L’ANSES: « Du cadmium dans les céréales du petit-déjeuner, de l’aluminium dans les viennoiseries et les biscuits sucrés, du plomb dans le pain, du mercure dans les poissons et de l’acrylamide dans les frites et les pommes des terres sautées »

« Cadmium, plomb, aluminium… Les Français exposés à des niveaux “préoccupants” via l’alimentation, alertent les autorités de santé »

 Date de publication : 12 février 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=acdbefee3eb8171cbd7c7c971ca0fc1e&id_newsletter=23341&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23341&from=newsletter

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Stéphane Mandard remarque dans Le Monde : « Du cadmium dans les céréales du petit-déjeuner, de l’aluminium dans les viennoiseries et les biscuits sucrés, du plomb dans le pain, du mercure dans les poissons et de l’acrylamide dans les frites et les pommes des terres sautées : les Français et, tout particulièrement les enfants, sont exposés à des niveaux «trop élevés» de polluants chimiques à travers leur alimentation ».


Le journaliste explique que « l’alerte émane de l’Anses qui pointe un «risque sanitaire» pour trois métaux lourds (cadmium, aluminium et mercure) et une «préoccupation sanitaire» – en l’absence de seuil toxicologique de référence – pour le plomb et l’acrylamide, un composé organique qui se forme lors de modes de cuisson dont la température est supérieure à 120°C ».


Stéphane Mandard indique ainsi que « ces conclusions sont issues de la troisième grande Etude de l’alimentation totale (EAT3). […] Son objectif est de dresser un panorama complet des expositions chroniques aux contaminants chimiques par voie alimentaire de la population en France ».

https://www.anses.fr/system/files/ERCA2019-SA-0010-RA-2.pdf


« Les volets portant sur les autres familles de polluants (résidus de pesticides, PFAS, bisphénols, phtalates…) seront publiés progressivement au cours des années à venir »précise-t-il.


Le journaliste relève que « les aliments sélectionnés (272) dans l’étude couvrent plus de 90% du régime moyen de la population. Au total, plus de 700 échantillons ont été collectés entre mai 2021 et août 2022 dans des supermarchés ou marchés de trois départements (Hérault, Loiret et Puy-de-Dôme) ».


Véronique Sirot et Morgane Champion, coordinatrices de l’étude, soulignent que « les expositions au cadmium, au plomb, à l’aluminium, au méthylmercure [la forme la plus toxique du mercure] et à l’acrylamide restent trop élevées pour tout ou partie de la population ».


Stéphane Mandard constate que « les enfants sont particulièrement concernés. Ainsi, pour l’aluminium par exemple, 76% sont exposés à des niveaux qui dépassent la valeur toxique de référence contre 39% pour les adultes. Les effets toxiques de l’aluminium portent essentiellement sur le système nerveux central (encéphalopathies, troubles psychomoteurs) et sur le tissu osseux ».


Le journaliste précise que « la contamination des aliments reflète la présence naturelle de ce métal dans les sols mais aussi sa dissémination via des usages industriels […] et dans les emballages alimentaires ou encore comme additif alimentaire ».


Il continue : « Selon les hypothèses (basses et hautes) retenues, respectivement entre 23% et 27% des enfants de plus de 3 ans dépassent la dose journalière tolérable de cadmium. Entre EAT2 et EAT3, cette proportion a augmenté de façon «significative» : entre 7,7% et 8,3% ».


Stéphane Mandard ajoute que « l’étude confirme les principaux groupes d’aliments qui contribuent à l’exposition à ce métal lourd : le pain et les autres produits à base de blé comme les pâtes, les viennoiseries, gâteaux et biscuits ou encore les pommes de terre. L’enquête relève que les concentrations ont plus que triplé pour les céréales du petit-déjeuner. Une des raisons pourrait être liée à la présence de chocolat dans plusieurs des échantillons testés ».


Le journaliste retient en outre qu’« à l’exception du mercure (classé cancérogène possible) dans les poissons […], l’Anses constate une diminution de la concentration moyenne des contaminants analysés dans les aliments entre EAT2 et EAT3. Toutefois, des augmentations sont observées dans les groupes d’aliments les plus consommés, notamment par les enfants : produits à base de céréales comme le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes ».


