La population mondiale ne cesse d’augmenter et nos sols continuent de se dégrader.

Dégradation des terres agricoles : la sécurité alimentaire mondiale est-elle en danger ? 

La population mondiale ne cesse d’augmenter et nos sols continuent de se dégrader. Déforestation, agriculture intensive, utilisation excessive d’engrais ou encore irrigation : nos terres agricoles souffrent alors qu’elles assurent plus de 95 % de la production alimentaire mondiale. La transition vers l’agroécologie doit être une priorité si nous voulons nourrir correctement et durablement l’ensemble de la population.

Article Environnement

publié le 26/01/2026 https://elucid.media/environnement/degradation-des-terres-agricoles-la-securite-alimentaire-mondiale-est-elle-en-danger

Par Lucie Touzi

D’après un rapport publié par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), intitulé La Situation mondiale de l’Alimentation et l’Agriculture, près de 1,7 milliard de personnes vivent dans des régions où la dégradation des terres est une menace croissante pour la productivité agricole, la sécurité alimentaire et la résilience des écosystèmes. « De cette ressource d’importance critique dépendent non seulement la sécurité alimentaire, mais aussi la préservation de la biodiversité, la régulation du climat et les moyens d’existence de plus de 892 millions de travailleurs agricoles dans le monde », indique la FAO.

La pression exercée sur nos terres est une menace croissante et l’expansion de l’agriculture est un des grands responsables. « L’agriculture, qui occupe 40 % des terres habitables, utilise 70 % des prélèvements d’eau douce, et est responsable de 80 % de la déforestation. La conversion des habitats naturels et l’expansion des terres marginales, les pratiques agricoles non durables, telles que le surpâturage, l’utilisation excessive d’engrais inorganiques et l’irrigation; dégradent la santé des sols et des écosystèmes. Les phénomènes météorologiques extrêmes et autres impacts du changement climatique, comme la modification des régimes de précipitations, érodent les sols et appauvrissent leurs nutriments », explique Joao Campari, Responsable mondial du Programme alimentaire de l’ONG WWF International.

D’après les chiffres publiés par la FAO, ce sont près de 3,6 millions d’hectares de terres cultivées qui sont abandonnés chaque année au cours du présent siècle. En raison du changement climatique et de la dégradation des sols, la productivité agricole est en baisse ces dernières décennies et les prévisions futures sont loin d’être rassurantes. « Dans un monde plus chaud et plus sec, on prévoit non seulement une diminution de la superficie des terres productives et des rendements des cultures vivrières de base, mais aussi une réduction de la durée des saisons de croissance et de la valeur nutritionnelle des aliments produits (notamment une baisse des teneurs en zinc, en fer et en protéines) », prévoit le responsable de WWF International.

Les effets en cascade du déclin des terres agricoles dans le monde pourraient entraîner une baisse de production, une nourriture de moins bonne qualité et une augmentation des prix. « D’ici à 2040, la dégradation des sols pourrait potentiellement réduire la productivité alimentaire de 12 % supplémentaires et faire grimper les prix de 30 % », assure-t-il.

Injustice climatique entre le Nord et le Sud

Indépendamment de l’empreinte carbone des pays, il est prouvé que certaines régions vont être beaucoup plus impactées que d’autres par le réchauffement climatique, c’est le cas des régions tropicales notamment. On parle d’injustice climatique, car les pays du Nord sont responsables de l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre, tandis que le Sud en subit de plein fouet les conséquences.

« Les impacts environnementaux de la dégradation des terres sont à la fois globaux et locaux, mais se manifestent plus gravement dans les pays du Sud, car ils affectent davantage les moyens de subsistance. Les pays du Nord disposent de moyens plus importants pour atténuer ces impacts et s’y adapter », explique Joao Campari.

D’après le rapport de la FAO, il y a effectivement un lien entre les revenus d’un pays et la dégradation des terres et sa productivité agricole. Les pays aux revenus élevés, qui ont recours à l’agriculture intensive, ont les moyens économiques et techniques de masquer la dégradation des terres en utilisant des engrais de synthèse et d’autres intrants en masse. « Si, à court terme, cette stratégie permet de maintenir les rendements agricoles à un niveau élevé, elle se traduit par une rentabilité décroissante et une augmentation des coûts de production, et souvent exacerbe la dégradation sous-jacente en raison de l’acidification des sols, du déséquilibre des éléments nutritifs et de la pollution », clarifie l’organisation internationale.

