C’est le sous-financement des mesures de revalorisation salariale (Ségur de la santé) qui explique en grande partie le creusement du déficit,

Comment le Ségur de la Santé a plombé le budget des hôpitaux (Rapports IGAS et IGAS + IGF) – Réactions des fédérations hospitalières.

Quentin Haroche | 

19 Février 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/comment-ségur-santé-a-plombé-budget-des-2026a10005ah?ecd=wnl_all_260219_jim_daily-doctor_etid8118081&uac=368069PV&impID=8118081&sso=true

Dans un rapport publié ce mercredi, l’IGAS * constate que les revalorisations salariales du personnel soignant décidées lors de la crise sanitaire n’ont pas été suffisamment financées.

https://www.igas.gouv.fr/sites/igas/files/2025-12/Rapport%20Igas%20compensation_charges%20dans%20les%20établissements%20publics%20de%20santé%20%282025%29.pdf

C’était le temps du « quoi qu’il en coûte » et de la reconnaissance pour les « combattants de la première ligne », que l’on applaudissait tous les soirs. En juillet 2020, pour remercier l’hôpital d’avoir tenu le choc de la première vague de la pandémie de Covid-19, le gouvernement signait avec les syndicats hospitaliers un important accord de revalorisations salariales, les fameux accords du Ségur.

Six ans plus tard, alors que la peur de la Covid-19 a laissé la place à des inquiétudes budgétaires, il est désormais temps de payer l’addition de cette « générosité ».

Le déficit des établissements publics de santé (EPS) a atteint un niveau record de 2,9 milliards d’euros en 2024, avec une hausse de 1 milliard d’euros par an sur les deux dernières années. Les causes de ce déficit sont simples à comprendre : les charges ont, ces dernières années, augmenté bien plus vite que les recettes. Mais dans le détail, c’est le sous-financement des mesures de revalorisation salariale qui explique en grande partie le creusement du déficit, souligne l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans un rapport publié ce mercredi.

Un sous-financement chronique des revalorisations salariales

L’IGAS estime ainsi que ce sous-financement chronique, qui s’explique par « des erreurs ou approximations évitables » de la part des autorités, représente un « manque à gagner » d’1,7 milliard d’euros pour les hôpitaux publics.

Dans le détail, l’Etat et la Sécurité Sociale ont sous-évalué le coût des accords du Ségur à hauteur de 450 millions d’euros et les réévaluations accordées aux internes de 150 millions d’euros.

Mais c’est le sous-financement du « glissement-vieillesse-technicité » (GVT), c’est-à-dire l’accroissement naturel de la masse salariale lié à l’avancement du personnel, qui a été chroniquement sous-évalué : l’IGAS estime le montant du sous-financement du GVT à 1,1 milliard d’euros sur la seule période 2020-2024, montant qui croît à 1,3 milliard d’euros si l’on inclut les hôpitaux privés à but non-lucratif.

L’IGAS estime en revanche que le sous-financement de l’inflation constitue une cause relativement secondaire du creusement des déficits des hôpitaux. L’administration contredit en cela en partie les conclusions de la Fédération hospitalière des hôpitaux (FHF), qui demande régulièrement à l’Etat de mieux financer l’inflation des coûts des établissements publics. La FHF a d’ailleurs dit regretter cette divergence d’opinion avec l’IGAS. « En 2024, la FHF estimait le besoin de compensation de l’inflation à 1,3 milliard d’euros pour les seuls établissements publics » rappelle la fédération. La FHF et l’IGAS se retrouvent cependant sur la nécessité de passer rapidement à un système de programmation pluriannuelle des dépenses hospitalières. 

Faire payer davantage les usagers, une mesure rarement très populaire

L’IGAS s’inquiète : il n’y a a priori aucune raison que cette situation de sous-financement chronique ne perdure obérant encore plus les comptes des hôpitaux publics, jusqu’à les placer dans une situation dangereuse. Puisqu’il ne semble a priori pas réaliste de tout simplement augmenter les dépenses de l’Assurance Maladie (dont les comptes sont déjà gravement dans le rouge), les inspecteurs exhortent le gouvernement à engager le plus vite possible un plan de redressement des comptes des hôpitaux, avec un objectif de retour à l’équilibre dès 2029.

Ne se contentant évidemment pas de faire un bilan de la situation, l’IGAS se veut également force de propositions et avance plusieurs pistes pour arriver à ce retour à l’équilibre. L’administration estime en premier lieu que diversest mesures d’efficience interne pourraient permettre de réaliser près d’1 milliard d’euros d’économies par an.

Constatant la grande disparité de situations budgétaires entre les établissements hospitaliers, les plus petits hôpitaux étant généralement ceux les plus chroniquement déficitaires, l’IGAS préconise le lancement d’un grand plan de restructuration territoriale de l’offre hospitalière et de regroupement des établissements (ce qui passerait donc par la fermeture des plus petits établissements, une mesure rarement populaire).

Enfin, l’IGAS n’hésite pas à avancer en terrain miné (plus facile à faire lorsque l’on ne dépend pas du vote des électeurs !) en demandant que soit engagée « une réflexion sur l’évolution du système de participation financière des usagers », autrement dit demander aux patients une plus forte participation financière au fonctionnement des hôpitaux. On le sait, les propositions visant à augmenter le reste à charge des patients sont rarement bien accueillies au pays de la Sécurité Sociale. Une récente étude de la Drees, le service des statistiques du ministère de la Santé, a d’ailleurs démontré que, quelle que soit la méthode employée (hausse du ticket modérateur ou des franchises médicales), ce genre de mesure nuit toujours plus aux franges les plus modestes de la population.

Hôpitaux : des déficits dus en grande partie à un sous-financement de l’Etat

Deux rapports des inspections générales des affaires sociales et des finances confirment qu’une part importante du « trou » dans les finances des établissements – qui atteint 2,9 milliards d’euros en 2024 – ne s’explique pas par une mauvaise gestion. 

Par 

hier à 09h51 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/21/hopitaux-des-deficits-dus-en-grande-partie-a-un-sous-financement-de-l-etat_6667686_3224.html

Temps de Lecture 2 min.

Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, lors de la  de la proposition de loi relative aux soins palliatifs et d'accompagnement, à l’Assemblére nationale, à Paris, le 17 février 2026.
Stéphanie Rist, ministre de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées, lors de la de la proposition de loi relative aux soins palliatifs et d’accompagnement, à l’Assemblére nationale, à Paris, le 17 février 2026.  JULIEN MUGUET POUR « LE MONDE »

Une pierre dans le jardin de l’Etat. Très attendus par les centres hospitaliers, à l’heure où la recherche d’économies domine dans le secteur de la santé, les résultats des travaux des inspections générales des affaires sociales (IGAS) et des finances (IGF) pour expertiser leurs déficits qui ont explosé depuis la fin de la crise du Covid-19 ont été rendus publics, mercredi 18 février. Et ils viennent confirmer ce que clament les établissements depuis des mois : une part importante du « trou » dans leurs finances – qui atteint 2,9 milliards d’euros en 2024 – s’explique par un sous-financement de l’Etat. Et non par une mauvaise gestion.

Si les voyants sont au rouge pour la branche maladie de la Sécurité sociale (16 milliards d’euros de déficit), les difficultés des hôpitaux constituent un autre point noir, avec un déficit qui n’a cessé de plonger, « se creusant de 1 milliard supplémentaire par an au cours des deux dernières années », pour atteindre une situation financière « d’une gravité inédite », estiment les inspecteurs.

Comment l’expliquer ? Un premier rapport, signé par deux membres de l’IGAS, s’est penché sur la question de « la compensation financière des revalorisations salariales et de l’inflation dans les établissements publics de santé entre 2020 et 2024 ». Et il livre un diagnostic sans appel : le sous-financement des établissements de santé, en raison principalement de revalorisations salariales non compensées, est évalué à 1,7 milliard d’euros – hors impact de l’inflation.