Libération relate aussi cette étude de l’Anses. Le journal retient notamment que « la concentration moyenne en acrylamide, argent, aluminium, cadmium et plomb dans les aliments a globalement diminué par rapport à la précédente étude nationale (2006-2011). […]

Hors métaux lourds, il y a eu une diminution moyenne des concentrations d’acrylamide dans les aliments les plus contaminés, comme le café, probablement grâce à des mesures volontaristes. Mais cette baisse n’est pas observée pour tous les aliments ».
Véronique Sirot, une des coordinatrices, souligne que « des augmentations sont observées [dans] certains produits à base de céréales tels le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes, qui contribuent le plus à notre exposition alimentaire à l’aluminium, au cadmium et au plomb ».


Libération observe que « ces derniers mois, c’est surtout le cadmium qui avait suscité des inquiétudes à cause de sa présence dans le chocolat. Mais cet effet loupe a pu effacer les principales familles alimentaires concernées par l’exposition aux métaux lourds, déjà identifiées dans la précédente étude : le pain et les produits à base de blé […], les pommes de terre et les légumes, et […] les mollusques et crustacés ».


Le quotidien note que « les experts tentent toutefois de contrebalancer les messages anxiogènes : il n’est pas question de «bons» ou «mauvais» aliments, mais plutôt de dosage. Un comportement équilibré permet de se préserver d’une surexposition à une substance dans des aliments pouvant en contenir beaucoup, insistent-ils ».

L’exposition alimentaire aux métaux lourds en baisse mais toujours préoccupante

Quentin Haroche | 12 Février 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/lexposition-alimentaire-aux-métaux-lourds-baisse-2026a10004ic?ecd=wnl_all_260212_jim_daily-doctor_etid8100425&uac=368069PV&impID=8100425&sso=true

Selon l’Anses, une part importante de la population continue de dépasser le niveau d’exposition recommandé pour certains métaux lourds comme le cadmium, le plomb et le mercure.

A la lecture des premiers résultats de la troisième Etude de l’alimentation totale (EAT 3), publiés ce mercredi par l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), on pourra voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Les optimistes constateront que le niveau de pollution des aliments par certains métaux lourds, comme le plomb, le mercure ou le cadmium, est en diminution par rapport à la deuxième édition de cette étude (EAT 2) à la fin des années 2000. Les pessimistes noteront que « les expositions à l’acrylamide, au cadmium, au plomb, à l’aluminium et au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population » insiste l’Anses.

Pour mener cette étude, les chercheurs de l’Anses ont analysé plus de 700 échantillons, représentatifs de 90 % du régime alimentaire des Français. Ils y ont recherché plus de 250 substances nocives, ou potentiellement nocives pour la santé. Les premiers résultats publiés ce jeudi concernent uniquement l’exposition à l’acrylamide (un « cancérigène possible » qu’on retrouve notamment dans les frites et les chips) ainsi que celle aux métaux lourds. Les résultats des analyses pour les autres produits polluants seront publiés ultérieurement.

« L’EAT3 montre effectivement unediminution de la concentration (en moyenne) en acrylamide, argent, aluminium, cadmium et plomb dans les aliments » indique donc Véronique Sirot, l’une des deux coordinatrices de l’étude. « Des augmentations sont tout de même observées dans certains groupes d’aliments. Les concentrations de ces contaminants dans certains légumes augmentent, sans que cela ne remette en cause le bénéfice nutritionnel incontestable de leur consommation » poursuit-elle. 

L’épineuse question de l’exposition au cadmium

Les résultats divergent cependant selon les types de polluants. Pour le mercure, la situation reste inchangée par rapport aux précédentes études : la consommation de poissons et notamment de thon peut certes conduire à une surexposition au mercure, mais elle « présente toutefois un intérêt nutritionnel indéniable » indique Morgane Champion, l’autre coordinatrice de l’étude. « Nous recommandons de consommer deux portions de poissons par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement : ces recommandations limitent le risque de surexposition au méthylmercure » poursuit-elle.

