Attaquée par la France, Francesca Albanese est menacée dans son poste à l’ONU
Par Fabien Escalona et Pauline Graulle
Jean-Noël Barrot, rejoint par plusieurs ministres des affaires étrangères européens, demande la démission de la rapporteuse spéciale pour les territoires palestiniens, à partir de propos qu’elle n’a pourtant pas tenus. Une offensive qui s’inscrit dans une campagne de dénigrement ancienne.
La France refuse toujours d’édicter des sanctions contre Benyamin Nétanyahou et son gouvernement, qui ont lancé une guerre génocidaire contre le peuple gazaoui à la suite des attaques terroristes du 7-Octobre. En revanche, le Quai d’Orsay réclame désormais la tête de la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens occupés. La demande sera officialisée le 23 février, lors de la 61e session ordinaire du Conseil des droits de l’homme, à Genève (Suisse).
L’offensive a été déclenchée mercredi 11 février, à l’Assemblée nationale, lors de la séance des questions au gouvernement. Caroline Yadan, députée des Français·es d’Israël, a interpellé le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à propos d’une phrase que Francesca Albanese aurait prononcée le 7 février : laquelle aurait désigné Israël comme « un ennemi commun de l’humanité » – ce qui n’est pas le cas, ses mots ayant été tronqués et déformés.
La députée macroniste compte parmi les soutiens parlementaires les plus actifs du lobby pro-Israélien Elnet et défend depuis des années l’action israélienne à Gaza – elle s’est ainsi seulement enregistrée comme « apparentée » au groupe Ensemble pour la République après la reconnaissance de la Palestine par la France.
Toujours en s’adressant au ministre, elle s’est indignée que Francesca Albanese ait prononcé les mots mis en cause « lors d’un forum organisé à Doha par Al Jazeera, en présence notamment de Khaled Mechaal, dirigeant du Hamas, et d’Abbas Araghchi, ministre iranien des affaires étrangères ».

Francesca Albanese à Rome, le 3 février 2026, pour la présentation au Parlement de son nouveau rapport, intitulé « Le génocide à Gaza : un crime collectif ». © Photo Baris Seckin / Anadolu via AFP
Francesca Albanese à Rome, le 3 février 2026, pour la présentation au Parlement de son nouveau rapport, intitulé « Le génocide à Gaza : un crime collectif ». © Photo Baris Seckin / Anadolu via AFP
« Un mandat des Nations unies ne constitue ni une tribune militante ni un blanc-seing idéologique », a poursuivi Caroline Yadan, avant de réclamer au gouvernement, sous les protestations des bancs de La France insoumise (LFI), que « Mme Albanese soit déchue, avec effet immédiat, de tout mandat onusien ».
Francesca Albanese a bien participé à ce forum. Auprès de l’Agence Média Palestine, elle a affirmé qu’elle ignorait la participation de Khaled Mechaal et rappelé qu’elle n’était pas présente physiquement à l’événement. Quant à la phrase qu’elle a donc prononcée en visio, elle est en réalité bien plus longue que ce qui a été cité par Caroline Yadan. Surtout, rien n’indique que le terme « ennemi commun » se rapporte à l’État israélien.
Propos déformés
Après avoir diffusé l’intégralité de sa prise de parole, la rapporteuse a précisé qu’elle visait le « système » de complicités et de complaisance qui avait permis les crimes internationaux commis contre le peuple gazaoui, à savoir ceux qui ont mis à disposition du gouvernement israélien les « capitaux financiers, algorithmes [et] armes » utilisés contre l’enclave et sa population.
« C’est une règle que l’on apprend à l’école primaire : vérifier ses sources », s’est agacée Francesca Albanese sur le réseau social X, en partageant un post de France 24 démontrant qu’elle n’avait pas prononcé la phrase incriminée. « Tout le monde se trompe, c’est humain. Mais on corrige, on rectifie », a-t-elle déclaré à L’Humanité, en se disant « sûre et certaine qu’on pourra régler tout ça », mais sans exclure des poursuites pour diffamation.
À l’Assemblée nationale, la réponse du ministre des affaires étrangères, préparée en très petit comité, a surpris jusqu’à certains diplomates du Quai d’Orsay. Loin de remettre en cause les propos de sa collègue macroniste, Jean-Noël Barrot a lancé une charge violente contre la rapporteuse spéciale.
Francesca Albanese n’est « ni experte ni indépendante », mais une « militante politique », accuse Jean-Noël Barrot.
