Darmanin veut créer des « prisons-hôpitaux » pour les détenus présentant des troubles psychiatriques
Le projet du ministre de la Justice, auquel la ministre de la Santé Stéphanie Rist est associée, rencontre l’opposition des soignants pénitentiaires.
Par Aveline Marques
Gérald Darmanin souhaite créer des établissements pénitentiaires dédiés à l’accueil des détenus atteints de troubles psychiatriques, ont appris mardi 20 janvier nos confrères de RMC, de Franceinfo et du Figaro auprès de l’entourage du garde des Sceaux. Deux ou trois établissements de ce type pourraient voir le jour, dont un dès cette année.
Le ministre de la Justice travaille sur ce sujet avec la ministre de la Santé Stéphanie Rist. A charge pour Ségur de définir le profil des détenus qui intégreront ces établissements. D’après une récente méta-analyse, 7 à 17% de la population carcérale française présente des troubles psychotiques et 32% des troubles de la personnalité.
Cette annonce survient trois jours après l’agression au couteau d’un élève surveillant pénitentiaire par un détenu atteint de troubles psychiatriques à la prison de Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), dans un contexte où la surpopulation carcérale et le manque de personnels compliquent l’accès aux soins psychiatriques.
Mais pour l’Association des secteurs de psychiatrie, ce projet de prisons-hôpitaux, qui s’est fait « sans concertation avec la santé », n’est « absolument pas » une bonne idée. Sa présidente, la Dre Pascale Giravalli, psychiatre en milieu pénitentiaire à Marseille, rappelle sur France info que la loi de 1994 est « sortie de la question des hôpitaux-prisons » afin de proposer aux détenus « les mêmes soins qu’à l’extérieur » et d’affirmer l’indépendance des soignants vis-à-vis de la justice.
« Encore un propos qui vient appuyer l’amalgame entre trouble psychiatrique et dangerosité, entre souffrance psychique et nécessité d’enfermement »,dénonce la Dre Geneviève Hénault, psychiatre à l’hôpital de Saint-Maurice (Val-de-Marne), sur LinkedIn, tandis que son confrère David Sechter, psychiatre au CHU de Nantes, déplore une « nouvelle tentative insupportable par cette annonce de psychiatriser les prisons, d’instrumentaliser nos soins pour mieux ‘gérer’ les détenus difficiles ».
Réactions:
Geneviève Hénault psychiatre publique
A lire, cette interview de Pascale Giravalli. Elle montre d’abord la grande confusion induite entre maladie mentale et violence, qui pourrait tenter certains politiques à considérer psychiatrisable tout comportement problématique au sein de la prison.
Elle décrit aussi les conditions dans lesquelles les détenu·es ont accès (ou pas) aux soins psychiatriques en prison : ❝ On nous demande de consulter des patients menottés ou entravés aux pieds, avec des surveillants présents dans la salle ❞ et la fragilisation extrême du secret médical : ❝ des agents exigent des diagnostics pour justifier – ou refuser – une extraction vers l’hôpital. Si nous ne cédons pas, ils ne nous amènent tout simplement plus les patients à l’unité sanitaire, nous enjoignant d’aller les voir en cellule. C’est une entrave majeure à l’accès aux soins et à la dignité. ❞
Elle conclut enfin par l’évidence, martelée par les acteurs du soin : plus la psychiatrie publique s’effondre et se trouve dans l’incapacité d’assumer prévention et soins, plus les prisons se remplissent – quasi mécaniquement – de personnes souffrant de maladies psychiatriques.