L’ÉDITO de mediapart
Mort d’un militant d’extrême droite : les accusations politiques, la prudence judiciaire
Lundi 16 Février 2026
Par Mathieu Dejean
La prudence du procureur de Lyon (Rhône), Thierry Dran, lors de sa conférence de presse du lundi 16 contraste avec les accusations qui ont envahi le débat public depuis vendredi dernier. Ce jour-là, on apprenait que Quentin Deranque, un militant d’extrême droite âgé de 23 ans, avait été hospitalisé dans un état critique, après avoir été attaqué en marge d’un rassemblement du groupe identitaire Némésis devant Sciences Po Lyon, contre la venue de l’eurodéputée de La France insoumise (LFI) Rima Hassan. Le jeune homme est décédé le 14 février.
Depuis, les accusations de Némésis pointant la responsabilité de la Jeune Garde – organisation antifasciste cofondée par le député insoumis Raphaël Arnault et récemment dissoute – se sont répandues comme une traînée de poudre. Elles ciblent notamment Jacques-Elie Favrot, collaborateur du parlementaire LFI. Si celui-ci était présent sur les lieux du drame, Mediapart n’est toutefois pas en mesure d’indiquer s’il a pris part à des actes violents.
« Je suis un magistrat du parquet, je m’attache aux faits », a répondu Thierry Dran aux questions qui ont fusé sur le rapport des agresseurs de Quentin Deranque avec « la mouvance antifasciste ». « À ce stade, l’enquête cherche à identifier les auteurs directs des faits criminels en se basant non pas sur des rumeurs, mais sur des éléments recueillis lors des investigations de police »,a-t-il expliqué.
Une économie de mots et un souci d’exactitude dont ne se sont guère embarrasés les représentant·es de la droite et de l’extrême droite, qui ont fusionné tout au long du week-end pour condamner d’une seule voix « l’extrême gauche », « l’antifascisme » et « l’islamo-gauchisme » en se cristallisant sur LFI. « Les mains qui ont tué Quentin sont les petites mains de Jean-Luc Mélenchon », a accusé dimanche l’eurodéputé RN Pierre-Romain Thionnet, lors d’un rassemblement au cours duquel un journaliste de Mediapart a été violenté.
« Nous exprimons notre sidération mais aussi notre empathie et notre compassion pour la famille, pour les proches », a déclaré Jean-Luc Mélenchon en meeting le même jour, rappelant son hostilité à la violence. Face à la sidération déclenchée par ce drame, mais aussi à l’extrême-droitisation désormais ancienne du débat public et à une perte de repères à gauche, l’idée selon laquelle « l’antifascisme est le fascisme d’aujourd’hui » gagne du terrain comme jamais.
Tout se passe comme si les propres violences de l’extrême droite – comme à Paris, Dunkerque(Nord), Puget-sur-Argens (Var) ou Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) – n’avaient jamais existé. Dans la bouche de certain·es, le mouvement insoumis est accusé de « tuer », et déjà « le silence de la justice » est pointé du doigt après la prise de parole du procureur de Lyon. Georges Vidal avait comparé la vie politique française des années 1930 à une « guerre civile froide ». Une expression qui s’illustre à nouveau tristement par ce délitement accéléré