Il s’agit là de l’estimation de la conséquence des « chocs exogènes », dans le jargon technique des inspecteurs, soit des revalorisations des soignants intervenues dans le cadre du plan du Ségur de la santé, datant de 2020, mais aussi des hausses de points indiciaires de la fonction publique, ou encore des revalorisations des indemnités de garde et astreinte des personnels médicaux et des indemnités de nuit, de week-end et de jours fériés des personnels non médicaux. Autant de mesures décidées par l’Etat ces dernières années, qui ont été soit sous-financées dès le départ, soit non couvertes intégralement par la suite, dans le cadre de l’évolution dite « automatique » de la masse salariale, due aux avancements et au vieillissement des personnels non médicaux (aides-soignantes, infirmières…).

« La productivité s’est dégradée »

La Fédération hospitalière de France a salué, jeudi 19 février, ces conclusions qui viennent comme une confirmation de ses « alertes ». Ce lobby des établissements de santé publics a en revanche regretté que « la mission n’ait pas pu être pleinement conclusive quant au sous-financement lié à l’inflation » : pour la seule année 2024, la Fédération estime le besoin de compensation à 1,3 milliard d’euros.

Du côté du ministère de la santé, on assure que ce sous-financement appartient au passé : les budgets de la Sécurité sociale votés en 2025 et 2026 permettent de « solder la sous-compensation des mesures salariales issues du Ségur », et « d’ouvrir un nouveau cycle vertueux », défend-on dans l’entourage de la ministre, Stéphanie Rist, en promettant aussi un « plan sur l’efficience hospitalière » pour la période 2026-2029.

Dans un second rapport réalisé conjointement par l’IGAS et l’IGF, d’autres pistes sont avancées pour expliquer cette aggravation du déficit. « La reprise  d’activité a été moins forte et plus progressive en sortie de crise dans le secteur public que dans les secteurs hospitaliers privés, entraînant une perte de 1,3 point de part de marché en médecine, chirurgie, et obstétrique », écrivent-ils.

Autre indicateur en baisse : « La productivité, principalement médicale, s’est dégradée », estiment-ils également, en comparaison à la période d’avant-Covid, où l’hôpital avait augmenté sa cadence comme jamais.

Tout en défendant un retour aux mesures classiques dites d’« efficience » ou encore des « réformes profondes en matière d’organisation territoriale », les inspecteurs avancent un nouveau chiffre à valeur d’alerte : « Le système hospitalier public va faire face à une hausse de ses besoins de financement évaluée (…) à 3 milliards d’euros par an en moyenne »ces prochaines années, estiment-ils, au regard de l’évolution attendue des charges salariales des hôpitaux, de l’augmentation du nombre d’étudiants en médecine, ou encore du vieillissement de la population, de la prévalence des maladies chroniques, ou de l’instauration promise d’un nombre minimum de soignants par patient hospitalisé« Il y a urgence à agir », écrivent-ils.

*La compensation financière des revalorisations salariales et de l’inflation dans les établissements publics de santé entre 2020 et 2024

Publié le  18/02/2026 | https://www.igas.gouv.fr/la-compensation-financiere-des-revalorisations-salariales-et-de-linflation-dans-les-etablissements-publics-de-sante-entre-2020-et-2024-0

Temps de lecture : 2 minutes

Laurent Gratieux et Yannick Le Guillou (Igas)


Le rapport évalue l’impact financier des revalorisations salariales du Ségur de la santé, des mesures pour soutenir le pouvoir d’achat des fonctionnaires et du coût de la forte inflation des années 2022 et 2023. Il vérifie le niveau de compensation de ces charges supplémentaires et les éventuelles distorsions résultant des modes de financement utilisés.