S’agissant du plomb, l’exposition de la population a fortement diminué depuis l’EAT2, entre 27 et 41 % chez les enfants et entre 37 et 49 % chez les adultes. « C’est une bonne nouvelle, on voit ici l’effet des politiques de santé publique en vigueur depuis de nombreuses années, telles que l’interdiction du plomb dans l’essence, dans les canalisations d’eau, les peintures » explique Véronique Sirot. 

L’Anses note également depuis la précédente étude « une diminution des concentrations en moyenneen acrylamide pour les aliments qui étaient les plus contaminés ». « Ces réductions reflèteraient l’efficacité des mesures d’atténuation mises en œuvre par le secteur alimentaire pour diminuer la présence d’acrylamide dans les denrées alimentaires depuis quelques années » commente Morgane Champion, qui estime cependant que « l’exposition des consommateurs reste trop élevée ».

Reste l’épineuse question de l’exposition au cadmium. Présent dans de nombreux aliments (pain, céréales, pomme de terre…) ce métal lourd est « suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l’incidence du cancer du pancréas » indiquait en 2021 Santé Publique France (SPF). Selon l’EAT 3, environ un quart des enfants dépasserait la dose journalière jugée préoccupante d’exposition au cadmium. 

Le gouvernement veut que l’on mange moins de viande

A l’Assemblée nationale, les députés écologistes ont déposé une proposition de loi visant à interdire l’utilisation en France d’engrais phosphatés contenant du cadmium, considérés comme la principale source de contamination des aliments par ce métal, proposition qui doit justement être examinée en séance publique ce jeudi. Sans se prononcer sur ce texte, l’Anses indique qu’elle va prochainement publier « une expertise qui détaillera l’exposition globale de la population au cadmium, pas uniquement celle transmise par l’alimentation ». « Ce travail priorisera les actions à mettre en place pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium » poursuit Véronique Sirot. 

Autre hasard du calendrier, les premiers résultats de cette étude de l’Anses sont publiés le jour où le gouvernement révèle sa nouvelle « stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat » (SNANC). Attendue depuis deux ans, cette stratégie se fixe comme objectif « une évolution progressive vers des régimes alimentaires conformes aux repères du PNNS (le programme national nutrition santé) » c’est-à-dire « une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de légumineuses, de fruits à coque et de céréales complètes, une consommation suffisante et limitée de poisson et de produits laitiers et une limitation de la consommation de viande et de charcuterie et réduire la consommation de viande importée ».

Ce terme de « limitation » de la consommation de viande a provoqué des controverses jusqu’au sommet de l’Etat, ce qui explique pourquoi cette nouvelle stratégie alimentaire a mis plus de deux ans à voir le jour. Le ministère de l’Ecologie souhaitait utiliser le terme de « réduction » de la consommation de viande, tandis que Matignon préférait l’expression « consommation de viande équilibrée ». C’est donc la notion jugée plus neutre de « limitation » qui a été retenue. 

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Acrylamide et éléments traces métalliques dans l’alimentation : une exposition toujours préoccupante

https://www.anses.fr/fr/content/acrylamide-elements-traces-metalliques-lalimentation-exposition-preoccupante

Les premiers résultats de la troisième Etude de l’alimentation totale (EAT3) sont disponibles. L’EAT 3 permet à l’Anses de dresser un bilan actualisé des concentrations des contaminants chimiques dans l’alimentation et des niveaux d’exposition de la population générale. Cette nouvelle étude cible plus de 250 substances et ses résultats seront publiés progressivement par groupes de substances. Ce premier volet dévoile les résultats pour l’acrylamide et plusieurs éléments traces métalliques : l’argent, le cadmium, le plomb, l’aluminium et le mercure. On fait le point sur les principaux résultats avec Morgane Champion et Véronique Sirot, coordinatrices de l’EAT 3.

Quels sont les éléments traces métalliques et pourquoi les retrouve-t-on dans nos aliments ?

Morgane Champion : On trouve de nombreux éléments traces métalliques (ETM), dont certains sont plus connus sous le nom de « métaux lourds », dans notre alimentation : le cadmium, le plomb, le mercure, le nickel, etc.

