Le fascisme tue mais un fasciste est mort.

Mort de Quentin Deranque : un drame inqualifiable, une instrumentalisation sordide

Par Lénaïg Bredoux et Ellen Salvi

18 février 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=9I_Odip_HXe23XMALyF-NqbhuDdpj1odSWfe-_Y32CtvNTLePFiCxM2RQeRDEFMlECLXKWiG9A1pBgrrmxg

Le niveau de violence qui s’accroît génère une spirale dangereuse et mortelle. Tous et toutes, y compris dans le camp antifasciste, doivent s’interroger profondément sur leurs pratiques et leur stratégie. Mais rien ne saurait justifier le tapis rouge déroulé à l’extrême droite et l’inversion des valeurs à laquelle on assiste.

Le fascisme tue mais un fasciste est mort. Cette réalité, implacable et dramatique, ne souffre aucun « oui mais ». Il n’y a aucune jouissance possible à la mort d’un jeune homme de 23 ans. Ses convictions d’extrême droite, son engagement dans des mouvements racistes, antisémites, adversaires de l’égalité, n’y changent rien. Ce qui s’est passé jeudi soir à Lyon (Rhône) est un affront à notre humanité commune.

Les arrestations de mardi soir confortent l’hypothèse de la responsabilité directe de plusieurs militant·es du mouvement antifasciste la Jeune Garde. L’enquête judiciaire en cours établira les faits et toutes les personnes mises en cause, dont l’assistant parlementaire du député La France insoumise (LFI) Raphaël Arnault, cofondateur du groupuscule, bénéficient de la présomption d’innocence.

Mais sans attendre la vérité judiciaire, la mort de Quentin Deranque – et les images extrêmement brutales de son passage à tabac – doit nous interroger profondément. Questionner nos certitudes, ébranler nos convictions. Comment l’accroissement des violences politiques, largement imputables à l’extrême droite ces dernières années, nous a-t-il collectivement conduits à une telle situation ?

Capture d’écran de la video de l’agression de Quentin Deranque. © TF1

Des militant·es antifascistes qui revendiquent historiquement le recours à la violence comme une « autodéfense » ou une « contre-violence » ont-ils allègrement franchi la ligne morale et éthique qu’ils et elles promettaient de préserver à tout prix ? La France insoumise (LFI), en s’alliant avec la Jeune Garde, s’est-elle assurée que cette digue, essentielle, de « l’autodéfense » était tenue ? Il est permis d’en douter.

Ces questions nécessitent des réponses. Elles sont indispensables à la construction d’une alternative crédible face à la montée de l’extrême droite. Mais elles ne doivent pas nous empêcher de constater ce qui se joue depuis l’annonce officielle du décès de Quentin Deranque : l’instrumentalisation sordide d’un drame ; une attaque en règle contre l’antifascisme et contre toute alternative à la politique du gouvernement ou à l’avènement du Rassemblement national (RN) ; la remise en cause de certaines libertés fondamentales.

L’inversion des valeurs

Grands habitués des raccourcis, les macronistes se sont aussitôt engouffrés dans la brèche. À les entendre, le raisonnement est d’une simplicité enfantine : Quentin Deranque a été tué par des antifascistes. Les antifascistes, c’est l’extrême gauche. LFI, c’est l’extrême gauche, d’ailleurs Laurent Nuñez l’a officialisé depuis la Place Beauvau pour les élections municipales. Donc LFI a tué Quentin Deranque. CQFD.

Le ministre de la justice Gérald Darmanin a déroulé une version très similaire dès dimanche« Pendant longtemps, LFI disait que la “police tuait”, là on voit bien que c’est l’ultragauche qui manifestement a tué », a déclaré celui qui parlait du « terrorisme intellectuel de l’extrême gauche »dès 2023. Selon lui, les insoumis et les antifas tiennent tous « des discours politiques […] qui mènent malheureusement à une violence très débridée ».

« Ce n’est pas la police qui tue en France, c’est l’extrême gauche », a également commenté sur X un autre ancien ministre de l’intérieur d’Emmanuel Macron, Bruno Retailleau, candidat Les Républicains (LR) déclaré à la présidentielle. « La milice de Mélenchon et LFI a tué », a résumé aussi l’eurodéputée Marion Maréchal, à l’unisson des droites.

