Les Vulnérabilités sociales territoriales

Cahiers de recherche Caisse des dépôts – Institut pour la recherche

Analyste territorial, Olivier Portier est consultant et le créateur et coordinateur de l’Observatoire des Impacts Territoriaux des Crises (OITC).

Une approche intégrée des questions économiques et sociales territoriales encastrées dans les problématiques énergétiques et environnementales de façon à produire une analyse systémique et transversale des dynamiques territoriales.

https://www.caissedesdepots.fr/sites/ms-cdc-fr/files/2026-01/Cahier_de_recherche-Les_vulnérabilites_sociales_territoriales.pdf

Contexte général

La période actuelle est marquée par un enchevêtrement. de tensions économiques, sociales, identitaires et géopolitiques qui renforcent les fragilités structurelles de nombreux territoires. Le ralentissement économique, déjà qualifié de « crise larvée » par plusieurs économistes, coexiste avec une montée des inégalités et une intensification complexe des fractures socio-spatiales.

Les indicateurs nationaux confirment cette dégradation.

En 2023, le taux de pauvreté en France métropolitaine atteint 15,4 %, représentant 9,8 millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté monétaire. C’est son niveau le plus élevé depuis 1996. Début 2024, 12,7 % de la population subit une privation matérielle et sociale, et 21,4 % déclare rencontrer des difficultés pour finir le mois (INSEE, 2024).

À ces signes de fragilités socio-économiques s’ajoutent les vulnérabilités liées au logement, à la mobilité, à la santé, au vieillissement… qui se recomposent différemment selon les territoires.

Problématique

Les situations territoriales sont extrêmement hétérogènes : certains territoires présentent des fragilités cumulées de longue date, d’autres connaissent une dégradation récente liée aux transitions énergétiques, démographiques ou environnementales, et d’autres encore concentrent des vulnérabilités invisibles, masquées par des indicateurs globaux mais visibles à l’échelle fine.

Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas d’entrer dans un débat conceptuel sur la définition de la vulnérabilité sociale déjà largement traitée par les sciences sociales mais de proposer une approche intégrée, opérationnelle et reproductible, capable d’éclairer la prise de décision, notamment publique.

La problématique centrale est donc la suivante : comment

interpréter, comparer et cartographier les vulnérabilités sociales territoriales de manière transversale, statistiquement robuste et adaptée aux différentes échelles de décision ?

Notre approche : une lecture multiscalaire et transversale des vulnérabilités sociales

L’approche méthodologique proposée a été conçue pour être entièrement multiscalaire, c’est-à-dire mobilisable à tous les niveaux géographiques : de l’échelle communale, pour capter les phénomènes fins, les fragilités invisibles et les effets de micro-territoires aux échelles départementale et régionale, pour éclairer les stratégies de politique publique et les mécanismes de coordination territoriale en passant par le niveau intercommunal, niveau pertinent pour les politiques locales de solidarité, de logement, de mobilités et d’aménagement.

Cette approche apparait centrale pour trois raisons :

> les vulnérabilités sociales n’apparaissent pas à la même échelle : certaines sont diffuses et ne se révèlent qu’au niveau communal ; d’autres reflètent des déséquilibres structurels perceptibles seulement à des échelles plus larges.

>  les politiques publiques se décident et s’appliquent à plusieurs niveaux, et nécessitent des indicateurs comparables et superposables.

>  la robustesse de l’analyse dépend de la capacité à articuler différentes échelles, afin d’éviter les biais et d’isoler les vulnérabilités réelles des effets de structure.

Elle a également été conçue pour appréhender les vulnérabilité sociales de façon transversale et multithématique, ce qui constitue un impératif méthodologique dès lors que celles-ci ne se manifestent jamais isolément mais résultent d’interactions complexes entre facteurs démographiques, économiques, sociaux et institutionnels.

Une lecture strictement sectorielle tend à fragmenter ces réalités et à invisibiliser les mécanismes systémiques qui produisent, entretiennent ou accentuent les fragilités territoriales. À l’inverse, une approche intégrée permet de mettre au jour les enchaînements causaux, les effets cumulatifs et les différenciations spatiales qui structurent les situations de vulnérabilité, en révélant par exemple comment la précarité économique se combine avec les dynamiques de marché du logement, les conditions d’accès aux services ou les trajectoires familiales.

C’est cette vision d’ensemble, articulant les différentes dimensions des vulnérabilités, qui offre les clés pour comprendre la diversité des situations locales et, surtout, pour orienter des réponses publiques mieux ciblées, plus cohérentes et véritablement opératoires.

Dans cette perspective, le rapport propose :

•  une lecture synthétique des vulnérabilités sociales à partir d’un indice composite produit à plusieurs échelles géographiques ;

•  une analyse thématique des principales dimensions de la vulnérabilité sociale

Indice thématique de vulnérabilité santé:

L’indice thématique de santé se distingue par sa capacité à articuler deux dimensions complémentaires : d’une part, des indicateurs décrivant l’état de santé des populations, qui éclairent la prévalence des fragilités sanitaires ; d’autre part, le niveau d’accessibilité aux soins courants, qui conditionne la prise en charge effective.

La combinaison de ces deux volets permet d’identifier les territoires où des besoins élevés se heurtent à une offre médicale insuffisante, révélant des zones de vulnérabilité sanitaire particulièrement critiques.

La géographie qui en découle met en évidence de fortes fragilités le long du « Y du vide », sur les franges intérieures de la Normandie (notamment l’Orne), de l’ex Languedoc-Roussillon et de PACA, en Corse, dans le centre Bretagne et dans les Outre-mer (hors La Réunion), où les difficultés d’accès aux soins jouent un rôle déterminant.

À l’inverse, les périphéries métropolitaines et, fait notable, les métropoles elles-mêmes grâce à leur haut niveau d’accessibilité , les territoires alpins, des Pyrénées orientales et littoraux apparaissent nettement plus préservés.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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