Geneviève Hénault Psychiatre publiqie
D’abord, je me suis dit qu’on nous servait encore la même soupe de com’ assaisonnée d’une bonne dose de pseudo-innovation. Pensez-vous, annoncer que les infirmières pourraient recevoir « en accès direct » des patient·es dans les CMP, alors que cela se fait depuis la création du secteur – de plus en plus à mesure que les effectifs de psychiatres se réduisent. Mais en poursuivant ma lecture, j’ai vu ce que certain·es appellent 𝐢𝐧𝐧𝐨𝐯𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 pendant que d’autres parlent de 𝐝𝐞́𝐠𝐫𝐚𝐝𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧, très sobrement titré sur un journal local « Santé mentale : en Isère, des infirmiers formés pour remplacer les médecins » (1).
Sans chichi.
De quoi s’agit-il ? De la mise en place d’une strate supplémentaire entre l’infirmier « de base » en CMP – l’IDE – et le psychiatre. Il y a déjà eu la création des infirmiers de pratique avancée (IPA) qui, forts de 2 années de formation universitaire supplémentaires, se voient confier auprès de patient·es des missions d’évaluation clinique, de reconduction et ajustement du traitement ainsi que la coordination des soins. Le pallier intermédiaire créé se situe donc entre l’IDE et l’IPA : c’est l’IDEP, pour IDE travaillant sous protocole de coopération.
❝Concrètement, le patient qui le souhaite va contacter le CMP et devra remplir un formulaire pour préciser ses besoins. La demande sera alors traitée dans la semaine » par le binôme infirmier-psychiatre. Si l’intensité des soins correspond à un niveau faible, l’IDE sous protocole de coopération pourra proposer une consultation en accès direct dans les deux semaines maximum […] Si à l’inverse la situation médicale n’est pas de faible intensité, l’IDE devra adresser le patient au psychiatre du CMP. Ce dispositif aura par exemple vocation à s’adresser aux patients souffrant de troubles anxieux, de troubles dépressifs et de stress réactionnel. L’IDE sera aussi habilité à prescrire certains médicaments symptomatiques comme des anxiolytiques ou de la mélatonine pour une durée limitée à deux semaines.❞ (source : APMnews (2))
Pour « 70 heures d’enseignement théorique et 30 heures d’enseignement pratique » et une centaine d’euros bruts (en prime !) par mois, ces IDEP pourront donc « remplacer les médecins » et puis, peut-être même les IPA ? Parce que ça coûte quand même drôlement moins cher…
[Avertissement et précision : je suis personnellement favorable à « l’implantation » des IPA en psychiatrie, dans le contexte de très grave dégradation de l’accès aux soins. En revanche, je reste franchement sur la réserve quant à la création du statut flou d’IDEP comportant de vraies délégations de tâches médicales impliquant un gain de responsabilité majeur, très peu revalorisé financièrement, qui ne sera en réalité pas suffisamment sécurisé par une réelle supervision dans tous les territoires, si elle est amenée à s’étendre (il suffit d’écouter les IPA en poste…)]
(1) https://lnkd.in/e3MnxXXs
(2) https://lnkd.in/eMFjTkRj
Réaction Clément Dondé
C’est vraiment navrant et bien peu confraternel de se faire critiquer de la sorte dès qu’on lève le petit doigt pour proposer quelque chose dans la situation actuelle de pénurie. J’ai des listes d’attente longues comme le bras dans mes CMP, donc qu’est-ce que je dis aux patients/famille ? « Désolé mais je préfère ne pas bouger et rester les bras croisés en attendant que l’état débloque des millions pour recruter » ? Sachez d’ailleurs pour votre gouverne que vos posts torchons amusent nos tutelles et décideurs, et que leur effet est tout à fait inverse à celui que vous recherchez ! D’ailleurs, une fois encore vous n’avez rien compris : l’innovation réside en la possibilité de primo prescription, pas dans le fait de voir un IDE en première intention. PS : je suis le responsable du Pôle concerné par cet article, avec mon équipe nous faisons ce que nous pouvons pour aider avec x% de postes vacants ..
Réponse de Geneviève
mais il semble que vous ne m’ayez pas bien lue puisque je mentionne bien avoir compris que l’innovation est du côté de la mise en place des protocoles de coopération. Vous ne m’avez pas bien lue encore lorsque vous y voyez de la critique envers vous, vos collègues IDEP ou votre institution. Je dis très simplement être réservée quand à l’extension de ces nouvelles pratiques qui à mon sens 1/ ne valorisent pas assez les nouvelles compétences infirmières 2/ dans certains territoires risquent de mettre patient·es et professionnel·les en difficulté – cf certain·es IPA lâché·es en roue libre dans certains établissements.
Ayant moi-même travaillé et travaillant encore avec un IPA que j’ai recruté sur mon pôle, je suis absolument pour la montée en compétence de nos collègues IDE, a fortiori dans les grands déserts psychiatriques. Je suis même très favorable à une 4ème année de spécialisation psychiatrique pour les IDE qui souhaitent travailler en psychiatrie.
Je suis absolument désolée que vous ayez lu là une critique d’une initiative locale alors que ce n’était aucunement l’intention.
Je vous remercie par ailleurs de m’informer que nos tutelles et décideurs s’amusent de fort peu pendant que nos institutions crèvent.
Guillaume Lelong
Je ne suis pas aussi souple que vous avec les IPA. C’était un pavé dans la marre. Il leur a été confié des missions qui sont celles des psychologues au Québec d’ailleurs ; sans que notre formation (bien plus poussée que la leur en psychopathologie) ne soit reconnue.
Certes les IPA existent aussi outre-atlantique, mais sur des missions qui leurs sont propres et en posture paramédicale de soutient au psychiatre. En France, c’est clairement un psychiatre du pauvre ayant le malheur d’être en désert médical.
Réponse Geneviève
je suis curieuse des missions revenant aux psychologues, qui auraient été confiées à des IPA ?
De mon expérience uniquement française, de travail avec deux IPA PSM dans deux établissements et deux « écosystèmes » très différents, je ne retiens rien dans leur pratique qui pourrait avoir empiété sur celle des psychologues. J’émets à titre d’hypothèse peut-être un chevauchement dans le champ de la réhabilitation psychosociale ?
Encore une fois à partir de ma courte expérience, les IPA se retrouvent assez vite cantonné·es en tout cas dans les CMP, dans le contexte actuel de grande pénurie de psychiatres, à faire du suivi de patient·es relativement stabilisé·es en renouvelant/adaptant le traitement avec un accès à la primo-prescription dont je ne sais pas tellement d’ailleurs les usages.
Mais peut-être que les IPA eux-mêmes pourraient nous en dire davantage… Jérôme MORISSET Flavien Faugier Anaïs Jouan-Ligné Jordan Jolys Gurvan Queffelec Josselin Guyodo
Rémi Tresse Emmanuel Hardy ?