Plus étonnant, son collègue Place publique Raphaël Glucksmann a lui aussi fait le lien entre LFI et le tabassage d’un homme à terre, sur RTL : « Vous ne pouvez pas, en permanence, utiliser des mots d’une violence extrême sans penser que ces mots se traduiront en actes. »

De quoi encourager la porte-parole d’un gouvernement à en appeler à la « responsabilité »des Français·es qui votent LFI, demandant dans la foulée à ce qu’il n’y ait « plus jamais un député LFI au sein de l’Assemblée nationale ».

L’exemple venu des États-Unis

Toutes ces formules ressemblent à s’y méprendre aux refrains entonnés par Donald Trump et ses partisan·es après l’assassinat de l’influenceur d’extrême droite états-unien Charlie Kirk : une inversion des valeurs vertigineuse ; le prétexte – dramatique – saisi pour en finir une fois pour toutes avec la gauche.

Rappelez-vous, c’était en septembre dernier« La violence vient largement de la gauche », avait osé clamer le président états-unien. Comme les ministres français, il avait alors fait un lien entre la dénonciation de l’extrême droite et l’assassinat de Kirk, s’en prenant à « ceux de la gauche radicale [qui] pendant des années ont comparé des Américains merveilleux comme Charlie à des nazis et aux plus grands meurtriers de masse et criminels du monde ».

Paris, le 15 février 2026. Rassemblement des organisations d’extrême droite après la mort de Quentin Deranque. © Photo Magali Cohen / Hans Lucas via AFP

Aux États-Unis, les antifas sont désormais qualifiés de terroristes. Des ONG, des associations, des journalistes, des fonctionnaires ont été pris pour cible dans une ambiance de chasse aux sorcières digne du maccarthysme.

Ce parfum nauséabond se diffuse jusqu’ici : mardi, le ministre de l’enseignement supérieur Philippe Baptiste a demandé aux président·es d’université d’interdire toute réunion politique dans les facs susceptible de créer un trouble à l’ordre public. Il réalise ainsi un vieux rêve de la droite, depuis les appels à « démarxiser »l’université française en 1970.

Deux poids, deux mesures

Cette inversion des valeurs conduit inévitablement à une torsion de la réalité : ces dernières années, l’extrême droite a tué et c’est comme si personne, ou presque, ne s’en était aperçu. Si la responsabilité de militant·es antifascistes est confirmée par l’enquête sur le meurtre de Quentin Deranque, ce serait « une première », explique la sociologue Isabelle Sommier, coordinatrice de l’ouvrage Violences politiques en France. De 1986 à nos jours (Presses de Sciences Po, 2021), dans notre émission « À l’air libre ».

Avec une équipe de chercheur·es, Isabelle Sommier tient les comptes de ces violences : d’après leurs données, depuis 2017, six personnes sont mortes du fait d’activistes de droite radicale. Les militant·es kurdes Emine Kara, Mehmet Şirin Aydin, Abdurrahman Kizil abattu·es rue d’Enghien à Paris, en 2022 ; le rugbyman argentin Federico Martín Aramburú, tué à Paris en 2022 ; Djamel Bendjaballah, écrasé par un militant de la Brigade française patriote, à Dunkerque (Nord), en 2024 ; Hichem Miraoui, tué parce qu’arabe dans le Var, en 2025…

Mais qui connaît leurs noms ? Quelle Assemblée a respecté une minute de silence pour leur rendre hommage ? Quel ministre leur a rendu hommage (pas Gérald Darmanin en tout cas) ? Où figurent ces mort·es dans la mémoire collective ?

Continuons sur les chiffres : toujours selon la base de données compilée par Isabelle Sommier et ses collègues, entre 2017 et aujourd’hui, les agressions ont plus que doublé par rapport à la précédente période étudiée (1986-2016). Parmi ces agressions, 70 % émanent d’activistes de droite – visant en majorité des personnes racisées ou perçues comme telles (70 %) et des adversaires politiques (30 %).

Ce contexte de hausse de la violence politique était parfaitement connu des autorités. Mais qu’ont-elles fait pour éviter le drame de jeudi soir ?

Ont-elles sciemment laissé des groupuscules d’extrême droite violenter des centaines de personnes et des antifascistes se radicaliser ces dernières années ? Tant qu’il n’y avait pas de mort·e, a-t-on laissé faire ?

Là aussi, il faudra obtenir des réponses. 

