Contre l’avis du gouvernement, le Sénat vote la reprise de l’exploitation des hydrocarbures dans les Outre-mer
Jeudi après-midi, le Sénat a voté la proposition de loi du sénateur de Guyane Georges Patient qui vise à revenir partiellement sur l’interdiction de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en France, prévus par la loi Hulot de 2017.
Par Simon Barbarit
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Publié le 29/01/2026 à 18:20 https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/contre-lavis-du-gouvernement-le-senat-vote-la-reprise-de-lexploitation-des-hydrocarbures-dans-les-outre-mer
Le Sénat a adopté à 227 voix pour et 105 contre, la proposition de loi portée par l’élu de Guyane, Georges Patient qui « vise à lever, dans les territoires d’outre-mer, l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures »,
Le texte consiste à abroger, dans les seuls territoires ultramarins, les interdictions de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures, qui ont été inscrits dans la loi du 30 décembre 2017, dite loi Hulot. Des exceptions existent pour les concessions qui étaient en cours. Cette loi, entrée en vigueur deux années après l’Accord de Paris sur le climat, est la traduction du plan climat de la France, qui prévoit entre autres l’arrêt progressif de la production d’hydrocarbures d’ici 2040. « Même en atteignant la neutralité carbone, la France continuera de consommer des hydrocarbures. Refuser, par dogmatisme toute exploitation nationale, revient à accepter une dépendance définitive aux exportations », a défendu l’ancien vice-président de la chambre haute du Parlement, qui siège avec les macronistes au sein du Rassemblement des démocrates progressistes et indépendants (RDPI) qui regrette que soient « imposées des interdictions à un territoire neutre en carbone » et va jusqu’à parler d’« écolonialisme », soit « la stagnation des territoires français riches en ressources » , alors que des pays voisins comme le Suriname et le Guyana exploitent des champs de pétrole.
Le texte a créé des remous au sein du gouvernement. S’il est soutenu par la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, il n’en est pas de même pour la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, l’ancienne présidente du WWF-France. Cette dernière qui menaçait de mettre sa démission dans la balance si Sébastien Lecornu décidait de soutenir la proposition de loi, a remporté l’arbitrage. C’est le ministre de l’Economie, Roland Lescure qui a eu la charge d’émettre un avis négatif dans l’hémicycle en qualifiant le texte « d’anachronique ». « Se remettre demain à forer des hydrocarbures serait, de mon point de vue, un contresens social, environnemental et ne résoudrait aucun problème du territoire », a-t-il pointé.
La présidente LR de la délégation sénatoriale aux Outre-mer, Micheline Jacques a regretté l’absence de Monique Barbut dans l’hémicycle « pour venir exposer sa position ». « L’arrêt de l’exploitation des hydrocarbures en France. A-t-elle entraîné la fin des importations ? Non », a-t-elle souligné rappelant que la France avait importé pour 500 millions d’euros, dans le « Guyana voisin ».
Le rapporteur centriste du texte, Vincent Louault a mis en avant la nécessité d’atteindre la souveraineté énergétique et a expliqué que l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050 n’impliquait pas une sortie complète des énergies fossiles, leur consommation étant limitée à 12 %.
Roland Lescure a répondu directement à Gorges Patient qui l’interrogeait « sur un plan B » pour le développement de la Guyane. Roland Lescure s’est engagé au développement de la filière minière, « dans une logique responsable, durable et prospère et la proscription de l’orpaillage illégal ». Une autre piste porte sur le développement des énergies renouvelables, solaire, hydroélectricité, biomasse. « Ces filières, elles aussi, peuvent créer des emplois durables ».
Du côté des écologistes, l’ancien candidat à la présidentielle, Yannick Jadot a pointé « le déni climatique » et « de réalité » de la proposition de loi. Ancien rapporteur d’une commission d’enquête sur les obligations climatiques du groupe TotalEnergies, le sénateur a cité le PDG, Patrick Pouyanné qui, devant la commission d’enquête avait affirmé : « Il n’y a pas d’hydrocarbures en Guyane ».
Autre opposant au texte, le sénateur communiste, Fabien Gay a mis en doute les perspectives d’emplois en Guyane qu’engendrerait la reprise de l’exploitation des hydrocarbures. « Lorsqu’on a des plateformes offshores, ce sont des mercenaires qui font le travail pendant plusieurs semaines et qui repartent. Ça ne bénéficiera pas aux Guyanais. En Guyana et au Suriname. Bien sûr le PIB a explosé mais les taux de pauvreté restent extrêmement élevés », a-t-il mis en avant.
