« Risques pour la santé, efficacité dans l’arrêt du tabac, danger pour les jeunes… La vérité sur le vapotage en 12 questions »
Date de publication : 4 février 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=75c7610c45bf84bd3c437b0e8eeb7f04&id_newsletter=23301&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23301&from=newsletter
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Apolline Le Romanser se penche dans Libération sur la cigarette électronique : « On l’a vue apparaître dans les années 2000, et elle s’est aujourd’hui installée dans les usages. En 2024, environ 7,9% de personnes de 18 à 79 ans déclaraient vapoter, dont 6,1% quotidiennement. Pas au point de dépasser le tabac (24% de fumeurs dont 17% quotidiens). Mais la progression est constante ».
La journaliste note cependant que « son ambiguïté dérange : côté pile, elle est bien moins dangereuse pour la santé que le tabac et s’est révélée une aide précieuse pour arrêter de fumer ; côté face, des questions demeurent sur ses risques ».
Apolline Le Romanser fait savoir que « l’Anses publie […] une expertise d’ampleur inédite sur les risques pour les consommateurs des produits du vapotage. Toxicité, sevrage, danger spécifique pour les jeunes… Libération a épluché les données scientifiques disponibles ».
La journaliste retient ainsi que « la cigarette électronique est bel et bien susceptible d’entraîner des risques pour la santé. […] Les études montrent des effets cardiovasculaires «probables», c’est-à-dire que beaucoup de données vont dans ce sens sans en apporter la preuve. En l’occurrence, la pression artérielle et la fréquence cardiaque d’un vapoteur [sont] susceptible[s] d’augmenter à court terme, mais rien n’atteste que la vape provoque des maladies chroniques comme l’hypertension ou les pathologies cardiaques ».
Apolline Le Romanser ajoute que « côté respiratoire, l’expertise de l’Anses évoque des effets «possibles» (moins étayés encore que les «probables»). La cigarette électronique pourrait ainsi favoriser le développement de la BPCO. […] Chez les femmes enceintes, le vapotage pourrait affecter le cœur, les vaisseaux sanguins et l’appareil respiratoire du fœtus ».
« Enfin, certaines publications montrent un lien entre la vape et des mutations biologiques qui favorisent les premières étapes d’un cancer. Mais, «à ce jour», aucune étude «n’a mis en évidence le développement de tumeurs» », remarque Apolline Le Romanser.
La journaliste explique en outre qu’« une autre publication avec des auteurs de l’Anses avait identifié en 2025 plus de 1500 substances chimiques potentiellement présentes dans les e-liquides (…) ou dans les émissions de vapoteuses, dont une centaine particulièrement préoccupantes ».
Apolline Le Romanser précise que « dans les composants du liquide, il y a d’abord la base (de la glycérine végétale et du propylène glycol qui servent notamment à former la vapeur). Problème : quand elle chauffe, «elle forme des aldéhydes [des gaz classés cancérogènes certains ou probables, ndlr], qui se fixent sur les voies respiratoires, puis se dégradent», décrit [le pharmacien] Thibault Mansuy ».
La journaliste souligne de plus qu’« en l’état actuel des connaissances, les risques associés à l’usage de la vapoteuse ne sont pas aussi graves que ceux du tabac, confirme l’Anses. La fumée d’une cigarette traditionnelle contient environ 7000 composés chimiques différents, dont 93 reconnus comme cancérigènes et nocifs sur les systèmes cardiovasculaire, respiratoire, digestif. Chaque année, 75.000 morts sont attribuables au tabac en France (soit 13% des décès), dont 45.000 par cancers ».
« Les scientifiques n’ont pas l’équivalent de ces données pour l’e-cigarette, mais une chose est sûre : elle ne nécessite pas cette combustion responsable de l’essentiel des substances toxiques du tabac. Le liquide chauffe, mais ne brûle pas », poursuit Apolline Le Romanser.
Le Parisien s’interroge aussi : « La cigarette électronique, vraiment sans danger ? Le vrai du faux de ses effets néfastes sur la santé ».
Nicolas Berrod observe ainsi : « La cigarette électronique est moins nocive que la cigarette classique. Vrai. La vapoteuse ne produit ni monoxyde de carbone ni goudron, ce qui la rend beaucoup moins dangereuse pour la santé que le tabac ».
Le journaliste note en outre : « Vapoter n’entraîne aucun risque accru de cancer. En partie vrai. Moins risqué ne veut pas forcément dire sans le moindre risque. Le tabagisme est responsable de 8 cancers au poumon sur 10. Et le vapotage ?
L’Anses souligne d’emblée qu’«aucune étude menée chez les utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence le développement de tumeurs».
En revanche, des travaux expérimentaux chez l’animal et «quelques études» chez l’humain montrent «la survenue possible de modifications biologiques compatibles avec les premières étapes de cancérogenèse». […] Mais attention, insiste l’agence : «Ces observations ne permettent ni de prédire la survenue d’un cancer, ni d’établir un lien de causalité» ».
Nicolas Berrod remarque par ailleurs : « Le vapotage passif est sans risque. On ne sait pas. […] L’Anses ne s’est pas penchée spécifiquement sur ce vapotage passif, «peu documenté» ».
