Principale mesure en faveur de l’accès aux soins du gouvernement Lecornu, la création du réseau France Santé est perçue comme un gadget inutile

A peine créé, le réseau France Santé suscite déjà le rififi

Quentin Haroche| 05 Février 2026

Principale mesure en faveur de l’accès aux soins du gouvernement Lecornu, la création du réseau France Santé est perçue comme un gadget inutile par de nombreux médecins.

i C’était le 13 septembre dernier. Sébastien Lecornu, tout juste nommé Premier Ministre (et encore relativement méconnu des Français) effectuait l’un de ses tous premiers déplacements en tant que chef du gouvernement à Mâcon. En Saône-et-Loire, le nouveau locataire de Matignon avait profité de la visite d’un centre de santé pour annoncer sa grande mesure en faveur de l’accès aux soins, un sujet de préoccupation majeure pour les Français : la création, d’ici 2027, d’un réseau de 5 000 centres de santé à travers la France, appelé « France Santé », permettant d’assurer à chaque habitant la présence d’une offre de santé à moins de 30 minutes de chez lui

Depuis, la mise en place de ce réseau a été financée à hauteur de 130 millions d’euros via la loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS), qui prévoit d’accorder 50 000 euros à chaque centre ou maison de santé appartenant au réseau France Santé. Bien loin d’être un grand chantier visant à augmenter l’offre de soins en France, la création de ce réseau consiste en effet uniquement à labelliser des structures de soins déjà existantes. Pour bénéficier du label « France Santé » et donc des 50 000 euros, un centre doit satisfaire plusieurs critères : garantir la présence d’une infirmière, être ouvert au moins cinq jours par semaine, assurer des consultations sans dépassements d’honoraires, proposer des rendez-vous dans les 48 heures et participer au service d’accès aux soins (SAS).

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Une « escroquerie manipulatoire » selon le Dr Marty

Pour beaucoup d’observateurs et d’acteurs du monde de la santé, ce label « France Santé » n’est donc finalement qu’une plaque apposée sur la façade d’un centre de santé, qui ne changera rien ni aux conditions de travail des soignants, ni aux difficultés d’accès aux soins des patients. Avec son franc parler habituel, le Dr Jérôme Marty, président de l’UFML, qualifie ainsi ce nouveau dispositif d’ « escroquerie manipulatoire ». « Cent-cinquante millions d’argent public balancé pour faire croire à une résolution des déserts » dénonce le généraliste sur X. « Actuellement on labellise n’importe quoi y compris des maisons de santé pas encore construites ou des maisons de santé avec un seul médecin et aux 35 heures, on labellise des pharmacies. On laisse à croire aux Français qu’ils seront à moins de deux heures d’une structure de soins, mais elles existent déjà. On n’augmente pas le nombre de soignants, mais l’apparence sera sauve, on aura créé des centaines de structures labellisées. Et je vous l’affirme, cela ne résoudra rien ! ».null

Du côté des infirmières, la création de ce réseau n’est également pas toujours vue d’un très bon œil. La Fédération Nationale des infirmières (FNI) y voit ainsi un moyen pour les autorités sanitaires d’imposer leurs règles aux centres de santé et de contourner les négociations conventionnelles, puisque ce sont elles qui définissent unilatéralement les critères d’adhésion au réseau France Santé. nullnull

« En conditionnant la reconnaissance et le financement des structures de soins à des avenants imposés ou rédigés par arrêté, le gouvernement prend le risque de délégitimer le label “France Santé” dès sa création » dénonce la FNI dans un communiqué paru en novembre dernier. « Loin de renforcer la confiance entre les acteurs de terrain et les pouvoirs publics, cette méthode affaiblit la démocratie sanitaire et détourne le principe de contractualisation qui devait fonder ce nouveau réseau ». Le syndicat demande que les critères d’adhésion au réseau France Santé soient définis à l’issue de négociations dans « des délais réalistes, permettant un échange de fond » et dans « le respect de l’autonomie conventionnelle des partenaires sociaux ».

L’inquiétude des centres de santé participatifs

L’idée d’homogénéiser le fonctionnement des centres de santé à travers leur intégration dans le réseau France Santé inquiète également les soignants membres des « structures d’exercice coordonné participatif » (Sec-Pa). Créés à titre expérimental en 2021, ces centres installés dans des quartiers populaires ont pour mission d’améliorer l’accès aux soins des populations défavorisées. Au nombre de 26 en France, ils bénéficient d’une dotation annuelle spéciale de 14 millions d’euros.null

Mais après quatre ans de bons et loyaux services, le gouvernement a annoncé jeudi dernier mettre fin à l’expérimentation de ces structures. Ce mardi, le Premier Ministre Sébastien Lecornu a confirmé que ces centres de santé « seront bien pérennisés et financés » mais sans préciser comment. Il semble cependant que l’on s’achemine vers l’intégration de ces 26 structures dans le réseau France Santé, ce qui n’enchante guère les principaux intéressés. « On va recevoir 50 000 euros de subvention et après on ne sait rien ! Comment allons-nous faire ? On va devoir licencier nos cinq salariés » regrette le Dr Laure Cescon, médecin généraliste au sein d’une de ces maisons de santé installée dans le 18èmearrondissement de Paris.

Ce jeudi, le personnel des quatre maisons de santé Sec-Pa de région parisienne vont organiser une manifestation pour protester contre leur probable intégration dans le réseau France Santé. Dans leur combat, ils ont notamment reçu le soutien du syndicat MG France. « Comment diminuer les financements en faisant semblant de les augmenter ? En réduisant l’enveloppe de l’expérimentation SECPA par la magie de France Santé. Mettre en péril les équipes afin de les pousser vers une labellisation France santé n’est pas acceptable » dénonce le premier syndicat chez les médecins généralistes. 

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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