Georges Patient a répondu qu’à la frontière brésilienne, à Oiapoque, 30.000 personnes vivaient dans une ville devenue un pôle d’attraction pour tout l’Etat de l’Amapa, au niveau de l’embouchure de l’Amazone, profitant des fruits de l’exploitation du pétrole.
Adopté par le Sénat, contre l’avis du gouvernement, rien n’assure que le texte prospérera à l’Assemblée nationale.
Guyane, Mayotte… Le Sénat vote la relance de la recherche d’hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer

Les sénateurs ont adopté à 227 voix pour la proposition de loi qui vise à réautoriser la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures en outre-mer. – Pexels / Kayden Moore
30 janvier 2026 à 10h39 https://reporterre.net/Le-Senat-vote-la-relance-de-l-exploration-et-de-l-exploitation-des-hydrocarbures-dans-les
Jeudi 29 janvier, les sénateurs ont adopté à 227 voix pour et 105 contre la proposition de loi qui vise à réautoriser la recherche et l’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer. Et ce malgré l’opposition du gouvernement et des associations environnementales.
L’objectif du texte, qui cible en particulier le pétrole en Guyane et le gaz à Mayotte, est de revenir en partie sur la loi Hulot. Celle-ci interdit depuis 2017 la recherche d’hydrocarbures et prévoit la fin de leur exploitation en France d’ici 2040.
C’est donc un grand bond en arrière qu’opère le Sénat. La proposition de loi est un contresens climatique : pour maintenir une chance de limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C par rapport à l’ère pré-industrielle, aucun nouveau projet fossile ne doit voir le jour.
Aucune garantie de trouver du pétrole
Mais pour le sénateur macroniste (RDPI) de Guyane Georges Patient, à l’origine de la proposition de loi, «vue des outre-mer, l’écologie est vécue comme une nouvelle forme de colonialisme. La loi Hulot en est l’incarnation, elle condamne à la stagnation des territoires français riches de leurs ressources, alors même que leurs voisins les exploitent et s’enrichissent».
Il n’y a pourtant aucune garantie de trouver des réserves de pétrole en Guyane et de gaz à Mayotte. Les dernières campagnes d’exploration menées en Guyane se sont conclues par des échecs et les eaux autour de Mayotte restent inexplorées.
L’adoption définitive de la proposition de loi est loin d’être acquise, le texte doit recueillir une majorité des votes à l’Assemblée nationale.
Loi sur l’exploitation des hydrocarbures en outre-mer : « Pour la Guyane, ce serait moins un levier d’émancipation qu’une nouvelle forme de dépendance »
Tribune
La proposition de loi, en débat au Sénat, repose sur de vieux schémas extractivistes, alertent, dans une tribune au « Monde », des responsables d’organisations non gouvernementales : concentration des bénéfices au centre, externalisation des coûts et des risques aux marges.
Le 29 janvier, le Sénat examinera une proposition de loi « visant à lever, dans les territoires d’outre-mer, l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures ». Cela ressemble à un chant des sirènes : un discours séduisant, fondé sur des promesses illusoires et cachant des risques majeurs, tant écologiques que démocratiques.
Lire aussi | L’exploitation des hydrocarbures dans l’outre-mer au cœur d’une proposition de loi polémique examinée au Sénat
En 2019, après plusieurs mois de forage et près de 100 millions d’euros investis, TotalEnergies renonçait à ses explorations au large de Kourou (Guyane). Faut-il croire que le sénateur de la Guyane Georges Patient – qui siège avec les macronistes au sein du Rassemblement des démocrates progressistes et indépendants –, auteur de cette proposition de loi, dispose d’informations que ni les multinationales ni les prospections passées n’auraient révélées ?
En soixante ans d’exploitation sur le territoire français, la France a extrait environ 100 millions de tonnes de pétrole, soit à peine plus d’une année de consommation actuelle. Fonder une politique énergétique sur des gisements hypothétiques relève davantage du mirage que de la planification stratégique. Il serait plus sérieux d’investir dans les filières locales d’avenir : agriculture, pêche, métiers du bois, énergies renouvelables, écotourisme, autant de secteurs aujourd’hui sous-valorisés et désormais menacés par ces velléités extractives.
Vision néolibérale
Le texte avance que cette relance pétrolière rapporterait 8 milliards d’euros par an à l’Etat et 500 millions à la Guyane, qui supporterait donc l’essentiel des risques environnementaux, sociaux et sanitaires pour produire un pétrole consommé majoritairement dans l’Hexagone, tout en ne conservant qu’environ 6 % des recettes fiscales.
Cette logique rappelle de vieux schémas extractivistes : concentration des bénéfices au centre, externalisation des coûts aux marges. Elle repose sur une vision néolibérale court-termiste, qui sacrifie l’habitabilité future du territoire au nom d’une promesse de développement démentie par de nombreuses expériences comparables.
