« Il est temps désormais, au travers du plus grand procès civil d’Europe contre les PFAS, de donner corps au principe pollueur-payeur »

PFAS : près de 200 riverains engagent une action civile inédite contre Arkema et Daikin dans la vallée de la chimie

31 janvier 2026 | https://info.mediapart.fr/optiext/optiextension.dll?ID=WhHzJsuppYUBDoFRcyHr_kAC7qBTbo7s6mKp2BUAeuVhqR8shuY_K8xE2PQQnPlcWM2epF6IUpHfS9_l9tY

Par Estelle Levresse

Les demandeurs réclament réparation aux industriels Arkema et Daikin pour les préjudices liés à une pollution massive et durable aux « polluants éternels ».

Marcy-l’Étoile, Pierre-Bénite et Saint-Fons (Isère).– Sur les hauteurs de Saint-Fons, au sud de l’agglomération lyonnaise, la maison de Serge Perrin et Yvette Bailly semble loin des nuisances de la ville, au cœur de la vallée de la chimie. En ce lundi matin de janvier, la brume enveloppe le quartier. Les oiseaux chantent. Le jardin, soigneusement entretenu, est recouvert de compost. Rien ne laisse deviner que l’on se trouve au cœur de l’un des territoires français les plus contaminés aux PFAS.

Serge Perrin fait partie des près de 200 personnes qui ont assigné Arkema et Daikin, les deux groupes suspectés d’être à l’origine de la pollution, le 29 janvier au tribunal judiciaire de Lyon (Rhône), aux côtés de Notre Affaire à Tous et PFAS contre Terre. Au total, dans le cadre de cette action collective au civil, 192 riverain·es et quatre associations assignent en justice afin d’obtenir réparation des préjudices causés. L’assignation a été déposée et signifiée aux deux sociétés mises en cause.

Serge Perrin et Yvette Bailly dans leur jardin à Saint-Fons (Rhône). © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart

En 2022, après l’éclatement du scandale révélant une contamination massive dans la vallée de la chimie, territoire industriel où résident plus de 200 000 personnes, les époux Perrin ont demandé à l’Agence régionale de santé de faire analyser les œufs de leurs poules. À la réception des résultats, le choc a été brutal : les œufs, tout comme la chair de la volaille, étaient impropres à la consommation. « Ça nous a vraiment mis en colère. Ça faisait des années qu’on en donnait à nos enfants et à nos petits-enfants », confie Serge Perrin.

Traumatisé, le couple n’a vu d’autre choix que d’abattre ses poules et de cesser toute culture au jardin. « Cette année, on a repris un peu. On a du raisin, des pêches, des prunes… mais on ne sait pas. Faut-il tout arrêter ? Peut-on continuer à consommer ce qu’on produit ? C’est inacceptable de ne pas pouvoir se nourrir de sa terre à cause des industriels », se désole l’homme de 71 ans.

De plus en plus de dossiers

Dans l’action en justice, seul Serge Perrin a déposé un dossier. À l’automne, cinq ans après une première rémission, Yvette, d’un an plus jeune que son mari, a subi une rechute de son cancer du sein. Elle n’avait pas la force de se lancer dans une procédure, mais se dit convaincue qu’un procès civil est la bonne voie. « Les procédures pénales aboutissent difficilement. Là, on agit sur les dommages, sur ce qu’on a vécu personnellement. » 

« On sera sans doute amenés à défendre de plus en plus ce type de dossiers à l’avenir », estime l’avocate Louise Tschanz, fondatrice du cabinet Kaizen, spécialisé en droit de l’environnement, qui accompagne la procédure. « L’objectif est d’utiliser la justice pour contraindre les pollueurs à payer. » Son cabinet avait déjà lancé deux référés environnementaux en 2022 et 2023 contre Arkema, sans succès.