Sur le niveau de couverture des dépenses nouvelles, les vérifications aboutissent à l’estimation d’un sous-financement annuel cumulé de 1,7 Md€ à fin 2024, hors impact de l’inflation. Il résulte:

  • Pour 457 M€ de la sous-estimation des mesures salariales soit 4,5 % du coût total estimé de ces mesures ; 
  • Pour 137 M€ de l’absence de revalorisation du forfait de rémunération des internesmalgré des augmentations successives de leur rémunération et l’augmentation de leurs effectifs ;
  • Pour 1,1 Md€ de l’impact cumulé sur la période 2020-2024 du sous-financement récurrent du glissement-vieillesse-technicité (GVT) des personnels non médicaux.

Sur l’impact du mode de financement des mesures, quels constats ?

  • Les crédits prévus en construction de l’Ondam*  correspondent bien aux chiffrages du coût des mesures de revalorisation salariale et ont été, pour l’essentiel délégués, même si la complexité des modalités de financement place la plupart des établissements dans l’incapacité de les retracer.
  • La part prépondérante des tarifs dans le financement des mesures se traduit logiquement par une grande variabilité entre établissements sur leur niveau de couverture.
  • Cette variabilité s’observe au sein des différentes catégories d’établissements, mais aucune catégorie ne paraît systématiquement défavorisée par le mode de répartition choisi.

Une dizaine de recommandations 

  • Pour renouveler et prolonger les travaux sur la construction du tendanciel hospitalier. Le rapport conclut en particulier à la nécessité d’afficher dans la construction de l’ONDAM la réalité de l’évolution tendancielle des charges des EPS et des économies qui leur sont demandées ;
  • Pour accroître la transparence sur la construction et la gestion de l’ONDAM ;
  • Pour mieux documenter et sécuriser les processus des administrations centrales et les arbitrages de campagne.

En outre, il suggère une réflexion sur le mode de calcul de la participation des usagers dont l’assiette – les journées d’hospitalisation – est peu dynamique.

*Objectif national des dépenses d’assurance maladie.

Lire le rapport

Rapport Igas compensation_charges dans les établissements publics de santé (2025).pdf (PDF – 3.31 Mo) 

Commentaire Dr Jean Scheffer:

Mauvais temps pour les hôpitaux de proximité :

l’IGAS « un grand plan de restructuration territoriale de l’offre hospitalière et de regroupement des établissements »

Ce n’est plus des urgences, des maternités, des chirurgies qui fermeraient, mais des hôpitaux entiers.

Revient aussi la participation accrue des usagers sous formes de nouvelles franchises ou d’augmentation du ticket modérateur.

Pour L’IGAS, pas question d’augmenter les cotisations ou de faire payer les très riches .

Les réactions:

Rapports IGAS / IGAS-IGF : la FHP (Hôpitaux lucratifs) appelle une réponse systémique aux difficultés des acteurs hospitaliers qui ne peut pas se concentrer isolément sur la seule voie de l’efficience de l’hôpital public

(Document FHP)

20/02/2026 https://fhp-newsroom.prgloo.com/resources/t6biw-co9hf-f0ai3-wch81-yle8b

Émis par : FHP

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La publication de deux rapports de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), dont l’un conjointement avec l’Inspection générale des finances (IGF), met en lumière les tensions financières persistantes du système hospitalier public et met en exergue les pistes envisagées pour renforcer son efficience. 

Pour autant, la conclusion de ces rapports ne saurait se limiter à un plan pluriannuel de consolidation du seul système hospitalier public, au regard même des objectifs d’efficience et d’intégration territoriale qu’ils préconisent.

La FHP appelle à une réponse globale, équitable et structurée pour l’ensemble des acteurs de santé.

Sous-compensation de l’inflation et des mesures salariales : une réalité partagée

Les chiffres mentionnés dans le premier rapport sur le sous-financement du secteur public traduisent une réalité que les établissements de santé privés vivent également. Pour le seul secteur privé, l’absence de compensation de l’inflation représente près d’un milliard d’euros sur trois ans, que les tarifs arrêtés par l’Etat ces dernières années ont tout simplement nié. Les mesures salariales décidées au niveau national n’ont pas davantage été compensées à hauteur de la charge induite pour les établissements privés.

