Biogaran : Bercy valide la cession du poids lourd des génériques à un fonds d’investissement étranger

Le groupe pharmaceutique Servier a eu l’autorisation, vendredi, de céder sa filiale, qui réalise 30 % des ventes de médicaments génériques en France, à BC Partners, dont le siège social est installé à Londres. 

Par 

le 30 janvier 2026 à 16h45, modifié hier à 01h36 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/01/30/biogaran-bercy-valide-la-cession-du-poids-lourd-des-generiques-a-un-fonds-d-investissement-etranger_6664788_3234.html

Temps de Lecture 5 min.

Lire dans l’app Lire dans l’application Offrir l’articleLire plus tardPartager

  • Partager sur Messenger
  • Partager sur Facebook
  • Envoyer par e-mail
  • Partager sur Whatsapp
  • Partager sur Linkedin
  • Copier le lien

  Article réservé aux abonnés

Dans une pharmacie de Brives-la-Gaillarde (Corrèze), le 11 décembre 2023.
Dans une pharmacie de Brives-la-Gaillarde (Corrèze), le 11 décembre 2023.  STÉPHANIE PARA/« LA MONTAGNE »/MAXPPP

C’est le début d’une nouvelle vie pour Biogaran. Le leader français des médicaments génériques s’apprête à quitter officiellement le giron du laboratoire Servier, sa maison mère depuis sa création en 1996. Vendredi 30 janvier, Bercy a donné son feu vert à la cession du groupe, qui représente plus d’une boîte de médicament sur huit délivrées dans les pharmacies de l’Hexagone, au fonds d’investissement BC Partners, dont le siège social est installé à Londres.

Lire aussi |  Article réservé à nos abonnés  Biogaran, principal fabricant français de médicaments génériques, va être vendu à un fonds d’investissement européenLire plus tard

L’opération était soumise à l’approbation de l’Etat dans le cadre de la procédure de contrôle des investissements étrangers en France. Afin de garantir un ancrage français à l’entreprise, l’Etat deviendra actionnaire minoritaire de la société à hauteur de 15 % par l’intermédiaire de l’établissement public Bpifrance.

null

Fin octobre 2025, les représentants du personnel de Biogaran, par le biais du comité social et économique de l’entreprise, avaient déjà rendu un avis favorable à cette acquisition. Le 13 novembre 2025, Servier avait décroché l’aval de la Commission européenne, qui avait étudié la conformité de l’opération en vertu du règlement de l’Union européenne sur les concentrations. Il ne lui restait donc plus qu’à obtenir le consentement du gouvernement français pour mener à bien son projet de vente à BC Partners.

Compte tenu du caractère stratégique de Biogaran, qui réalise 30 % des ventes de médicaments génériques dans le pays et compte une quarantaine de sous-traitants produisant ses traitements dans l’Hexagone, Bercy avait promis que son assentiment serait conditionné à un niveau particulièrement élevé d’exigences afin de préserver la souveraineté sanitaire de la France. Ces dernières devaient notamment assurer le maintien de la disponibilité des médicaments, en particulier des produits considérés comme d’intérêt thérapeutique majeur pour les malades, commercialisés sur le territoire national par Biogaran, mais aussi, entre autres, garantir la préservation des emplois liés à la fabrication de ces traitements.

Un dossier qui aura suscité de vives réactions

Aujourd’hui, 89 % des produits vendus par Biogaran sont fabriqués en Europe, dont près de 50 % sur le sol tricolore, et plus de 8 000 emplois indirects dépendent de l’entreprise. « Dans ce cadre, BC Partners a apporté des garanties auprès des autorités françaises, parmi lesquelles : le maintien du siège et des activités en France, la sauvegarde des emplois, la préservation du modèle de sous-traitance de l’entreprise, ainsi que la continuité industrielle, logistique et commerciale au bénéfice des patients et des partenaires », a précisé, vendredi, le fonds d’investissement dans un communiqué.

De son côté, Bercy a indiqué, vendredi, que les conditions imposées garantiront « la poursuite de l’exploitation de l’ensemble des spécialités jugées essentielles », mais aussi « l’approvisionnement continu, sécurisé et approprié du marché français » ainsi que le maintien de l’emploi, de la production et de l’empreinte industrielle en France. « L’Etat, en activant deux leviers de sécurité économique, que sont le contrôle des investissements étrangers en France et l’accord économique, a imposé à l’acquéreur des conditions strictes, juridiquement contraignantes et soumises à des sanctions financières sévères », poursuit le ministère de l’économie.

L’arrivée de Bpifrance au capital, qui disposera d’un siège au conseil d’administration de l’entreprise, doit concourir à assurer la tenue de ces engagements. « Biogaran est un champion français et un acteur majeur de notre souveraineté sanitaire ; et, aux côtés de BC Partners, nous contribuerons à la pérennité de son développement à long terme tout en préservant son ancrage français. Ces deux piliers sont essentiels pour garantir la résilience et l’autonomie stratégique du secteur de la santé en France et en Europe », souligne Nicolas Dufourcq, directeur général de l’établissement public.