Un portrait de Federico Martín Aramburú, tué à Paris par un militant d’extrême droite en 2022, lors de ses obsèques à Biarritz, le 26 mars 2022. © Photo Thibault Souny / AFP

« Cela fait des années qu’il y a des actions particulièrement violentes de la part de groupuscules d’extrême droite, des ratonnades, des mises à sac de librairie. Mais les réponses policières et judiciaires sont particulièrement laxistes, pour ne pas dire parfois inexistantes, explique dans Politis l’avocat lyonnais Olivier Forray. Cela explique aussi la radicalisation du mouvement de gauche et antifasciste : les pouvoirs publics n’ont pas joué leur rôle de régulateur en vue de maintenir la paix sociale. »

Une nouvelle étape franchie

Ce serait cohérent avec la politique menée par Emmanuel Macron, qui n’a cessé, depuis 2017, d’offrir des marchepieds à l’extrême droite. La mort tragique de Quentin Deranque et son traitement politique et médiatique risquent aujourd’hui de nous faire entrer dans « une phase de radicalisation de la diabolisation de l’antifascisme », selon les mots d’Ugo Palheta, sociologue et auteur de Comment le fascisme gagne la France (La Découverte, 2025).

Ce mouvement ne date pas d’hier, mais il s’est considérablement accéléré ces dernières années, sous l’impulsion d’un pouvoir macroniste qui a sciemment choisi de renvoyer dos à dos l’extrême droite et la gauche. Cette stratégie visant à délégitimer d’abord le mélenchonisme, puis les écologistes et parfois jusqu’aux sociaux-démocrates au gré de leurs alliances, a surtout accompagné l’entreprise de « dédiabolisation » du parti de Marine Le Pen.

Forte de ses succès électoraux et d’une dérive sans fin du débat public, l’extrême droite donne désormais le « la » des discussions, imposant son récit à une vitesse fulgurante. « C’est du Overton ++résume Simon Duteil, ex-porte-parole du syndicat Solidaires, en référence à la fenêtre d’Overton désignant le spectre des idées considérées comme acceptables dans le débat public. J’ai rarement vu une telle capacité de l’extrême droite à faire reprendre in extenso dans certains médias son discours et son interprétation des faits. »

De fait, cette fenêtre d’Overton n’a cessé de s’élargir, au point de banaliser des mots et des concepts jusqu’alors réservés à l’extrême droite. Gérald Darmanin parlant tour à tour d’« écoterrorisme » ou d’« ensauvagement » ; Emmanuel Macron appelant en 2023 à contrer un curieux « processus de décivilisation » ; Valérie Pécresse lâchant l’expression « grand remplacement » en plein meeting pour la présidentielle de 2022… Les exemples sont nombreux. Et témoignent à eux seuls de la bascule politique à l’œuvre.

Il y a quelques années, Nicolas Sarkozy créait la polémique en déclarant publiquement que « Marine Le Pen [était] compatible avec la République ». À l’époque, la droite classique considérait encore l’extrémisme comme « un poison » et refusait de débattre avec ses représentant·es. Aujourd’hui, plus aucune de ses figures ne se hasarderait à prétendre le contraire. Beaucoup n’osent même plus classer le RN à l’extrême droite. En revanche, les mêmes considèrent que le danger principal vient des rangs de la gauche.

Avec le temps, cette idée a infusé les esprits au point de faire sauter toutes les digues et les principes. Jusqu’où la société peut-elle glisser avant de basculer complètement ? Difficile de répondre à cette question tant le confusionnisme s’y est installé.

Alimenté quotidiennement par le cynisme de certain·es et la perte de repères des autres, ce brouillard médiatico-politique ne doit pas nous faire perdre de vue l’essentiel : la démocratie repose sur un édifice qu’il convient de protéger face aux menaces qui l’érodent chaque jour davantage.

ENTRETIEN

« L’université est un lieu où le pluralisme politique doit pouvoir s’exprimer »

18 février 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=T7A9uNNJ0EgxQ9tVsCFb-9bpDxgyW2f04eK16kTlTZQJtfvxzjxhZWtvu94jpQyRhXI7zvBnVx3cyKgw_SQ

Par Mathilde Goanec

Hélène Boulanger, présidente de l’université de Lorraine et vice-présidente de l’association France universités, réagit aux propos du ministre de l’enseignement supérieur, qui appelle à durcir le ton quant à l’organisation de « meetings » politiques dans les universités françaises.

Mardi 17 février, le ministre de l’enseignement supérieur Philippe Baptiste a réagi à la mort de Quentin Deranque, à Lyon, en affirmant sur BFMTV qu’il n’y aurait plus de « meetings de ce type-là » dans les universités, en référence à la conférence de l’eurodéputée Rima Hassan organisée à Science Po Lyon le jour du drame.

Les « discours qui ont vocation à enflammer les jeunes, à les mettre dans la rue pour provoquer des interactions violentes » n’ont pas droit de cité dans les facs, selon le ministre, qui visait explicitement La France insoumise.

La veille, le ministre s’était fendu d’une circulaire, envoyée aux recteurs et aux préfets, cosignée par le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, pour les appeler à une « vigilance renforcée » dans les universités, face à « la recrudescence, au sein et aux abords des établissements d’enseignement supérieur, de troubles à l’ordre public d’une extrême gravité à l’occasion d’événements organisés par des associations étudiantes ».

Hélène Boulanger, présidente de l’université de Lorraine en 2022. © Photo Alexandre Marchi / L’Est Républicain / PhotoPQR via MaxPPP

« La liberté d’expression et de réunion des usagers dans l’enceinte ne saurait permettre des manifestations qui, par leur nature, iraient au-delà de la mission de l’établissement, perturberaient le déroulement des activités d’enseignement et de recherche, troubleraient le fonctionnement normal du service public ou risqueraient de porter atteinte à l’ordre public », précise aussi le texte de la circulaire, que Mediapart a pu consulter.

Outre le fait que les événements ayant entraîné la mort de Quentin Deranque ne se sont pas déroulés dans l’enceinte ou aux abords directs de l’Institut d’études politiques lyonnais, le ministre sait qu’il manie un sujet hautement sensible : l’université bénéficie, par sa fonction même de formation d’esprit critique et en tant qu’outil d’émancipation, d’un statut qui autorise largement l’expression politique (et syndicale) en son sein, pour les usagers comme pour les professionnels qui la fréquentent.

Un droit protégé par le Code de l’éducation, mais aussi par le principe de la franchise universitaire, qui interdit par exemple à la police d’intervenir sans autorisation du président ou de la présidente d’université dans les établissements. Ces deux éléments structurant font pourtant l’objet d’attaques incessantes, en particulier depuis la mobilisation contre la guerre génocidaire menée à Gaza.

Hélène Boulanger est vice-présidente de l’association France universités et préside depuis 2022 l’université de Lorraine. Elle réagit à cette circulaire récente et aux propos du ministre. 

Mediapart : Comment comprenez-vous ce texte, envoyé lundi aux préfets et aux recteurs, et qui leur demande d’être« attentifs » sur l’organisation d’événements de nature politique dans les universités ? 

Hélène Boulanger : Cette circulaire contient un rappel des textes, et fait le rappel aux préfets et aux recteurs de se tenir auprès des présidents d’université. La responsabilité ne change pas de lieu, elle reste la nôtre. Ce sont des questions qu’on a l’habitude de travailler. Le ministre a considéré que ce n’était pas assez, et a manifestement souhaité le rappeler.

En parallèle de la circulaire, les propos tenus publiquement par le ministre sont nettement plus directifs. Il vise les « discours qui ont vocation à enflammer les jeunes, à les mettre dans la rue pour avoir des interactions violentes » et assure qu’il y a « évidemment un moyen très simple d’interdire »Philippe Baptiste tient-il un double discours ?

Je peux vous dire ce que moi je comprends. L’intention du ministre est de rappeler la grande vigilance des présidents et présidentes pour assurer l’ordre public.

Moi, j’ai assisté à un seul meeting politique dans ma vie, il y a trente-cinq ans, et les événements qui se déroulent dans les universités n’ont rien à voir avec cela. Les universités accueillent des conférences, des débats de natures diverses, organisés par les étudiants, les personnels, les enseignants, qui invitent des chefs d’entreprise, des personnalités associatives remarquables, des membres de la société civile, et aussi politiques. Cela fait partie de la vie normale des universités.

Et d’ailleurs, la circulaire rappelle, pour ce qui concerne particulièrement les étudiants, que l’article L811 du Code de l’éducation leur garantit la liberté d’information et d’expression à l’égard des problèmes politiques, économiques, sociaux et culturels.

Notre rôle, c’est d’assurer le pluralisme des débats dans ce contexte. Renoncer à cela, c’est renoncer à la démocratie, dont l’université est l’un des piliers.

Donc c’est un droit. L’université n’est pas un lieu apolitique, mais un lieu où le pluralisme politique doit pouvoir s’exprimer. Les seuls endroits où on interdit les expressions à dimension politique, c’est là ou des régimes autoritaires sont en place. Je n’imagine pas, je suis fermement opposée à l’idée qu’on veuille aseptiser les universités politiquement. Mais il faut garantir le pluralisme, que les arguments des uns et des autres puissent être entendus, soutenir la contradiction. On est là pour développer l’esprit critique.