L’usine Arkema à Oullins-Pierre-Bénite (Rhône). © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart

L’action engagée vise à faire reconnaître la responsabilité des industriels dans la pollution aux PFAS. Surnommées les « polluants éternels », les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) sont des molécules chimiques largement utilisées dans l’industrie depuis des décennies. Persistantes dans l’environnement, elles sont bioaccumulables dans le corps humain et associées à des effets toxiques avérés sur la santé. Les requérants réclament plus de 36 millions d’euros d’indemnisation afin d’obtenir réparation des préjudices subis. À lire aussiPFAS : dans les Vosges, le désarroi et la colère des habitants face à la pollution de leur eau De plus en plus de polluants éternels mesurés dans l’eau en France

La juriste Emma Feyeux, responsable des projets en santé environnementale au sein de l’association Notre Affaire à Tous, explique les cinq types de préjudices invoqués. « Le préjudice moral, lié au choc de la découverte de la pollution ; le préjudice d’anxiété, reconnu notamment après l’amiante, c’est-à-dire le fait de vivre avec la peur de développer une maladie ; le préjudice de jouissance, comme l’impossibilité de consommer les fruits et légumes de son jardin ou les œufs de ses poules ; les préjudices matériels ; et les préjudices sanitaires, avérés ou potentiels. »

Parmi les demandeurs, plusieurs pathologies graves ont été recensées, notamment des cancers, des maladies thyroïdiennes, ainsi que des troubles hormonaux, cardiovasculaires et digestifs.

Contactée, Arkema ne souhaite pas commenter une procédure en cours. De son côté, Daikin Chemical France indique qu’elle « défendra ses intérêts dans le cadre de cette procédure », précisant mettre en œuvre « depuis plusieurs années » des actions pour produire de manière responsable et maîtriser son impact environnemental.

Les avocates Louise Tschanz (à droite) et Noémie Pierre (à gauche), à Villeurbanne, en janvier 2026. © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart

Par son ampleur, la procédure est inédite. « En matière civile, il s’agit du plus grand procès de ce type jamais engagé en Europe », souligne Emma Feyeux. En Italie, dans l’affaire Miteni, près de 300 personnes avaient engagé une action collective ayant conduit à la condamnation de plusieurs dirigeants pour la contamination de l’eau potable par les PFAS, mais dans le cadre d’une procédure pénale.

Pour le cabinet Kaizen, de taille modeste, l’ampleur du dossier a nécessité une organisation spécifique, notamment le recours à un outil dédié pour centraliser les pièces et assurer le suivi des dossiers. 

Je vis un militantisme à corps perdu. Ma maison est constamment envahie par des réunions, ma famille n’en peut plus.

Claudie Grizard, membre du collectif PFAS contre Terre

Dans le salon de leur ancienne bâtisse, rénovée avec soin à 700 mètres de l’usine Arkema de Pierre-Bénite, Claudie Grizard et Patrick Dessez ont étalé les pièces de leur dossier. « Comme chaque participant, nous avons rempli un questionnaire en ligne très détaillé et fourni plusieurs attestations », explique Claudie Grizard, retraitée de 66 ans et membre active du collectif PFAS contre Terre. À l’extérieur, un vieux cerisier et une vigne centenaire grimpent le long d’une trémie. « Je ne les regarde plus du même œil depuis que j’ai appris l’existence de la contamination. »

Patrick Dessez et Claudie Grizard dans leur jardin à Oullins-Pierre-Bénite (Rhône). © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart

L’analyse du jus de raisin, menée par le professeur canadien Sébastien Sauvé, a révélé des concentrations de PFAS exceptionnellement élevées, jusqu’à 130 fois la dose autorisée. « Même lui était choqué. Il n’avait jamais observé de tels niveaux, pas même dans l’eau de Pierre-Bénite », raconte Claudie Grizard. L’hypothèse privilégiée est celle de vignes très anciennes, dont les racines profondes puiseraient dans une nappe phréatique contaminée.

Très affectée psychologiquement, Claudie Grizard décrit un engagement devenu total. « Je vis un militantisme à corps perdu. Ma maison est constamment envahie par des réunions, ma famille n’en peut plus. Je ne pense plus qu’à ça. »

Cancers et cas de Parkinson

Comme de nombreux requérants, Patrick Dessez assure que l’action n’est pas motivée par l’appât d’une indemnisation. « On veut que le principe pollueur-payeur soit enfin reconnu. Il faut que la source de pollution s’arrête et que la dépollution soit engagée, mais pas sur le dos des collectivités. »

À Pierre-Bénite, Emmanuelle de Carolis, 48 ans, vit elle aussi à proximité de l’usine. Dans son quartier, elle évoque « des cancers, des cas de Parkinson, plusieurs décès récents ». Elle participe à l’action avec ses deux enfants adolescents. « Avec mes parents, qui habitent tout près, nous avons toujours consommé les produits de notre potager. J’ai voulu comprendre si les taux élevés de mon père, qui a travaillé trente-deux ans chez Arkema, venaient uniquement de son activité professionnelle ou aussi de notre alimentation », raconte l’enseignante.

Les analyses sanguines montrent qu’elle est fortement contaminée, tout comme ses enfants. « Mon fils est très angoissé, il voudrait déménager. » Elle se dit tiraillée : « Mes parents sont âgés et malades, ils ont besoin de moi. Partir pour protéger mes enfants ou rester pour eux, c’est un dilemme permanent. »

Emmanuelle De Carolis, sur son terrain à Oullins-Pierre-Bénite (Rhône), à moins de 500 mètres de la plateforme chimique d’Arkema et Daikin Chemical. © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart

Certain·es plaignant·es n’habitent plus la vallée de la chimie mais ont tenu à s’engager. C’est le cas de la famille Duroux, partie de la région il y a une dizaine d’années. « Notre motivation est avant tout politique et militante, bien plus que financière : dénoncer, faire payer les responsables et mettre en lumière les défaillances des pouvoirs publics. Face à l’ampleur de la pollution, le sentiment dominant a été d’abord la surprise, puis le dégoût. »

À une vingtaine de kilomètres de là, à Marcy-l’Étoile, dans les monts du Lyonnais, Éric Maître, 65 ans, pensait vivre à l’abri des pollutions industrielles avant de découvrir que sa famille et lui buvaient une eau contaminée depuis des années. En 2023, des contrôles ont révélé des dépassements des normes de PFAS dans quatre communes de la métropole lyonnaise, affectant près de 37 000 habitant·es.

« Je suis en colère contre les industriels et très inquiet pour mes enfants et mes petits-enfants », confie-t-il. Souffrant d’hypertension et d’hypercholestérolémie, il s’interroge : « Ces pathologies sont multifactorielles, on ne peut pas affirmer qu’elles sont dues aux PFAS, mais elles sont citées comme des effets potentiels de ces substances. »

Éric Maître dans sa maison à Marcy-l’Étoile (Rhône). © Photo Bastien Doudaine pour Mediapart

Arkema et Daikin font déjà l’objet de plusieurs actions en justice, dont une plainte pénale pour mise en danger de la vie d’autrui déposée par la commune d’Oullins-Pierre-Bénite. En 2024, saisie par la métropole de Lyon, la justice a également ordonné une expertise destinée à établir les responsabilités historiques du géant français de la chimie et du groupe japonais dans la pollution.

Selon Notre Affaire à Tous, les coûts de la dépollution autour de la plateforme de Pierre-Bénite pourraient atteindre près de 2 milliards d’euros sur vingt ans. À Saint-Fons, Serge et Yvette Perrin en sont conscients, la bataille sera longue : « Ces combats sont épuisants, mais si cette action collective peut faire avancer les choses, alors ça vaut le coup. »

Pollution aux PFAS : près de 200 riverains de la « vallée de la chimie », près de Lyon, demandent « réparation » en justice à deux industriels

Arkema et Daikin Chemicals, deux groupes suspectés d’être à l’origine de la plus importante zone de pollution aux PFAS en France, ont été assignés devant le tribunal judiciaire de Lyon par 192 adultes et enfants. Les requérants demandent plus de 36 millions d’euros pour « réparer leurs préjudices ». 

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aujourd’hui à 05h30, modifié à 09h27 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/01/31/pollution-aux-pfas-pres-de-200-riverains-de-la-vallee-de-la-chimie-pres-de-lyon-demandent-reparation-en-justice-a-deux-industriels_6664839_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260131&lmd_link=tempsforts-link&M_BT=53496897516380

Temps de Lecture 4 min.

Devant l’usine Arkema, à Pierre-Bénite (Rhône), le 30 janvier 2026.
Devant l’usine Arkema, à Pierre-Bénite (Rhône), le 30 janvier 2026.  BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Zoé (le prénom a été changé), 12 ans, souffre de retards de développement. Pierre, 28 ans, a été diagnostiqué en 2023avec un mélanome extrêmement agressif. Ariane, 65 ans, est atteinte d’un cancer du sein depuis 2025. Zoé, Pierre et Ariane ont deux points communs : ils vivent à proximité de la « vallée de la chimie », au sud de Lyon, et se demandent si leurs pathologies sont liées aux quantités importantes de substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) retrouvées dans leur corps.