Au contraire, dans les pays à faibles revenus, comme c’est le cas en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, la dégradation des terres coïncide avec des taux élevés de pauvreté, mais aussi des retards de croissance chez les enfants. D’après la FAO, ce sont près de 47 millions d’enfants de moins de 5 ans qui souffrent de retard de croissance. « Dans la plupart des régions d’Afrique subsaharienne, on constate des taux relativement faibles de pertes de rendement liées à la dégradation des terres, ce qui s’explique non pas par de meilleurs sols, mais par le fait que les déficits de rendement sont dus principalement à d’autres problèmes, notamment l’accès limité aux intrants, à la mécanisation, au crédit et aux marchés », indique le rapport.

Impacts de la déforestation importée

Nos terres sont en mauvaise santé et l’expansion agricole ne fait qu’augmenter la déforestation, perturbant le climat et nuisant à la biodiversité. C’est tout un écosystème qui est aujourd’hui déséquilibré…

La France et l’Europe participent grandement à cette déforestation dite « importée ». Depuis plusieurs années, l’association de protection de la forêt et de développement rural Envol Vert est capable de calculer l’Empreinte Forêt de la France et les chiffres font froid dans le dos… Le rapport souligne que : « Depuis les dates butoirs fixées dans les différentes filières agricoles, la France a contribué à la destruction d’une surface forestière équivalant à près de 1,8 million d’hectares en raison de ses importations, soit une fois et demie la taille de l’Île-de-France ».

Pour répondre aux besoins de consommation en matières premières des Français (soja, huile de palme, bois, cacao, café et caoutchouc), l’équivalent d’un terrain de football de forêt est détruit toutes les 3 minutes, soit 137 848 hectares de forêts détruits annuellement. Pourtant, la France a été le premier pays du monde à adopter une Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI) en 2018, visant à mettre fin à l’importation de produits forestiers ou agricoles non durables contribuant à la déforestation dans les filières de cacao, hévéa, soja, huile de palme, bois et ses produits dérivés, et le bœuf d’ici 2030. Quant à l’Union européenne, c’est la première région où la déforestation importée est la plus importante.

Des approches régénératrices pour inverser le processus de dégradation

Cependant, dans ce panorama très négatif, il y a une bonne nouvelle à souligner : il est encore temps de restaurer la santé des sols et des écosystèmes à travers une combinaison d’actions. Une des priorités est d’abandonner progressivement les systèmes agricoles intensifs non durables au profit de pratiques respectueuses de l’environnement, car la dégradation des terres n’est pas une conséquence inévitable des activités agricoles. « Grâce à une gestion réfléchie et à des approches régénératrices, l’agriculture peut devenir une force capable d’éviter, de réduire et d’inverser le processus de dégradation des terres, tout en maintenant la productivité », ajoute la FAO.

Le modèle productiviste a montré ses limites, il est temps de produire sans détruire. Certains diront que la transition vers l’agroécologie a un coût, mais, comme le montrent certaines études menées par l’ONG WWF au Royaume-Uni et au Cambodge notamment, les profits peuvent dépasser ceux des pratiques intensives tout en améliorant considérablement les indicateurs environnementaux en quelques années seulement.

Que les exploitations agricoles soient petites, moyennes ou grandes, elles sont toutes essentielles pour assurer notre sécurité alimentaire et les stratégies de remise en état des terres doivent être évaluées au cas par cas. « Les terres fortement dégradées peuvent nécessiter des interventions aboutissant à une transformation, tandis que celles qui sont encore exploitées peuvent bénéficier d’une amélioration des pratiques de gestion », assure la FAO.

La dégradation des terres n’est pas irréversible et des solutions existent, mais les politiques agroenvironnementales, qui visent à améliorer l’utilisation et la gestion des terres, se répandent de façon encore inégale à travers le monde. « Inverser de 10 % seulement le cours de la dégradation d’origine humaine sur les terres actuellement cultivées pourrait permettre de rétablir une production suffisante pour nourrir 154 millions de personnes de plus chaque année », conclut le rapport.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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