Le médecins du BLOC (anesthésistes, chirurgiens, obstétriciens), veulent créer un secteur unique de tarification plus attractif.

Le Bloc demande une forte hausse des tarifs opposables

Quentin Haroche| 11 Février 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/bloc-demande-forte-hausse-des-tarifs-opposables-2026a10004d4?ecd=wnl_all_260211_jim_daily-doctor_etid8096736&uac=368069PV&impID=8096736&sso=true

Ces chirurgiens, anesthésistes et obstétriciens veulent créer un secteur unique de tarification plus attractif.

Ils ne sont pas revenus de leur exil bruxellois les mains vides. En janvier dernier, les spécialistes de bloc s’étaient rendus à Bruxelles pendant quatre jours afin d’éviter d’être réquisitionnés dans le cadre du grand mouvement de grève (victorieux) qui avait traversé la médecine libérale. Un mois après être revenus de leur voyage outre-Quiévrain, les spécialistes ont finalement fait part du fruit de leurs réflexions bruxelloises.

Vendredi dernier, l’union syndicale Le Bloc, qui regroupe les chirurgiens de l’UCDF, les obstétriciens du Syngof et les anesthésistes de l’AAL, a en effet remis au Premier Ministre Sébastien Lecornu et à la ministre de la Santé Stéphanie Rist son plan pour « comprendre et valoriser les honoraires ». Comme son nom l’indique, l’idée maîtresse du plan est d’augmenter fortement les tarifs opposables des actes chirurgicaux, sans attendre la réforme de la nomenclature CCAM prévue pour 2027.

« Nous exerçons quasiment tous en secteur 2 avec des compléments d’honoraires qui sont presque obligatoires pour assurer notre équilibre économique » a rappelé le Dr Philippe Cuq, président du syndicat Le Bloc, en introduction de la présentation du plan. Le chirurgien refuse d’ailleurs d’utiliser le terme de « dépassements d’honoraires », qui « évoque une notion pas saine d’excès, d’interdit voire de fraude » selon lui, pour lui préférer le terme de « compléments d’honoraires ».https://013be62e3511e802493dab43dcc69276.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-45/html/container.html

Les spécialistes veulent augmenter les tarifs de plus de 80 %

L’idée principale du plan des spécialistes de bloc est finalement de faire en quelque sorte entrer ces compléments d’honoraires, devenus monnaie courante, dans le droit commun, en augmentant fortement les tarifs opposables, dont certains sont gelés depuis plus de 20 ans. Le syndicat Le Bloc propose ainsi d’intégrer dans le tarif tous les modificateurs déjà existants dans la nomenclature, augmentés d’une majoration de 40 % si le chirurgien ne réalise pas de dépassements d’honoraires. 

Président du Syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France (Syngof), le Dr Bertrand de Rochambeau a pris l’exemple de l’hystérectomie pour illustrer son propos. « Le tarif opposable brut est d’environ 350 euros. Avec les modificateurs, on arrive à 455 euros, et avec la valorisation de 40 %, à 637 euros » détaille-t-il. Cette hausse de tarif de 82 % peut paraître excessive, mais selon le gynécologue, « c’est un niveau de tarif équivalent aux honoraires courants en secteur 2 aujourd’hui, mais sans compléments d’honoraires ».

Une fois les tarifs fortement augmentés, les compléments d’honoraires deviendraient inutiles estiment les spécialistes. Ces derniers veulent aboutir à terme à la suppression du secteur 1, du secteur 2 et de l’Optam pour aboutir à un secteur unique « plateaux techniques lourds ». « Au bloc, vous pouvez exercer théoriquement en secteur 1, en secteur 2, en secteur 2 Optam-ACO et pour une spécialité en secteur Optam ! Cela nous paraît extrêmement compliqué en matière de compréhension et de lisibilité » argumente le Dr Cuq. « L’Optam est mort, fini, dans ma spécialité, le taux de désengagement est extrêmement fort » abonde dans le même sens le Dr Loic Kerdilles, président du syndicat des anesthésistes libéraux (AAL).https://013be62e3511e802493dab43dcc69276.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-45/html/container.html

L’intérêt de mettre en place un secteur unique « est que la Cnam garde la main sur ce secteur, au point de vue tarifaire » ajoute le Dr Cuq. Mais pour que le système reste attractif, il faudra que ces tarifs soient réévalués régulièrement ajoute le chirurgien. « Plus on augmente le tarif opposable, moins il y a de compléments d’honoraires » ajoute-t-il.

Les spécialistes de bloc menacent d’une nouvelle grève 

Les chirurgiens en ont conscience : cette hausse des tarifs risque de coûter cher à la collectivité, dans un contexte budgétaire morose pour la Sécurité Sociale. « Oui il va falloir que l’Assurance maladie paie plus, oui il va falloir que les complémentaires santé paient plus » reconnait le Dr Kerdilles. « Sinon on va se diriger tout droit vers une chirurgie à double vitesse » où seuls les plus aisés pourront être opérés dans des délais raisonnables en mettant la main au portefeuille prévient-il.

Pour que les complémentaires santé participent aussi à cet effort financier, Le Bloc préconise la création d’un contrat « bloc opératoire », par lequel les mutuelles devraient prendre en charge intégralement certains actes chirurgicaux. « Aujourd’hui il n’y a aucune assurance que les contrats responsables et solidaires participent au financement des compléments d’honoraires » constate le Dr Rochambeau. « Nous proposons que l’on négocie avec les complémentaires un remboursement plancher de ces compléments pour les actes de chirurgie, d’anesthésie et d’obstétrique. Ce contrat bloc opératoire permettrait de diminuer voire d’annuler le reste à charge pour tous les futurs opérés et accouchés ».

« Notre rôle est de faire des propositions qui devront être examinées par l’Assurance-maladie dans les prochains jours » a conclu ce vendredi le Dr Cuq. Mais les spécialistes préviennent : si ces revendications ne sont pas entendues, la grève que l’on a connue en janvier peut reprendre à tout moment. « Le mouvement a été suspendu, il n’a pas été arrêté. On est en capacité d’arrêter à tout moment encore nos blocs opératoires. On est toujours sur le pied de guerre. Les médecins des blocs opératoires sont en attente de décisions fortes pour essayer de calmer tout ça » avertit le Dr Kerdilles.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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