100 % santé : des effets ambivalents
Juliette Seblon | 23 Mai 2025 https://www.jim.fr/viewarticle/100-santé-des-effets-ambivalents-2025a1000d32
La réforme dite du 100 % santé, pleinement déployée en 2021, visait une réduction du reste à charge pour les soins dentaires, auditifs et optiques. En mettant en place différents paniers pour les titulaires d’un contrat responsable, elle a permis une amélioration nette de l’accès aux soins, notamment pour les seniors.
Mais cette même réforme a entraîné une hausse significative des dépenses pour les organismes de complémentaire santé, qui se traduit aujourd’hui par une augmentation des primes, qui touche, là encore, principalement les assurés les plus âgés.
Plus de lunettes, plus de soins dentaires et plus de prothèses auditives !
Les données récemment publiées par la Direction de la recherche des études de l’évaluation et des statistiques (DREES) confirment une augmentation marquée du recours aux prothèses auditives (+75 % entre 2019 et 2021), aux soins dentaires (+17 %) et aux soins d’optique (+17 %), concentrée chez les plus de 60 ans.
Cette évolution traduit un effet de solvabilisation induit par la réforme : des soins jusqu’alors délaissés pour raisons financières deviennent accessibles. L’effet est d’autant plus fort qu’il est cumulé à un effet de rattrapage.
Les postes couverts par le 100 % santé ont représenté une hausse de dépenses de 2,2 milliards d’euros en 2021 pour les organismes complémentaires, soit +30 % par rapport à 2018. Cette flambée, concentrée sur les plus âgés, n’a été que partiellement compensée par la baisse conjoncturelle des autres soins durant la crise sanitaire.
Une hausse ciblée des primes pour les seniors
Aussi, puisque rien n’est gratuit dans ce monde, la prime moyenne pour un contrat individuel a augmenté de 12 % pour un assuré de 85 ans, contre une stabilité voire une baisse pour les plus jeunes. Les contrats de milieu de gamme ou faiblement couvrants (souvent choisis par les retraités en raison de leur faible coût initial), qui ont dû rehausser leurs garanties pour respecter les exigences du panier 100 % santé, sont les plus concernés. Cette dynamique accentue les inégalités tarifaires selon l’âge et remet en question la solidarité intergénérationnelle au sein de l’assurance santé.
Une redistribution assurantielle remise en question
Contrairement à l’Assurance maladie obligatoire, les primes des contrats de complémentaire dépendent en effet largement de l’âge. En renforçant les remboursements sur des soins majoritairement consommés par les seniors, la réforme induisait quasiment automatiquement une augmentation du coût moyen par âge, et donc des primes.
La mutualisation des risques en est fragilisée, notamment dans les contrats individuels, et soulève la question d’une régulation supplémentaire pour limiter les dérives tarifaires.
Des analyses à compléter
Si les tendances observées confirment donc l’impact de la réforme tant sur l’accès aux soins que sur le montant des primes, son ampleur exacte, notamment, sur ce dernier point reste difficile à mesurer pleinement.
L’ajustement progressif des contrats, les effets de la crise sanitaire et les contributions exceptionnelles versées par les organismes en 2020 et 2021 complexifient l’analyse. Il faudra attendre les données postérieures à 2021 pour estimer pleinement la portée de cette réforme sur la soutenabilité du système assurantiel et sur les inégalités d’accès aux soins.