Avec 189 autres riverains de la plateforme chimique d’Oullins-Pierre-Bénite, ils ont décidé de demander des comptes à Arkema et Daikin Chemicals, les deux groupes suspectés d’être à l’origine de la plus importante zone de pollution aux PFAS identifiée à ce jour en France et où résident plus de 200 000 personnes.

Selon les informations du Monde, les deux industriels ont été assignés devant le tribunal judiciaire de Lyon, jeudi 29 janvier. Les 192 requérants – dont 25 mineurs – sont accompagnés dans leur démarche par quatre associations (Notre affaire à tous, Eau bien commun Lyon-Métropole, Sauvegarde des coteaux du Lyonnais et Sauvegarde de la vallée de Francheville) également parties au recours. Dans l’assignation, que Le Monde a pu consulter, ils sollicitent la condamnation des deux entreprises à « réparer leurs préjudices ». Le cabinet Kaizen Avocats Environnement, qui élabore le dossier juridique (données médicales, analyses sanguines, d’eau et de sols…) depuis un an, réclame 190 000 euros par requérant pour l’ensemble des préjudices identifiés, soit près de 36,5 millions d’euros.

Préjudices de jouissance

Outre les préjudices physiques et moraux liés directement aux problèmes de santé ou au choc psychologique de la découverte de la contamination, à l’anxiété et aux coûts de prise en charge médicale qu’ils génèrent, l’assignation liste aussi les préjudices dits « de jouissance » : sur les recommandations des autorités sanitaires, de nombreux requérants ont dû renoncer à la consommation des fruits et légumes de leur potager ou encore des œufs de leurs poulaillers.

Le stade du Brotillon, près de l’usine Arkema, à Pierre-Bénite (Rhône), le 30 janvier 2026.
Le stade du Brotillon, près de l’usine Arkema, à Pierre-Bénite (Rhône), le 30 janvier 2026.  BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

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Les coûts de la dépollution dans la vallée de la chimie sont estimés à près de 2 milliards d’euros d’ici à 2045 : 1,7 milliard d’euros pour traiter les sols contaminés et 107 millions pour les eaux rejetées sur la plateforme. Cette pollution généralisée des sols, de l’air, de l’eau du robinet, des aliments (œufs, légumes) et jusqu’au corps des riverains (sang, lait maternel) est documentée dans une douzaine de rapports (Agence nationale de sécurité sanitaire, agence régionale de santé, direction régionale de l’environnement…).

Elle a déjà valu à Arkema et Daikin Chemicals une plainte au pénal pour mise en danger d’autrui dès 2022 de la commune d’Oullins-Pierre-Bénite et en 2024 la justice, saisie cette fois par la Métropole de Lyon, a ordonné une expertise pour établir les responsabilités historiques des deux groupes dans la pollution. Arkema et Daikin Chemicals produisent des PFAS dans la vallée de la chimie depuis respectivement la fin des années 1950 et 2003.

L’usine Arkema, à Pierre-Bénite (Rhône), le 30 janvier 2026.
L’usine Arkema, à Pierre-Bénite (Rhône), le 30 janvier 2026.  BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

« Il est temps désormais, au travers du plus grand procès civil d’Europe contre les PFAS, de donner corps au principe pollueur-payeur », commente Jérémie Suissa, délégué général de Notre affaire à tousEn juin 2025, la justice italienne a condamné les dirigeants d’une usine qui avait contaminé d’importantes ressources en eau potable dans le nord de la péninsule, mais c’était au pénal. « A la différence des procédures pénales, l’assignation permet de mettre les victimes au centre de la procédure et d’avoir la garantie d’un procès», explique Louise Tschanz, l’avocate des requérants.

Contacté par Le Monde, Arkema ne « commente pas une procédure en cours ». De son côté, Daikin Chemical France indique qu’elle « défendra ses intérêts dans le cadre de cette procédure » et assure qu’elle « met tout en œuvre depuis plusieurs années pour produire de manière responsable et maîtriser son impact sur l’environnement, à travers des actions concrètes et continues ».

« L’angoisse du cancer »

« L’impunité doit s’arrêter. Tous ces industriels qui font passer leurs profits avant la santé publique doivent payer pour tous les dégâts qu’ils ont causés », estime pour sa part Eric Maitre, un des 192 requérants. Installé à Marcy-l’Etoile, dans les Monts lyonnais, à environ 25 kilomètres des usines, ce retraité de 65 ans pensait vivre à l’abri de la pollution. Jusqu’à ce qu’il apprenne en 2024 que l’eau du robinet de sa commune était fortement contaminée. Depuis, il est passé à l’eau en bouteille, a réalisé des analyses sanguines (près de 20 microgrammes de PFAS par litre de sang, soit trois fois la valeur guide de l’Autorité européenne de sécurité des aliments et dix fois le seuil de l’Académie nationale des sciences américaine) et ne cultive plus de tubercules dans son jardin (les prélèvements de terre de son potager ont également révélé des taux importants de PFAS). Eric Maitre souffre d’hypertension et d’hypercholestérolémie, et son épouse a été opérée d’une maladie thyroïdienne : « On se demande dans quelle mesure nos pathologies sont liées à l’exposition aux PFAS et on vit en permanence avec l’angoisse du cancer ».

Eric Maître, l’un des 192 requérants contre Arkema et Daikin Chemicals, à Marcy-l’Etoile (Rhône), le 29 janvier 2026.
Eric Maître, l’un des 192 requérants contre Arkema et Daikin Chemicals, à Marcy-l’Etoile (Rhône), le 29 janvier 2026.  BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Parmi les 192 requérants, six cancers du sein et un cancer du testicule chez un mineur ont été recensés. Vingt-cinq présentent des maladies thyroïdiennes et une quinzaine des pathologies en lien avec un dysfonctionnement des hormones thyroïdiennes. Une vingtaine souffre d’anomalies lipidiques, notamment de taux de cholestérol trop élevé, une dizaine de maladies hypertensives et une autre dizaine de colite ulcéreuse (inflammation de l’intestin). Or, selon l’état des connaissances scientifiques, l’exposition aux PFAS peut provoquer une longue liste de pathologies en cours de constitution : cancers (foie, sein, testicule…), hypertension artérielle, dysfonctionnements hormonaux (thyroïde), augmentation du taux de cholestérol, inflammations de l’intestin…

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Il y a un an et demi, on a diagnostiqué un « foie gras » à Claudie Grizard. « Comme les canards, mon foie est engorgé comme si j’avais été gavé alors que je ne mange plus de viande ou de gras, dit la retraitée de 66 ans. C’est typique des maladies associées aux PFAS. » Claudie Grizard, 17,5 µg/l de PFAS dans le sang, habite à Oullins-Pierre-Bénite depuis quarante-trois ans, « à 700 mètres » de l’usine Arkema. En 2023, elle a fondé avec d’autres riverains le collectif PFAS contre Terre, qui porte aujourd’hui l’action contre les deux industriels avec Notre affaire à tous.

Claudie Grizard, membre fondatrice du collectif citoyen PFAS contre Terre, à Oullins (Rhône), le 30 janvier 2026.
Claudie Grizard, membre fondatrice du collectif citoyen PFAS contre Terre, à Oullins (Rhône), le 30 janvier 2026.  BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »
Tracts d’information du collectif citoyen PFAS contre Terre, à Oullins (Rhône), le 30 janvier 2026.
Tracts d’information du collectif citoyen PFAS contre Terre, à Oullins (Rhône), le 30 janvier 2026.  BRUNO AMSELLEM/DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Depuis les révélations de l’émission « Vert de rage », en 2022, sur la pollution à Oullins-Pierre-Bénite, sa vie a « basculé » et son salon est devenu une « salle de réunion » : « Je ne pensais pas que j’allais consacrer ma retraite à ce combat. » Mme Grizard vit dans une ancienne ferme maraîchère. Elle n’imaginait pas non plus qu’elle devrait renoncer à la jouissance de son jardin : « J’ai arrêté de manger mes cerises, j’ai arrêté de manger mes kiwis, j’ai arrêté de manger mes raisins. » Elle a également stoppé sa production de jus de raisin (40 litres les bonnes années) : « La concentration de PFAS dépassait de 130 fois la dose autorisée. » Pour autant, elle n’envisage pas de déménager. Elle ne demande pas non plus aux usines de partir : « Notre objectif n’est pas qu’elles aillent polluer ailleurs, mais qu’elles produisent propre et arrêtent de nous intoxiquer. »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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