« La France condamne sans aucune réserve les propos outranciers et coupables de Mme Francesca Albanese, qui visent […] Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable », a commencé le ministre, soulignant que ses propos ont été tenus « en présence d’un représentant du Hamas et en présence d’un représentant du gouvernement iranien, alors que se poursuit la répression [contre les opposants au régime iranien – ndlr]. »
« Ces propos […] s’ajoutent à une longue liste de prises de position scandaleuses, justifiant le 7-Octobre, pire massacre antisémite de notre histoire depuis la Shoah, évoquant le “lobby juif”, ou encore comparant Israël au Troisième Reich », a ajouté Jean-Noël Barrot, en référence notamment à un post Facebook de Francesca Albanese datant de 2014, dans lequel elle affirmait que l’Amérique était « soumise au lobby juif » (un propos qu’elle a ultérieurement qualifié de « maladresse » dans l’un de ses ouvrages).
Estimant que la rapporteuse n’était « ni experte ni indépendante », mais une « militante politique » qui « trahit [l’]esprit des Nations unies », Jean-Noël Barrot a indiqué que « la France » appellerait à sa démission.
Lâchée par le secrétaire général de l’ONU
L’épisode parlementaire, très vite reproduit sur les réseaux sociaux, s’est répandu comme une traînée de poudre dans le monde entier. Plusieurs homologues de Jean-Noël Barrot, au sein de l’Union européenne, ont rejoint la position française.
Le ministre allemand des affaires étrangères, Johann Wadephul, a ainsi affirmé qu’il « respect[ait] le système des Nations unies basé sur des rapporteurs indépendants », mais que la rapporteuse spéciale avait prononcé trop de déclarations inappropriées dans le passé. « Je condamne ses propos sur Israël. Elle ne peut rester dans sa fonction », a-t-il écrit sur X.
La ministre autrichienne, Beate Meinl-Reisinger, a estimé, en reprenant elle aussi la version tronquée des propos du 7 février, que ceux-ci s’ajoutaient à d’autres épisodes laissant planer le doute sur « l’intégrité et l’impartialité » de Francesca Albanese. « Les positions d’Albanese ne reflètent pas celles du gouvernement italien, a déclaré pour sa part le ministre italien, Antonio Tajani. Ses déclarations et ses initiatives ne sont pas adaptées à la fonction qu’elle occupe au sein d’un organisme de paix et de garantie tel que les Nations unies. »
À lire aussiRashid Khalidi : « Même si elle a affaibli ses ennemis, la stratégie d’Israël est dans une impasse »
Francesca Albanese a réagi vertement à ces attaques sur X, en soulignant que ces gouvernements n’avaient « JAMAIS usé de la même virulence » à l’égard de « ceux qui ont abattu plus de 20 000 enfants en 858 jours ». De fait, aucune des diplomaties concernées n’a agi concrètement contre des responsables gouvernementaux israéliens, jusqu’au paroxysme du massacre – certains pays, comme l’Allemagne, ont même activement freiné toute velléité de remise en cause de l’accord d’association entre l’UE et Israël.
Plus problématique pour Francesca Albanese, le secrétaire général de l’ONU ne lui a pas apporté de soutien. Son porte-parole, Stephane Dujarric, s’est contenté de déclarer : « Nous ne sommes pas toujours d’accord avec tout ce que dit Albanese, mais c’est aux États membres d’utiliser le mécanisme en place pour exprimer leur désaccord. »
Des soutiens venus de la gauche
Si l’Italienne se retrouve dans une position difficile, elle a aussi reçu des soutiens. Jeudi 12 février, l’association Jurdi (Juristes pour le respect du droit international) a exprimé « sa vive préoccupation face aux déclarations publiques [de Jean-Noël Barrot – ndlr] qui constituent une attaque grave vis-à-vis des mécanismes onusiens », et déposé un signalement au procureur de la République pour « diffusion de fausses nouvelles » au regard des propos « frauduleusement attribués » à Francesca Albanese.
Côté politique, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) a pris sa défense lors d’une réunion pour les municipales à Creil (Oise). « Cette femme fait le boulot pour lequel elle est là, c’est-à-dire qu’elle défend non pas la cause palestinienne, mais le droit des Palestiniens d’être traités comme des êtres humains. […] Ce soir, je dis, monsieur Barrot, vous parlez, mais pas en notre nom, nous ne demandons pas que cette femme soit renvoyée de sa fonction, c’est l’inverse, nous demandons qu’elle soit décorée ! C’est une honte ce qu’il [Jean-Noël Barrot – ndlr] fait. »
La députée LFI Gabrielle Cathala, qui appelle, comme beaucoup d’autres dans la sphère de la gauche radicale, à la démission du ministre Barrot, a quant à elle annoncé qu’elle saisissait la procureure de la République de Paris sur le fondement de l’article 40 du Code de procédure pénale « pour diffusion de montage frauduleux et diffusion de fausses nouvelles ». « Manipuler, en toute connaissance de cause, la vérité pour nuire à une rapporteuse de l’ONU est un fait grave qui justifie des poursuites », précise-t-elle.