Cette annonce marque l’épilogue d’un dossier qui aura suscité de vives réactions. En 2024, le projet de cession de Biogaran avait provoqué une levée de boucliers, de nombreuses personnalités du monde politique s’opposant à la vente de ce poids lourd des génériques à un acteur étranger. Celles-ci, à l’instar de plusieurs façonniers fabriquant des médicaments pour Biogaran, craignaient notamment qu’une telle vente ne soit le prélude à une délocalisation, à moyen terme, de la production faite dans l’Hexagone, et redoutaient qu’elle n’aboutisse à l’arrêt de certains médicaments essentiels qui ne seraient pas jugés assez rentables.

Lire aussi la tribune (2024) |  Article réservé à nos abonnés  Le paracétamol : « Un mauvais exemple de souveraineté sanitaire et industrielle »Lire plus tard

A l’époque, trois candidats, BC Partners et les laboratoires pharmaceutiques indiens Torrent et Aurobindo, figuraient parmi les principaux prétendants. Face à la polémique, Servier avait cependant renoncé, en septembre 2024, à poursuivre les discussions, sans pour autant mettre un terme définitif à ses intentions de se séparer de sa filiale.

Le 30 juillet 2025, il avait ainsi annoncé être entré en négociations exclusives avec le fonds d’investissement BC Partners. Le montant de la transaction n’a pas été dévoilé, mais, selon une source proche du dossier, l’offre de BC Partners serait comprise entre 800 millions et 1 milliard d’euros.

« Augmenter la taille de son portefeuille »

Lancée en 1996 sur un marché des génériques encore balbutiant, Biogaran, qui compte actuellement plus de 1 070 références de médicaments à son catalogue, dont de nombreux médicaments essentiels, et réalise plus de 90 % de ses ventes en France, est parvenu à se tailler une place de choix en France. Lors de la présentation des résultats annuels de Servier (6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires), mardi 27 janvier, la division regroupant les ventes de médicaments génériques du groupe, à laquelle est entre autres rattachée Biogaran, enregistrait une croissance de 10,3 %, avec 1,55 milliard d’euros de chiffre d’affaires. La part de Biogaran dans ce résultat n’est pas divulguée, mais la future ex-filiale indiquait un chiffre d’affaires net statutaire de 1,12 milliard d’euros sur un an à la fin du mois de septembre 2024.

En dépit de ce palmarès, cette activité ne cadrait toutefois plus avec les ambitions de Servier. Désireux de concentrer ses efforts sur la recherche et le développement de médicaments innovants, plus lucratifs, notamment en oncologie, où il enregistre une forte croissance ces dernières années, le groupe souhaitait se délester de cette filiale à laquelle il n’avait plus les moyens de consacrer les ressources nécessaires à son développement.

Lire aussi |  Article réservé à nos abonnés  L’accès précoce aux médicaments innovants en France au cœur des tensions entre l’industrie pharmaceutique et la Haute Autorité de santéLire plus tard

En volant de ses propres ailes, sous la houlette de BC Partners, un fonds d’investissement implanté de longue date en France et déjà fort de plusieurs acquisitions dans le domaine de la santé, Biogaran espère pouvoir davantage se déployer et accélérer la cadence sur des marchés à fort potentiel. D’abord sur les médicaments génériques, son cœur de métier historique et qui représente actuellement 92 % de ses ventes. « De nombreux médicaments vont voir leurs brevets arriver en fin de vie dans les prochaines années, ce qui va alimenter la croissance du groupe, dont l’une des priorités sera d’augmenter la taille de son portefeuille en proposant aux patients français un maximum de médicaments génériques », détaille Cédric Dubourdieu, à la tête de BC Partners en France.

En parallèle, Biogaran accentuera aussi son développement sur d’autres segments en croissance, qui demeuraient jusqu’ici sous-exploités par la société, notamment les médicaments biosimilaires (seulement 3 % des ventes aujourd’hui), qui correspondent aux copies quasi identiques de médicaments biologiques (c’est-à-dire fabriqués à partir d’organismes vivants) dont le brevet est tombé dans le domaine public, mais aussi « les produits de santé grand public », ces médicaments destinés à soigner les maux du quotidien et accessibles par les malades sans ordonnance.

Pour présider à cette nouvelle étape de la vie de Biogaran, la société a fait appel à un ancien de la maison, Erick Roche. Ce dernier, qui avait officié comme directeur général des opérations de Biogaran pendant quinze ans lors de sa création, rejoindra la société en qualité de président-directeur général d’ici à la fin du mois de mars.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire