« Les liens entre santé publique et modèle agricole, ainsi que le retard de la France à ce propos » (Fleur Breteau – collectif Cancer Colère) 

« Le cancer est politique puisque les pouvoirs publics ont la possibilité de le prévenir et ne le font pas »

 Date de publication : 12 février 2026 Temps de lecture: 4 min


Claire Legros remarque dans Le Monde qu’« à l’heure d’un débat sans vote à l’Assemblée sur la loi Duplomb, obtenu grâce à la pétition de plus de 2 millions de Français, la fondatrice du collectif Cancer Colère publie un livre du même nom et explique […] les liens entre santé publique et modèle agricole, ainsi que le retard de la France à ce propos ».


La journaliste observe ainsi que « Fleur Breteau est devenue le visage de la lutte contre les pesticides et interpelle régulièrement les politiques sur «l’épidémie de cancers» qui touche le pays. Dans Cancer colère, […] elle raconte comment, entre les consultations à l’Institut Gustave-Roussy et le «brouillard» mental des chimiothérapies, elle a cherché à comprendre les liens entre la maladie et la «violence chimique» des pesticides, avant de décider de politiser publiquement les causes du cancer ».


« Un livre témoignage sur les ressorts intimes de l’engagement citoyen et sur l’urgence de redonner à la santé publique une place centrale dans la vie politique », poursuit Claire Legros, qui livre un entretien avec la militante.


Fleur Breteau explique notamment : « Quand j’ai été diagnostiquée de mon premier cancer, en juillet 2021, je me suis rendu compte qu’on était nombreux à être atteints : des amis de 45-50 ans comme moi, ou plus jeunes, des relations professionnelles… Je savais depuis longtemps que les scientifiques reliaient les cancers à la pollution de l’air et à d’autres facteurs environnementaux, mais je ne suis pas allée plus loin dans la réflexion. A l’hôpital, on est chacun dans le tunnel de sa maladie. Les questions environnementales ne sont pas un sujet ».


Elle indique : « Lorsque mon deuxième cancer a été diagnostiqué, trois ans plus tard, je me suis d’abord demandé ce que j’avais pu faire de mal pour en avoir un nouveau, j’ai pensé au stress du premier. Les malades se sentent souvent coupables parce que personne ne parle des causes environnementales. Puis j’ai découvert que les scientifiques considèrent cette maladie comme une épidémie dans les pays occidentaux, parce qu’elle augmente dans toutes les classes d’âge de la population ».
« J’ai commencé à approfondir. J’ai appris que la France est l’un des pays les plus touchés par le cancer, et également l’un des plus gros utilisateurs des pesticides. […]

Les liens entre les pesticides et des maladies comme des lymphomes, des maladies neurodégénératives ou des troubles du développement du cerveau chez les enfants de parents exposés ne cessent de se renforcer »remarque Fleur Breteau.
Elle précise : « Lors de ma deuxième chimiothérapie, j’étais à l’hôpital le 27 janvier 2025 quand j’ai lu que des sénateurs se réjouissaient d’avoir voté en première lecture la loi Duplomb réautorisant l’acétamipride, un pesticide interdit en France depuis 2020. Je m’étais intéressée aux effets délétères de cet insecticide, suspecté d’être toxique pour le développement du cerveau. J’ai ressenti une immense colère ».
« C’est là que les mots «cancer colère» sont arrivés, et cela a été un soulagement. Je n’allais pas très bien, mais, en commençant à parler autour de moi à l’hôpital, je me suis rendu compte qu’on était nombreux et nombreuses à partager cette colère, et cela m’a donné beaucoup d’énergie », continue Fleur Breteau.
Elle ajoute : « Depuis la création du collectif, la rencontre de personnes très différentes mais unies autour d’un même objectif d’intérêt général, la santé publique, me fait l’effet d’une chimiothérapie qui n’aurait pas d’effets secondaires. Les gens autour de moi disent avoir le sentiment de sortir enfin de l’impuissance. Ce qui nous réunit, c’est l’idée que le cancer est politique puisque les pouvoirs publics ont la possibilité, pour une part, de le prévenir et ne le font pas. La loi est nécessaire pour agir et diminuer les risques encourus par la population ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire