Ville de Paris et agents périscolaires: « « L’institution broie nos enfants. »

Animateurs soupçonnés de violences sexuelles : l’affaire qui plombe la ville de Paris et embarrasse Dati

16 février 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=oxN6wxqiii2UvLoi4CGOy1v7g06ruqu2eP_pPlsvbfJhhRhqYPYmjXUt3Y4CUQvnEpfanmnS5OYMqZsecns

Par Mathilde Mathieu

Selon nos informations, neuf agents du périscolaire ont été suspendus en deux semaines par la ville de Paris dans une école du VIIe arrondissement, dont Rachida Dati est maire. La colère ne cesse d’enfler chez les parents, qui considèrent que des alertes, ces derniers mois, ont été mal traitées.

« L’institution broie nos enfants. » Au téléphone, ce père de famille retient ses larmes. Sans vouloir rentrer dans les détails, il indique avoir déposé plainte après des confidences de ses enfants courant février, pour des suspicions de violences physiques et sexuelles, notamment pour viol,commises au sein de la maternelle Saint-Dominique, située dans le VIIarrondissement de Paris. Rédigée contre X, cette plainte vise concrètement plusieurs animateurs et animatrices de l’école publique, bouleversée depuis deux semaines par un scandale aux proportions inédites.

En effet, c’est loin d’être la seule procédure entamée. Une rafale de plaintes auraient été rédigées par des familles de Saint-Dominique ces derniers jours.

Selon nos informations, une plainte collective contre X, signée par des dizaines de parents d’élèves de diverses écoles du quartier, a par ailleurs été adressée jeudi 12 février au parquet de Paris par l’avocat Florian Lastelle, afin de mettre les institutions face à leurs responsabilités. Dans leur viseur : un spectre large d’infractions, allant des violences volontaires à la non-dénonciation de mauvais traitements, en passant par le délaissement de mineurs de moins de 15 ans.

L’école maternelle Saint-Dominique, dans le VIIe arrondissement de Paris. © Photo Celette / Wikimedia commons

Le nombre de suspensions décidées dans cette affaire par la ville de Paris, responsable des temps périscolaires, est à ce jour inégalé s’agissant d’un seul et même établissement : pas moins de neuf agent·es de Saint-Dominique ont été retiré·es du terrain depuis le 29 janvier. Tant pour des soupçons de violences sexuelles que pour des violences physiques et verbales, selon les données communiquées à Mediapart par la mairie, vendredi 13 février au soir.

À ce chiffre s’ajoute la suspension d’un animateur de l’école Volontaires (XVe arrondissement de Paris) préalablement en poste à Saint-Dominique, et exfiltré en décembre – à cause de cris et de comportements inadaptés – vers l’arrondissement voisin (comme Le Parisien l’a déjà indiqué). D’après nos informations, il est désormais visé par plusieurs plaintes pour des suspicions de violences sexuelles autant que physiques, commises dans les deux établissements.

Toutes les personnes mises en cause sont évidemment présumées innocentes. Questionné sur le nombre de plaintes et de personnes mises en cause sur ces deux écoles, le parquet de Paris nous a répondu : « Il n’est pas pertinent, tant que ces enquêtes ne sont pas clôturées, de décompter le nombre de personnes qui se sont signalées, puisque ce n’est qu’à l’issue que nous serons en mesure de pouvoir évaluer le nombre de victimes et ou de mis en cause, et selon quelle qualification. »

Dans l’attente des investigations judiciaires, ces familles sont aujourd’hui plongées dans l’angoisse autant que la colère. Outre les problèmes de recrutement à la ville de Paris, elles dénoncent le traitement défaillant de plusieurs alertes liées au périscolaire à Saint-Dominique, remontées entre mai et décembre 2025 par des parents.

Les reproches pleuvent en premier lieu sur la direction des affaires scolaires de la ville de Paris et sa circonscription locale (la Caspe, dans le jargon), l’entité administrative qui gère les personnels à la fois des VIIe et XVearrondissements.

Mais une partie des parents vise également l’entourage de la maire du VIIe, Rachida Dati (Les Républicains, LR), accusé d’avoir alimenté une forme d’opacité, alors même que la candidate à la succession d’Anne Hidalgo dénonce « l’omerta » qui serait entretenue par la gauche sur les violences sexuelles dans le périscolaire.

Mediapart fait le point sur ce dossier complexe, suivi de près par le collectif SOS périscolaire« Depuis notre création en 2021, nous n’avons jamais vu une affaire de cette envergure, avec autant de familles qui signalent, d’animateurs suspendus, d’écoles concernées, pour des violences de toutes natures, indiquent les fondatrices, qui accompagnent plusieurs parents. Comme une affaire à 360 degrés. »

La déflagration de « Cash Investigation »

Située dans un quartier huppé de la capitale, l’école Saint-Dominique, jusqu’ici passée sous les radars, surgit dans les médias le 29 janvier 2026, lorsque l’émission de France 2 dévoile des images tournées par une journaliste infiltrée en tant qu’animatrice vacataire, recrutée par la Caspe à la va-vite, en mai 2025. La caméra cachée filme des professionnel·les le nez sur leur portable au lieu de surveiller, une animatrice embrassant un petit sur la bouche, une autre qui hurle sur les élèves…

Outre la suspension immédiate de ces deux agentes, la ville de Paris effectue un signalement auprès du parquet de Paris et enclenche une enquête administrative, pensant circonscrire ainsi l’incendie.

Mais les parents choqués questionnent leurs enfants, qui se mettent à décrire des violences physiques ou sexuelles, qu’ils auraient subies ou dont ils auraient été témoins, de la part de plusieurs animateurs et animatrices. Avec l’imprécision souvent propre à des tout-petits, maîtrisant mal le langage et les repères spatiotemporels, identifiant parfois difficilement les différents adultes qui officient au périscolaire.

Mais les récits remontés par les parents au fil des jours s’avèrent extrêmement choquants, et les suspensions à titre conservatoire se multiplient, au nom du principe de précaution.

L’incendie déborde au-delà de Saint-Dominique : non seulement certain·es élèves des écoles alentour (publiques comme privées) venaient participer au centre de loisirs du mercredi après-midi, mais un ancien animateur de Saint-Dominique, Gilbert*, basculé en décembre sur l’école Volontaires du XVe, se retrouve visé par des plaintes émanant de familles des deux établissements – y compris pour des violences sexuelles.

Contacté par Mediapart, il dément des « accusations totalement infondées » et « doute qu’un enfant puisse [l]’accuser d’un acte aussi odieux ».

« On déplace le danger ! »

Au passage, les familles de l’école Volontaires découvrent les raisons de son transfert à la mi-décembre : certains parents de Saint-Dominique avaient fait remonter, à l’automne 2025, le comportement inadapté de Gilbert, en particulier des hurlements. Ils menaçaient de retirer leur enfant si rien ne bougeait. Alors que l’animateur était en route vers sa titularisation, la Caspe a prorogé son stage et choisi de le déplacer.

Lors d’une réunion de crise organisée le 11 février par la ville de Paris, avec les parents de cette école du XVe, ce choix a été vivement dénoncé. « On déplace le danger ! », a pointé un participant. « On nous fait parachuter un mec qui crie et qui a des gestes sans contrôle de rien, c’est pas entendable ! », a appuyé un second. Tandis qu’une mère lançait : « J’appelle ça de la non-assistance à personne en danger. » Selon une autre, « c’est une faute ! ».

Après avoir présenté des « excuses » face aux parents, rappelé que la ville avait suspendu Gilbert (depuis le 2 février 2026) et saisi la justice, la directrice des affaires scolaires de Paris a répondu qu’en novembre 2025, au moment de l’alerte à Saint-Dominique, l’animateur avait été « recadré ». Mais qu’en l’absence de soupçon sur des violences sexuelles ou physiques, il avait été transféré, en effet, pour une « seconde chance ».« On le remet à l’épreuve dans un autre cadre », a-t-elle justifié. Un plaidoyer qui n’a pas convaincu grand monde.

Moi, j’ai dit : je ne veux plus qu’il soit dans cette école. […] La Caspe peut très bien le retirer du VIIe et ne pas le réaffecter quelque part !

Emmanuelle Dauvergne, conseillère de Rachida Dati

D’autant qu’à l’école Volontaires, le responsable du périscolaire ou « responsable éducatif ville » (REV) n’avait pas été pleinement mis au courant des raisons de cette arrivée soudaine dans son équipe, au milieu du mois de décembre. « Il a été informé », mais « on ne lui a pas fait d’écrit pour lui expliquer », a concédé un représentant de la ville, lors de la réunion.

Par ailleurs, parmi les parents de Saint-Dominique mobilisés pour alerter sur le comportement de Gilbert à l’automne dernier, on souligne aujourd’hui que la mairie du VIIe, certes dépourvue de tout pouvoir sur les agent·es du périscolaire, était parfaitement informée des difficultés posées par cet animateur.

La plus proche conseillère de Rachida Dati, Emmanuelle Dauvergne, tout à la fois membre de son cabinet au ministère de la culture et conseillère du VIIe arrondissement chargée des affaires scolaires, a même participé à une réunion ou deux avec la Caspe et les parents pour traiter le problème.