Parce que les territoires d’outre-mer concentrent près de 80 % de la biodiversité française, l’exploration et l’exploitation d’hydrocarbures y présentent des risques considérables, notamment de marée noire, allant à l’encontre des engagements internationaux de restaurer les écosystèmes et de protéger 30 % des océans.
Lire aussi la tribune (2022) | En Guyane, « la transition énergétique ne se fera pas en niant les droits des peuples autochtones et en saccageant la forêt amazonienne »
Comment encore présenter le pétrole comme une « activité économique stable et porteuse de développement local », alors même que cette industrie est structurellement dépendante des marchés financiers et des tensions géopolitiques ? L’actualité devrait appeler à la plus grande prudence.
Au Venezuela, la rente pétrolière a alimenté la corruption, l’instabilité politique, la dégradation des écosystèmes côtiers et des ressources des communautés de pêcheurs. En Equateur, malgré un référendum exprimant la volonté du peuple d’en finir avec l’exploitation pétrolière dans le parc Yasuni, les pressions des entreprises extractivistes persistent, avec la collusion de l’Etat, en violation des droits des peuples autochtones et des droits de la nature.
L’écrivain uruguayen Eduardo Galeano l’avait décrit avec force dans Les Veines ouvertes de l’Amérique latine (Plon, 1971) : dépendre de l’exportation de ressources fossiles, c’est s’enchaîner à une économie vulnérable, soumise aux intérêts extérieurs et aux cycles de la spéculation. Pour la Guyane, ce serait moins un levier d’émancipation qu’une nouvelle forme de dépendance.
Proposition inique
Les Guyanais en ont déjà fait l’expérience. Alors qu’ils ont été appelés à participer à l’enquête publique sur les forages en mer de Total, l’essentiel des avis exprimés étaient défavorables, ce qui n’avait pas empêché l’Etat de passer en force pour délivrer le permis dans des délais exceptionnellement courts. Par la suite, la justice avait donné raison aux associationsface à la multinationale, reconnaissant des vices dans la procédure d’autorisation.
Le peuple guyanais mérite d’être respecté, informé et entendu. Rouvrir aujourd’hui la porte à l’exploration, y compris dans des zones aussi sensibles que la Guyane, Mayotte et les terres Australes et Antarctiques françaises, sans débat local approfondi, revient à affaiblir la démocratie. Car, pendant que certains rêvent encore de pétrole, la Guyane affronte de plein fouet les conséquences du dérèglement climatique : érosion du littoral, perturbation des cycles agricoles, pénuries d’eau, inondations, déplacements de populations.
Sacrifier une transition pensée depuis le territoire et sur le long terme, et s’engager dans une fuite en avant fossile aux conséquences irréversibles, c’est accroître la vulnérabilité des outre-mer.
Dans l’objectif de limiter le réchauffement mondial à 1,5 °C, la France a adopté la loi Hulot en 2017 pour qu’aucun nouveau projet fossile ne voie le jour sur son territoire. En y renonçant, elle enverrait un signal au monde entier, indiquant que le climat n’est plus sa priorité. Elle conforterait ainsi les gouvernements climato-négationnistes, comme les Etats-unis, leur fournissant un bel exemple de volte-face politique.
Mais, pire encore, ce texte révèle une incapacité persistante à penser le développement des territoires ultramarins autrement que par l’extraction de ressources destinées à alimenter le modèle économique hexagonal, une logique qui irrigue depuis toujours la gestion des colonies françaises. Aucune surprise, donc, à ce que l’actuelle ministre des outre-mer défende cette proposition inique.
Rouvrir la porte aux hydrocarbures dans les territoires ultramarins acterait un renoncement politique : celui de construire, avec les territoires concernés, un avenir libéré des logiques extractivistes du passé, sûr et digne pour les générations actuelles et futures.
Premiers signataires : Claire Albanesi, porte-parole du collectif Stop pétrole offshore Guyane ; Matthieu Barthas, président de Guyane Nature Environnement ; Philippe Boré, président de Maiouri Nature Guyane ; Antoine Gatet, président de France Nature Environnement ; Clara Jamart, directrice des programmes de Greenpeace France ; Kadi Eleonore Johannes, présidente du collectif des Premières Nations de Guyane ; Eric Morbo, directeur général de Surfrider Foundation Europe ; Fabrice Nicol, président de Mayotte Nature Environnement ; Juliette Renaud, coordinatrice générale des Amis de la Terre France ; Jérémie Suissa, délégué général de Notre affaire à tous. La liste complète des signataires est à retrouver ici.