Matériaux critiques : l’UE est encore loin de réduire sa dépendance
La Cour des comptes européenne a analysé la mise en œuvre du règlement visant à réduire la dépendance en matériaux nécessaires à la transition énergétique. Le constat est sans appel : l’Europe est encore loin du compte.
Energie | 02.02.2026 |https://www.actu-environnement.com/ae/news/materiaux-critiques-essentiels-energie-approvisionnement-mine-recyclage-47459.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8Mzk0MA%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

© AnastasiiaLes efforts de diversification des importations de matières premières critiques sont sans effet, selon la Cour des comptes européenne.
Alors que l’Europe vise un objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables dans son mix en 2030, elle dépend encore fortement de 26 matières premières essentielles aux technologies de transition. En 2024 et en 2025, l’Union européenne s’est donc dotée d’un arsenal réglementaire pour réduire sa dépendance en matières premières critiques essentielles à son économie, notamment à la transition énergétique. Le règlement
Critical raw materials act, puis le plan d’action ReSourceEU visent ainsi à diversifier les approvisionnements, développer une production domestique et déployer des solutions alternatives à ces matériaux critiques. Mais « les efforts de diversification des importations sont sans effet » jusque-là, juge la Cour des comptes européenne dans un rapport publié le 2 février. Le bilan n’est pas davantage positif sur la production intérieure. Enfin, le « recours à la substitution et au recyclage est encore insuffisant ». À ce rythme, « l’UE aura donc du mal à sécuriser, d’ici la fin de la décennie, l’approvisionnement en matières premières stratégiques dont elle a besoin », concluent les auteurs du rapport.
Des partenariats stratégiques mais peu de concrétisation
Malgré les efforts pour diversifier les approvisionnements et nouer de nouveaux partenariats stratégiques, dix des 26 matières essentielles pour les ENR sont encore importées à 100 %. « La situation est grave tant nous dépendons aujourd’hui d’une poignée de pays tiers [comme la Chine, la Turquie, le Chili] pour l’approvisionnement de ces matières », souligne Keit Pentus-Rosimannus, l’une des auteurs du rapport. Et de s’interroger sur un règlement aux objectifs non contraignants, prenant en compte des matières premières considérées comme stratégiques, sans clarté sur le choix des matériaux jugés stratégiques et sur la définition des objectifs à atteindre. Le tellure et l’indium n’y figurent pas alors que de nombreux autres pays les jugent critiques en termes d’approvisionnement. La Cour des comptes européenne recommande donc de renforcer la fiabilité des listes de matières premières essentielles et d’affiner les estimations des besoins futurs.
Les principaux pays fournisseurs de l’UE en matières premières critiques.© Cour des comptes européenne
Plus concrètement, l’UE a signé 14 partenariats stratégiques au cours des cinq dernières années, « dont sept avec des pays ayant des scores de gouvernance médiocres » (RDC, Ouzbékistan, Kazakhstan, Zambie…). Et, sur le même temps, les importations en provenance de ces pays partenaires ont diminué pour la moitié des matières premières examinées, indique la Cour. D’autres partenariats sont en attente de concrétisation, à l’instar de l’accord Mercosur, pas encore ratifié par les États, mais qui pourrait accroître les échanges avec des pays « riches en matières premières critiques », comme l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay. Enfin, d’autres discussions sont « au point mort », notamment avec les États-Unis, depuis la réélection de Donald Trump.
Peu d’exploration, de transformation et de recyclage
L’UE s’est également fixé comme objectif d’accroître sa production domestique pour couvrir 10 % de ses besoins en 2030 via l’extraction et 40 % via la transformation. Des objectifs inatteignables, jugent les auteurs du rapport.“ Lorsque de nouveaux gisements sont découverts, il faut parfois jusqu’à vingt ans pour qu’un projet minier européen devienne opérationnel ”Cour des comptes européenne
Aujourd’hui, si le secteur minier européen est en développement, les projets sont très longs à aboutir, freinés par « des obstacles financiers, juridiques et administratifs », note le rapport. Les explorations sont jugées insuffisantes et « lorsque de nouveaux gisements sont découverts, il faut parfois jusqu’à vingt ans pour qu’un projet minier européen devienne opérationnel », souligne le rapport.
Les activités de transformation sont, quant à elle, « quasiment à l’arrêt », car peu compétitives par rapport aux importations. Résultat : aucune terre rare utilisée en Europe n’y est transformée. Plusieurs actions ont été mises en place pour améliorer la situation, mais elles n’ont pas encore porté leurs fruits. « L’UE risque de se trouver prise dans un cercle vicieux. Le manque d’approvisionnement empêche le développement des projets de transformation, qui lui-même sape la motivation à sécuriser l’approvisionnement », préviennent les auteurs.
Enfin, l’objectif de 25 % de matières premières stratégiques consommées issues du recyclage semble irréaliste : les taux de recyclage de sept des 26 matières stratégiques sont actuellement compris entre 1 et 5 %. Dix autres matériaux ne sont pas recyclés du tout. L’objectif, définit globalement, ne pousse pas à trouver des solutions pour les matières les plus complexes à recycler (terres rares dans les véhicules électriques ou palladium dans l’électronique), pointe le rapport. Par ailleurs, les filières de recyclage peinent à être compétitives face aux importations. La Cour recommande d’introduire des objectifs de recyclage lorsque c’est techniquement possible, comme le fait le règlement sur les batteries pour le cobalt, le cuivre, le nickel et le lithium, et d’encourager l’innovation.
Sophie Fabrégat, journaliste
Cheffe de rubrique énergie / agroécologie