La déconnexion croissante entre les tarifs hospitaliers et les coûts réels de prise en charge ne fait qu’aggraver la dégradation de la situation économique des acteurs hospitaliers : 46 % des établissements de santé privés étaient en déficit en 2025.

L’efficience : une exigence collective, pas sectorielle

L’IGAS appelle à insuffler davantage d’efficience dans notre système de santé, notamment à travers le virage ambulatoire que le secteur privé a déjà largement pris.

Il est d’ailleurs dommage que la mission, comme dit en introduction, « n’ait pas réalisé de comparaison de performance intra sectorielle » car sur de nombreux leviers préconisés par l’IGAS, le modèle innovant du privé aurait gagné à servir d’exemple.

Ainsi, la FHP ne peut que partager l’objectif de rechercher plus d’efficience au sein du système de santé, en favorisant :

  • le développement massif de l’ambulatoire et de l’hospitalisation à domicile ;
  • l’adaptation capacitaire pour éviter le financement de lits durablement inoccupés ;
  • une meilleure organisation territoriale fondée sur la complémentarité des acteurs ;

A ce titre, l’IGAS préconise une « amélioration de la coordination de l’offre hospitalière publique sur le territoire en lien avec les offres privées ». L’enjeu est donc de construire un système plus agile, coordonné et orienté vers la pertinence des soins.

« Les constats posés par l’IGAS et l’IGF confirment que notre système de santé traverse une tension financière profonde. Le plan pluriannuel de consolidation qu’ils préconisent doit concerner l’ensemble des acteurs : établissements publics, privés, privés non lucratifs, mais aussi les médecins et l’ensemble des professionnels de santé. L’efficience ne peut être sectorielle, elle doit être collective. C’est en construisant une trajectoire équitable, contractuelle et réellement territoriale que nous garantirons durablement l’accès aux soins pour tous. » déclare Lamine Gharbi, Président de la FHP.

A propos de la FHP

La FHP regroupe 1 030 cliniques et hôpitaux privés qui assurent chaque année la prise en charge de 9 millions de patients. Environ 170 000 salariés (personnels de soins, administratifs et techniciens) travaillent dans les établissements de santé privés et 40 000 médecins y exercent. Enfin, près de 3 millions de patients sont accueillis chaque année dans plus de 122 services d’urgences.

Rapports IGAS–IGF : avec un sous-financement objectif de l’hôpital public, il est urgent de repenser durablement l’organisation des soins dans les territoires

Date de publication : 19 Février 2026 https://www.fhf.fr/actualites/articles/rapports-igas-igf-avec-un-sous-financement-objectif-de-lhopital-public-il-est-urgent-de-repenser

La Fédération Hospitalière de France (FHF) prend acte des conclusions du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) relatif au sous-financement des revalorisations salariales et de l’inflation, qui confirment pleinement les alertes que la FHF porte depuis plusieurs années, et identifient de manière objective les déterminants de la situation financière des établissements publics de santé. 

L’IGAS valide ainsi les ordres de grandeur avancés par la FHF en matière de sous-financement des mesures de ressources humaines, dont le Ségur de la santé, en évaluant à 1,7 milliard d’euros le sous-financement cumulé des établissements publics de santé à fin 2024, hors inflation. 

La FHF regrette en revanche que la mission n’ait pas pu être pleinement conclusive quant au sous-financement lié à l’inflation, malgré les alertes répétées de la fédération sur ce sujet. Pour la seule année 2024, la FHF estime le besoin de compensation de l’inflation à 1,3 milliard d’euros pour les établissements publics de santé. Elle rappelle que la forte dégradation de la situation financière observée depuis 2020 est essentiellement liée aux « effets prix » associés aux mesures salariales du Ségur et à l’inflation, et alors que la productivité des établissements est démontrée.

