Dépenses de santé : une dérive préoccupante selon l’Insee ! (par Frédéric Bizard économiste de la santé)
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8735252
Une étude très éclairante de l’Insee analyse l’évolution de la structure
des dépenses publiques en France entre 2014 et 2024.
https://lnkd.in/gbpgepSS
Cela nous rappelle que la dépense de santé est une dépense publique, parmi toutes les autres : la distinction artificielle entre dépenses sociales (PLFSS) et dépenses de l’État (PLF) fausse l’appréciation générale des dépenses.
Les dépenses de santé représentent le deuxième poste, toutes
dépenses publiques confondues, après les retraites, avec 261 Mrds € en 2024.
Entre 2014 et 2024, elles ont
augmenté de 83 milliards d’euros, soit +45 % sur la période, contre +36 % pour le PIB(en valeur
nominale). Autrement dit, les dépenses de santé ont progressé en moyenne près d’un point de plus par an que le PIB depuis 2014.
En 2024, sur un total de 1
672 milliards d’euros de dépenses publiques (soit 57
% du PIB), les dépenses de santé représentent 15,6
%, c’est-à-dire près d’un euro sur six. En 2014, leur part
s’élevait à 14,3 %, soit un écart de 1,6
point en dix ans.
Cet écart est de très loin le plus élevé parmi les grandes catégories de dépenses publiques. À titre de comparaison, le second poste en hausse relative — la défense — n’affiche qu’un écart de 0,4 point, soit quatre fois moins.
Pas d’effet Covid direct puisque la période enjambe la crise.
Deux constats s’imposent :
· Cette croissance exceptionnellement rapide des dépenses s’est accompagnée d’une dégradation marquée de la qualité des services de santé et de la compétitivité des industries de santé;
· La situation financière de l’assurance maladie (15 milliards d’euros de déficit structurel) et des hôpitaux publics (3 milliards d’euros de déficit) n’a jamais été aussi dégradée.
Les discours rassurants peuvent être appréciables, mais l’Insee rappelle ici un principe de réalité : la hausse des dépenses de santé se fait au détriment d’autres politiques publiques, et si ces dépenses ne sont pas efficientes, il devient urgent de repenser l’usage de cet argent public.