Lutter contre les fake news, les intox et la post-vérité […] suppose de pas y avoir recours soi-même.
Olivier Faure (PS)
Chez Les Écologistes, où un communiqué officiel était en préparation en fin de semaine, on appelle, dans un texte signé par la plupart des parlementaires et par la secrétaire nationale du parti, Marine Tondelier, à « revenir sur l’appel à la démission de Francesca Albanese ». La position du ministre « donne le sentiment que la France s’aligne sur des campagnes de discrédit plutôt que de défendre l’indépendance des institutions internationales », pointe le texte.
Chef d’un Parti socialiste comptant des sensibilités plus hétérogènes sur la question israélo-palestinienne, Olivier Faure s’en est, pour l’heure, tenu à une réaction minime : « Lutter contre les fake news, les intox et la post-vérité, qui sont les autres noms du mensonge, suppose de pas y avoir recours soi-même pour disqualifier plutôt que débattre », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux sans dire s’il condamnait, ou non, l’appel à la démission de Francesca Albanese.À lire aussiLa France a reconnu la Palestine mais ne veut pas des Palestiniens
Au printemps 2025, au moment de la reconduction de Francesca Albanese à son poste à l’ONU, les macronistes étaient déjà montés au créneau pour réclamer sa tête. À l’initiative, déjà, de Caroline Yadan, une lettre ouverte, signée par quarante et un députés Renaissance (soit près de la moitié du groupe), avait été adressée à Jean-Noël Barrot, pour l’exhorter à s’opposer, « au nom de la France, au renouvellement du mandat de Francesca Albanese en tant que rapporteur spécial pour les territoires palestiniens, au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations unies ».
En février 2024, alors qu’Emmanuel Macron venait de rendre hommage aux victimes du 7-Octobre en évoquant « le plus grand massacre antisémite de notre siècle », Francesca Albanese lui avait répondu sur X : « Non, les victimes du 7/10 n’ont pas été tuées à cause de leur judaïsme mais en réaction de l’oppression d’Israël. »
À l’époque, cependant, l’offensive venue du camp macroniste n’avait pas trouvé d’écho et la rapporteuse avait été reconduite pour un mandat de trois ans.
Francesca Albanese et la bassesse des puissants
Politiste franco-libanais, professeur universitaire
La rapporteuse des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, se trouve une fois encore exposée à une campagne politique qui la prend pour cible. Francesca Albanese apparaît aux puissants comme un cauchemar : une femme affranchie de la peur, qui défend les droits des faibles face à l’autorité des protégés.
La rapporteuse des Nations unies sur les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, se trouve une fois encore exposée à une campagne politique qui la prend pour cible, à la fois comme personne, comme incarnation d’une éthique juridique, et comme position indépendante, refusant toute transaction au rabais avec le droit international et les exigences qu’il impose s’agissant des Palestiniens et des crimes israéliens perpétrés à leur encontre.
Cette nouvelle offensive contre l’avocate italienne – devenue, depuis le début de la guerre génocidaire à Gaza, l’une des voix les plus audibles dans la documentation des violations et l’imputation des responsabilités – s’édifie sur la falsification d’une intervention enregistrée qu’elle avait adressée au Forum Al Jazeera, récemment tenu à Doha. Elle y participait (par vidéo préenregistrée) à une séance intitulée « La question palestinienne : défis et opportunités de la mise en cause des responsabilités et de la primauté du droit », aux côtés de Fatou Bensouda, ancienne procureure de la Cour pénale internationale, et d’autres juristes et défenseurs des droits.
Dans son propos, Albanese évoquait un système mondial où s’entrelacent et se renforcent des intérêts économiques et politiques, au détriment des droits et de la loi, et qui a rendu possible, et rend encore possible, le génocide en cours à Gaza. Elle considérait ce système comme un ennemi commun de l’humanité. La manipulation, ou plutôt la falsification politique, a consisté à tronquer sa vidéo, à en retrancher quelques mots, puis à la rediffuser de manière à donner l’impression que, lorsqu’elle parlait d’« ennemi de l’humanité », elle visait directement Israël.

© Fabrice Coffrini / AFP
À partir de là, la campagne s’est emballée en France, sous l’impulsion de la députée de la huitième circonscription des Français de l’étranger, Caroline Yadan, connue pour son alignement total sur Tel-Aviv, au point que certains vont jusqu’à la qualifier de représentante de Benyamin Netanyahou au Parlement français. Yadan a publié l’extrait tronqué sur les réseaux sociaux et l’a présenté comme une preuve suffisante pour accuser Albanese d’antisémitisme et d’incitation à la haine contre Israël. Plusieurs députés de droite ont emboîté le pas ; des journalistes de médias divers ont relayé leur falsification ; puis le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a repris cette posture avec une désinvolture et une irresponsabilité rarement atteintes à ce niveau, sans même solliciter l’un des membres de son équipe au Quai d’Orsay pour vérifier les faits avant d’en faire un sujet public.