Ce sous-financement structurel explique la dégradation continue des comptes hospitaliers et place aujourd’hui l’hôpital public dans une situation de grande fragilité financière, avec un déficit proche de 3 milliards d’euros en 2024. Ce déficit s’explique aussi par le sous financement massif des EHPAD publics rattachés aux hôpitaux, qui dépasse dorénavant 300 millions d’euros.

DES HÔPITAUX PUBLICS PERFORMANTS ET EN PREMIÈRE LIGNE DANS TOUS LES TERRITOIRES 

Le second rapport, de l’IGAS-IGF, met en lumière des enjeux d’organisation et de performance qui doivent être appréciés avec attention et discernement. La FHF rappelle que ces constats portent sur une période 2019-2023, au cours de laquelle les hôpitaux publics ont été en première ligne, confrontés à une crise sanitaire sans précédent, à des épisodes épidémiques récurrents et à un contexte durable de fortes tensions de recrutement. Dans ce cadre, les missions de service public et la continuité des soins ont été assurées partout sur le territoire, au prix d’un engagement exceptionnel de l’ensemble des équipes hospitalières. Ayant porté la quasi-totalité de l’effort hospitalier lié à la crise Covid, en déprogrammant massivement des interventions, les hôpitaux publics ont logiquement connu une reprise d’activité plus progressive. 

Une part significative des constats relatifs à la productivité doit désormais être recontextualisée à l’aune de la reprise observée en 2024 et 2025, marquée par une croissance de l’activité de +4 %, désormais bien plus dynamique dans le secteur public. La FHF rappelle par ailleurs que les établissements publics assurent notamment 100% des greffes et 85% des réanimations et 96 % des prises en charge de patients polytraumatisés. S’agissant de la question des prises en charge ambulatoires, elle est plus complexe qu’il n’y parait et il serait illusoire de s’arrêter à une comparaison qui ne prend pas en compte ni la lourdeur des pathologies, ni la situation socio-économique des patients. 

Le rapport reconnaît par ailleurs les efforts de productivité réalisés par les hôpitaux publics sur le long terme, à un rythme supérieur à celui de l’économie française. Il souligne également les conséquences, en matière de conditions de travail, d’une approche excessivement comptable de la performance au cours de la décennie 2010-2019. 

Dans ce contexte, une analyse centrée quasi exclusivement sur la performance de l’hôpital public interroge, alors même que la coopération entre l’ensemble des acteurs du système de santé est déterminante et que ceux-ci ne font pas, à ce stade, l’objet d’une évaluation comparable de leur efficience. 

Malgré un cadre budgétaire extrêmement contraint et des mesures d’économies répétées depuis plus de vingt ans, l’hôpital public continue de démontrer sa performance : le nombre de séjours hospitaliers a ainsi augmenté de 28 % entre 2010 et 2024

Le rapport IGAS-IGF rappelle également la nécessité d’un rééquilibrage des financements entre l’assurance maladie obligatoire et les organismes complémentaires, en chiffrant le manque à gagner pour les hôpitaux publics à 1 milliard d’euros, et en appelant à une évolution des modalités de calcul des restes à charge dans un sens plus équitable.

REPENSER L’ORGANISATION TERRITORIALE DU SYSTÈME DE SANTÉ, EN PHASE AVEC LES BESOINS RÉELS DES POPULATIONS 

Les hôpitaux publics sont pleinement engagés dans des démarches d’amélioration de l’organisation et de la performance. Mais ces efforts ne sauraient se substituer à une réflexion de fond sur la soutenabilité du financement du système de santé, le partage équitable des effortsentre l’ensemble des acteurs et la nécessité d’un pilotage national clair, stable et concerté

Il serait vain de rechercher aujourd’hui des réponses ponctuelles ou strictement budgétaires. Les solutions sont avant tout territoriales. La consolidation du système de santé appelle des réformes profondes de son organisation et de son pilotage. Elle exige une gradation réelle et assumée des soins, structurée autour de filières territoriales solides, coordonnées et lisibles pour les patients. Elle suppose également de renforcer la logique de groupe portée par les groupements hospitaliers de territoire (GHT). C’est à cette condition que pourra être garantie une offre de soins lisible, efficiente et adaptée aux besoins des populations. 

Cette transformation implique un engagement clair et constant des pouvoirs publics pour accompagner une politique assumée d’adaptation de l’offre de soins sur les territoires. Il est indispensable de donner aux GHT les moyens d’exercer pleinement leur rôle stratégique. À défaut, ils n’auront pas la capacité de conduire les adaptations attendues dans les territoires. L’objectif pour le système de santé est clair : éviter les ruptures de parcours, mieux répondre aux besoins en soins non programmés, contenir la hausse des passages aux urgences et renforcer la pertinence des prises en charge, en luttant contre les actes inutiles ou redondants. Enfin, la prévention est un levier déterminant pour la durabilité du système de santé. 

À l’heure où certains pourraient être tentés d’instrumentaliser ces rapports, la FHF appelle à refuser toute éventuelle lecture caricaturale et à ouvrir un débat responsable, fondé sur les faits, au service de l’accès aux soins et de la pérennité du système de santé.

Coordination Nationale des Comités de Défense des Hôpitaux et Maternités de Proximité

Édito
https://po.pcf.fr/wp-content/uploads/sites/40/2026/02/Infossemaine8du16au22fevrier2026.pdf
C’est un véritable brûlot contre la santé qui vient d’être rendu public avec le rapport conjoint de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) et de IGF (Inspection Générale des Finances) à propos de la situation financière des hôpitaux publics.
123 fois le mot « efficience » et 200 de plus en comptant les annexes ! Des perles comme « les freins aux restructurations par des acteurs qui ne participent pas au financement de l’hôpital public doivent être levés. », comme si ce n’était pas l’ensemble de la population qui participait au financement !Au delà du vocabulaire, l’optique du rapport (un choix politique commandé par le gouvernement) est de trouver comment dépenser moins. Au moment où le rapport du sénateur communiste Fabien Gay a révélé 211 milliards d’aides aux entreprises sans transparence ni contreparties, la population ne peut comprendre cette volonté de saccage de l’hôpital public au nom de la réduction des dépenses publiques.

Le rapport se livre à une comparaison avec le secteur privé déconnectée de la vie réelle, du choix des malades « rentables » par le privé. Le rapport débute par des propositions immédiates, aussi inquiétantes que de réduire les recrutements médicaux, revoir les investissements annoncés dans le cadre du Ségur ou faire payer plus les complémentaires et les patients.

Il propose une réorganisation complète appuyée sur une gradation des soins, une intégration beaucoup plus forte des hôpitaux dans les GHT (Groupements hospitaliers de territoire) en dotant ceux-ci d’une personnalité morale et le développement de l’ambulatoire, « l’hospitalisation complète devant constituer l’exception ». Si la gradation des soins est légitime, elle ne consiste pas à dépouiller les premiers niveaux de toute ressource ! Et les exemples actuels font craindre, entre les fermetures de maternités de niveau I et les hôpitaux de proximité sans service d’urgence !

Quand à l’ambulatoire, s’il est un progrès quand il répond aux progrès techniques et à l’aspiration des malades, imposé, c’est un stress et une fatigue supplémentaire pour de nombreux malades sans parler des conséquences pour la vie des femmes, qui restent les principales aidantes. Ce serait bien que la Ministre de la santé annonce ne pas tenir compte de ce rapport (qui nécessiterait de nombreux commentaires supplémentaires.). Les élections municipales prochaines doivent contribuer au rapport de force politique en faisant élire de nombreuses municipalités progressistes, refusant ces réductions de dépenses publiques, défendant le service public et s’opposant à la haine de l’autre développée par l’extrême droite. La santé est au cœur des campagnes et nos comités y contribuent, comme en témoignent leurs multiples adresses dont certaines sont reprises dans ce bulletin.Michèle Leflon

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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