Plutôt qu’une hausse du ticket modérateur ou des franchises la Dress propose une hausse générale des prélèvements finançant l’Assurance maladie obligatoire.

Hausse du ticket modérateur ou des franchises… le déremboursement des soins frapperait les assurés les plus fragiles

Une étude de la Drees explore les conséquences du déremboursement partiel de certains soins par l’Assurance maladie. Les ménages les plus âgés, modestes ou en mauvaise santé, seraient les plus touchés. 

18/02/2026 https://www.egora.fr/actus-pro/acces-aux-soins/hausse-du-ticket-moderateur-ou-des-franchises-le-deremboursement-des?utm_source=Newsletter&utm_medium=gms_egora&utm_campaign=Newsletter_en_bref____19/02/25&utm_medium=gms_egora&utm_source=email&utm_campaign=En%20bref%20-%20jeudi%2019%20février%202026%20-%2020h20260219&sc_src=email_4821918&sc_lid=188743846&sc_uid=XYBlorZBtz&sc_llid=9455&sc_eh=5d463c22601bc0401

Par Alexis Vignais

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C’est une étude qui risque de faire parler d’elle. La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a consacré une étude abordant le coût, pour les ménages, du déremboursement partiel de certains soins par l’Assurance maladie obligatoire. Une piste explorée dans un contexte où, face au « déficit de la branche maladie de la sécurité sociale », ces déremboursements « sont souvent présentés comme un levier d’économies ».

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2026-02/Synthèse%20-%20Dossier%20de%20la%20Drees%20n°135_0.pdf

Mais quelles en seraient les conséquences ? C’est la question à laquelle a tenté de répondre la Drees.

L’étude compare plusieurs scénarios de déremboursement, calibrés pour dégager 1 milliard d’euros d’économies. Avec un constat : « Une hausse du ticket modérateur, des participations forfaitaires ou des franchises réduit les remboursements de l’assurance maladie obligatoire. »

L’option 1, soit la hausse du ticket modérateur, a l’avantage d’être « partiellement mutualisée entre les assurés couverts par une complémentaire santé, car les primes d’assurance ne peuvent pas être directement fixées en fonction de l’état de santé », écrit la Drees. Une vérité qui n’est pas universelle, certaines complémentaires santé tarifient, en effet, à l’âge et les retraités ont des contrats distincts.

La hausse du ticket modérateur impacterait donc en premier lieu les personnes âgées qui verraient « des hausses de primes plus importantes »,notamment si cela concerne des dépenses fortement consommées par ce public à l’image des médicaments.

La C2S comme solution ?

Et l’option 2, alors ? Elle n’est pas non plus idéale car « la hausse des franchises médicales ou des participations forfaitaires pénalise davantage les personnes en mauvaise santé, en raison de leur consommation plus élevée de soins« , indique la Drees. La piste d’augmenter le plafond annuel des franchises médicales punira davantage les ménages âgés ou en mauvaise santé qu’une hausse de leur montant unitaire, car seuls les plus gros consommateurs de soins atteignent ces plafonds. Ces hausses pourraient également entraîner « un renoncement à certains soins, notamment parmi les ménages modestes », et par conséquent « une moindre observance des traitements prescrits ou une diminution du nombre de consultations. »

Mais qu’importe l’option choisie, l’effort sera toujours proportionnellement plus important pour les ménages modestes. Traduction : le coût moyen (en euros) des déremboursements est inférieur pour les ménages modestes, mais l’effort demandé, rapporté à leur revenu, est deux fois plus élevé que pour les ménages aisés. La C2S, qui exonère de tickets modérateurs, de franchises et de participations forfaitaires, pourrait former une solution mais souffre du « non-recours » et met à l’écart ceux ayant des « revenus légèrement supérieurs au seuil d’éligibilité ».

Une éclaircie figure toutefois dans l’étude de la Drees. Pour éviter de pénaliser les ménages les plus âgés, modestes ou en mauvaise santé, une hausse générale des prélèvements finançant l’Assurance maladie obligatoire est évoquée. Si cette solution pèserait moins sur les profils évoqués précédemment, « elle affecterait davantage les actifs et pourrait entraîner des conséquences sur l’emploi et les prix, aspects qui ne sont pas analysés dans cette étude. » Reste à voir comment les décideurs politiques vont s’emparer de ces analyses. 

Auteur de l’article

Alexis Vignais

Journaliste de la rubrique « étudiants »

Dérembourser des soins pour maîtriser la dépense de santé : qui paie ? 

LES DOSSIERS DE LA DREES

N° 135

Paru le 18/02/2026 https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-communique-de-presse/les-dossiers-de-la-drees/260218_DD_évaluation-impact-ménages-déremboursement-partiel-soins

Alexandre Fauchon, Odran Bonnet

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie une étude consacrée au coût, pour les ménages, du déremboursement partiel de certains soins par l’assurance maladie obligatoire. Dans un contexte de déficit de la branche maladie de la sécurité sociale, ces déremboursements sont souvent présentés comme un levier d’économies, sachant que 80 % des dépenses de santé sont financées par les administrations publiques et que les restes à charge après remboursement par les complémentaires figurent parmi les plus faibles de l’Union européenne. 

L’étude compare plusieurs scénarios de déremboursement, calibrés pour dégager 1 milliard d’euros d’économies. Elle montre qu’une hausse des participations forfaitaires et des franchises pénalise davantage les ménages se déclarant en mauvaise santé qu’une hausse du ticket modérateur sur les consultations médicales. Quelle que soit la mesure considérée, rapportée au revenu, le coût est deux fois plus élevé pour les ménages modestes que pour les ménages aisés, malgré la protection offerte par la complémentaire santé solidaire (C2S).

Reste à charge ou hausse des primes versées aux complémentaires santé : deux mécanismes distincts

À consommation de soins constante, les déremboursements prennent deux formes : soit une hausse du reste à charge payé directement par les ménages, soit une augmentation des primes de complémentaire santé. De fait, les dépenses de santé dans la limite du tarif de la sécurité sociale se décomposent en trois éléments : la part prise en charge par l’assurance maladie obligatoire, le ticket modérateur généralement couvert par les complémentaires, et les participations forfaitaires et franchises à la charge des patients. Une hausse du ticket modérateur, des participations forfaitaires ou des franchises réduit les remboursements de l’assurance maladie obligatoire. En cas de hausse du ticket modérateur, les complémentaires santé augmentent en conséquence leurs propres remboursements, mais, pour maintenir leur équilibre financier, accroissent dans le même temps les cotisations ou primes d’assurance qu’elles exigent de leurs assurés. À l’inverse, une hausse des participations forfaitaires ou des franchises se traduit immédiatement par une augmentation des restes à charge des ménages utilisateurs de soins, sans impact pour les complémentaires.

Un coût plus important pour les personnes se déclarant en mauvaise santé et âgées

Le coût d’une hausse du ticket modérateur est partiellement mutualisé entre les assurés couverts par une complémentaire santé, car les primes d’assurance ne peuvent pas être directement fixées en fonction de l’état de santé. Toutefois, cette mutualisation est limitée, car certaines complémentaires santé tarifient à l’âge, et les retraités disposent de contrats distincts des actifs : les personnes âgées subiraient ainsi des hausses de primes plus importantes en cas de hausse du ticket modérateur, particulièrement si la mesure porte sur des postes de dépenses principalement consommés par les personnes âgées, comme les médicaments.
Une hausse des franchises médicales ou des participations forfaitaires pénalise davantage les personnes en mauvaise santé, en raison de leur consommation plus élevée de soins. À noter que les franchises médicales sont plafonnées chaque année pour éviter un fardeau trop élevé pour certains ménages. Relever leur plafond annuel affecte davantage les ménages âgés ou en mauvaise santé qu’une hausse de leur montant unitaire, comme celle intervenue en 2024, car seuls les plus gros consommateurs de soins atteignent effectivement ces plafonds.

Un effort proportionnellement plus important pour les ménages modeste.

La complémentaire santé solidaire (C2S), qui exonère de tickets modérateurs, de franchises et de participations forfaitaires, offre aux ménages modestes qui en bénéficient une protection contre les mesures de déremboursement. Cependant, la C2S ne couvre pas l’ensemble des ménages modestes, en raison du non-recours ou de revenus légèrement supérieurs au seuil d’éligibilité. Quel que soit le scénario étudié, le coût moyen des déremboursements est ainsi inférieur en euros pour les ménages modestes, mais l’effort demandé, rapporté à leur revenu, est deux fois plus élevé que pour les ménages aisés.

Une hausse des prélèvements pèserait moins sur les ménages âgés et modestes

À titre de comparaison, une hausse générale des prélèvements finançant l’Assurance maladie obligatoire (TVA, cotisations sociales, CSG) pèserait moins sur les ménages modestes, les personnes âgées et les personnes en mauvaise santé que les déremboursements étudiés. En revanche, elle affecterait davantage les actifs et pourrait entraîner des conséquences sur l’emploi et les prix, aspects qui ne sont pas analysés dans cette étude.

Graphique – Coût moyen par ménage des mesures simulées, selon l’âge et l’état de santé déclaré de la personne la plus âgée du ménage

En % du revenu

Note > Chaque mesure conduit à une économie budgétaire de l’ordre de 1 milliard d’euros.
Lecture > La hausse du ticket modérateur sur les consultations médicales et de sages-femmes exige des ménages de moins 65 ans en très bon état de santé un effort s’élevant à 0,08 % de leur revenu.
Champ > France métropolitaine, ménages non étudiants vivant en logement ordinaire, et dont le revenu mensuel est supérieur à 100 euros.
Source > Drees, modèle de microsimulation Ines-Omar 2019.
 

Un impact possible sur le recours et le renoncement aux soins

Une augmentation des participations forfaitaires et des franchises pourrait entraîner un renoncement à certains soins, notamment parmi les ménages modestes. Cela se traduirait par une moindre observance des traitements prescrits ou par une diminution du nombre de consultations. Ces effets pourraient toutefois être atténués par la faible lisibilité de ces dispositifs, les montants étant prélevés a posteriori et non au moment de la consommation du soin. D’autres déremboursements fondés sur le service médical rendu défini par la Haute Autorité de santé pourraient affecter plus fortement la consommation de certains traitements, en favorisant une baisse d’usage ou une substitution vers des alternatives plus efficientes, surtout s’ils s’accompagnent d’une évolution des prescriptions.

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2026-02/Synthèse%20-%20Dossier%20de%20la%20Drees%20n°135_0.pdf

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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