Poussant la légèreté jusqu’à l’inconcevable à, il en est venu à réclamer la démission d’Albanese, ou sa révocation. Plus grave encore : alors que des médias et des journaux — à commencer par Le Parisien et la chaîne France 24 — appuyés sur des services de vérification, avaient démenti ce qui lui était attribué, puis que le porte-parole du ministère avait reconnu la manipulation et l’erreur, sans excuse ni véritable retrait, les ministres des Affaires étrangères d’Allemagne, de Hongrie et de République tchèque se sont joints à la campagne et ont, à leur tour, exigé sa destitution. Il faut rappeler, pourtant, que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a renouvelé son mandat jusqu’en 2028.
Réprimer le droit international et ceux qui s’en portent garants
Ce n’est pas la première fois qu’Albanese subit des campagnes d’hostilité et des accusations orchestrées par la propagande israélienne et ses relais en France, et plus largement en Europe. Elle a été visée à répétition après chacun des rapports qu’elle a publiés, en tant que rapporteuse onusienne, sur le crime de génocide à Gaza. Et parce qu’elle a su s’imposer, sur les plans juridique et médiatique, dans une grande partie du monde, en fédérant l’attention de millions de personnes — notamment parmi les étudiants des universités occidentales — elle se trouve désormais exposée à deux catégories d’attaques. La premières, menée directement par Israël, ses alliés et ses agents, vise à discréditer tout ce qu’elle entreprend et tout ce qu’elle dit, et à ruiner sa réputation. La seconde émane de responsables politiques occidentaux : tantôt acquis à Israël, tantôt silencieux devant ses crimes, tantôt tétanisés par la peur de s’y opposer ; tous sidérés de voir une femme Italienne défendre un droit international et des principes humains qu’ils entendent étouffer dès lors qu’il s’agit de victimes palestiniennes, ou redoutant de prononcer ce qu’elle prononce, et s’en prenant à elle avec d’autant plus d’acharnement qu’elle met à nu leur lâcheté et leur indignité.
Albanese a d’ailleurs été récemment frappée par des sanctions étatsuniennes imposées par l’administration de Donald Trump, de la même manière que les sanctions ont visé la Cour pénale internationale, son procureur et trois de ses juges (dont un Français), pour avoir émis deux mandats d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à l’encontre du Premier ministre israélien et de son ancien ministre de la Défense. Dans le cas d’Albanese, la raison des sanctions trumpiennes tient, pour l’essentiel, à son rapport consacré aux dimensions économiques et utilitaristes du génocide, ainsi qu’à la participation de multinationales au financement de ce génocide ou à l’accumulation de profits tirés de sa prolongation.
Mais ce que disent ces sanctions étatsuniennes – et, sciemment ou non, la campagne de certains responsables européens contre Albanese – c’est l’énoncé le plus net, aujourd’hui, de la nouvelle équation qui s’installe à Washington : renverser toute norme et neutraliser toute institution internationale susceptible de contraindre la liberté de tuer dans n’importe quel « conflit » où les États-Unis, ou leur alliée Israël, se trouvent impliqués, et réduire l’ensemble du système onusien à une architecture sans autorité, fût-elle symbolique, dès lors que ses références et ses décisions contredisent les penchants et les positions étatsuniennes.
Epstein, ou l’éthique du capitalisme et de la domination masculine
Au moment même où la campagne contre Albanese se déployait, le monde suivait la publication autorisée d’épisodes de l’affaire Jeffrey Epstein, qui exposent au grand jour le degré de déchéance ayant rassemblé des responsables politiques, des membres de familles royales, des entrepreneurs, des hommes d’affaires d’Amérique et d’Europe, aux côtés de criminels comparables venus d’autres continents, tous associés dans des délits financiers et sexuels. Ils se dérobent à l’impôt par l’évasion et la fuite des capitaux ; ils violent des adolescentes, ou des femmes à qui l’on a promis un travail et un avenir que des criminels et criminelles influents, en quête de davantage de pouvoir et de postes, les leur acheminent vers leur fameuse île des Caraïbes. Certains entretiennent des liens avec des agents de renseignement, des diplomates et des faiseurs d’opinion appartenant à ce « club des puissants » habitué à l’impunité. Et Epstein, bien souvent, les relie à des entreprises ou à des personnalités israéliennes, ou proches de Tel-Aviv, dans des montages où l’on perçoit sans peine l’enchevêtrement de la politique, des intérêts financiers et d’une corruption mondialisée.