Interrogée par Mediapart sur son action, elle répond : « Moi, j’ai dit [à la cheffe de la Caspe] : je ne veux plus qu’il soit dans cette école [Saint-Dominique – ndlr]. Point. » Elle admet avoir également lancé : « Je ne veux pas ça dans les écoles du VIIe. » Mais Emmanuelle Dauvergne balaye toute responsabilité dans le fait que Gilbert ait atterri chez les voisins du XVe : « La Caspe peut très bien le retirer du VIIe et ne pas le réaffecter quelque part ! »

Rachida Dati et Emmanuelle Dauvergne (au centre) lors d’une visite au commissariat central du IXe arrondissement de Paris, le 25 novembre 2025. © Photo Eliot Blondet / Abaca

En tout cas, la conseillère de Rachida Dati n’a pas demandé qu’il soit mis fin aux fonctions de cet animateur, ni qu’une enquête administrative soit enclenchée par la ville sur le périscolaire à Saint-Dominique. « Mais je n’ai aucun pouvoir sur la Caspe !, insiste-t-elle. À part mon pouvoir de dissuasion… »

En cet automne 2025, une telle enquête était pourtant souhaitée par certaines familles, qui faisaient remonter d’autres dysfonctionnements, connus de la Caspe et – pour certains – de la mairie du VIIe : cris d’adultes, enfants en pleurs à la cantine, extinction des lumières pour obtenir le silence… « Il aurait fallu prendre tout ça au sérieux, regrette une parent d’élève. Là, on n’a pas pu comprendre que derrière tout ça se cachaient d’autres histoires. » 

Plainte passée sous silence

Par ailleurs, tout au long de l’automne, des parents de Saint-Dominique ont demandé des nouvelles de l’ancien REV de l’école, un certain Romuald*, disparu depuis mai 2025 sans explication. Dans les couloirs, il était parfois question d’un arrêt maladie. En réalité, Romuald a été suspendu par la ville le 6 mai dernier, après que la Caspe a été informée d’une plainte contre X déposée par des parents pour des suspicions de violences sexuelles sur leur enfant.

Dans la foulée, la ville de Paris a effectué un signalement auprès de la procureure de Paris – une enquête serait toujours en cours, si l’on en croit un mail de la directrice des affaires scolaires. Contacté par Mediapart, Romuald affirme n’avoir « rien à [se] reprocher » « Je n’ai que des on-dit… J’attends que tout ça se démêle. »

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En tout cas, cette information cruciale sur l’existence d’une plainte pour violences sexuelles dès mai 2025, susceptible de mettre les parents d’élèves de Saint-Dominique en vigilance, est restée dans un cercle restreint pendant huit mois. Connue de la Caspe et de la mairie du VIIe, elle a été partagée avec les représentantes des parents d’élèves de Saint-Dominique, mais celles-ci semblent l’avoir gardé pour elles, au grand dam de nombreuses familles laissées dans l’ignorance.

Ces représentantes des parents ont fait récemment savoir que leur silence aurait été réclamé par Emmanuelle Dauvergne (comme l’a déjà évoqué Le Canard enchaîné). Dans un mail du 2 février adressé à celle-ci, et consulté par Mediapart, elles rappellent à la conseillère de Rachida Dati qu’elle leur avait « demandé de ne rien communiquer », en mai dernier, au sujet de cette plainte. Et la prient de « mentionner explicitement ce point lors [d’une] prochaine réunion publique ».

Questionnée par Mediapart, Emmanuelle Dauvergne dément toute consigne de cet ordre. « On avait comme information qu’il y avait une plainte contre X et que [ce REV] était visé dans cette plainte, point. Moi, je ne sais pas ce qu’il y a dans la plainte. » Et donc : « J’ai dit que, moi, je ne pouvais pas aller plus loin parce que je n’avais pas les faits. » De toute façon, ajoute la conseillère de Rachida Dati : « Je n’ai pas le pouvoir d’interdire à des gens de parler, sinon ça se saurait. » Et d’insister : « Je suis dans la transparence ! ».

Elle aurait pourtant eu l’occasion de mentionner l’existence de cette plainte lors de ses échanges à l’automne 2025 avec les parents d’élèves inquiets du périscolaire. Elle ne l’a jamais fait. Pourquoi ? « Personne ne m’a posé la question », sur la raison de l’absence de Romuald, tente Emmanuelle Dauvergne. « Et je ne sais pas [à l’époque] où en est [la plainte] »

Du côté de la Caspe, idem : un grand silence. Que les parents ne pardonnent 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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