Pourquoi ? D’abord parce qu’ils sont naturellement présents dans l’environnement. Par exemple, le cadmium se trouve dans les sols et pénètre facilement dans les végétaux par leurs racines. Mais aussi parce que les activités humaines – agriculture, industries, trafic routier…- utilisent ou produisent des ETM qui se retrouvent ensuite dans les sols, l’eau ou l’air.

Dans ce premier volet d’EAT 3, nous avons étudié cinq ETM – l’argent, le cadmium, le plomb, l’aluminium et le mercure – ainsi que sur l’acrylamide. Les résultats de notre exposition alimentaire à d’autres ETM comme le cobalt ou le nickel viendront dans un second temps. 

La présence dans l’alimentation de certains contaminants diminue par rapport aux résultats des précédentes EAT. Peut-on en conclure que la situation s’améliore ?

Véronique Sirot : L’EAT3 montre effectivement une diminution de la concentration en moyenne en acrylamide, argent, aluminium, cadmium et plomb dans les aliments. 

Pour autant, ce n’est pas le cas dans tous les aliments. En effet, des augmentations sont tout de même observées dans certains groupes d’aliments. C’est le cas par exemple pour certains produits à base de céréales tels le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes. Ce sont les aliments qui contribuent le plus à notre exposition alimentaire à l’aluminium, au cadmium et au plomb. Les concentrations de ces contaminants dans certains légumes augmentent, sans que cela ne remette en cause le bénéfice nutritionnel incontestable de leur consommation. A contrario, les biscuits sucrés ou les viennoiseries, en plus d’être contaminés par certains ETM et par l’acrylamide, présentent un intérêt nutritionnel faible.

Par ailleurs, pour la plupart des contaminants étudiés dans ce premier volet, les conclusions de l’évaluation de risque pour la population restent les mêmes que celles formulées dans l’EAT2 : les expositions à l’acrylamide, au cadmium, au plomb, à l’aluminium et au méthylmercure restent trop élevées pour tout ou partie de la population.   

Quels sont les nouveaux résultats concernant le mercure ?

Morgane Champion : Des analyses plus poussées ont permis d’exclure le risque associé au mercure inorganique, alors qu’il n’avait pas été possible de conclure avec certitude lors de l’EAT2. 

Concernant le méthylmercure, qu’on retrouve principalement dans les poissons, quels qu’ils soient, les niveaux de contamination et d’exposition sont similaires à ceux observés dans l’EAT 2. Les poissons prédateurs en bout de chaîne alimentaire, comme le thon par exemple, présentent les concentrations en méthylmercure les plus élevées. La consommation de poissons présente toutefois un intérêt nutritionnel indéniable. Pour permettre une couverture optimale des besoins en nutriments, nous recommandons de consommer deux portions de poissons par semaine, dont un poisson gras, en variant les espèces et les lieux d’approvisionnement. Tant que l’on respecte ces recommandations, qui limitent le risque de surexposition au méthylmercure, toutes les espèces de poissons peuvent être consommées.

L’eau est-elle toujours une source d’exposition importante au plomb ?

Véronique Sirot : L’exposition alimentaire au plomb a diminué par rapport à l’EAT 2 en moyenne entre 27 et 41 % chez les enfants et entre 37 et 49 % chez les adultes, c’est une bonne nouvelle. On voit ici l’effet des politiques de santé publique en vigueur depuis de nombreuses années, telles que l’interdiction du plomb dans l’essence, dans les canalisations d’eau, les peintures, etc.

Si l’eau reste toujours un contributeur majeur à notre exposition au plomb, ce n’est pas le seul : le pain, les légumes y contribuent également, ainsi que les boissons alcoolisées pour les adultes. 

Dans quels aliments retrouve-t-on l’acrylamide et en quoi est-ce problématique ?

Morgane Champion : L’acrylamide ne fait pas partie de la famille des éléments traces. Il s’agit d’un composé organique néoformé qui apparaît lors des procédés de cuisson à haute température (supérieure à 120°C) comme la friture ou le rôtissage. L’acrylamide se forme dans les denrées riches en amidon ou en certains autres sucres, et en certains acides aminés comme l’asparagine. Les pommes de terre frites, sautées ou chips et les biscuits sont les denrées les plus susceptibles d’être contaminées par l’acrylamide.

