« Contre la loi Duplomb, une mobilisation inédite des médecins et scientifiques »
Date de publication : 11 février 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=33b7c4f40a22d0f72cd4b23cc3b94cdd&id_newsletter=23340&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23340&from=newsletter
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Esther Serrajordia constate dans La Croix que « la proposition de loi Duplomb, qui fait l’objet d’un débat sans vote à l’Assemblée nationale mercredi 11 février, a suscité de nombreuses réactions et mobilisations, notamment de la part des médecins et des scientifiques, qui se sont engagés contre la réintroduction de l’acétamipride ».
La journaliste explique ainsi que « des dizaines de rassemblements ont eu lieu samedi 7 février partout en France, et d’autres sont prévus ce mercredi 11 février. Dans les cortèges, médecins et professionnels de santé seront présents, prolongeant une mobilisation inédite du monde médical et scientifique contre la volonté du sénateur Laurent Duplomb de réautoriser deux insecticides suspectés d’être reprotoxiques, l’acétamipride et le flupyradifurone ».
Esther Serrajordia rappelle qu’« en mai 2025, plus de 1000 médecins, soignants et chercheurs avaient publié une lettre ouverte adressée aux ministres de la santé, de l’agriculture, du travail et de l’environnement pour exprimer leur opposition à la proposition de loi et alerter, plus largement, sur l’impact des pesticides sur la santé ».
« Les signataires rappelaient que l’Inserm, après l’analyse de plus de 500 articles, avait établi une «présomption forte» de lien entre l’exposition aux pesticides et certains cancers, ainsi que des troubles neurodégénératifs, pulmonaires et endocriniens », précise la journaliste.
Maxime Molina, président du directoire de la Fondation pour la recherche médicale, déclare que « même si l’on peut encore débattre des impacts précis de certains pesticides, le niveau de preuves concernant l’acétamipride – qui traverse la barrière placentaire et la barrière hémato-encéphalique – est déjà suffisant pour susciter de réelles inquiétudes pour la santé ».
Esther Serrajordia évoque en outre un « acte symbolique de la protestation médicale : le 30 juillet, le conseil national de l’Ordre des médecins […] a publié un communiqué affirmant que «le doute» n’était «pas raisonnable» et déplorant «l’écart persistant entre les connaissances scientifiques disponibles et les décisions réglementaires», qui compromet, selon eux, «l’application effective du principe constitutionnel de précaution» ».
Le Dr Didier Spindler, vic
e-président « santé environnementale », explique ainsi que « dans leur pratique, tous les médecins observent les effets directs de la qualité de l’environnement sur la santé. L’Ordre était dans son rôle en alertant sur des enjeux désormais impossibles à ignorer ».
Loi Duplomb : sept mois après, la pétition record sur l’agriculture enfin débattue à l’Assemblée nationale
Alors que 2,1 millions de Français ont manifesté en 2025 leur opposition à la loi prévoyant notamment la réintroduction de plusieurs pesticides interdits, l’Assemblée nationale organise, mercredi 11 février, un débat non contraignant, mais très attendu.
Par Mathilde Gérard, Laurence Girard et Robin Richardot
Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 09h54 https://infos.lemonde.fr/optiext/optiextension.dll?ID=VFIKl0j-j9DPRmoT2SEfWI4sU9ifjhivlwHR5QTLag8IBeU3sPswiQevtt3llt3q3yZt7sMaYoqQyXD5jJtbgVYuxn1NBgfyKdud98_z
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Sept mois après la pétition record appelant à abroger la loi visant à « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteurs », dite « loi Duplomb », qui avait recueilli en quelques semaines plus de 2,1 millions de signatures durant l’été 2025, ce texte revient au Palais-Bourbon, mercredi 11 février, pour un débat symbolique, mais très attendu.
Déposée le 10 juillet 2025 sur le site de l’Assemblée nationale par une étudiante de 23 ans, deux jours après l’adoption définitive de la loi, la pétition avait rapidement atteint des records. Pour la première fois, une telle initiative dépassait le seuil des 500 000 signatures, ouvrant la voie à la possibilité d’un débat devant la représentation nationale.
La loi Duplomb avait été au cœur de vives discussions tout au long de son examen. La version votée par le Parlement prévoyait notamment la réintroduction, sous certaines conditions, de trois pesticides interdits de la famille des néonicotinoïdes, ainsi que des facilitations pour agrandir les élevages et construire des ouvrages de stockage de l’eau. Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel avait censuré la réintroduction des néonicotinoïdes au nom du droit à vivre dans un environnement sain, jugeant la disposition insuffisamment encadrée.
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A la rentrée parlementaire, le 17 septembre 2025, les députés de la commission des affaires économiques avaient unanimement validé la tenue d’un débat en séance. Même chez les défenseurs de la loi, personne n’avait osé s’y opposer vu l’ampleur de la pétition. Prévu pour l’automne 2025, le débat a finalement fait les frais de l’instabilité politique et des complexités de l’agenda parlementaire en plein tunnel budgétaire.
Paradoxalement, ce report permet au débat de ne pas être noyé au milieu de discussions sur le budget et de s’inscrire dans une actualité agricole à nouveau très dense : cet hiver a vu se multiplier les manifestations contre le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) et contre la gestion sanitaire de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse affectant les bovins.
Une nouvelle « provocation » du sénateur Duplomb
Surtout, une nouvelle séquence législative s’ouvre avec l’annonce, pour le printemps, d’un projet de loi d’urgence agricole, dont le contenu devrait être présenté, fin février, au Salon de l’agriculture, et le dépôt, le 30 janvier, par le sénateur (Les Républicains) de la Haute-Loire Laurent Duplomb, d’une nouvelle proposition de loi (PPL) visant le retour de deux insecticides, l’acétamipride et le flupyradifurone.
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Interrogé le 8 février par la presse quotidienne régionale, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a assuré que la nouvelle proposition ne serait pas intégrée au projet de loi d’urgence : « Non, car si [cette proposition de loi] peut résoudre certains problèmes, elle en pose aussi d’autres », a-t-il déclaré. « On ne peut pas faire comme si une pétition n’avait pas réuni 2 millions de signataires. Il faut aussi entendre l’inquiétude de ces Français qui nous ont alerté », a souligné le 11 février sur France 2 la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Les groupes de gauche à l’Assemblée nationale, mais aussi le MoDem, voient dans cette PPL une nouvelle « provocation » du sénateur de la Haute-Loire juste avant le débat sur la pétition. L’élue Aurélie Trouvé (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) dénonce une « charge trumpiste qui nie l’avis de sociétés savantes et du Conseil de l’ordre des médecins », qui avaient pris position contre le texte. Pour la corapporteuse du débat du 11 février, la discussion servira de « prologue » à l’examen de ces textes. « Le débat est rouvert, puisque le gouvernement annonce une loi d’urgence qui est pire que la loi Duplomb et ira encore plus loin dans la captation de l’eau pour quelques-uns au détriment de l’intérêt général », estime l’élue.
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Pour autant, ce débat en séance n’aura pas de traduction contraignante. Les défenseurs du texte ont déjà prévenu qu’il ne s’agissait pas de faire le match retour d’une loi déjà promulguée. Alors quel intérêt ? Premièrement : avoir enfin un débat dans l’Hémicycle sur la loi Duplomb, ce qui n’avait pas pu être le cas lors de la navette parlementaire. Face à ce qu’ils qualifiaient d’obstruction de la gauche, tous les autres groupes de l’Assemblée avaient décidé de rejeter le texte avant toute discussion (une première, là aussi). « Il faut que ce débat soit utile pour le monde agricole. Si c’est pour refaire un pugilat où chacun vient avec ses contrevérités, ça n’aura pas grand intérêt », juge Stéphane Travert, député (Ensemble pour la République, Manche) et président de la commission des affaires économiques.
Le député Dominique Potier (Parti socialiste, Meurthe-et-Moselle) attend de ce débat qu’il soit « l’occasion d’une halte au feu. On a fini par opposer de façon violente le monde paysan avec les partisans de l’environnement et de la santé, c’est une folie. Il est urgent de dresser des chemins de réconciliation, et il y a une profonde responsabilité du gouvernement d’avoir cédé à la logique de la force ».
Des enjeux qui touchent tous les citoyens
Pour nombre d’organisations de la société civile qui se sont mobilisées contre le texte, l’enjeu est de faire converger les préoccupations citoyennes sur l’environnement et la santé avec la défense de la profession agricole. « La question est celle du modèle agricole et du nombre d’exploitations que l’on vise à l’avenir, estime Sandy Olivar Calvo, chargée de campagne agriculture à Greenpeace. L’acétamipride cristallise une attente très forte, mais, derrière, le sujet c’est aussi le partage de l’eau et l’industrialisation de l’élevage. » Samedi 7 et dimanche 8 février, des dizaines de rassemblements en France ont été l’occasion de rappeler que ces enjeux touchent tous les citoyens.
De son côté, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), qui a largement inspiré les propositions de la loi Duplomb, entend rappeler à la veille du débat que « la France perd de la production agricole face à ses principaux compétiteurs, souligne Hervé Lapie, secrétaire général du syndicat. Dans un marché unique, il faut des règles uniques. Est-ce que le débat sera centré sur la réalité technique et scientifique ou sur l’émotion en s’emparant du sujet de la santé ? »
Au-delà de ces enjeux, plusieurs parlementaires s’interrogent, tout comme la présidence de l’Assemblée nationale, sur la façon adéquate de répondre à la participation citoyenne. Lors de ses vœux à la presse, le 22 janvier, Yaël Braun-Pivet (Renaissance) avait lancé un appel pour abaisser les seuils du référendum d’initiative partagée (RIP), qui demande actuellement le soutien de 10 % du corps électoral, soit 4,8 millions de signatures environ. « C’est très compliqué à atteindre. On m’avait glissé à l’oreille que ça avait un peu été fait exprès pour qu’on n’en organise pas. Ce n’est pas possible, on ne peut pas flouer les gens, avait réagi la présidente de l’Assemblée. Typiquement sur la loi Duplomb, si le seuil était à un million par exemple, c’est un référendum qui aurait été enclenché, et pas une pétition. Et ça aurait eu une autre portée. »
Le 2 février, une nouvelle pétition a été lancée sur le site de l’Assemblée nationale. « Non, c’est non, Monsieur Duplomb ! », martèle-t-elle. Au matin du 11 février, elle dépassait les 100 000 signataires.