Si l’on retient de l’affaire Epstein le tableau d’un capitalisme déchaîné, soustrait à tout cadre juridique capable d’en contenir la prédation, et s’alliant à la domination masculine, à la culture du viol et au sentiment d’impunité face aux abus, à l’arbitraire, à la violence et au crime, alors la comparaison devient possible entre ce qui s’est produit sur l’île du milliardaire américain — où il n’existe d’autre loi que celle du plus fort — et ce qui s’est produit dans la guerre d’extermination à Gaza. De même, la comparaison devient possible entre la complicité, pendant des décennies, des puissants du monde avec Epstein et ses partenaires, et la complicité récente avec les crimes israéliens à Gaza, au fil des mois et des années.
Or, tout cela, ou même la réflexion qu’il appelle sur l’éthique d’un monde où l’on cherche à marginaliser les institutions juridiques, à sanctionner les instances de défense des droits, à interdire l’enquête sur les crimes et les violations, n’a manifestement pas retenu l’attention des ministres des Affaires étrangères de France et d’Allemagne, ni de leurs homologues. Pas davantage ne les avait émus, auparavant, l’assassinat de dizaines de milliers d’enfants et de femmes, ni la chasse menée contre celles et ceux qui cherchaient de la farine et de l’eau potable à Gaza. Ces victimes étaient des faibles, à un moment où les puissants ne se soucient que de ceux qui leur sont supérieurs en puissance : ceux qui, plus qu’eux, peuvent violer les lois et s’en affranchir.
C’est précisément pour cela que Francesca Albanese leur apparaît comme un cauchemar : une femme affranchie de la peur, qui défend les droits des faibles face à l’autorité des protégés. Elle agit avec assurance malgré les sanctions. Dans ses rapports, elle défie un dispositif global de domination, qui n’est pas sans rappeler celui d’Epstein. Elle alimente une colère et une lucidité au sein d’une génération nouvelle, en Europe et ailleurs, à laquelle les partisans de l’impunité israélienne absolue refusent d’accorder une voix et une capacité d’influence sur la décision politique. C’est ainsi que se déchaînent contre Albanese campagnes et sanctions.
Ses détracteurs ne répondent jamais au fond de son travail ni à la teneur de ses propos : le droit international et son respect en Palestine occupée, l’application des résolutions des Nations unies, les recommandations de la Cour internationale de Justice, ainsi que les mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale. Leur véritable objet – et l’ironie est lourde de sens – consiste à répliquer à ce qu’elle n’a pas dit, à s’en prévaloir pour réclamer sa révocation, alors même que l’on vise, en réalité, ce qu’elle dit bel et bien et répète depuis des années, et qui est parfaitement établi.
Comme si nous étions face à un ordre qui a permis à Epstein et à ses complices de commettre leurs crimes, et à Israël de mener son génocide, puis qui juge une rapporteuse onusienne parce qu’elle n’a pas choisi, comme eux, le silence, ou parce qu’elle n’a pas cherché à se fondre dans le club des puissants.
D’où la nécessité d’affirmer aujourd’hui, sans la moindre hésitation, que soutenir Albanese face à la campagne dont elle est la cible est un devoir qui dépasse toute relation avec elle, ou avec sa personne, et même l’estime pour sa probité et son courage en ce qui concerne la Palestine. C’est un soutien à ce qui subsiste encore de droits et de principes, refusant de plier devant la logique de la brutalité, du chantage, de la falsification et du crime organisé, à l’heure même où le monde est conduit par un homme du type de Donald Trump et par d’autres anciens amis d’Epstein.
Une version de ce texte est parue en arabe dans le quotidien Al-Quds Al-
Jean-Noël Barrot : démissionner, une nécessité diplomatique et morale
Député de Paris (REV, apparenté LFI)
Depuis mercredi, la France a franchi une étape supplémentaire dans le déshonneur à l’encontre de Francesca Albanese, principale figure mondiale du droit face à l’obscurantisme, en employant pour cela des méthodes trumpistes, à savoir la diffusion d’informations fausses.
Mercredi dernier, lors de la séance des questions au gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot s’est livré à un scandaleux numéro de duettistes avec la députée de la 8ème circonscription des Français de l’étranger Caroline Yadan, spécialiste des outrances et des accusations mensongères contre toute personne défendant le droit international au Proche-Orient.
En réponse à une interpellation programmée de cette dernière, monsieur Barrot a menti à plusieurs reprises pour attaquer la représentante spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens occupés, en reprenant mot pour mot le narratif du gouvernement criminel israélien et de ses relais en France.
Il a d’abord accrédité la campagne de désinformation lancée deux jours plus tôt par Madame Yadan et les défenseurs de Netanyahou, destinée à faire croire que Francesca Albanese avait déclaré qu’« Israël est l’ennemi commun de l’humanité ». Le ministre des Affaires étrangères a confirmé cette phrase, qu’il a condamnée en la qualifiant de « propos outranciers et coupables ». Francesca Albanese ne l’a pourtant jamais prononcée, et celles et ceux qui prétendent le contraire appuient leur opération sur un grossier montage fabriqué par une officine au service du gouvernement israélien. Le visionnage de l’intervention complète de la rapporteuse pour les droits des Palestiniens permet de le vérifier facilement. Plusieurs journaux ont depuis confirmé la manipulation.
Jean-Noël Barrot a ensuite accusé Francesca Albanese d’avoir prononcé la phrase qui lui est reprochée « en présence d’un représentant du Hamas et en présence d’un représentant du gouvernement iranien », reprenant ainsi mot pour mot la propagande israélienne. Mais là encore, c’est totalement faux.
Pour ajouter à la diffamation, le ministre des Affaires étrangères a par ailleurs soutenu que Francesca Albanese avait « justifié » les attaques du 7 octobre (nouveau mensonge), puis a tenté de la discréditer en totalité, en lui déniant jusqu’à ses qualités professionnelles : « Elle n’est ni experte ni indépendante, elle est une militante qui agite des discours de haine ».
Enfin, et c’est le pire de son intervention, le ministre des Affaires étrangères a conclu en annonçant que la France réclame désormais la démission de Francesca Albanese, ce qu’elle l’exprimera officiellement le 23 février prochain lors de la session du conseil des droits de l’homme des Nations Unies.
Les déclarations de Jean-Noël Barrot, absolument catastrophiques, font honte à notre pays. Pour commencer, elles ne sont qu’un alignement de mensonges dirigé contre une éminente représentante du droit international, figure essentielle de la défense d’un peuple palestinien soumis aux pires injustices. Alors que la France devrait, par son histoire et ses prétentions politiques, figurer au premier rang des soutiens des Nations Unies et de son Conseil des Droits de l’homme dont dépend le poste de rapporteur spécial sur les territoires palestiniens occupés, la voilà réduite à un rôle infâmant : celui de télégraphiste d’un gouvernement accusé de crimes de guerre, de crime contre l’humanité et de génocide, dont le principal dirigeant est inculpé par la Cour Pénale Internationale. Ce faisant, elle continue à affaiblir, et même à enterrer, les principes constitutifs du de droit international et du droit international humanitaire.
Comment la faute impardonnable commise par Barrot a-t-elle été possible ? Le ministre des Affaires étrangères s’est-il exprimé sans savoir, sans vérifier, sur la seule base des éléments fournis par Caroline Yadan ? Il est difficile de le croire, et si c’était le cas, cela constituerait un aveu d’incompétence qui à lui seul justifierait son départ du Quai d’Orsay, tant le domaine ici traité mérite de sérieux, par respect pour les 72 000 morts officiels à Gaza depuis octobre 2023, parmi lesquels 20 000 enfants.
Tout porte à croire en réalité que Jean-Noël Barrot a menti en connaissance de cause. Et dès lors, il nous place face à l’inacceptable constat de sa compromission avec les forces propagandistes ennemies de la justice et de la morale, celles-là mêmes qui ont permis et soutiennent la barbarie à Gaza. Le naufrage gouvernemental est par ailleurs total lorsque, quelques heures après l’intervention catastrophique de Barrot, le ministre délégué chargé de l’Europe Benjamin Haddad l’a relayée sur X en ajoutant ce commentaire qui accable encore plus Francesca Albanese : « Des propos clairs et fermes. La France ne tolérera jamais l’antisémitisme et les appels à la destruction d’Israël. » Benjamin Haddad se serait-il lui aussi laissé berner par une députée pratiquant l’entrisme au bénéfice d’un gouvernement étranger ? Non. Benjamin Haddad parle en parfaite connaissance de cause, en sachant qu’il ment. Il est comme Yadan un soutien actif, depuis plusieurs années, du groupe de lobbying de la droite et de l’extrême droite israéliennes Elnet, comme l’attestent des vidéos où il loue son action.
Le doute n’est donc plus permis, surtout après vingt-huit mois d’inaction totale de la diplomatie française face aux crimes israéliens à Gaza, d’une monstruosité inédite. La France aurait dû imposer des sanctions politiques, économiques, et culturelles au gouvernement israélien. Elle aurait dû militer pour la rupture de l’accord d’association entre l’Union Européenne et Israël. Elle aurait dû cesser toute livraison de composants militaires à Israël. Elle aurait dû refuser que son espace aérien soit survolé par Benjamin Netanyhaou, recherché par la Cour Pénale Internationale. Elle aurait dû accueillir des centaines, voire des milliers, d’enfants palestiniens blessés et traumatisés. Elle aurait dû refuser de recevoir sur son sol une délégation israélienne lors des Jeux Olympiques parisiens en 2024. Elle aurait dû militer pour l’exclusion d’Israël du concours de chanson de l’Eurovision et refuser d’y envoyer un participant en cas de participation d’Israël. Elle aurait dû, pour commencer, condamner fermement le génocide toujours en cours à Gaza et le nettoyage ethnique en Cisjordanie.