Par rapport à l’EAT2, nous observons une diminution des concentrations en moyenne en acrylamide pour les aliments qui étaient les plus contaminés et qui étaient les principaux contributeurs à l’exposition. C’est le cas pour le café, dans lequel l’acrylamide n’est plus détecté. 

Ces réductions reflèteraient l’efficacité des mesures d’atténuation mises en œuvre par le secteur alimentaire pour diminuer la présence d’acrylamide dans les denrées alimentaires depuis quelques années. Toutefois, l’exposition des consommateurs reste trop élevée. Il convient donc de poursuivre les efforts pour réduire les concentrations dans les aliments, en particulier dans les frites et pommes de terre sautées qui, en plus de présenter un faible intérêt nutritionnel, sont les principaux contributeurs à notre exposition. 

Récemment, la contamination des aliments par le cadmium a été au cœur de l’actualité. Qu’en est-il vraiment ?

Véronique Sirot : Les principaux groupes d’aliments contributeurs à l’exposition au cadmium sont similaires à ceux identifiés dans l’EAT2 : le pain et les autres produits à base de blé comme les pâtes, les viennoiseries, pâtisseries, gâteaux et biscuits, les pommes de terre et les légumes, et, pour ceux qui en consomment régulièrement, les mollusques et crustacés. 

Nous allons prochainement publier une expertise qui détaillera l’exposition globale de la population au cadmium, pas uniquement celle transmise par l’alimentation. Ce travail priorisera les actions à mettre en place pour réduire l’imprégnation de la population française au cadmium. 

Quelle est la suite ?

Morgane Champion : Ces premiers résultats constituent le volet 1 de l’EAT 3. Les volets portant sur les autres familles de contaminants de l’alimentation seront publiés au fil des prochaines années. Parmi ceux-ci, d’autres éléments traces, des substances issues de matériaux au contact des aliments comme les bisphénols et les phtalates, les résidus de pesticides, les PFAS, etc. Pour chaque famille, nous formulerons des recommandations spécifiques en vue notamment de réduire les expositions aux contaminants.

Les EAT en bref

Les Etudes de l’Alimentation Totale (EAT) sont des études nationales dont l’objectif est d’évaluer les risques sanitaires liés à l’exposition chronique de la population à des substances chimiques présentes dans les aliments. 

Une EAT repose sur trois étapes :

  • la collecte d’échantillons alimentaires dans les différents points de vente tels que les supermarchés ou les marchés, représentatifs des habitudes alimentaires de la population et couvrant une large gamme d’aliments ;
  • la préparation des échantillons collectés de manière à être représentatif de la manière dont les consommateurs les préparent avant de les consommer, en incluant la découpe, la cuisson, etc. ;
  • l’analyse des échantillons en laboratoire pour identifier et quantifier les substances chimiques présentes dans les aliments. Les résultats de ces analyses sont ensuite combinés à des données de consommation alimentaire pour estimer l’exposition de la population et les risques sanitaires potentiels.

Trois EAT ont déjà été conduites en France. L’EAT 1, conduite entre 2001 et 2005, a ciblé la population générale de 3 à 79 ans et a porté sur l’analyse de 39 substances chimiques. L’EAT2, conduite entre 2006 et 2011, a ciblé la même population en étendant l’analyse à 445 substances. Enfin, l’EAT infantile, menée entre 2010 et 2016, était spécifique aux enfants de moins de 3 ans, avec la recherche de 670 substances.

En savoir plus

Avis et rapport de l’étude de l’alimentation totale française 3 (EAT3) – Résultats – Tome 1 Acrylamide, aluminium, argent, cadmium, mercure et plomb

Voir aussi:

Les Français exposés à des niveaux « préoccupants » de cadmium, plomb, aluminium… par l’alimentation, alertent les autorités de santé

Plus de 700 échantillons représentant 90 % du régime alimentaire des Français : l’agence nationale de sécurité sanitaire publie sa troisième « étude totale », qui évalue l’exposition aux substances toxiques à travers la nourriture. 

Par Stéphane Mandard

Publié aujourd’hui à 06h00, modifié à 09h53 https://www.lemonde.fr/sante/article/2026/02/12/cadmium-plomb-aluminium-les-francais-exposes-a-des-niveaux-preoccupants-via-l-alimentation-alertent-les-autorites-de-sante_6666416_1651302.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260212&lmd_link=tempsforts-title&M_BT=53496897516380

Temps de Lecture 4 min.

SÉVERIN MILLET

Du cadmium dans les céréales du petit déjeuner, de l’aluminium dans les viennoiseries et les biscuits sucrés, du plomb dans le pain, du mercure dans les poissons et de l’acrylamide dans les frites et les pommes des terres sautées : les Français et, tout particulièrement les enfants, sont exposés à des niveaux « trop élevés » de polluants chimiques à travers leur alimentation. L’alerte émane de l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui relève un « risque sanitaire » pour trois métaux (cadmium, aluminium et mercure) et une « préoccupation sanitaire » – en l’absence de seuil toxicologique de référence – pour le plomb et l’acrylamide, un composé organique qui se forme lors de modes de cuisson dont la température est supérieure à 120 ºC (friture, rôtissage).

Ces conclusions sont issues de la troisième grande étude de l’alimentation totale (EAT3), la précédente ayant été menée entre 2006 et 2011. Son objectif est de dresser un panorama complet des expositions chroniques aux contaminants chimiques par voie alimentaire de la population en France. Les premiers résultats sont publiés jeudi 12 février. EAT3 cible plus de 250 substances. Les volets portant sur les autres familles de polluants (résidus de pesticidesPFASbisphénolsphtalates…) seront publiés progressivement au cours des années à venir.

Les aliments sélectionnés (272) dans l’étude couvrent plus de 90 % du régime moyen de la population. Au total, plus de 700 échantillons ont été collectés entre mai 2021 et août 2022 dans des supermarchés ou marchés de trois départements (Hérault, Loiret et Puy-de-Dôme). Ils ont été analysés en laboratoire afin d’identifier et quantifier les contaminants chimiques. Les résultats ont ensuite été combinés aux données de consommation alimentaire pour estimer l’exposition de la population et les risques sanitaires.

Les enfants particulièrement concernés

« Les expositions au cadmium, au plomb, à l’aluminium, au méthylmercure [la forme la plus toxique du mercure] et à l’acrylamide restent trop élevées pour tout ou partie de la population », commentent Véronique Sirot et Morgane Champion, les coordinatrices de l’étude. Les enfants sont particulièrement concernés. Ainsi, pour l’aluminium par exemple, 76 % sont exposés à des niveaux qui dépassent la valeur toxique de référence, contre 39 % des adultes. Les effets toxiques de l’aluminium portent essentiellement sur le système nerveux central (encéphalopathies, troubles psychomoteurs) et sur le tissu osseux. La contamination des aliments reflète la présence naturelle de ce métal dans les sols, mais aussi sa dissémination par des usages industriels (bâtiment, transports) et dans les emballages alimentaires ou encore comme additif alimentaire (agent de blanchiment dans les pains ou les farines).

Lire aussi |  Nourrir la planète sans la détruire : les préconisations de la commission scientifique EAT-« Lancet » pour une alimentation plus juste

Hasard du calendrier, ces premiers résultats d’EAT3 sont publiés le jour où une proposition de loi visant à « protéger l’alimentation des Français des contaminations au cadmium » doit être débattue à l’Assemblée nationale. Porté par le député (Les Ecologistes) de Charente-Maritime Benoît Biteau, le texte propose d’interdire l’usage des engrais phosphatés contenant du cadmium et principale source de contaminations des sols et des végétaux en France.

En juin 2025, les médecins libéraux avaient sonné l’alerte sur la « bombe sanitaire » du cadmium. Classé cancérogène certain, mutagène et toxique pour la reproduction, il est notamment « suspecté de jouer un rôle dans l’accroissement majeur et extrêmement préoccupant de l’incidence du cancer du pancréas », selon Santé publique France. Les niveaux d’imprégnation des Français sont beaucoup plus élevés que dans les autres pays européens. Ils sont jugés « préoccupants » chez les enfants : plus d’un tiers des moins de 3 ans dépassaient la dose journalière tolérable, selon l’EAT infantile spécifique menée entre 2010 et 2016.