La tabacologue Marion Adler précise qu’« on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de particules de monoxyde de carbone, de goudron ni d’autre produit néfaste à proximité », mais elle « conseille toujours de ne pas vapoter près d’un enfant. […] Rien ne montre que le vapotage passif est toxique, mais on n’a pas encore assez de recul pour dire qu’il n’y a aucun risque ».
Le vapotage dangereux pour la santé… mais utile comme substitut nicotinique
Quentin Haroche| 04 Février 2026 substitut-nicotinique-2026a10003k1?ecd=wnl_all_260210_jim_cardio_
Dans son dernier rapport, l’Anses conclut que la cigarette électronique présente certes des effets nocifs sur la santé, mais qui restent bien moindres que ceux de la cigarette classique
Le débat continue sur la place à donner à la cigarette électronique dans le sevrage tabagique. Depuis l’apparition des e-cigarettes sur le marché il y a une quinzaine d’années, les tabacologues sont divisés, entre ceux qui estiment que la cigarette électronique n’est qu’un ersatz de cigarette à proscrire et ceux qui pensent qu’elle peut être un moyen efficace d’arrêter de fumer. L’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a apporté sa contribution au débat en publiant ce mercredi un rapport sur les dangers du vapotage.
La publication de ce rapport intervient dans un contexte de large diffusion de la e-cigarette : selon le dernier baromètre de Santé Publique France (SPF) 2024, près de 6 % des adultes français vapotent quotidiennement, soit 3 millions de personnes. Si les vapoteurs adultes sont généralement des fumeurs ou des anciens fumeurs, ce sont un tiers des vapoteurs adolescents qui n’ont jamais fumé de cigarettes « classiques » de leur vie.
Les 14 experts de l’Anses ont analysé plus de 3 000 études scientifiques sur les effets du vapotage. Conclusion : la consommation de cigarette électronique est bien nuisible à la santé, avec ou sans nicotine. Les dangers de la cigarette électronique sont en effet dus à l’inhalation de substances toxiques émises durant le vapotage (des aldéhydes) et qu’on retrouve dans tous les produits du vapotage. null
Des effets néfastes sur le cœur, les poumons et les fœtus
Dans le détail, ils estiment « probable » (mais non certain) que le vapotage avec nicotine ait des effets cardiovasculaires, comme l’augmentation de la pression artérielle ou l’altération des vaisseaux sanguins, qui pourraient notamment accroitre le risque d’AVC. « Les effets de la nicotine sont bien connus et ont été documentés avec d’autres substituts, mais on retrouve aussi des effets similaires dans le cadre du vapotage sans nicotine » précise Thibault Mansuy, un des experts de l’Anses.nullnull
L’étude estime également « possible » (soit un niveau de preuve moindre) que le vapotage ait des effets sur les voies respiratoires le système cardiovasculaire et la cancérogenèse, que la cigarette électronique contienne de la nicotine ou non. Le vapotage pourrait notamment favoriser le risque de développer une BPCO. Enfin, chez les femmes enceintes, le vapotage pourrait possiblement avoir des effets sur le développement cardiovasculaire et respiratoire du fœtus.
Les experts de l’Anses insistent sur les difficultés à déterminer avec certitude les risques de la cigarette électronique à long terme et notamment si le vapotage provoque des maladies chroniques ou des cancers. C’est notamment lié au fait que la consommation de cigarette électronique est relativement récente et que la plupart des vapoteurs sont également des fumeurs ou des anciens fumeurs. « La distinction entre les effets spécifiques du vapotage et ceux du tabac fumé est complexe à étudier en raison des parcours d’usage, la quasi-totalité des vapoteurs adultes étant encore fumeurs ou anciens fumeurs » explique l’Anses. Ainsi, les experts concluent que « les données disponibles ne permettent pas à ce jour de conclure à un possible effet cancérogène de la cigarette électronique ».null
Une « option transitoire » pour les fumeurs
Une seule chose est certaine : le vapotage est moins dangereux pour la santé que le tabac fumé, pour lequel « les effets sanitaires sont à la fois graves, avérés et très documentés ». En termes de politiques publiques, l’Anses appelle donc à opérer une distinction entre deux populations : les jeunes et les non-fumeurs d’un côté, les fumeurs de l’autre. Pour les premiers, l’Anses estime nécessaire « d’écarter les actions susceptibles d’encourager à s’initier au vapotage » et « d’éviter toute forme de banalisation de la cigarette électronique ». Cela doit passer par un meilleur contrôle du contenu des liquides de vapotage et « l’application effective des dispositions existantes interdisant la vente aux mineurs, la publicité et la promotion des produits du vapotage » préconise l’Anses.
En revanche, pour les fumeurs, les experts reconnaissent que « la cigarette électronique peut être envisagée comme une option transitoire pour les personnes rencontrant des difficultés à arrêter de fumer ». « Son utilisation doit s’inscrire dans une démarche de sevrage tabagique, en usage exclusif » dont le but est d’aboutir à l’arrêt total de la consommation de tabac, y compris par vapotage. L’Anses estime sur ce point nécessaire de renforcer la formation des professionnels de santé concernés (tabacologues et généralistes) sur les produits du vapotage.
Enfin, l’agence s’oppose à une hausse des taxes sur les liquides de vapotage, un temps envisagé par le gouvernement, car cela pourrait conduire certains consommateurs à se reporter « vers des produits faits maison avec des ingrédients non adaptés ».