Dix idées pour contribuer à trouver des solutions face au défi climatique et à l’effondrement de la biodiversité.

Dix idées pour le climat et la biodiversité

En matière d’alimentation comme de transport ou d’énergie, consommer, c’est polluer, et les initiatives individuelles ne suffiront pas à décarboner la planète. Voici dix pistes de réflexion pour lutter collectivement contre le changement climatique. 

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le 14 janvier 2025 à 05h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/01/14/dix-idees-pour-le-climat-et-la-biodiversite_6496619_3244.html

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Comment imaginer un futur respectueux du vivant et débarrassé des énergies fossiles ? Cette œuvre fait partie des illustrations réalisées par l’aquarelliste Morgane Guerry pour le Festival des idées « Chaleur humaine ».
Comment imaginer un futur respectueux du vivant et débarrassé des énergies fossiles ? Cette œuvre fait partie des illustrations réalisées par l’aquarelliste Morgane Guerry pour le Festival des idées « Chaleur humaine ». MORGANE GUERRY

Pour conserver une planète habitable, la transition écologique va demander des transformations dans de nombreux secteurs de nos vies. Par où commencer ? Samedi 14 décembre, au Théâtre de la Ville à Paris, dix expertes et experts invités par le podcast « Chaleur humaine » du Monde ont proposé dix idées pour contribuer à trouver des solutions face au défi climatique et à l’effondrement de la biodiversité. Vous pouvez écouter ces dix idées sous forme de podcasts en cliquant ici ou en lire le résumé ci-dessous.

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Rendre visible les énergies fossiles

Thomas Veyrenc, ingénieur, était présent au Festival des idées « Chaleur Humaine » du « Monde », qui s’est tenu au Théâtre de la Ville, à Paris, le 14 décembre 2024.
Thomas Veyrenc, ingénieur, était présent au Festival des idées « Chaleur Humaine » du « Monde », qui s’est tenu au Théâtre de la Ville, à Paris, le 14 décembre 2024.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Pour réussir la transition climatique, le premier objectif est de réduire drastiquement notre consommation d’énergies fossiles. Mais comment se débarrasser d’un problème que personne ne voit ? Telle est l’équation posée par Thomas Veyrenc, ingénieur et membre du directoire du Réseau de transport d’électricité (RTE) de France. Car, pourtant, « elles sont partout dans notre pays », souligne-t-il. C’est l’essence de nos voitures, le gaz de nos chaudières ou le charbon qui alimente nos hauts-fourneaux. La France en est dépendante à 60 %.

Les scénarios de décarbonation du pays, que Thomas Veyrenc a coordonnés pour RTE France, en 2021, proposent des chemins pour essayer d’être neutre en carbone en 2050. « Mais on arrive à avancer quand on est clair sur le point de départ », insiste-t-il. Pour résoudre ce problème, l’ingénieur propose deux pistes. D’abord créer un « fossile score », une sorte d’indice de dépendance aux énergies fossiles, qui puisse être accolé à toutes les décisions de politique publique, afin d’évaluer si ces dernières permettent de réduire notre consommation de pétrole, de gaz ou de charbon, et dans quelles proportions. Ensuite, viser un horizon temporel proche.

« Nos objectifs climatiques sont très difficiles à percevoir, 2050, c’est proche pour les climatologues, mais c’est loin pour l’action publique », note-t-il. Quand on vous parle de 2050, exigez qu’on vous parle de 2030, plaide Thomas Veyrenc. Une échéance qui, selon lui, peut permettre d’« articuler des leviers très opérationnels pour obtenir des petites victoires ».

Retrouvez cette idée expliquée dans le podcast Chaleur humaine 

Inverser les investissements des banques

Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance, le 14 décembre 2024, au Théâtre de la Ville.
Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance, le 14 décembre 2024, au Théâtre de la Ville.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Les énergies fossiles continuent à être utilisées parce que des banques financent leur extraction. C’est donc sur elles que repose en partie notre avenir climatique. « Les acteurs financiers doivent décider dès aujourd’hui de se fixer des objectifs alignés avec ce à quoi le monde doit ressembler dans cinq, dix et quinze ans », explique Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance. Pour cela, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a fixé une feuille de route.

En 2030, il faudra investir 10 euros dans les énergies renouvelables pour 1 euro dans les énergies fossiles. Le bon vouloir des banques et des assureurs ne suffira pas. « L’autorégulation, c’est trop lent, c’est insuffisant et c’est volontaire, donc ça ne concerne pas tous les acteurs », note Lucie Pinson. En 2025, les acteurs économiques seront tenus par la réglementation européenne de présenter des plans de transition. « La bataille qui s’ouvre aujourd’hui consiste à définir ce que l’on y trouve et à s’assurer qu’on y mette ce fameux ratio de financement », analyse Lucie Pinson. Une occasion qu’elle estime « techniquement possible et politiquement compliquée », arguant que les milieux d’affaires, soutenus « par les partis politiques, notamment de droite », sont vent debout contre de telles contraintes.

Pour surmonter cet obstacle, elle plaide pour « faire de la finance un sujet de société ». On discute bien, en famille ou entre amis, des avantages et des inconvénients des services de tel ou tel établissement bancaire. Il s’agit désormais de se mêler de l’impact de ces derniers sur le climat. Le site Change-de-banque.org, créé par Reclaim Finance, en a dressé la liste. De quoi alimenter les réflexions de chacun et permettre « d’utiliser le prétexte du choix d’un compte courant ou d’épargne pour avoir une discussion sur l’impact de la finance sur nos vies et sur la nécessité d’en reprendre le contrôle ».

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Développer de nouveaux véhicules légers

Aurélien Bigo, chercheur spécialiste de la décarbonation des transports, à Paris, le 14 décembre 2024.
Aurélien Bigo, chercheur spécialiste de la décarbonation des transports, à Paris, le 14 décembre 2024. AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

C’est un véhicule plus gros qu’un vélo mais plus petit qu’une voiture. Il en existe déjà des prototypes, et ses multiples formes sont rassemblées sous le nom de « véhicule intermédiaire ». On peut le définir ainsi : un vélo-voiture de moins de 100 kilos, équipé d’une carrosserie contre les intempéries et d’un pédalage assisté jusqu’à 45 km/h. En quoi cet engin peut-il résoudre l’épineuse question de la décarbonation des transports, et en particulier celle de la voiture individuelle qui représente 15 % de nos émissions de gaz à effet de serre ? « La voiture est dominante dans la mobilité, en particulier dans les zones peu denses ou périurbaines, avec peu de transports en commun, pourtant elle est souvent surdimensionnée et pourrait être remplacée pour de nombreux usages », explique Aurélien Bigo, chercheur spécialiste de la décarbonation des transports.

A-t-on vraiment besoin d’un engin de cinq places, pesant plus d’une tonne et pouvant rouler à 180 km/h, pour conduire ses enfants à l’école ou faire ses courses ? Les véhicules intermédiaires peuvent s’y substituer. A condition de prendre en compte les infrastructures routières. « Si l’on veut que des véhicules beaucoup plus sobres, mais aussi plus lents et plus vulnérables, roulent, il va falloir repenser la hiérarchie du réseau, en particulier en milieu peu dense où tout est à faire », précise Aurélien Bigo. C’est chose possible en France, où l’on compte 1,1 million de kilomètres de route, en réservant certaines voies ou en les aménageant pour un meilleur partage. Pour faire émerger ces véhicules, la filière naissante a besoin que des usagers les testent massivement. Collectivités et entreprises peuvent être mises à contribution en créant une flotte de véhicules partagés et en les faisant essayer par leurs administrés ou leurs salariés.

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Ouvrir partout des ressourceries

L’ingénieur et essayiste Philippe Bihouix, au Théâtre de la Ville, le 14 décembre 2024.
L’ingénieur et essayiste Philippe Bihouix, au Théâtre de la Ville, le 14 décembre 2024.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Quel est le point commun entre un immeuble et une perceuse ? Entre un fer à repasser et un vélo ? La fabrication de tous ces objets, petits ou gros, a nécessité des ressources minérales et énergétiques dont il faut ralentir ou arrêter l’extraction pour sauver le climat. Pour les économiser, on peut intensifier les usages des objets comme des infrastructures, par exemple en les partageant. Une école peut se transformer en aire de jeux le week-end, une tondeuse peut être empruntée dans une bibliothèque d’objets. « C’est la première piste d’économie : moins fabriquer », avance l’ingénieur et essayiste Philippe Bihouix. La seconde consiste à faire durer ces mêmes objets plus longtemps.

« Aujourd’hui on est dans un modèle du consommer-jeter, une voiture en fin de vie, on la broie, ça vaut pour à peu près tout. Il y a plein d’objets du quotidien qui pourraient durer beaucoup plus », explique Philippe Bihouix. Pour prolonger leur vie, il faudrait d’abord mieux les concevoir, les rendre réparables et recyclables. Il faudrait ensuite que la réparation par des professionnels soit compétitive face à l’achat neuf, en jouant sur les taxes. Mais il faudrait également permettre aux usagers de se frotter à la réparation.

« On pourrait avoir comme ambition d’ouvrir un “repair café” dans toutes les communes et dans tous les quartiers de France », propose Philippe Bihouix. Des lieux comme support d’une culture dont on pourrait être fiers collectivement. « Il faut qu’on change d’imaginaire, le futur, ce n’est pas juste la Silicon Valley et l’intelligence artificielle, on pourrait imaginer une France “low-tech nation” et pas juste “start-up nation”, une France qui accueille des touristes ou des étudiants étrangers qui repartiraient ébahis face à tous ces restaurants zéro déchet et tous ces lieux de réparation ! », ajoute-t-il.

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Réduire les engrais chimiques

Marc-André Sélosse, microbiologiste spécialiste des sols, lors du Festival des idées « Chaleur Humaine », le 14 décembre 2024, à Paris.
Marc-André Sélosse, microbiologiste spécialiste des sols, lors du Festival des idées « Chaleur Humaine », le 14 décembre 2024, à Paris.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Onze grammes d’azote et 0,7 gramme de phosphore : c’est ce que contient l’urine que chacun de nous déverse quotidiennement dans les W.-C. Ces éléments nutritifs étant indispensables à l’agriculture, utilisons ceux que nous produisons nous-mêmes ! « Nos excréments représentent l’équivalent de 30 % à 40 % des besoins de l’agriculture française chaque année », calcule ainsi le microbiologiste spécialiste des sols Marc-André Selosse. Ce secteur pèseaujourd’hui 20 % de nos émissions. Les engrais minéraux utilisés massivement dans les champs émettent de puissants gaz à effet de serre, comme le protoxyde d’azote. Utiliser nos urines et féces pour en remplacer une partie présente plusieurs avantages. « Ça réduirait d’un facteur de trois à quatre les émissions pour la même fertilité, et, à terme, ça coûterait deux fois moins cher que les engrais minéraux », note le microbiologiste.

Les toilettes sèches, qui permettent de récupérer les excréments, restent pour l’instant marginales. Peut-on imaginer de généraliser cette pratique aux villes ? « Il y a eu un “merdoduc” à Lyon au XIXe siècle qui transportait les féces urbains vers la campagne. Si on a fait ça au XIXe, on devrait y arriver ! », argumente Marc-André Selosse, qui cite le savoir-faire de l’Agence spatiale européenne, capable de recycler l’urine des astronautes, ou le programme de recherche Ocapi de l’Ecole nationale des ponts et chaussées, qui vient d’inaugurer le premier point d’apport volontaire d’urine de France dans les Hauts-de-Seine. Les citoyens pourraient ainsi pousser leurs élus à proposer leur commune comme territoire pilote, afin « d’incarner l’espoir que représente la merde », ajoute Marc-André Selosse.

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Lancer 300 conventions citoyennes pour l’alimentation

Nicolas Bricas, socioéconomiste de l’alimentation, spécialiste de l’alimentation durable, le 14 décembre 2024, à Paris.
Nicolas Bricas, socioéconomiste de l’alimentation, spécialiste de l’alimentation durable, le 14 décembre 2024, à Paris.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Que voulons-nous manger demain ? Des protéines synthétisées industriellement ou des légumes ayant poussé dans un champ ? Le pari de Nicolas Bricas, socio-économiste de l’alimentation et spécialiste de l’alimentation durable, consiste à poser ces questions à des groupes de citoyens pour susciter le débat. « L’alimentation c’est intéressant : n’importe quel citoyen se sent légitime d’en parler, parce que manger, c’est ce qu’il fait tous les jours », explique Nicolas Bricas. Cet enjeu quotidien croise les enjeux climatiques puisque l’agriculture représente aujourd’hui un cinquième de nos émissions de gaz à effet de serre et, dans ce secteur, les lobbys qui freinent la transition agricole sont particulièrement puissants.

Pour le chercheur, mettre autour de la table des citoyens, des scientifiques, des agriculteurs, des distributeurs et des collectivités peut permettre de reprendre la parole, puis la main, sur le système alimentaire global, mais ce type d’action ne vaut que si l’expérience se démultiplie. Techniquement, cela signifie organiser 300 conventions, environ trois par départements, pour que tous les milieux de vie – urbain, périurbain, rural – soient représentés. Nicolas Bricas en appelle d’ailleurs aux échéances électorales, et vise les élections municipales de 2026. « On a un an pour convaincre les candidats de se porter volontaires, dans des villes et des villages, pour mettre ces conventions en œuvre et les fédérer. Je fais le pari que ce qui sort fortement de la voix des citoyens n’est plus contestable », explique Nicolas Bricas.

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Généraliser le Nutri-Score

Jean-David Zeitoun, médecin épidémiologiste, à Paris, le 14 décembre 2024.
Jean-David Zeitoun, médecin épidémiologiste, à Paris, le 14 décembre 2024.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Pour sauver la planète, et notre santé en même temps, pourquoi ne pas utiliser les outils qu’on a déjà sous la main ? C’est la remarque du médecin épidémiologiste Jean-David Zeitoun qui souhaite rendre obligatoire et contraignant le Nutri-Score, un étiquetage qui indique la qualité nutritionnelle des aliments par des lettres et des couleurs, très facilement compréhensible. « Les études montrent que les gens se servent de leurs cerveaux quand ils vont faire leurs courses et que le Nutri-Score est efficace pour influencer les comportements d’achats, plutôt vers le vert que vers le rouge », explique Jean-David Zeitoun, qui souligne que l’obésité, une maladie liée au comportement alimentaire, provoque actuellement 5 millions de morts par an dans le monde.

Orienter les chariots vers de la nourriture bonne pour la santé, on comprend l’intérêt, mais quel bénéfice en tirerait la planète ? « En moyenne, quand vous achetez du “vert”, vous achetez des produits moins émissifs ou moins polluants, notamment à travers un clivage végétal contre animal. La plupart des produits animaux, s’ils étaient “nutri-scorés”, atterriraient dans la mauvaise catégorie alors que la plupart des produits végétaux auraient pratiquement tous le score maximum », précise Jean-David Zeitoun.

Pour être efficace, rendre obligatoire cet affichage devrait s’accompagner de mesures légales : interdire la publicité pour les produits mal « nutri-scorés » ou limiter leur place en rayon dans la grande distribution. Un effet supplémentaire de détaxe sur les produits bien nutri-scorés permettrait enfin de rendre « ces aliments moins chers pour les gens ». Un cercle vertueux, bon pour le porte-monnaie, la santé et la planète.

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Créer un bonus-malus contre la fast fashion

Julia Faure, entrepreneuse et coprésidente du Mouvement Impact France, au Théâtre de la Ville, le 14 décembre 2024.
Julia Faure, entrepreneuse et coprésidente du Mouvement Impact France, au Théâtre de la Ville, le 14 décembre 2024.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Et si on décidait qu’un tee-shirt à 3 euros coûtait maintenant 5 euros, s’il a été produit en ne respectant pas des conditions sociales minimales ? C’est l’idée de Julia Faure, entrepreneuse et coprésidente du Mouvement Impact France : la création d’un malus sur les vêtements produits dans des conditions qui ne permettent pas d’assurer un salaire vital, c’est-à-dire offrant des conditions de vie dignes dans le pays où l’on vit. Ce malus social aurait à terme un effet sur les émissions de gaz à effet de serre.

Chaque année, en France, 2,8 milliards de vêtements sont mis sur le marché. La consommation de vêtements a été multipliée par deux depuis les années 1980 et l’indice prix – le prix des vêtements par rapport au prix des autres objets – a été divisé par trois. « Le principal problème écologique de l’industrie de la mode est lié au volume de production. Or l’explosion de la consommation a été permise parce que le prix des vêtements a baissé lorsqu’on a délocalisé la production. Résoudre le problème du salaire des gens qui fabriquent nos vêtements, c’est aussi résoudre la question de la surproduction textile », explique Julia Faure. Un tel système permettrait de rendre plus compétitifs les Etats dotés de normes sociales et environnementales robustes, comme les pays européens, dans lesquels la filière textile peine à se maintenir.

Une loi de régulation de l’impact environnemental de la fast fashion, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en mars 2024, est désormais sur la table du président du Sénat, Gérard Larcher. « Si elle passe, on peut imaginer en faire passer une autre sur l’impact social. D’autres secteurs, comme l’ameublement ou même l’agriculture, pourraient être inspirés, tout comme des pays voisins. Il y a un fort potentiel d’effet domino. Mais pour cela, il faut un peu de courage politique et de résistance aux lobbys », note l’entrepreneuse.

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Taxer les pays qui misent sur le charbon

Anaïs Voy-Gillis, directrice stratégie et responsabilité sociale des entreprises (RSE) d’une entreprise de chimie et chercheuse spécialiste de la décarbonation de l’industrie, à Paris, le 14 décembre 2024.
Anaïs Voy-Gillis, directrice stratégie et responsabilité sociale des entreprises (RSE) d’une entreprise de chimie et chercheuse spécialiste de la décarbonation de l’industrie, à Paris, le 14 décembre 2024.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Pour faire tourner leurs usines, une partie des pays du monde utilisent de l’électricité produite à partir de charbon. Cette énergie, la plus émettrice, représente 27 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est une partie de ce bilan carbone que la France et l’Europe importent à travers tous les biens manufacturés, grille-pain, voitures ou panneaux solaires, qui pénètrent sur notre territoire.

Taxer ces biens à hauteur de la proportion de charbon contenue dans l’électricité qui a permis leur production, c’est l’idée d’Anaïs Voy-Gillis, directrice stratégie et responsabilité sociale des entreprises (RSE) d’une entreprise de chimie et chercheuse spécialiste de la décarbonation de l’industrie. Pour des produits fabriqués en Chine, par exemple, une telle taxe s’élèverait à 61 %, selon elle. « Ce mécanisme permettrait de financer notre réindustrialisation et notre transition et pourrait également constituer une contribution financière à destination des pays qui seront les premières victimes du réchauffement », explique-t-elle. Car de l’argent, il en faut, « des centaines de milliards d’euros », note la chercheuse, pour décarboner toutes nos activités, et notamment notre propre industrie.

Ce levier réglementaire ne peut être mis en place qu’au prix d’un plaidoyer auprès des instances européennes comme nationales et « en assumant le rapport de force avec les pays exportateurs », précise Anaïs Voy-Gillis. A une échelle plus proche, les syndicats comme les comités sociaux et économiques (CSE) des entreprises peuvent orienter les cartes-cadeaux destinées aux employés vers des produits fabriqués en France.

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Changer d’indicateurs de richesse

Dominique Méda, sociologue, lors du Festival des idées « Chaleur Humaine », au Théâtre de la Ville, le 14 décembre 2024.
Dominique Méda, sociologue, lors du Festival des idées « Chaleur Humaine », au Théâtre de la Ville, le 14 décembre 2024.  AGNÈS DHERBEYS/MYOP POUR « LE MONDE »

Les lunettes avec lesquelles nous regardons l’économie nous rendent myopes, changeons-les ! C’est le credo de la sociologue Dominique Méda, qui plaide pour de nouveaux indicateurs de richesse, seuls capables de témoigner d’une transition vers un monde décarboné et respectueux du vivant. « Le PIB [produit intérieur brut] ne donne pas une bonne idée de ce qu’est la richesse d’une société : il oublie les activités domestiques, bénévoles, familiales, il ne regarde pas la manière dont les revenus sont distribués dans la société et, surtout, il oublie complètement le patrimoine naturel », souligne-t-elle. Ces chiffres, associés chaque année à la bonne ou la mauvaise santé d’une nation, sont-ils si importants ? Un indicateur, c’est « une vision du monde », argue Dominique Méda, qui précise qu’il « oriente les comportements des entreprises, des politiques publiques et des individus ».

Que faudrait-il ajouter au vieux PIB ? En premier lieu, un indicateur d’« empreinte carbone », afin de tenir compte des effets de nos activités sur le climat. En second, un « indice de santé sociale », pour avoir une vision de la « cohésion sociale » d’un pays. A l’échelle de l’entreprise, la réglementation européenne exige déjà que les plus grosses d’entre elles communiquent des informations sur leurs impacts sur l’environnement et la société. Alors que les mesures environnementales sont remises en cause, il est important de maintenir ces contraintes. D’autres entreprises se montrent volontaires. C’est le cas des quelque 1 200 entités réunies dans la convention des entreprises pour le climat, qui s’est fixé comme cap de passer « d’une économie extractive à une économie régénérative », explique Dominique Méda.

Retrouvez cette idée expliquée dans le podcast Chaleur humaine 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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