EAT3 n’inclut pas les enfants de moins de 3 ans. Selon les hypothèses (basses et hautes) retenues, respectivement entre 23 % et 27 % des enfants de plus de 3 ans dépassent la dose journalière tolérable de cadmium. Entre EAT2 et EAT3, cette proportion a augmenté de façon « significative » : entre 7,7 % et 8,3 %. L’étude confirme les principaux groupes d’aliments qui contribuent à l’exposition à ce métal lourd : le pain et les autres produits à base de blé comme les pâtes, les viennoiseries, gâteaux et biscuits ou encore les pommes de terre. L’enquête relève que les concentrations ont plus que triplé dans les céréales du petit déjeuner. Une des raisons pourrait être liée à la présence de chocolat dans plusieurs des échantillons testés.

L’agriculture biologique intégrée

Bien qu’elle ne mette pas en évidence de contribution majeure de cet ingrédient, l’Anses recommande de mener des travaux complémentaires sur la contribution totale du cacao à l’exposition au cadmium. L’autorité sanitaire rappelle que des « actions cibles à court terme » ont été déterminées afin de réduire l’apport en cadmium dans les fertilisants. Afin de limiter l’accumulation dans les sols et les végétaux, l’Anses recommande ainsi depuis 2021 d’abaisser la teneur en cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilo (mg/kg). Cinq ans plus tard, le seuil appliqué en France est toujours de 90 mg/kg, plus du double de la norme européenne (40 mg/kg).

De manière plus globale, à l’exception du mercure (classé cancérogène possible) dans les poissons – dont elle recommande toujours la consommation de deux portions par semaine –, l’Anses constate une diminution de la concentration moyenne des contaminants analysés dans les aliments entre EAT2 et EAT3. Toutefois, des augmentations sont observées dans les groupes d’aliments les plus consommés, notamment par les enfants : produits à base de céréales comme le pain, les biscuits sucrés, les viennoiseries ou les pâtes.

Lire aussi |    PFAS : les aliments à base de céréales, surtout de blé, sont aussi massivement contaminés par le TFA

Les céréales, en particulier le blé, sont de « très bons absorbeurs » des éléments nutritifs des sols et de ses contaminants, précise l’AnsesLes produits à base de céréales sont ceux qui contribuent le plus à l’exposition au cadmium, à l’aluminium et au plomb. Concernant ce dernier, l’Anses note que l’exposition alimentaire a diminué respectivement de 27 % et 49 % chez les enfants et les adultes par rapport à EAT2, du fait de l’interdiction du plomb dans l’essence, les canalisations d’eau ou les peintures. Elle recommande toutefois de conduire des travaux pour identifier l’origine de la contamination des denrées à base de céréales, du vin, mais aussi des fruits et légumes.

Constatant que l’exposition des consommateurs à l’acrylamide reste « trop élevée » , l’Anses encourage les industriels de l’agroalimentaire à « poursuivre les efforts » pour réduire les concentrations, en particulier, dans les frites et les pommes de terre sautées, principaux contributeurs. Inconnu du grand public, l’acrylamide, classé cancérogène possible, se forme dans les denrées riches en amidon ou en sucres lors des cuissons au-dessus de 120 ºC. « Au regard des effets cancérogènes, l’acrylamide suscite une préoccupation sanitaire », rappelle l’Anses.

Particularité d’EAT3, pour la première fois, des aliments issus de l’agriculture biologique ont été intégrés. Manger bio expose-t-il moins à ces contaminants ? « On ne peut pas tirer de conclusion globale sur une poignée de substances, répondent Véronique Sirot et Morgane Champion. Nos premiers résultats montrent que, pour la majorité des contaminants de ce premier rapport, il n’y a pas de différence statistiquement significative entre aliments issus de l’agriculture conventionnelle et de l’agriculture biologique. Il est nécessaire d’attendre l’intégralité des résultats pour avoir une vue d’ensemble. A la fin de l’EAT3, une expertise complémentaire spécifique pourrait être conduite pour affiner l’évaluation des risques en fonction de la part et du type d’aliments bio. »

Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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