Mais la France n’a rien fait. Par son silence depuis octobre 2023 elle s’est rendue complice des crimes israéliens. La reconnaissance de l’État palestinien, tellement tardive, tellement timide, dépourvue de toute autre action qui viendrait en aide à son peuple opprimé, ne sert plus que de prétexte à masquer le renoncement politique français et l’abandon des Palestiniens. L’inculture désormais évidente du président Macron sur l’histoire du Proche-Orient n’y est pas pour rien : hier encore il répétait qu’antisionisme et antisémitisme sont deux concepts haineux synonymes, crachant ainsi à la figure de la raison et de tous les juifs antisionistes, nombreux dans le monde.
Depuis mercredi, la France a franchi une étape supplémentaire dans le déshonneur en exprimant, comme Israël et les Etats-Unis, le souhait de détruire la principale figure mondiale du droit face à l’obscurantisme, et en employant pour cela des méthodes trumpistes, à savoir la diffusion d’informations fausses. Les accusations gravissimes de Jean-Noël Barrot à l’encontre de Francesca Albanese entérinent l’alignement colonial suprémaciste de la France. Elles participent en outre à la campagne de harcèlement, de mise en danger et d’effacement que celle-ci subit, et qui lui vaut d’être déjà aujourd’hui sanctionnée financièrement par les Etats-Unis, territoire sur lequel elle ne peut plus se rendre. En cela, elle subit le même sort que six juges et trois procureurs de la Cour Pénale Internationale, parmi lesquels le juge français Nicolas Guillou, sanctionné par l’administration Trump pour avoir autorisé l’émission de mandats d’arrêt contre le Premier ministre et le ministre de la défense israéliens.
L’ambassadeur israélien aux Nations Unies a relayé avec empressement sur ses réseaux l’intervention de Jean-Noël Barrot afin de l’utiliser comme caution de la politique israélienne. Quelle humiliation pour la France. Mieux vaut écouter le commentaire de l’ancien diplomate israélien et président du think tank US Middle East Project, pour qui « le ministre Barrot déforme les faits et dénature l’ensemble du travail de la rapporteuse spéciale de l’ONU ». Et qui ajoute : « S’il a été mal informé, alors il devrait retirer ses accusations et présenter des excuses. »
Présenter des excuses, oui. Et ensuite présenter sa démission. Il y va de l’honneur et de la crédibilité de notre pays, mais aussi de l’humanité la plus élémentaire, celle que défend Francesca Albanese. En revanche le maintien en poste de Jean-Noël Barrot, après un tel désaveu par la vérité, placerait définitivement notre pays dans le camp de l’indignité morale.
Aymeric Caron, député REV (apparenté FI) de Paris
BILLET DE BLOG 14 FÉVRIER 2026
Féministe, chargée d’enseignement, chercheuse
Abonné·e de Mediapart
Ingérence, désinfo et antiféminisme: le double renoncement de la diplomatie française
La campagne visant Francesca Albanese relève d’une opération d’influence qui recycle des mécanismes de violences masculinistes dans l’espace informationnel. En légitimant des propos falsifiés, la France expose un double renoncement institutionnel : face aux ingérences étrangères israéliennes, et à sa propre stratégie de diplomatie féministe.
Signalez ce contenu à notre équipe
- Partagerla page via les fonctionalités de votre appareil

Capture d’écran du débunking fait par le compte Caisses de grève sur X
L’attaque informationnelle visant Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur les territoires palestiniens occupés, s’apparente à une ingérence étrangère, fondée sur la déformation de propos, leur attribution mensongère et leur amplification dans l’espace informationnel, avec des effets très concrets de disqualification publique et de cyberharcèlement – un mode opératoire qui vise particulièrement les femmes.
Cette dernière semaine, une vidéo à la viralité maximisée met en circulation une phrase antisémite qu’Albanese n’a pas prononcée. Ce procédé relève d’une stratégie de manipulation de l’information intentionnelle, telle qu’on la décrit précisément dans le champ des FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference), notamment en matière de conflits internationaux susceptibles d’être exploités par des acteurs externes à des fins de déstabilisation — un champ dont la lutte relève, en France, de VIGINUM, notoirement frileux lorsqu’il s’agit des FIMI israéliennes.
Un des acteurs centraux de cette dernière séquence est l’organisation UN Watch, dirigée par Hillel Neuer. Cette organisation se présente comme un « chien de garde » de l’ONU, mais fonctionne en réalité comme un entrepreneur d’influence pour le compte du gouvernement Netanyahou et de son appareil de propagande, la Hasbara, qui délègue — y compris en rémunérant — des fonctions quasi étatiques de soft powerà des acteurs de la société (in)civile. Ce mode opératoire produit, dans le cadre des guerres de l’information accompagnant les conflits armés, une confusion croissante entre combattants et civils. Nous ne sommes donc pas face à une simple polémique organique, mais face à une opération d’influence malveillante, menée par une architecture structurée, avec des relais — notamment en France — déjà identifiés, et avec pour objectif de neutraliser et délégitimer les voix qui documentent et dénoncent une dynamique génocidaire, laquelle touche de manière disproportionnée les femmes et les enfants gazaouis.
Si l’arme sémantique est un contenu vidéo falsifié, il surfe aussi sur la misogynie, puisqu’il opère par la dépossession et le remplacement de la parole d’une femme. On lui fait dire ce qu’elle n’a pas dit. On transforme un propos situé, argumenté, en une formule-choc destinée à extraire l’indignation (outrage mining). Les femmes sont structurellement plus exposées à la caricature, à la disqualification morale et à la réécriture hostile de leurs propos. Le parallèle avec ce que subissent régulièrement d’autres femmes en politique ou dans l’espace médiatique — les attaques contre Sandrine Rousseau en étant un exemple grotesque en France — est évident : mêmes citations tronquées, mêmes reformulations agressives, même réduction de positions complexes à des propos outrageants. Dans tous ces cas, il ne s’agit pas d’un débat loyal ou d’une critique fondée, mais de retirer à une femme la maîtrise de ce qu’elle dit pour discréditer sa personne. C’est une stratégie de délégitimation de l’expertise visant à verrouiller le débat public.
Dans ce contexte, les appels du ministre Jean-Noël Barrot à limoger Francesca Albanese prennent une dimension particulière. Ce qui est profondément hypocrite de la part du Quai d’Orsay, c’est que la France s’est dotée d’une stratégie de diplomatie féministe, réaffirmée et structurée pour la période 2025-2030, qui proclame vouloir lutter contre les violences fondées sur le genre, y compris dans l’espace numérique . Les TFGBV (technology facilitated gender-based violence), comprennent, mais ne se limitent pas au cyberharcèlement, les campagnes de haine et les attaques informationnelles. Dans le même temps, les propos du MEAE s’alignent sur une séquence politique construite à partir de propos déformés, sans exiger de clarification sérieuse, sans prendre en compte la dimension de manipulation informationnelle, et sans jamais interroger les effets genrés de cette mise en cause publique.
Autrement dit, la France affirme combattre les violences de genre dans l’espace informationnel, mais participe politiquement à une dynamique qui en reproduit tous les mécanismes : désinformation, emballement médiatique, disqualification ciblée, exposition accrue d’une femme à la vindicte publique. Cette contradiction révèle un double angle mort structurel : d’un côté, une frilosité persistante à lutter contre les ingérences informationnelles israéliennes dans la conception et la mise en œuvre des politiques de lutte contre les FIMI ; de l’autre, une déconnexion profonde entre les pratiques diplomatiques effectives et la stratégie de diplomatie féministe pourtant officiellement adoptée par la France. Une faille que j’ai déjà soulignée dans un précédant billet.
VIGINUM, la doctrine de lutte contre les ingérences, la L2I du ministère des Armées : tous ces dispositifs restent largement construits sur une vision désincarnée et dépolitisée de l’espace informationnel, comme s’il s’agissait d’un champ neutre de « narratifs » concurrents, et non d’un espace structuré par des rapports de pouvoir, des hiérarchies de crédibilité et des vulnérabilités différenciées. Or l’affaire Albanese montre exactement l’inverse : la manipulation fonctionne d’autant mieux qu’elle s’adosse à des réflexes antiféministes ordinaires, à des imaginaires de disqualification déjà disponibles, et à une tolérance sociale à la violence symbolique faite aux femmes publiques.
On ne peut pas, d’un côté, proclamer une diplomatie féministe qui prétend lutter contre les violences fondées sur le genre — y compris en ligne — et, de l’autre, soutenir politiquement ou banaliser une séquence construite sur une opération d’influence qui repose précisément sur la dépossession de la parole d’une femme et sur son exposition à une campagne hostile. D’autant plus que c’est exactement ce système médiatique, traditionnel et numérique, qui facilite et normalise les discours pro-génocide qu’Albanese était en train de critiquer, et dont elle devient ici la cible. Ce n’est pas seulement une incohérence : c’est une ironie politique brutale et une faillite stratégique et morale.
Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.