Maintenant, le contexte dans lequel nous vivons fait que des événements peuvent être instrumentalisés pour faire monter des tensions et c’est toute la question de la radicalisation des postures politiques. Ce n’est pas un sujet propre aux universités, c’est un sujet qui concerne la société dans son ensemble. Et c’est celui qui est au cœur du drame qui est arrivé.

La volonté, d’une partie de la droite en particulier, d’en finir avec une université où peut s’exprimer le débat politique, est une posture ancienne. Est-ce qu’on peut considérer qu’il y a une forme d’instrumentalisation de la mort de ce jeune homme à Lyon pour pousser dans ce sens ? 

Que la question de la place de la politique à l’université soit posée ne me dérange pas. Les questions ont droit de cité dans le débat public. Mais cette question s’appuie sur des représentations fausses, véhiculées mois après mois, année après année, sur le fait que les établissements d’enseignement supérieur seraient des foyers, et ça me fait mal d’employer ces mots-là, de l’islamogauchisme, du wokisme, etc.

Jean-Luc Mélenchon et Louis Boyard lors d’une conférence organisée par le syndicat étudiant « Union Pirate » à la faculté de medecine de Nantes, le 9 avril 2024. © Photo Laetitia Notarianni / Hans Lucas via AFP

Oui, le rôle des présidents et présidentes, c’est d’assurer le pluralisme des débats dans ce contexte. Renoncer à cela, c’est renoncer à la démocratie, dont l’université est l’un des piliers. Il reste encore à défendre quelque chose de la République qui est la nôtre.

Le ministre a dit qu’il ne voulait plus de « meetings de ce type-là », au sujet de l’intervention de Rima Hassan à Sciences Po à Lyon. Faut-il comprendre qu’il n’y aura pas d’autres réunions ou conférence avec Rima Hassan dans les universités ? Avec des députés LFI ? Sur le sujet du conflit israélo-palestinien ? Comment interprétez-vous cette phrase ? 

Moi, ce que je comprends, c’est la consigne qui est dans la circulaire. On applique les textes : en cas de risque avéré de trouble à l’ordre public, il faut interdire ou sécuriser cette manifestation. L’exercice de la liberté d’expression, les droits garantis aux personnels et étudiants, trouvent aussi des limites et la limite, c’est celle du trouble à l’ordre public.

La loi française régule les conditions du débat de manière à ce qu’il soit respectueux et apaisé.

On doit pouvoir intervenir et nous le faisons. C’est ensuite au juge administratif de juger si ces mesures d’interdiction ou de sécurisation sont adaptées. Quand on interdit une manifestation, il faut pouvoir apporter aux juges la preuve que cette décision est mesurée, et la justice a raison d’être vigilante. 

On comprend en substance que la directrice de Science Po Lyon n’aurait pas dû accepter qu’une conférence de ce type se tienne dans son établissement…

C’est très facile de juger a posteriori. J’aurais pris une décision similaire, autoriser cet événement et demander une sécurisation. On est toujours dans une forme d’appréciation. Et c’est toujours difficile de prévoir ce qui va se passer ou pas.

Si cette conférence ne s’était pas tenue, est-ce qu’on peut garantir qu’il n’y aurait pas eu de rixe dans Lyon ? Je n’en suis pas certaine. Est-ce que cette conférence est à l’origine de la mort de ce jeune homme ? Les responsables de cette agression sont les personnes qui ont commis les violences : pas la police, la directrice de Sciences Po ou les universités.

Philippe Baptiste parle de « discours » qui mènent à « des interactions violentes »Comment juger si un discours politique est violent ? Comment cela se passe dans votre établissement, qui y a droit de cité ? 

C’est la loi qui pose les limites de la liberté d’expression. La posture du président d’université ne porte pas sur des convictions mais sur l’appréciation du trouble à l’ordre public. La loi française régule les conditions du débat de manière à ce qu’il soit respectueux et apaisé. Et tout franchissement des limites doit amener des réponses fermes pour répondre au cadre républicain ; tout n’est pas permis et surtout tout ne doit pas être interdit. C’est facile, en théorie, bien sûr qu’ensuite on est dans un contexte qui s’apprécie au cas par cas. Mais il faut tenir bon sur les principes.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire