet est lancé.

Un « flou organisationnel ambiant »

Un peu moins de six mois plus tard, c’est peu dire que ce dispositif, renommé « un médecin près de chez vous », n’a pas rencontré le succès escompté. La direction générale de l’offre de soins (DGOS) a révélé le mois dernier les premiers chiffres de la solidarité territoriale et ils sont peu glorieux. Seulement 300 médecins se sont portés volontaires et 6 500 consultations ont été pratiquées depuis octobre dans le cadre du dispositif. A mettre en perspective avec les 2,5 millions de personnes potentiellement concernées par le dispositif et les 226 millions de consultations de médecine générale réalisées en 2024.null

Sans doute en raison de la censure de François Bayrou et du départ du gouvernement de Yannick Neuder, le dispositif n’a plus vraiment de pilote et semble délaissé par le ministère de la Santé. Dans une tribune publiée dans Libération et intitulée « Moi, médecin volontaire dans un désert médical », le Dr Christian Lehmann déplore le « flou organisationnel ambiant » et les limites de la plateforme d’inscription « sans information concernant la procédure, le matériel, les logiciels ». Celui qui est également écrivain dit être entré en contact avec d’autres médecins ayant voulu se porter volontaire et qui décrivent tous la même gabegie administrative. « J’ai été pris pour un con, dans un agenda politique, pour faire semblant de régler la désertification médicale » lui confie ainsi un généraliste, totalement découragé. « Le système est bancal, j’ai arrêté » conclut le Dr Lehmann.nullnull

Aucun médecin volontaire dans le Cher

Dans les fameuses zones rouges qui attendaient désespérément l’aide de ces médecins volontaires, une certaine consternation règne. Dans le département du Cher, où six communautés de communes ont été désignées comme zones prioritaires, aucun médecin ne s’est porté volontaire, malgré l’appel à candidature lancé en septembre dernier par l’Agence régionale de Santé (ARS). « C’est dramatique, on a l’impression qu’il s’agissait simplement d’un effet de manche » confie à la presse locale Jean-Luc Brahiti, président de la communauté de communes Berry Grand Sud. « On a rempli toutes les conditions, on a même dépensé 10 000 € pour du matériel et des installations ». Le maire se refuse cependant à totalement baisser les bras. « Nous sommes toujours sur les rangs et prêts à être opérationnels : si un médecin est volontaire, nous serons prêts » assure-t-il.

Ce sont finalement les vieilles recettes qui fonctionnent le mieux. A Charenton-du-Cher, un centre de santé prend en charge 2 000 patients de la région. Cette maison médicale est gérée par l’association Médecins solidaires, qui incite les praticiens exerçant dans des zones suffisamment dotées en médecins à se relayer dans des centres de santé situés dans des régions à faible démographie médicale . C’est de cette association dont le gouvernement s’est inspiré pour lancer son plan de solidarité territoriale, mais sans le même succès.null

Depuis qu’il a remplacé François Bayrou à Matignon en septembre dernier, le Premier ministre Sébastien Lecornu n’évoque plus la solidarité territoriale. Sa solution miracle pour lutter contre la désertification médicale s’appelle France Santé, un réseau de centres de santé qui doit couvrir d’ici 2027 tout le territoire. Officialisé dans la dernière loi de financement de la Sécurité Sociale, ce dispositif a déjà essuyé de nombreuses critiques

Subira-t-il le même sort que le plan Bayrou ?

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire