Autisme: la décision de la HAS de classer la psychanalyse parmi « les méthodes d’intervention non recommandées » a été applaudie par beaucoup.

Fin de la psychanalyse dans le traitement de l’autisme : comment passer des recommandations aux actes !

Aurélie Haroche| 20 Février 2026 https://jeansantepolitiqueenvironnement.wordpress.com/wp-admin/post-new.php

Des patients aux psychiatres, les dernières recommandations de la Haute autorité de Santé (HAS) concernant la prise en charge des enfants et adolescents présentant un trouble du spectre autistique (TSA) ont été largement saluées. Plus précisément, la décision de la HAS de classer la psychanalyse parmi « les méthodes d’intervention non recommandées » a été applaudie par beaucoup. Secrétaire de l’association Neurodiversité France, Amélie Tsaag Valren, a ainsi commenté sur X : « La psychanalyse est, enfin, officiellement non-recommandée par la HAS auprès des enfants et adolescents autistes… immense soulagement de savoir que les jeunes générations ne vivront plus ce qui nous a été infligé ! ». De son côté, le psychiatre Hugo Baup qui régulièrement dénonce les errances des théories psychanalytiques a également rappelé cette étape majeure. 

La tyrannie de l’EBM 

Bien sûr, cette prise de position est loin de faire l’unanimité. L’Ecole de la cause freudienne (ECF) a ainsi vivement critiqué dans un communiqué le travail mené par la HAS. Les auteurs du texte considèrent notamment que l’élaboration des recommandations n’a pas échappé à l’influence de certains « militants ». La méthodologie privilégiée est également remise en cause par le professeur de psychopathologie et psychologie clinique Albert Ciccone. Ce dernier en effet refuse de considérer que l’Evidence Based Medicine (EBM) soit le meilleur des filtres pour évaluer la qualité et la pertinence des études et parle même de « la tyrannie de l’EBM ». Cependant, quand l’une des études régulièrement mise en avant par les défenseurs de la psychanalyse, conduite par le Pr Bruno Falissard, multiplie les failles et les limites, difficile de considérer que l’examen de la HAS ait manqué de rigueur. Ainsi, comme le rappelle le mathématicien Guillaume Limousin, ces travaux ne comportaient que 14 patients et consistaient principalement à évaluer la capacité de psychanalystes à détecter l’existence d’un cancer chez le frère ou la sœur d’un patient (sans que ce dernier ne l’évoque). 

Des contrôles redoutés

Si l’expression de la colère des praticiens est non seulement compréhensible mais également en partie légitime puisqu’ils ont souvent le sentiment (parfois exact) d’être les seuls à prendre en charge des patients souvent livrés à eux-mêmes, on note néanmoins dans le communiqué de l’Ecole de la cause freudienne une singulière remarque. « Les contrôles vont se multiplier » redoute ainsi l’organisation. Pourquoi cependant ces « contrôles » sont-ils craints si effectivement les pratiques sont efficaces et à tout le moins sans dommages ? 

C’est sans doute parce que la psychanalyse continue de favoriser des prises en charge inadaptées et souvent délétères chez les jeunes autistes. Coïncidence intéressante comme l’actualité en réserve parfois : la publication des recommandations de la HAS a été suivie quelques jours plus tard, ce 19 février, de la suspension des nouvelles admissions au sein de la Fondation Vallée qui accueillait des jeunes enfants présentant un TSA. L’inspection a en effet révélé des cas manifestes de maltraitance, tandis que l’enquête n’a pas permis de confirmer que les pratiques avaient cessé. Or, la Fondation Vallée n’est pas un établissement de santé comme les autres : il est, depuis les années 1950, un haut lieu de l’approche psychanalytique des troubles du neurodéveloppement. Au sein de l’établissement, on évoque ainsi volontiers les concepts de « sphinctérisation de la bouche » ou d’ « inclusion du corps dans des contenants circulaires signalant la récupération en cours du sentiment d’existence ». Les enfants autistes sont traités par le snoezelen (autre méthode non recommandée par la HAS), une pratique de stimulation multisensorielle dont l’efficacité thérapeutique n’est pas avérée et incités à mener des « jeux dramatiques » et des « psychodrames ». (Bien sûr cependant, les maltraitances signalées ne sont pas forcément toujours en lien avec les approches psychanalytiques ou leur conséquences directes). 

Une influence profonde, multiple et puissante

La Fondation Vallée est loin d’être un cas isolé, l’année dernière, le délégué interministériel à la santé mentale (récemment démissionnaire et qui ne sera pas remplacé), Etienne Pot précisait qu’il avait adressé aux ARS 25 signalement de structures médico-sociales ne respectant pas les recommandations de bonnes pratiques et notamment l’absence de recours aux approches psychanalytiques (qui étaient déjà déconseillées par la HAS). Outre les situations manifestes de non respect des recommandations, un article publié dans l’Express en 2024 avait révélé comment de nombreux responsables des services de l’Aide sociale à l’enfance sont pétris de psychanalyse et analysent à travers ses filtres les liens familiaux. null

Et ce n’est pas qu’au sein des établissements médico-sociaux que l’on voit la persistance de la psychanalyse en général et dans la prise en charge de l’autisme en particulier. Au-delà, des médecins comme le docteur Hugo Baup ou des scientifiques comme le Pr Franck Ramus déplorent régulièrement de voir des diplômes universitaires (DU) faire la promotion de ces théories, qui n’ont jamais pu être prouvées par une démarche scientifique rigoureuse. Et si ces DU continuent à rencontrer un certain succès, c’est parce que de nombreux médecins, psychiatres notamment, continuent à conserver une bonne image de la psychanalyse. « Beaucoup de pédopsychiatres ont été formés à la psychanalyse, et en sont adeptes. Ceux qui, comme moi, suivent les données de la science restent minoritaires » explique dans les colonnes de l’Express aujourd’hui un médecin membre de diverses instances représentatives de la psychiatrie et de la pédopsychiatrie française, sous couvert d’anonymat. La psychanalyse bénéficie en effet d’avocats de renom, tel le professeur Bruno Falissard auquel l’Express consacre aujourd’hui un portrait. Le président de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (SFPEADA) est en effet un des premiers défenseurs de la psychanalyse. Outre l’étude qu’il présente régulièrement (et dont nous avons déjà évoqué les limites), il invoque une bien curieuse raison pour soutenir cette démarche : les autres approches ne fonctionneraient pas plus dans l’autisme… Il défend encore dans les colonnes de l’hebdomadaire : « La psychanalyse permet aux soignants d’aller mieux, et s’ils vont mieux, les enfants iront mieux », tout en reconnaissant l’absence de caractère scientifique de cette affirmation. nullnull

Rendre opposable les recommandations ? 

Face à la multiplication et à l’influence des relais dont dispose aujourd’hui encore en France la psychanalyse (dans le champ de l’autisme mais au-delà, que l’on pense à l’aura dont bénéficie par exemple Caroline Goldman), les « recommandations » de la HAS suffiront-elles pour passer aux actes ? Bien sûr, elles permettront une multiplication des contrôles (comme le redoute l’Ecole freudienne), tandis que le délégué interministériel aux troubles du neurodéveloppement a aujourd’hui confirmé la volonté de l’Etat d’agir dans ce sens. Mais, on comprend également face à ce contexte pourquoi la HAS est aujourd’hui tentée de préconiser de rendre opposable ses recommandations, même si cela signifie la réduction de la liberté, pourtant essentielle, des praticiens ? La protection des patients pourrait, dans ce cas, être à ce prix. 

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/02/14/autisme-bonnes-pratiques/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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